‹ Le château d'Hutteldorf;Chapitre 9 sur 19 · PICHARD, JÉRÔME, FIFINE · texte numérisé non relu

PICHARD, JÉRÔME, FIFINE

FIFINE, désignant Pierrolet. Oh! vieux grigou, va!..

JÉRÔME. Qu'est-ce qu'il y a donc?..

PICHARD. Ce qu'il y a?., il y a... que tout le monde devrait être propriétaire, ou qu'il ne devrait pas y en avoir du tout.

JÉRÔME. En v'Ià une idée philosophique !..

FIFINE. Il y a, qu'aulieur de le payer, madame ma tante a mis l'argent dans sa poche; et qu'à cY heure, il menace de nous faire saisir, si demain on ne lui a pas donné soixante francs qu'on lui doit.

JÉRÔME. Ce n'est que ça qui vous tourmente ?.. ehben ! parbleu! il les aura, ses soixante francs, le vieux chiche!..

PICHARD ET FIFINE. Oui ? avec de quoi ?. .

JÉRÔME, avec de quoi?., avec la caisse d'épargne... en v'Ià une ressource , et une de solide!..

Air d'Arislipe.

Grâce à c' moyen , plus jamais la misère , N'atteindra ceux qui seront prévoyans.

Cett' caisse là , c'est comme un5 bonne mère Qui, tous les jours, comme à tous les instans, Est prête à v'nir aus'cours de ses enfans. C'est la leçon de la fourmi , qui passe Des mois entiers pour prév'nir un revers. Sage et prudente, au printems elle amasse Pour quand viendra la saison des hivers.

PICHARD. Comment, tu serais capable...

FIFINE. Ah! m'sieur Jérôme, v'ià un trait!..

PICHARD. Que je n'oublierai pas , par exemple !.. et si je »uis jamais fortuné...

JÉRÔME. Taisez-Yous donc, est-ce qu'à présent, tout ne doif pas être commun entre nous?

Air du Château perdu.

C'est bien parbleu 1 la premier' fois d' ma vie Qu' j'ai mis d' côté, mais je m'en applaudis, Puisque j' peux, grâce à mon économie Etre eu c' moment, utile à mes amrs.

Acceptez donc , mais sans reconnaissance , C mot, voyez- vous, viendrait tout refroidir; Si c5 lui qui r'çoit éprouve un' jouissance, Celui qui donne a bien plus de plaisir.

PICHARD. Jérôme, tu es digne de ma nièce, vous êtes tous deux dignes de moi... nous sommes tous les trois dignes l'un de l'autre.

JÉRÔME. C'est ça, mon père Pichard, et maintenant, de la joie... comme s'il en pleuvait!

PICHARD. D' la joie, d' la joie, j'ai l'estomac creuse comme une contre -basse; et c'est qu'avec ton pourboire n'y a guère de quoi faire gras !

JÉRÔME. Vous croyez ?. . [Frappant sur la table arec une pièce de cinq francs.) Et quéque c'est que ça , s'il vous plaît?

PICHARD. Pas possible'..

FIFINE. Tiens, tiens, tiens, vous avez donc été chez ma tante ?

JÉRÔME. Vot' tante Pichard ?

FlFlXE. Non , je dis ma tante... vous savez ben, au petit bureau...

JÉRÔME. Fi donc... je n'aurais rien «u à y mettre... c'est une générosité de not' architèque. Ah ça, voyons, faisons le inenu. .. d'abord, trois cervelas...

PlCHAhD. Ah! ah?., que c'est mauvais genre!., prenons au moins du petit salé, avec une salade... deux marolles, troi» litres à quatorze et deux poissons de dur, ça Fera un repas splcndide. {A Fifine.) Allons, allons, prends ton panier et vois si t'es revenue.

FIFINE. Ah ! je ne serai pas longue, allez!

T;uidis qu'elle cherche son panier et se met un châle, Pichard et Jérôrm- placent de» assiette* sur la table.

ENSEMBLE

Air : Moi je flâne.

Viv' les noces! viv' les noces!

Nous allons nous fair' des bosses; Viv' les noces ! viv' 1rs noces !

Moi, d'abord, Je noce à mort.

fifine, riant.

Quéqu* chose quis'rait plaisant, C'est, si ma tant' Cornélie V n'ait s' mettre de la partie , Et nous arrivait maint'nant.

PICHARD

Tâch' de décamper ben vite , A-t-on vu 1' mauvais esprit , M'annoncer pareill' visite, C'est pour m'ôter l'appétit !..

ENSEMBLE

Viv' les noces etc.

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