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Le château de la grippe /par A. Robida

h! déclara Geo, un jeune gaillard décidé marchant sur son septième printemps, faut-il que cette Suzette soit bête tout de même... ça lui est permis encore parce qu'elle est petite, mais plus tard ça serait triste!... Quel âge que t'as pas encore, Suzette? t'as pas encore quatre ou cinq ans?

— Cinq ans, na, que j'ai pas encore quatre ans, c'était dans le

temps.

— Eh bien, na! tu veux nous faire croire qu'on ne s'amuse pas au bord de la mer où il y a des crabes, des bateaux, des cabestans, des crevettes et toutes sortes d'au-

très bêtes, et il ne faudrait pas nous dire ça à nous qui sommes grands et que nous le savons mieux que toi, n'est-ce pas?

— Tiens, et du sable sur la plage pour faire des forts! c'est pas ici, dans le salon, que maman va nous permettre d'en faire, des forts, d'abord parce qu'il n'y a pas de sable et que s'il y avait du sable du jardin,

il n'y aurait toujours pas la marée pour que ça soit tout à fait amusant!... Et dans le jardin il pleut, tu vois bien que Suzette a tout à fait tort!

Us étaient quatre : Suzette, bientôt cinq

pas au bord de la mer...

ans, Georges, ou plus simplement Geo, déjà présenté, Jeannette dont le nom se prononçait Mimi en diminutif, et Jacques, vénérable jeune homme de dix ans, tous quatre blonds de diverses nuances, joufflus, rebondis, au teint fortement doré par un séjour dans le soleil et la brise de mer, hâlés du bout du nez rose aux oreilles, avec des mollets d'un ton fauve comme du joli cuir doux et lisse, — même les mollets de Zezette que maman faisait semblant de mordre quelquefois et, sur lesquels papa aimait à donner des pichenettes. Mais ce jour-là tous les quatre sentaient du noir se glisser dans leurs quatre petites âmes roses encore, et la mélancolie les envahissait décidément tandis que, assis sur des malles non défaites encore, ils regardaient par les fenêtres du salon tomber, couler, gicler l'eau du ciel, versée avec une prodigalité vraiment excessive sur la terre déjà saturée, sur le sombre paysage d'automne, sur les arbres lamentables aux branches désespérées, sur les longs peupliers qui semblaient des parapluies fermés ruisselant tout effilochés, sur les sapins renfrognés, sur les menus arbres du jardin qui paraissaient replier leurs branches dans une morne résignation.

Vraiment il devrait être interdit aux nuages d'accourir ainsi du fond du ciel en si grand nombre et avec une telle rapidité, en se bousculant les uns les autres,

y/s étaient quatre ton-; blonds,..

pour se mettre à fondre, aussitôt arrivés, au-dessus de la tête de pauvres enfants qui reviennent des bains de mer! C'est déjà assez triste, une rentrée de bains de mer, s'il faut en plus que ce soit un jour de pluie battante, c'est trop, beaucoup trop lamentable !

Et cela durait depuis des heures. Vainement on avait espéré une embellie, une éclaircie, le temps de courir une heure ou deux dans le jardin. Mais non, toutes les larmes du ciel continuaient à couler! Zézette, jeune personne courageuse, s'était risquée à courir à l'entrée du jardin jusqu'au bassin du jet d'eau, pour vérifier une chose qui la tracassait depuis le départ de la plage : l'eau du bassin était-elle salée ?

Hélas, non, elle n'était pas salée, quoiqu'il y eût dedans de jolis poissons rouges nageant en rond. Alors pourrait-on y faire marcher des bateaux? Grave problème. Elle était revenue ruisselante.

Zézette s'était risquée.

Tandis qu'assis sur des malles mm défaites ils regardaient tomber la plu

La bonne s'évertuait à naviguer soin l'averse.

— Faut- il que tout le monde d'ici ait été méchant tout de même, dit-elle, pour que ça fasse tant que ça pleurer les anges!

Elles étaient bien loin les joyeuses parties sur le sable, au grand soleil sous le bleu du ciel.

Vraiment cet automne s'annonçait mal avec ses pluies obstiuées, son eau froide, car l'eau était froide, et le vent glacial hululait lugubrement dans les cheminées, faisait grincer les girouettes plaignardes et soufflait de tous côtés des tourbillons de feuilles mortes.

Geo, Mirai et Jacques étaient rentrés en classe; quel courage il fallait pour s'en aller dans le matin triste, mante serrée et capuchon relevé, et gagner péniblement pension et couvent à l'entrée du faubourg, sous la conduite de la bonne qui s'évertuait à naviguer sous l'averse et la bise, sans laisser retourner ses jupes et son parapluie.

