CHAPITRE VIII
A la suite de ces ventes, commença le dépècement de la Muette. Non seulement les bâtiments et terrains vendus à part en furent détachés, mais le lot principal adjugé à M. Lequien-Boiscressy, et acquis ensuite par M. J. -B. Rousseau, fut divisé. Le château lui-même fut mutilé; on démolit une partie de l’avant-corps qui en occupait le centre et l’on obtint ainsi deux habitations séparées par un passage ouvert. La partie droite, c’est-à-dire la plus voisine de Passy, n’ayant que quatre fenêtres de façade avec un jardin de quelque étendue, fut dénommée Petite Muette, la partie gauche, avec cinq fenêtres de façade et le parc presque entier, conserva le nom de Muette.
La Petite Muette, vendue aux époux Martin, fut cédée, par ceux-ci, à M. Etienne-Antoine Barbier de Saint- Hilaire, qui lui-même la revendit, le 2 germinal, an XII, à celui que l’on a jadis nommé :
Le mensonge incarné, le parjure vivant Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent.
Dans un rapport du 19 mai 1811, le comte Daru, intendant général de la maison de l’Empereur, proposa à Sa Majesté d’acheter la Petite Muette. Napoléon ayant approuvé ce projet, Talleyrand consentit à vendre sa propriété, moyennant le prix de 59 675 fr. 50. L’acte porte la date des 8 et 11 juin 1811 L Comprise à la Restauration, dans la dotation de la liste civile, la Petite Muette fut habitée par le comte Corvetto, ministre d’Etat. Distraite
1 . C’est par erreur que, dons un document publié par la ville de Paris, Tauteur, M. Barras, dit que l’État était demeuré propriétaire et que la Petite Muette fut comprise par le Sénalus-Consulte de 1810 dans la dotation de la liste civile.
LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE
de la liste civile, par une loi du 2 mars 1832, et mise en vente, le 11 septembre suivant, elle fut adjugée à M. J.-B. Dumoulin, ancien officier d’ordonnance de l’Empereur, qui la revendit, dès le 26 janvier 1833, à M. Jacques- Jullien Sallicon. Ce dernier l’ayant léguée à son neveu et à ses nièces, M. et Mlles de Montai, la licitation fut demandée, et la propriété fut adjugée, le 6 décembre 1852, à M. Toussaint Jourdan, lequel déclara command profit de la compagnie du chemin de fer d’Auteuil. On verra plus loin comment M. Erard en acquit la plus grande partie.
Quant à la Muette elle-même, elle semble avoir été peu ou point habitée, soit par M. de Boiscressy, qui, après sept mois, l’abandonna à M. Lavy, soit par ce dernier, qui n’en resta propriétaire que pendant deux ans, soit par M. Montboyen, qui la posséda durant trois ans seulement, soit par M. J.-B. Rousseau, lequel, dès les premières années de l’Empire, chercha l’occasion de s’en défaire. A cette époque, les fonctions de préfet de police étaient remplies par M. Dubois. Déjà, en témoignage de satisfaction, Napoléon lui avait conféré le titre de comte et, pour lui permettre de siéger au Conseil d’Etat, avait créé le titre de Conseiller d’Etat en service ordinaire hors section. Le voyant fatigué, l’Empereur lui dit un jour^ : « Vous ne demandez jamais de congé, vous ne quittez jamais vos bureaux, il faut cependant que vous preniez quelque repos et que vous puissiez changer d’air, sans toutefois
1. Je tiens ce récit du comte Eugène Dubois, conseiller d’État sous le second empire, flls du préfet de police de Napoléon. 11 y a peu d’années que Vitry est sorti de la famille de Dubois, après la mort de Mme de Fadate de Saint-Georges, fille unique du comte Eug. Dubois.