‹ Le Château de Bagatelle, 1715-1908 d'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine et des mémoires manuscrits ou imprimésChapitre 35 sur 146 · LE GARCON-CAFFÉ · texte numérisé non relu

LE GARCON-CAFFÉ

Gomment la carte pour deux verres d'eau!

LE CHEVALIER

Je te demande la carte de l'Europe, dépêche. — Vous allez voir votre bec jaune, monsieur Graquet.

CRAQUET

Vous allez voirie vôtre, monsieur le chevalier. La voilà!

GOBEMOUCHE

Entendons-nous, messieurs.

LE CHEVALIEl}

Tenez, messieurs, remarquez bien, voilà la Fissécule.

// renverse le verre d'eau sur lu carte. CRAQUET

Gare, gare, voilà la Viatule qui se déborde.

60 niSTOiRK m; cïiatkai- di: uac.xtfa.le

L1-: (:iii;\ Ai.ii;i<

r^li, que diable, c'est que vous m'impatientez avec vos ignorances.

(JHAQUET

Vous êtes un impertinent.

GOBKMO[:CHK

Eh ! Messieurs, messieurs!

LF, CHEVALIER

Ah! Nandis voilà pour t'apprendre à vivre.

// /(// ;irracfi;i sa pcrriKjiie el s'enfuit. CRAQUET

Arrête, arrête.

// court nprt's le chevalipr.

GOBEMoucHE (Ics suit cn disHut) Ah ! messieurs, messieurs, entendons-nous.

On entend crier dans le bosquet voisin.

Entrez chez nous, messieurs, çà va commencer. Voilà le grand jeu, allons vite, allons vite.

A la sortie du café, le roi de Pologne reçut tout debout un compliment de Polichinelle qui était monté sur un castelet. Puis il « passa dans un bosquet, où il y avait deux petites boutiques de libraires, ou l on vendait les livres composés par Sa Majesté, et par d'autres princes ^ On en lisait alternativement les titres, et les réflexions dont on les accompagnait faisaient sentir sans affectation combien les ouvrages d'un souverain qui ne s'occupe que du bonheur des hommes étaient supérieurs par ce ton d'humanité qui règne pour tous ses écrits » -. Les deux

1. Le duc de Luynes dit : « Dans l'une de ces boutiques, on vendait des livres à l'usage du roi de Prusse ; dans l'autre à l'usage du roi de Pologne. »

2. Fréron.Cirimni juge ainsi le Roi comme écrivain: « On peut compter parmi les auteurs célèbres de ce siècle le roi de Pologne Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, qui vient de mourir à Lunéville au grand regret de cette province. Il a beaucoup écrit. On a recueilli ses ouvrages sous ce titre: Ol'hivres du philosophe hienfnisniil. Son livre sur le gouvernement de Pologne passe pour ce qu'il a l'ait de mieux, » — Corresp. litt., éd. Tourneux, t. VI, p. 493. Les OEiivres du philosophe bienfaisant avaient été réunies par Marin. 4 vol. in-8 et 4 vol. in-12, Paris, 1763. Mme de Saint-Ouen en a donné un extrait en 4825, rel. in-8.

marchandes étaient Mme Desbrosses et Mlle Toulon, un acheteur: M. Baletti, et une acheteuse : Mlle Baletti.

« Dans un bosquet voisin, galamment décoré de festons et de g-uirlandes de fleurs, on représenta devant Sa MiiJGiiiéj les Ensorcelés ou laXouvelle Surjjrisede r amour , petite pièce nouvelle en un acte, en prose et en vaudeville, qui se joue depuis quelque temps avec succès aux Italiens ; elle est de la composition de Mme Favart et de MM. Guérin et Harni '. Fréron dit qu'elle fut exécutée par « les sieurs Préville, Chanville, Mme Favart et la demoiselle Desg-lands, actrice de la scène italique », tandis que le manuscrit de l'Arsenal dit qu'elle fut joué par Mlle Gatinon, Mlle Favart, Mlle Desglands et M. Ghanville. Le duc de Luynes, qui pourrait résoudre la question, ne parle pas des acteurs.