Ce faubourg était morose et c'était le faubourg d'une drôle de ville pas bien gaie. Il y en a beaucoup comme ça. Trop même. Ce sont surtout celles que les gens de notre temps ont prétendu embellir, ce qui s'est partout fait de la même façon, en rabotant toutes les rues, en démolissant le plus possible, c'est-à-dire à peu près la totalité, des édifices d'autrefois : églises où se dressaient et polissaient les âmes, vieux clochers montrant le ciel, vieilles tours ayant jadis monté fidèlement la garde pour les ancêtres, couvents où l'on avait pleuré et prié, vénérables hôtels aux sévères pierres grises, ou maisons de bois aux fines charpenteries décorées de toute une population de statues, ermites barbus, saintes naïves, figurines joviales, animaux fantastiques

Une drôle de cité que cette Anêmicmacville-snr- Seine, et pas la seule en son genre, hélas, à notre vilaine époque. D'abord, le nom, bien que peut-être pas tout à fait exact (on a le droit de prendre avec les noms propres des licences qui ne seraient pas permises vis-à-vis d'autres substantifs, sous peine des excommunications les plus majeures de l'Académie), d'abord le nom de cette grosse et importante cité indique bien que l'état général de la santé de ses habitants ne doit pas être très florissant. Tous les Anémicmacois sont des gens de négoce, de banque ou d'industrie, toujours affairés, effarés, ahuris par les cent mille millions de préoccupations dudit négoce, de ladite banque ou de ladite industrie, c'est-à-dire pour la plupart des gens fatigués, vannés et déprimés de bonne heure, quand ce n'était pas de naissance.

Nos bons aïeux de l'âge de pierre, fondateurs lointains d'Anémicmacville, vivaient à coup sûr plus allègrement, et peut-être, après tout, plus confortablement, dans les cavernes creusées par eux au flanc des collines bordant la Seine, humiliée maintenant de refléter les si peu séduisantes architectures et les mines allongées et fatiguées des habitants modernes d'Anémicmacville. Ceux de jadis étaient autrement solides et résistants, joyeux et calmes, ignorant la migraine et les névralgies.

Et de ces diables de gens d'Anémicmacville, nos contemporains, ceux qui ne se triturent pas la cervelle dans les huiles, les farines, la finance, la métallurgie ou simplement la ferblanterie, c'est-à-dire ceux qui, libérés des soucis et des tracas, avaient de doux loisirs à employer et pour unique travail des coupons à détacher, ceux-là n'étaient pas moins vannés et affadis que les autres, pas moins débilités par le travail forcé, quoique volontaire, des salons, par la servitude des réceptions. Es-

Nos bons aïeux de l'âge de pierre.

claves mondains, condamnés à dîner en ville à perpétuité, ils n'avaient pas l'estomac en meilleur état que les autres et se plaignaient tout autant qu'eux de se sentir les jambes molles, le cœur brouillé, l'appétit récalcitrant, la cervelle en compote, etc., etc.

Comment s'expliquer la façon de vivre de ces favorisés de la fortune aux si rudes occupations, quand la pêche à la ligne est une si douce chose, un art facile et tranquille qui s'exerce en plein air, au soleil ou à l'ombre, au choix suivant la saison, une occupation qui porte à la rêverie, élève les âmes, détend les nerfs, induit à l'indulgence pour les folies du siècle et procure infailliblement l'apaisement aux

âmes ravagées par les passions

Et si vous m'accusiez par hasard de noircir ce tableau vraiment lugubre, vous

n'avez qu'à vous renseigner près des médecins et des pharmaciens du pays sans cesse occupés à retaper l'estomac de celui-ci ou les reins de celui-là. Ah!

il fallait voir, dans chaque maison, la consommation des médicaments les plus variés, les plus à la mode, en pilules, capsules, granules, bouteilles, fioles, flacons, cachets, paquets à avaler avant, pendant ou après chaque repas! Et les fleuves d'eau minérale se dirigeant de toutes les parties du monde vers Anémicmacville ! Sachez que si les habitants de cette heureuse cité ne les avaient pas bus au fur et à mesure, tous eussent été infailliblement noyés et que, de la ville bientôt en-

Gco, Minu, Jacques et Zézette avaient aussi leur part de pilules. gloutie, On n CUt g'Uere

LO

vu émerger que la girouette de l'hôtel de ville. Hélas, il nous faut l'avouer aussi , Zézette, Geo, Mimi et Jacques, avec des grimaces diverses, en consommaient aussi leur petite part, de ces pilules et granules, et papa et maman aussi, avec parfois l'accompagnement de bouteilles d'eaux diverses. Mais peut-être parce qu'ils habitaient tout au bout du faubourg, presque à la campagne, ils en avalaient notablement moins que les autres, ceux du centre.

Tout à coup se déchaîna sur cette ville si heureuse et si tranquille, les légers inconvénients ci-dessus énumérés mis à part, un véritable ouragan de calamités. Des bruits sinistres se répandirent un dimanche matin dans le faubourg à peine réveillé, et de maison en maison gagnèrent la villa Valfleury, juste comme maman débarbouillait Zézette qui essayait de débarbouiller elle-même sa chatte Griffignette, avant de se livrer avec elle à l'agréable absorption du chocolat matinal, presque dans la même tasse.

