‹ Le château d'Hutteldorf;Chapitre 13 sur 19 · PICHARD, PIERROLET, CORNÉLIE, JÉRÔME · texte numérisé non relu

PICHARD, PIERROLET, CORNÉLIE, JÉRÔME

PIERROLET, furieux et se heurtant avec Fifine. C'est une abomination ! une vexation, enfin... ça n'a pas de nom!

TOUS, riant. Qu'est-ce qu'il a donc?..

PIERROLET, secouant son chapeau encore couvert de feuilles de salade. Comment je ne pourrai pas mettre le pied dans ma cour, sans que la desserte de votre table me pleuve sur la tête? mais c'est une véritable lapidation!

JÉRÔME. Le fait est que vous avez du malheur, par exemple!

PIERROLET. Manquer de me tuer! des bouteilles jetées d'un cinquième!., et me faire presque dévorer les jambes par un tas de barbets et de caniches qui se trouvaient là, juste comme les Hébreux, quand lamane est tombé dans le désert!

TOUS, riant. Ah, ah, ah!

PIERROLET. Oui, riez, prodigues que vous êtes! quel désordre!., je ne m'étonne pas si vous n'avez rien... quand on jette tout par les fenêtres !.. mais ma patience est à bout : je vais prévenir le commissaire, et c'est immédiatement qu'il vous faudra sortir d'ici.

PICHARD. Voyez-vous la belle niche! vous croyez donc que j'y veux rester, dans vot' baraque? mais je n'en veux plus, je déménage tout-à-1'heure ; c'est des hôtels qu'il me faut à présent.

PIERROLET, se moquant. Oui dû ! vous avez peut-être découvert une mine d'or?

PICHARD, le contrefaisant. Ma foi, c'est à peu près tout comme : je suis mi gîionna ire... (Lui donnant le journal.) Tenez, lisez, et mordez-vous les doigts des ongles, propriétaire que vous êtes !

PIERROLET, stupéfait en lisant. Que vois-je !.. voilà depuis ce matin, la troisième chose qui me tombe sur la tête! et moi qui pouvais... (S* adressant d Pichard et d'un air de douceur.) Dites donc, M. Pichard , vous savez que je suis célibataire, si vous vouliez que votre nièce...

JÉRÔME, vivement. De quoi, sa nièce?.. Fifine est pourvue , entendez-vous.

cornélie. Ah! c'est-à-dire, pourvue... pourvu que je le

teule, moi; et tu sens ben, mon garçon, qu'à présent que nous v'ià, comme on dit richissimes...

PIERROLET. Sans doute.

JÉRÔME, à Cornèlie. Eh ben, qu'est-ce qui vous demande quéque chose? je la prenais ben ce matin, sans sou, ni maille, je ne suis pas changé, moi ; c'est elle seule que je veux ; et Dieu merci y 'là des bras capables de la faire vivre sans le secours de personne.

PICHARD. Tes bras! tes bras!., tes bras ne suffisent pas pour prétendre à sa main... car à c't'heure je peux avoir pour neveu un banquier, un général... un pair d'Allemagne, peut-être!..

CORNÉlie. Un prince même ; dame, comme on dit, on a ben vu des rois...

PICHARD. Et tu sens que toi qui n'es qu'ouvrier...

JÉRÔME. Ouvrier! (Avec émotion.) Ah! oui, c'est juste... je vous ferais déshonneur, vous voulez dire? c'est vrai, je ne suis qu'un pauvre diable, un compagnon charpentier, tout bonnement, mais au moins, moi, je sais ce que c'est que de tenir une parole.

PICHARD. Ah! dame, écoute donc, les circonstances..* JÉRÔME, vivement. Les circonstances?., oh! n'y en a pas qui puissent jamais excuser les torts qui viennent de là, voyezvous.

PICHARD. Oh! mais sois tranquille, tu te sentiras aussi de mon bonheur... veux-tu .. veux-tu être mon garde chasse?. .

JÉRÔME, prenant vivement son chapeau. Je ne Yeux rien, je ne veux rien de vous, et je vous laisse... adieu ..

CORNÉLIE. Eh ben! bonjour.

JÉRÔME, sortant. Pauvre Fifine ! et diable de richesse, va !'. .

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