LOUIS FRANÇOIS DE BOURBON
PRINCE DE COUTt.
Louis-François de Bourbon, prince de Conti, pair de France, grand-prieur de France de l’ordre de Saint- Jean-de- Jérusalem, duc de Mercœur, comte d’Alais , de Beaumont-sur-Oise et de Pézénas, châtelain de l’Ile-Adam, marquis de Graville et de Portes, vicomte de Togrargues, etc. , chevalier des ordres du roi , gouverneur et lieutenant-général pour le roi dans le haut et le bas Poitou, etc., né à Paris le i 3 août 1717, reçut les cérémonies du baptême dans la chapelle des Tuileries, le ^3 avril 1721. Le roi fut son parrain, et Madame ( la Palatine) sa marraine. Il porta d’abord le titre de comte de La Marche, et succéda à celui de prince de Conti par la mort de son père, en 1727. Le roi le créa chevalier de ses ordres, le I er janvier 1733, et le promut au grade de lieutenant-général
de ses armées en 1 735. Le prince de Conti servit en cette qualité pendant .la guerre de 1741 , sous l’électeur de Bavière et le maréchal de Belle-Isle. Il fut envoyé, en 1744? en Provence avec une armée qui se réunit à celle des Espagnols, commandée par l’infant don Philippe. Les deux princes passèrent le Var, en présence de l’armée sarde, qu’ils forcèrent à une retraite précipitée. L’armée combinée prit possession de Nice et de six autres forteresses, à mesure que les troupes du roi de Sardaigne les abandonnèrent. Château- Dauphin , défendu par sa situation , par une nombreuse artillerie et la présence du roi, fut emporté à la baïonnette et sans cation de siège. Le prince de Conti, par sa bravoure personnelle, et son talent remarquable pour commander, eut une part signalée à ces grands succès, couronnés bientôt après par le gain de la bataille de Coni , où le roi de Sardaigne perdit cinq mille hommes. Le prince de Conti y eut sa cuirasse percée de deux coups , et deux chevaux tués sous lui; et, dans le compte qu’il rendit au roi, il fut assez modeste pour ne point parler de lui-même (1). Le roi lui ordonna,
(1) Ce prince, dans la fougue de l’àge et des plaisirs , était* tourmenté de cet amour de la gloire qui fait supporter le travail le plus pénible et iv. 29
l’année suivante, de prendre le commandement de l’armée d’Allemagne , destinée d’abord à agir contre l’Autriche et à empêcher le couronnement de l’empereur, le duc François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse. On fut obligé de tirer vingt mille hommes de cette armée pour augmenter celle que le roi en personne commandait dans les Pays-Bas. Le prince fit tout ce qu’il pouvait avec des forces aussi inégales, il tint en échec l’armée autrichienne, et elle ne put rien entreprendre. En 1746, le prince de Conti passa en Flandre, et prit Mons, Charleroy et d’autres places dont toutes les garnisons se rendirent prisonnières de guerre. Cette campagne fut la dernière qu’il fit. Le système de réunir toute l’armée sous le commandement du maréchal de Saxe ayant prévalu, le prince de Conti déclara qu’ayant été jugé digne de commander en chef, il n’obéirait à aucun général, pas même à ce héros.