Horreur! Ah! les pauvres infortunés habitants d'Anémicmacville- sur- Sei ne! ah, les malheureux!

Quels tas de vilains crimes avaient-ils donc commis dans la semaine pour susciter ainsi des catastrophes rappelant les plus sombres événe ments de l'histoire, Troie en flammes, Is noyée, et Cartilage, et Babylone, et Ninive

Voici le drame en peu de mots :

Vers onze heures

du soir, dans la Pendant q

nuit ténébreuse, alors que la lune inquiète cherchait à se cacher derrière de sombres nuages, des bandes de microbes venus on ne sait pas encore d'où et on ne sait comment, avaient réussi à se glisser peu à peu jusque sous les murs de la ville. Invasion sinistre et perfide! Ils avançaient, dissimulant soigneusement leur marche, plus nombreux de minute en minute. Tous les bacilles de mauvaise mine de la région, ceux qui rôdent sans cesse en quête d'un mauvais coup à faire, les rejoignaient à la faveur des ombres de la nuit, avec des bataillons de vibrions de sac et de corde, animés des plus mauvais sentiments, tous d'une virulence et d'une nocivité effroyables.

Qui les commandait? Quels étaient leurs chefs? Terrible mystère jusqu'ici. Peu importe, la concentration des troupes, la mise en route des colonnes d'attaque se firent, hélas, sans le moindre bruit qui pût donner l'éveil. Ils avancèrent tortueusement, silencieusement et implacablement. Puis, avec une ardeur qui n'excluait pas la discipline, les colonnes donnèrent l'assaut. Messieurs les employés de l'octroi, plongés dans un fatal et coupable sommeil, ne virent rien, n'entendirent rien, ils ne purent donner l'alarme, courir au tocsin, lutter en désespérés pour donner le temps de rassembler la garde nationale qui n'existait pas, ou les pompiers tout au moins...

Ville prise! Alors, tout ce qu'il peut y avoir au monde de bacilles en rond, en virgule ou autrement, toutes les sombres canailles pathogènes ennemies des pauvres humains, toutes les hordes féroces connues de longue date ou même jusqu'alors insoupçonnées, tous ces scélérats empoisonneurs ou assassins, tous ces monstres hideux armés jusqu'aux dents, se ruent sur la malheureuse cité. 0 nuit ! noire et lamentable nuit, tu les as vues, mais tu les as recouvertes de tes épaisses ténèbres, toutes les horreurs de cette prise d'assaut. 0 lune blafarde, tu as frémi et pâli encore, quand tu as osé risquer un œil entre deux épaisseurs de nuages!

Et d'ailleurs, ils eussent été bien incapables de résistance sérieuse, ces infortunés habitants d'Anémicmacville-sur-Seine, si déprimés, si aplatis, si avachis dans leur état général. Pieds et poings liés, ils appartenaient à l'ennemi!

Seuls quelques citoyens encore quelque peu énergiques parvinrent, à travers mille dangers, à se grouper autour du pharmacien de la grande place, lequel était conseiller municipal comme de juste, et voulurent, en se donnant du courage avec

^^P^î'7' tous les cordiaux de la pharmacie, s'efforcer de

'(£■ tenter d'essayer d'organiser un semblant de résis-

tance.

Le pharmacien dicta la proclamation suivante : « Citoyens, la patrie est en danger! La Grippe, Gripha en polonais, est dans nos murs! »

Il avait reconnu l'ennemi : après cet effort héroïque, tout ce qu'il put faire, ce fut de se coucher avec une fièvre de plusieurs chevaux- vapeur .

Oui. Elle y était bien, dans les murs d'Anémicmacville! La terreur régnait. De rue en rue, les habitants et habitantes, les hommes, les femmes et les petits enfants, l'un après l'autre, étaient touchés; ils toussaient, éternuaient, frissonnaient et claquaient des dents.

Dès les premières lueurs du jour, le faubourg avait appris par des fuyards les tristes événements de cette nuit sinistre. M. Valfleury, à la première alerte, fit fermer les portes de la

villa et rassembla sa famille dans la salle à manger. L'état-major de la place, composé de papa résolu, de maman épouvantée, et de la tante Jeanne encore mal réveillée, / tint conseil. Fallait-il croire? Etait-

Il ce possible? Serait-il vrai? Pre-

|L mière résolution : Jacques, Geo et

|| IfilT" Mimi manqueraient la pension et le couvent jusqu'à plus ample informé. Zézette et Geo approuvèrent, sans être moins joyeux que d'habitude, dans leur profonde ignorance du danger, seulement intrigués par l'air effaré de tout le monde, et le vaillant Geo déclara que ça lui serait égal même si c'était aujourd'hui le jour de la fin du monde, parce que ce serait congé et qu'on n'irait toujours pas à l'école.