Puis on distribua des devises en forme de couplets au Roi, à Mme de Monconseil, à Mme Talmon ; Mme de Boulllers, Mme de Bassompierre, Mme de Polig-nac, Mme de Blot, Mme de Baye, Mme de la Tour du Pin, Mlle de Baye et Mlle de Boufllers recurent également les leurs .

« Enfin le roi de Pologne passa sur un banc, au bout dune allée où toute la fête du village vint au-devant de lui. La petite Baletti, fille de la Silvia, et la petite Favart marchaient à la tête du village, ayant chacune une guitare dont elles s'accompagnaient avec beaucoup de grâce. Elles chantèrent ensemble, sur l'air de Dame Françoise, sept couplets faits exprès pour le roi de Pologne et dont voici à notre avis les meilleurs :

Par le trouble et le ravaji^e Ne s'annoncent point les dieux ; Par des bienfaits précieux Ils attirent notre homma<;e.

Par des bienfaits précieux

1. Les Ensorcelés étaient alors en plein succès de la nouveauté à la mode. (Mercure, oct. 4757, t. I. p. 170); « On voit, dit le rédacteur, que Mme Favart joue en mère ». i< Les comédiens italiens conlinuenl les représentations des Ensorcelés qu'on revoit toujours avec le même plaisir. » (Mercure, oct. 1757. t. II. p. l'.IU.

62 iiisTOiR!'; 1)1 cMAïKAi i)i; i(A(.aii;lij:

Leur j^raiHJcui' cclaLc mieux Stanislas est leui' ima^'^e ; Il n(3 l'ail que des heureux.

Ou lui rend ce (ju'jI nous donne ; Chacun l'aime par retour ; Chacun partage à son tour ; Le bonheur qui l'environne:

Le respect est dans sa cour ; Mais il marche après l'amour ; On lui donne ce qu il nous donne Chacun l'aime par retour.

M'jis je vois de nos retraites S'éloigner les ris, les jeux; Vous nous laites nos adieux ; Le bonheur n'est qu'où vous êtes ; Si nous vous perdons des yeux, Le cœur vous suit en tous lieux ; Ah ! bientôt dans nos retraites Ramenez les ris, les jeux.

Le chœur du village répétant ces couplets accompagna le Roi jusqu'à son carrosse. « Le Roi, après avoir témoigné à Mme de Monconseil sa satisfaction, caressé, tout le monde de regards pleins de bonté^ donné sa main à baiser à toute sa cour, monta dans son carrosse et partit pour Lunéville '^ emportant avec lui notre admiration, notre amour, nos vœux pour sa conservation, ou plutôt nous laissant tous les sentiments éternellement «rravés dans nos cœurs.

Avouez, Monsieur, qu'il n'était guère possible de mieux remplir la liction d'une foire^ et que tout ce qui caraclérise ces sortes de spectacles, se trouvait réuni à Bagatelle, avec un choix et un goût infini. Cette Tète a été exécutée et conduite par M. Favart, d'après le plan et les idées que lui avait fournis Mme de Monconseil, née pour inspirer et pour éclairer les Muses.

Je suis, etc. A Paris, le 18 septembre 17o7-.

\. Le duc de Luynes dit : « Le roi de Pologne partit à une heure et un quart et alla coucher, à (rerminy, chez M. l'cvêque de Meaux. » 2. L Année lilléraire de M. Frcron, 1757, t. VI, lettre VI, p. 136-144.

Aussitôt arrivé à Gerniiuy, 1 aimable roi de Pologne, encore tout émerveillé des jolies choses qu'il avait vues et entendues, écrivit à Mme de Monconseil la lettre suivante ' :

Vous avez choisi, ma chère amie, un sujet ingrat pour composer tout ce qu'on peut entendre de joli dans une fête aussi «calante que celle que vous m'avez donnée, mais non pas un c(cur ingrat, car je suis pénétré de lapins vive reconnaissance. Tout ce que je pourrai jamais voir de cette espèce me paraîtra hag^atelle au prix de ce que votre charmant Bagatelle a produit. Recevez mes très sensibles remerciements, en vous assurant que je n en perdrai jamais le doux souvenir et que je vous embrasse de tout mon cœur.

Difficile^ nufjœ!

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