Le prince de Conti avait une grande fermeté de
vaincre tous les obstacles. 11 s’était préparé , au commandement qu’il ambitionnait , par une étude continuelle de dix heures par jour, durant l’hiver qu'il avait passé à Paris. Il savait par cœur les campagnes de Câlinât et de Vendôme. Le prince de Conty, vainqueur à Coni , écrivit au roi celte lettre sur cette journée : t C’est une des plus brillantes et des plus » vives actions qui se soient jamais passées. Les troupes y ont montré une » valeur au-dessus de t’bumanité. La bravoure et la présence d’esprit de » M. de Chevert ont principalement décidé l’avantage. »
caractère et une volonté qu’il n’asservissait jamais aux caprices de la cour. La favorite craignait sa franchise (i), et le roi* trop facile à écouter les plaintes de madame de Pompadour, retira sa faveur et son amitié à ce prince, qu’il eût été de son intérêt de rapprocher de lui; car, jouissant d’une immense popularité, il pouvait rendre au gouvernement les plus grands services. C’est au milieu des querelles des Parlemens et de la cour que cette popularité acquit le plus d’éclat. La dispute théologique au sujet de la bulle Unigenitus et des billets de confession; le renvoi des Jésuites; la résistance des Parlemens de Besançon contre l’enregistrement des impôts; le vœu de tous les Parlemens du royaume de se réunir, en classes , au Parlement de Paris, pour ne former qu’un seul corps, et n’avoir, pour ainsi dire, qu’un âme; l’acte arbitraire du duc de Fit2>-James à Toulouse, l’affaire de Bretagne , l’exil de La Chalotais , le scandaleux triomphe du duc d’Àiguillon , tout ce concours de circonstances avait agité les esprits jusqu’à l’irritation,
(1) Un jour il demandait une grâce à la marquise de Pompadour. Celleci s’amusait à le laisser dans la posture de suppliant sans lui répondre. Le prince, piqué , s’asseoit alors sur son lit, en disant : « Voilà un cou - » cher excellent! » Elle se plaignit au roi , qui ne pardonna pas au prince de Conti celte humiliante leçon donnée à sa maîtresse.
et organisé, entre la cour et la magistrature, cette lutte imprudente et terrible dont les suites ont été si funestes à la dignité du trône et à la tranquillité du royaume. D’un côté, le duc d’Aiguillon, le maréchal de Richelieu, l’abbé Terray, le chancelier Maupeou et madame Dubarry, s’imaginèrent, au mépris de tous les droits , que les proscriptions , les violences, les emprisonnemens, les impôts forcés étaient les attributs nécessaires du pouvoir, et que la cour pouvait impunément anéantir ces grands corps de magistrature dont l’autorité judiciaire augmentait l’autorité politique, et dans lesquels brillaient ces antiques familles où les vertus étaient héréditaires comme les talens. De l’autre côté, toute la nation murmurait, et les amis de l’ordre et de la justice s’élevaient avec véhémence contre ces abus de l’autorité royale. A leur , tête figurait le prince de Conti. Son courage et la solidité de ses principes l’avaient rendu dans cette circonstance le chef des autres princes du sang; c’est sur lui qu’ils réglaient leur conduite; c’est lui qui fit rédiger l’adhésion à tous les arrêts de l’ancien Parlement, et la protestation contre le Parlement
Maupeou, que tous les princes signèrent, à fex-
ception de son fils, alors comte de La Marche, qui
seul resla attaché au parti de la cour (i); et lorsque, pour divers motifs, les autres princes se rapprochèrent de la cour, le prince de Conti, insensible à toutes les caressescomme à toutes les menaces, resta inébranlable dans son opposition. Retiré au Temple, sa demeure, il y termina sa vie le 2 juillet 1776. 11 vit approcher sa dernière heure sans rien perdre de sa fermeté ni de sa présence d’esprit : il sourit à la mort.
Le prince de Conti était brillant sous les armes, et modeste dans le succès. Sa valeur égalait son habileté. Dans le commerce de la vie, on vantait sa bonté, sa générosité, sa grâce. Il attirait à lui par cet ascendant que donnent une profonde conviction, une haute probité, un caractère ferme et sûr (2). Ennemi de l’arbitraire , il déplorait les égaremens du pouvoir; et les dernières années de Louis XV
(1) Les princes et les pairs avaient été convoqués à Versailles au lit de justice du 13 avril 1771, où le plan du chancelier Maupeou devait recevoir et reçut son entière exécution, où trois édits principaux furent promulgués : la suppression définitive des officiers de l’ancien Parlement de Paris ; celle de la cour des aides , enfin la transfusion des magistrats du grand conseil dans le nouveau Parlement. Le comte de La Marche fut le seul des princes qui parut à cette séance. Le roi lui dit : a Mon cousin, soyez le » bienvenu , nous n’aurons pas nos parens. »
(2) On doit rappeler, à la gloire de ce prince , la protection dont il entoura J.-.L Rousseau , lorsque ce grand écrivain fut persécuté pour la publication de son Émile.
eussent été plus honorables et plus tranquilles, si, au lieu d’écarter des hommes tels que le prince de Conti, on eût fait servir a la gloire du trône ses nobles qualités, et surtout son amour éclairé pour le bien, la justice et la liberté.