Mme Valfleury serra Zézette contre elle, M. Valfleury, plus ferme, proclama l'état de siège.

La garnison de la villa était consignée. On ne sortirait pas. Et il allait s'en aller aux nouvelles en

Citoyens! la grippe est dans vus

De vue en rue tous les hnbittuits étaient touchés..

Conseil de guerre

Ça me serait égal, même si c'était la fin du monde.

ville, le plus près possible des positions ennemies. Maman frémit, la tante Jeanne parla de sublime dévouement et, comme elle était lettrée, rappela des souvenirs historiques ou des épisodes de feuilletons extraordinairement émouvants.

M. Valfleury était déjà dehors, armé seulement de son parapluie, afin de conserver, autant que possible, l'apparence d'un bourgeois pacifique et sans défiance.

Son absence dura trois heures. Trois heures d'angoisses. Maman guettait son retour de la fenêtre de sa chambre au premier, la tante Jeanne surveillait la route par toutes les ouvertures du second étage. Zézette et Mimi étaient montées le plus haut qu'on peut monter, au belvédère sur le toit, d'où elles dominaient le paysage au loin, sans rien

voir d'ailleurs à cause de la pluie qui zébrait les vitres. Jacques et Geo assuraient les communications entre les différents postes de vedettes en cavalcadant à travers l'escalier.

Enfin, comme on commençait à craindre qu'il eût été pris et dévoré vivant par les microbes affamés, M. Valfleury apparut sur la route, revenant à grands pas, la mine vraiment grave. Il entrebâilla la grille, entra très vite et la referma soigneusement. Il secoua son parapluie d'un geste douloureux, et l'ayant planté dans le porte-parapluies du perron, pénétra dans le vestibule.

— Eh bien ? prononça enfin Mmc Valfleury après une minute d'un mortel silence.

— Eh bien? balbutièrent tante Jeanne, Jacques, Geo et Mimi.

— Eh ben ? dit Zézette.

— Tout est vrai! déclara M. Valfleury. Ils sont dans la ville, Anémicmacvillesur-Seine, notre charmante et infortunée résidence, est tombée cette nuit en leur pouvoir! Ils tiennent tout, la grande place, la préfecture, les quartiers du centre, les rues du commerce, les promenades, toute la ville! Rien n'a pu leur résister, j'ai

parcouru tous les quartiers

— Imprudent!

Zézette et Mimi se précipitèrent dans les bras de leur père.

Maman serra Zézette contre clic.

— ... Et j'ai trouvé partout les microbes établis solidement sur leurs positions. Le préfet hors de combat, le maire et les adjoints couchés dans leurs lits, le conseil municipal aplati et terrifié...

Plus personne debout!

Dans toutes les maisons du Mail on grelotte la fièvre. Partout des gémissements! « Aïe, ma tête!...

Aïe, les reins!... Aïe, la tête et les jambes! Aïe, la gorge! Aïe, la poitrine me brûle ! Brrr! ... On n'entend que cela. Et tout le long des rues du com-

M, Valfleury était déjà dehors aviné de son parapluie.

merce ce n'est qu'un long et lamentable éternuement, prélude de toute la série d'horreurs...

M. Valfleury éternua longuement, puis ses jambes flageolèrent et il dut s'asseoir tout pâle.

— Pincé! fit-il.

M"1C Valfleury éternua, la tante

Jeanne éternua. Geo, Jacques et Mimi éternuèrent, leurs jambes flageolèrent aussi et ils cherchèrent des chaises.

— Pincés! gémit M. Valfleur v.

— Atchi! fit Zézette par esprit d'imitation seulement, en tournant sans s'asseoir autour des malades.

— Madame! dit la lionne Julienne apparaissant les yeux et le nez rouges, la figure congestionnée, je me sens toute chose ce matin, et ça n'est pas tout, le jardinier a dit qu'il était tout chose aussi et qu'il ne pouvait pas se lever !

Kh bien! fin nt maman, tante Jeanne, Mimi et Gt

Zézette était un peu émue, mais bien fière tout de même. Il n'y avait plus qu'elle de valide dans la maison, plus qu'elle peut-être dans tout le pays!

Geo, Jacques et Mimi étaient couchés, tante Jeanne était couchée, papa et maman seuls, quoique aussi malades que les autres, restaient encore debout par la force de la volonté et prodiguaient des tisanes à tous, un flot, une rivière de tisanes chaudes, pas très agréables à avaler, et contre lesquelles Mimi surtout protestait avec un reste d'énergie.

Pauvre Mimi, couchée depuis le matin, elle n'avait plus de force et de volonté que pour gémir et esquisser un geste de

Mimi et Zézette se précipitèrent dans les bras de leur père.

Madame, dit la bonne Julienne, je me sens toute chose.

Des fleures de tisane.

révolte quand papa ou maman arrivait avec la tisane. Elle faisait une grimace, tournait là tête de l'autre côté, puis, comme le bol de tisane suivait la tête dans cotte direction, elle se retournait encore et se démanchait le cou à essayer d'éviter la tasse impitoyable.

