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ÉVÊQUE D*>YPRES

Jansénius (Corneille) naquit, en i585, dans le village d'Akoy, près de Leerdam, en Hollande. Il alla étudier à Louvain ; il s'attacha au travail avec tant d'application, que sa santé en fut altérée. On lui conseilla de changer d'air : il vint à Paris en 1604. H y trouva J. Duvergierde Hauranne (célèbre depuis sous le nom de l'abbé de Saint-Cyran), avec lequel il s'était lié d'une étroite amitié à Louvain, \ la recommandation de cet ami, Jansénius entra chez un conseiller comme précepteur de ses enfans. Quelque temps après, il se rendit à Bayonne, où l'abbé de Saint-Cyran s'était retiré. La il se livra avec une nouvelle ardeur à l'étude des matières théologiques. Comme sa santé n'était pas robuste, madame de Hauranne disait souvent à

son fils « qu'il tuerait ce bon Flamand à force de m. • 7

» le faire étudier. » L'évêque de Bayonne, frappé de son mérite, contribua .à le faire nommer principal du collège de cette ville ; mais , après le départ de ce prélat, qui fut appelé à l'archevêché de Tours, vacant par la démission de S. Galigaï, beau-frère du maréchal d'Ancre, Jansénius retourna en 1617 à Louvain, où il fut reçu avec beaucoup d'éclat docteur en théologie, et nommé en 16 19 principal du collège de Sainte-Pulchérie. L'université de cette ville le députa deux fois au roi d'Espagne pour faire révoquer la permission accordée aux jésuites de professer la philosophie à Louvain. Il réussit dans cette mission : afin de faire sa cour au monarque espagnol, il publia un livre contre la France, sous le titre de Mars gallicus, à l'occasion de l'alliance que la France avait contractée avec les puissances protestantes. Philippe IV le nomma à l'évèché d'Ypres en i635 : Jansénius ne gouverna cette église que pendant trois ans. Attaqué de la peste en distribuant à ses diocésains, affligés de ce fléau, les secours spirituels et temporels, il mourut le 6 mai i638.

Jansénius était pieux et charitable; il prêchait avec zèle : on lui reprochait d'être parfois un peu vif. « Ma colère, disait-il lui-même, est comme le

» salpêtre, qui s'allume à l'instâ\iteè qui s'éteint le » moment d'après. » Le plus célèbre de ses ouvrages est XAugustinus : c'est le développement des vérités qu'il prétend avoir été établies sur la grâce

du vivant de l'auteur, a excité de grands troubles après sa mort dans la communion romaine. Soit que Jansénius l'eût prévu , soit qu'il voulût donner une preuve éclatante de sa soumission, il écrivit (i) à Urbain VIII, avant d'expirer, qu 1 il abandonnerait son livre et sa personne aux décisions du saint-siége. « Toute sa doctrine, dit Bayle, se réduit à ceci: » Adam a-t-il péché librement? Si vous répondez » oui; donc, vous dira-t-on, sa chute n'a pas été » prévue : si vous répondez non; donc, vous dira-

» t-on , il n'a pas été coupable S'il y a là-dedans

» deux incompréhensibilités, à quoi vous sert de » tant écrire? » L'esprit de fanatisme ne se condamne pas ainsi au silence. Le schisme le plus opiniâtre s'éleva dans l'Église : chaque jour voyait éclore de nouveaux volumes pour ou contre \Augustinus. Urbain VIII fit interdire ce livre; la Sorbonne en conserva cinq propositions; Innocent X

(1) Cette lettre de Jansénius a été rendue publique par le grand Coude . entre les mains de qui elle était tombée après la réduction d'Ypres.

les condamna* en *1653: Alexandre Vil confirma cette décision par une bulle du 16 octobre i656; en un mot, jamais aucun système philosophique ne fit autant de bruit dans l'antiquité que le jansénisme dans nos temps modernes. Il a été vivement combattu par les disciples de Molina, jésuite espagnol, qui, vers Tan i588, avait fait paraître à Lisbonne son livre de la Concorde de la grâce et du libre arbitre. Le seizième siècle a retenti des disputes sur la grâce et la prédestination; et la querelle des molinistes et des jansénistes n'est pas encore assoupie. Les solitaires de Port-Royal , disciples de Jansénius, contribuèrent par leurs talens à sa célébrité. Pascal, dans sa seizième Provinciale, s'exprime ainsi à l'égard de ce prélat contre les Jésuites : « Doit-on conclure qu'un homme est coupable » parce qu'il est accusé? Non, mes pères. Des gens » de piété comme lui pourront toujours êtreaccu- » sés tant qu'il y aura au monde des calomniateurs » comme vous. »

Telle fut l'animosité de la cour de Rome contre Jansénius, que, par ordre exprès du pape Alexandre VII, François de Robes, qui avait succédé à ce prélat dans l'évéché d'Ypres,fit ôter de nuit, à petit bruit, la pierre du tombeau de son prédécesseur,

où on lisait l'éloge de sa vertu et de sa doctrine. On raconte que, lorsque Louis X1U se rendit à Ypres, « une religieuse, qui avait assisté Jansé- » nius au lit de mort, raconta ses derniers mo- » mens, en fondant en larmes, aux seigneurs de sa » cour, et les conjura de prier le roi de faire ré- » parer l'injure faite à la mémoire d'un si grand » homme. »

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