La plus grande marmite de la maison ayant été mise sur le feu, maman bien

emmitouflée, la figure endolorie, les yeux pleurants, entassait dans des théières tout ee qu'il y avait dans l'armoire à pharmacie de vieilles plantes ou de racines roulées et recroquevillées, dont les vapeurs un peu fades montaient dans toute la maison transformée en hôpital ou plutôt en ambulance.

La pauvre maison tout entière était la proie de

Lu plus grctnck

la maladie. C'était le château de la Grippe ! Oh! être pris en grippe par quelqu'un, c'est déjà grave, mais quand c'est par la grippe elle-même, quelle promesse de catastrophes !

Et dans tout le pays, il en était de même. Infortunée Anémicmacville, infortunés hàbitants! La ville, un champ de bataille! les habitants, tous sur le flanc! bousculés, renversés, couchés à terre par l'attaque soudaine des microbes qui, férocement, leur avaient sauté à la gorge.

Vers midi, Narcisse le jardinier, n'ayant pas de goût aux tisanes, trouva la force de se risquer en ville pour aller chercher d'un trois-six supérieur bien connu de lui, dans lequel il avait

énormément confiance pour le soulagement de . ses peines physiques et morales; il rapporta des nouvelles aussi fraîches que l'on pouvait les obtenir dans un pays en

proie aux brûlantes fièvres.

Après avoir enlevé la ville avec toutes leurs forces combinées, coalition formidable des infernales et maléficieuses puissances encore mal connues, malgré tant d'invasions enregistrées douloureusement par l'Histoire, les microbes semblaient s'être partagé Anémicmacville. Dans le quartier de la Préfecture, d'in- ' ;' / nombrables bandes de leuco-

coques et de microcoques, se livraient à l'assaut méthodique de chaque maison sans épargner personne. Un régiment de redoutables bacilles en virgule ou point virgule , — Narcisse n'avait pas bien vu , — occupait la Préfecture.

Avec une rage horrible, des strepto- Ncwùm le jardinier. coqlies mettaient à

sac les quartiers du centre, et l'on voyait courir de rue en rue vers les régions excentriques des bataillons de bacilles en boule, en spirales ou en bâtonnets, agités et furibonds, tandis que sur les promenades, se mettaient silencieusement en ligne d'innombrables légions de microbes des espèces les plus venimeuses et pernicieuses.

Au centre, sur la place de l'Hôtel-de- Ville, les chefs, entourés d'un nombreux état-major de véloces bacilles en spirale, aides de camp et estafettes, dirigeaient les opérations. Le chef suprême c'était le féroce et brutal feld-maréchal Grippetoukru, Grypki ou Gripka en polonais venu du fin fond des steppes asiatiques. On voyait à côte de lui les généraux Casseguibolles , Happecervelle , Triplequinte, Rongelarynx et Tordvertèbres avec la signora Lucrézia Influenza, terriblement artificieuse et pathogénique , laquelle passe pour une descendante en ligne directe de la famille des Borgia.

Zézettc n'était pas terrifiée. Seule probablement de toute la ville elle conservait une tranquille fermeté. Elle considérait la situation avec sang-froid et ne se démontait pas. Puisque tout le monde était malade, puisque la maison deve-

Lc feld-maréchal Grippetouhn et son état-major

Zczette, générale en chef de la résistance.

nait un hôpital, son importance sociale à elle, seule personne valide, grandissait à vue d'œil incommensurablement.

Elle passait tout à coup maîtresse de maison et générale en chef de la résistance.

Pour marquer son autorité, elle commença par coucher dans son lit ses poupées et celles de Mimi, puis mit avec elles Griffignette, la chatte de la maison, et le caniche Pompon qu'elle borda consciencieusement pour leur éviter de dangereux refroidissements. Elle tâta le pouls des poupées, du chien et du chat, et bien qu'elle ne pût réussir à leurfaire tirer la langue, les condamna tous à une diète sévère.

La maison est toujours un hôpital. Les enfants sont toujours au lit. Tante Jeanne, maman et papa trouvent de temps en temps la force de rester debout quelques heures pour se relayer au chevet des malades, mais la tête leur tourne,

Zizette coucha ses poupées, son chien et son chat.

leurs dents claquent et leurs jambes flageolent. Jacques a une déplorable figure. Geo, naguère si vif et si décidé, se montre lamentable et terne. Mimi est lente et pâle. Seule Zézette demeure vaillante.

Des gens de la ville, pas de nouvelles. Sont-ils tous dévorés par l'armée des bacilles ? Les Valfleury l'ignorent. Nous pouvons cependant apprendre au lecteur qu'il reste encore quelques-uns des pauvres habitants d'Anémicmacville-sur- Seine , mais tous enrhumés, bronchités, refroidis , enroués, délabrés, débilités , grippés et regrippés à fond.

Tous les maux font rage et les microbes s'amusent à greffer les unes sur les autres mille complications des maladies les plus disparates, les moins habituées à marcher ensemble; ils s'amusent , les

L'affreme of/res.se Anémie.

gueux, à estomaquer les gens, à leur couper les jambes, brouiller la poitrine, les nerfs, la cervelle.

Par-dessus le marche, la piteuse Mélancolie s'introduit dans la place et fait des siennes dans la cervelle de messieurs jadis rubiconds et de grosses dames qui semblaient pourtant bien à l'abri ; l'infâme neurasthénie, cette prétentieuse si fière de n'avoir que de belles connaissances et de ne frayer guère qu'avec les intellectuels, se met de la partie et vient chercher parmi les Anémicmacois ce qu'il peut y avoir de gens assez importants pour elle.

Zézette reste vaillante et c'est bien heureux, car papa et maman sont assez tourmentés de voir les mines désastreuses des autres, de Jacques, de Geo et de Mimi.

Gare l'Anémie, l'affreuse ogresse maigre qui dévore les joues des enfants, leurs belles couleurs, leur chair tendre et rose, qui triture de ses dents cruelles, avec la vie des petits, le cœur des pauvres parents, l'ogresse Anémie qui abat, qui ronge, qui tue!...

Non, décidément Zézette en a assez d'être garde-malade, d'offrir à ses poupées, au caniche Pompon et à la chatte Griffignette des tasses de tisane, et de leur faire

la lecture de son alphabet pour les engager à prendre patience. C'est enrageant et impatientant d'être seule en bonne santé, d'être seule à pouvoir jouer, courir, s'amuser!... Elle en a bien assez ! Elle se promène dans le jardin, songeuse et boudeuse.— C'est vilain et méchant de la

part des autres, de tous les autres, d'être malades si longtemps. Et ça n'est plus intéressant, d'abord !

Ces brigands de microbes aussi Ces scélérats qui assiègent le pays.

Si, pour en finir, elle faisait comme dans l'histoire que lui lisait Miuii l'autre jour, comme cette belle dame nommée Judith, si elle s'en allait au camp de l'ennemi avec un grand sabre, pour couper la tête au roi des microbes ? ou bien, comme cette autre dame d'une autre histoire, nommée Jeanne d'Arc, qui avait aussi un grand sabre et qui montait sur un grand cheval habillé en fer...

Zézette était arrivée au fond du jardin! Tiens! c'est extraordinaire! Il y a là quelque chose que jamais auparavant elle n'avait aperçu. Plus de murs, une vraie montagne à la place du ^% petit labyrinthe, avec un ravin sur le côté et un 'w^^M^h petit sentier grimpant dans les rochers... Mon Dieu, n'y aurait-il pas des brigands comme dans Ali-

Tieim. c'est extraordi,

raie montagne que Zèzelte n'avait pas vue.

Baba? Mais non, Zézette n'a pas peur et s'engage dans le sentier... Tiens, une église maintenant, tout en haut sur un rocher pointu! Dire que Suzette qni jouait toujours au bout du jardin, n'avait jamais vu ça !

Une église, c'est peut-être un bien grand mot. Une simple chapelle, toute petite, avec une petite cloche suspendue au toit, une petite statue sous le porche et une petite maisonnette à côté.

Une bonne pensée vient à Zézette qui a grimpé vite jusque-là.

— Je vais faire ma prière pour maman, pour papa, pour Mimi, pour Griffignette Pompon...

U»e petite église acte w*e petite d-xke.

Elle se met à genoux aux pieds de la statue, les mains jointes ; sa prière ne se formule pas avec des mots, mais elle a le cœur gros en pensant à maman et aux autres. Ses yeux levés en l'air prient pour elle, mais afin qu'il n'y ait cependant pas de malentendu, elle complète sa prière muette par ces mots énergiquement prononcés : A bas la Grippe ! !

— Sancta Coca, ora pro nobis ! — Amen! dit une voix derrière elle.

Sans aucun bruit, la porte de la maisonnette vient de

Zézettc fit sa prière.

s'ouvrir, encadrant un homme ou plutôt une grande barbe sous un capuchon, et cette barbe ajoute aux paroles mystérieuses qu'elle vient de prononcer :

— Je suis l'ermite du ravin...

— L'ermite, le bon ermite du ravin! dit Zézette qui connaît ses classiques, en partie du moins.

— Lui-même! mademoiselle Zézette, prenez la peine d'entrer dans mon ermitage...

Le singulier ermite et le curieux ermitage ! Dans une pièce pas bien grande s'entassent de bizarres instruments de toutes sortes, étranges et luisants , des cornues, de gros livres, un immense fourneau, sous un crocodile empaillé au plafond; c'est vraiment étonnant, même pour des personnes plus au courant que Zézette des étranges choses qui peuvent se rencontrer dans le monde.

— Mademoiselle Zézette, dit l'ermite offrant des bonbons à sa visiteuse, que disiez-vous tout à l'heure devant la porte de mon ermitage?

— Tiens, je disais : A bas la Grippe, donc! pour que la sainte Vierge qui est sur la porte de ton église l'entende, répondit Zézette en essayant plusieurs bonbons.

— D'abord, ce n'est pas la sainte Vierge, ma statue, c'est sainte Coca, une sainte Américaine, une ancienne hamadryade; tu ne sais pas ce que c'est, mais ça ne

fait rien... L'hamadryade de l'arbuste

Mademoiselle Zézette, dit l'ermite, en lai offrant des bonbons.

— A bas la Grippe! répéta Zézette.

— A bas la Grippe! prononça distinctement le crocodile empaillé du plafond en ouvrant des mâchoires énormes.

— A bas la Grippe! zézayèrent les cornues et les alambics dans tous les coins.

— A bas la Grippe! rugit le fourneau d'une voix de tonnerre en lançant en l'air une longue flamme et des tourbillons d'une fumée qui sentait très bon.

— N'ayez pas peur, chère Mademoiselle Zézette, c'est de la flamme de volcans, mais de volcans qui sont très loin d'ici et qui chauffent là-bas, en Amérique, les plantations de Coca, pour donner à la plante cette chaleur réconfortante et réparatrice qu'elle nous transmet , ainsi qu'un sang nouveau coulant plus vif et plus chaud dans nos veines.

— Ça cuit-il aussi les microbes?

— Aussi.

— Alors, cuis-les!

— Nous sommes venus pour ça, répondit l'ermite.

— Guerre aux tyrans ! clama le crocodile. Les cornues et les alambics frémirent et s'agitèrent. Ils entonnèrent en chœur, — sans gestes, heureusement ! — Guerre aux tyrans. Non, non jamais, jamais en France, le microbe ne régnera !

Les petites fumées montaient au plafond de l'ermitage, une odeur délicieuse et chaude flottait dans l'atmosphère. Zézette

Les cornues et les alambics frémirent.

se sentait prête à danser. Elle était redevenue joyeuse, le crocodile qui chantait ne lui faisait pas peur, ni les cornues aux becs étranges, ni la masse des alambics luisants où il semblait qu'il y eût des grosses têtes de cuivre écarquillant leurs gros yeux ronds pour la regarder.

— Guerre aux tyrans!

— de l'humanité ! dit l'ermite. Ecrasez-les, pilonnez-les, pulvérisez-les, réduisez-les en marmelade! Allez!...

Zézette ouvrait de grands yeux. De toutes les cornues, de tous les alambics, du fourneau, de la gueule ouverte de l'alligator sortaient en foule de petits êtres étranges , agiles, se poussant, se culbutant les uns les autres pour aller plus vite, ribambelle d'abord, fourmilière ensuite, surgissant de tous les coins. Extraordinaires, ces gnomes, petites figures minuscules aux formes imprécises, farfadets barbus ou bouteilles pansues courant se serrer en colonnes profondes.

— Formez vos bataillons! chantait la voix caverneuse du fourneau.

Les bataillons de gnomes en forme de bouteilles, ou de bouteilles en forme de gnomes, défilaient devant l'ermitage et dégringolaient par le sentier, les uns derrière les autres, dans une marche rapide; on les voyait tourner en bas, s'enfoncer dans les chemins, filer dans la direction de la ville par véritables corps d'armée et il en sortait toujours et toujours des entrailles de la terre.

— Ça communique avec le Pérou, dit l'ermite répondant à une interrogation des yeux de Zézette, directement, par un tube, c'est bien simple...

Et les gnomes en bouteilles continuaient à défiler, tandis que les cuivres des alambics faisaient ronfler une marche guerrière, alerte et joyeuse.

— Passez chez nous, s'il vous plaît! cria Zézette, pour guérir papa, maman et les autres.

— C'est déjà fait! dit l'ermite.

— Alors je veux t'enibrasser! dit Zézette.

— Et alors, ajouta-telle après s'être perdue dans la barbe de l'ermite, alors ils vont tuer tous les microbes, c'est très bien!

Mais je veux qu'on leur

Alors je veux f embrasser, dit Zézette.

pe la tête à tons, l'un après l'autre et qu'on les pende ensuite, et puis aussi que.. — Suis-moi dans mon clocher, tu vas voir...

Étrange! Zézette sans peine escaladait quatre à quatre les marches difficiles de l'escalier en colimaçon; montant devant l'ermite, elle passait même

sans la moindre peur par-dessus une | ' balustrade et rentrait par une fenêtre. Enfin, parvenue tout en haut, %</ voilà qui est le plus fort, elle grimpa sur une des branches de la croix 1 1 pendant que l'ermite allait s'asseoir sur l'autre et se mit à regarder dans I j la direction de la ville. Au-dessus d'elle, il n'y avait que des nuages f j et le coq du clocher qui battait des

ailes, ce que les coqs de clocher ne font pas d'habitude et qui s'égosillait à crier : — Cocaricoca!

— Tiens! fit Zézette, il a une drôle de façon de prononcer.

— C'est du péruvien tout pur, dit l'ermite. Ça veut dire Cocorico... Maintenant garde !

Zézette battit des mains.

Les petits gnomes bouteilles , les flacons farfadets, en colonnes serrées, assaillaient la ville des microbes par

Zézette escaladait sans la moindre peu

tous les points; ils grimpaient à l'assaut, s'élançaient par les rues et boulevards.

— Attention ! prends cette longue-vue, tu verras mieux, dit l'ermite.

— Bravo! bravo! cria Zézette, voici la bataille! Très bien! bravo! Oh! comme

on les écrabouille, les brigands !

pez fort, c'est bien fait ! Tapez chefs culbutés. Bravo ! le géant

Et Zézette, suspendue dans crainte; d'ailleurs je poussée par le vent, s'actenir en cas de mouvecoq au-dessus lançait pliants.

— Ça y est ! dit l'erà plate couture, ceux qui ne sont pas tout à fait exterminés se sauvent comme ils peuvent par les égouts... Nous pouvons descendre.

En effet, tout était fini.

Dansla pauvre Anémicmac ville délivrée, on vovait les habi-

Comme ils se tortillent ! Taplus fort ! Bravo ! voici les Grippetoukru est par terre !...

les airs, se trémoussait sans crois que la barbe de l'ermite, crochait à elle pour la mainments trop brusques. Et le toujours des Cocaricoca tv'iom-

mite, les brigands sont battus

Zizctte gesticulait sur la croix

Ronde des déscitrlniinéx.

tants sortir des maisons en levant les bras en l'air; on voyait même les autorités danser en rond sur la place, oui, vraiment, le Maire, le Préfet et le Conseil municipal au complet, et on entendait, malgré la distance, avec la lorgnette sans doute, on entendait des cris de joie : Je suis désenrhumé! tu es désaffadi! nous sommes débronchités ! désenroués, délaryngités ! désanginés, désénervés, dégrippés ! Il y en avait même qui semblaient bégayer et qui ne bégayaient pourtant pas en criant : Je suis dédéprimé, je suis dédébilité ! Et cela se voyait bien à la façon dont ils prenaient part à la danse, ou se mêlaient sans façon au quadrille officiel, acclamant M. le Préfet, alors que celui-ci dans un transport proclamait d'une voix vibrante : A bas la Mélancolie !

A quoi M. le Maire répondait par ce cri presque révolutionnaire à notre époque : A bas la Neurasthénie! Ecrasons l'infâme Anémie! — L'affichage! Nous demandons l'affichage du discours! tonitruait tout le Conseil municipal, dansant le Cakewalk avec modifications et nuances, selon le tempérament

de chacun.

Avec la même vélocité qu'elle avait déployée dans l'ascension, Zézette descendit de son clocher, après avoir toutefois, hâtons-nous de le dire, embrassé poliment l'ermite qui riait dans sa barbe.

Un grand coup de soleil traversa l'espace, dispersant brumes et nuages, et brusquement, sur un char enlevé par des sortes de libellules géantes aux ailes étincelantes comme

des rayons d'argent, le bon ermite à la barbe florie passa dans les airs, au-dessus de la ville. Il tenait entre ses bras une énorme bouteille, étincelante aussi, sur l'étiquette de laquelle on lisait : « VIN MARIANI A LA COCA », et, tout autour, des escadrons de flacons, décorés de la même étiquette triomphante, trottaient, cavalcadaient, se pressaient en rangées innombrables au bruit des acclamations.

Le char roulait; la bouteille magique, comme une -, , fontaine de jeunesse et de renouveau, lançait le vin Mariani en cataracte bienfaisante, et la barbe de l'ermite voltigeait, et les escadrons de flacons galopaient, *° disparaissaient déjà aux confins de l'horizon, pour s'en aller ailleurs, là-bas, partout, vers d'autres villes plus ou moins dolentes, d'autres contrées affadies, d'autres continents fatigués ou malades, répandre à travers le monde pour les grands, les petits, les messieurs, les dames et les petits enfants, la santé, le réconfort et la belle humeur...

Zézitte revint en Courant à la maison.

éclats clans cette maison si triste tout à l'heure. Oui vraiment, on riait et on chantait!

Tous ces malades menaient une farandole joyeuse à travers les chambres et l'escalier; ils chantaient, riaient et dansaient. Seules, les poupées ne se mêlaient point aux réjouissances et restaient enfouies dans leur grand lit, mais la chatte Griffignette, mise en train, cabriolait avec eux et Pompon aboyait vigoureusement.

— Cocaricoca! cria Zézette en prenant la main de Mimi pour se joindre à la farandole.

Le château de la Grippe était désenguignonné !

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