DEUXIÈME ÉTAGE
Chambre de la reine jeanne. — Cinq tentures très belles sont des Gobelins : elles représentent Dieu apparaissant à Moïse , l'hiver , le printemps , Tobie , et la toilette de Vénus, une des plus remarquables tapisseries du château sous le rapport du dessin. Une tenture de Flandre , de la collection des Jeux d'enfants , figure le jeu de quilles. Le lit est en bois richement sculpté. On remarque sur le panneau du devant un guerrier endormi et un hibou. Il porte la date de 1562. On aperçoit au-dessus une vache, ce qui fait présumer que ce meuble est d'origine béarnaise. Les panneaux des deux bahuts sont anciens et du style flamboyant. Les socles sont modernes et d'assez mauvais goût. Les statuettes de Sèvres représentent Crillon et Henri IV. La petite statuette en bronze est la reproduction de celle du Pont-Neuf.
cabinet de la reine jeanne. — C'était l'oratoire de Jeanne d'Albret. Deux beaux tableaux en tapisserie des Gobelins représentent Henri et Sully à Fontainebleau, et Sully blessé.
chambre d'henri iv. — Favin , dans son histoire de Navarre, dit que Jeanne d'Albret occupait une chambre du premier étage lorsqu'elle mit au monde le bon Henri. Le Bret, dans son manuscrit sur le royaume de Basse- Navarre et pays souverain de Béarn , écrivait au commencement du XVIIIe siècle : « Henri IV... naquit... dans l'appartement qu'occupent aujourd'hui les lieutenants généraux de Navarre et Béarn , au deuxième étage. » La tradition avait également conservé la mémoire de ce fait. On éprouve une vive émotion en entrant dans
la chambre où l'un des meilleurs rois du monde reçut je jour, le 14 décembre 1553.
Peu de berceaux royaux ont été conservés par la vénération des siècles, Bruxelles possède celui de Charles- Quint. Pau est fier d'avoir gardé celui d'Henri IV. C'est une simple coquille ou carapace de tortue, dont les dimensions exactes sont de lm 08e sur 0m 81e. Lorsque la Révolution éclata , tant que les espérances d'une ère nouvelle purent s'allier avec le culte des anciennes gloires, le berceau du roi ami du peuple continua à paraître dans les fêtes publiques , même à côté des emblèmes révolutionnaires.
Pendant le règne de la Terreur, des forcenés, sous prétexte de détruire les vestiges de la tyrannie, déclarèrent une guerre sauvage aux monuments historiques de la France. Il était à craindre que le berceau royal ne devint leur proie. M. de Beauregard possédait à Pau un cabinet d'histoire naturelle dont j'ai hérité. Il avait une écaille de tortue fort ressemblante à celle du château. Il imagina de substituer l'une à l'autre. Le concierge Lamaignère eut le courage de se rendre complice de cette fraude pieuse, qui s'accomplit dans la nuit du 30 avril 1793. Le lendemain, quelques furieux brûlaient publiquement une écaille sans souvenirs, en croyant brûler la relique d'un roi. Un article du Mémorial des Pyrénées du 30 brumaire an xi apprit aux Béarnais l'heureuse conservation du berceau d'Henri IV , qui fut rendu au château, sur la demande du conseil municipal, le 30 mai 1814. Des hommes qui aiment à douter de tout auraient voulu jeter des soupçons sur l'identité de la coquille restituée; mais cette identité fut constatée par tant et de si honorables témoignages, que l'évidence a fini par convaincre les plus incrédules. Louis XVIII envoya, pour ornement, un riche trophée. On dit que la duchesse d'Angoulême fit elle-même une partie des broderies.
Sur la cheminée existait autrefois une inscription rap-
portant l'acte de naissance de notre Henri. Il faut espérer qu'on la rétablira. On y remarque en ce moment un bas-relief d'Henri IV, qui paraît être de l'époque.
Les tapisseries sont de Flandre. Le bahut est du temps de Louis XII. Le lit, en bois sculpté, est très-remarquable. Soixante-quinze figures de rois couronnés ou de guerriers sont représentées sur ses panneaux. Il a été restauré ; les deux colonnes et l'encadrement du haut sont modernes ; le reste est ancien et d'une belle conservation. Ce lit a-t-il servi à Gabrielle d'Estrée ? Il provient du château de Richelieu : il était placé dans la chambre dite du Roi, où notre Henri avait couché lors de la conférence mystérieuse que le roi de Navarre eut avec Henri IH, roi de France.
Troisième pièce. — Les tapisseries sont de Flandre et représentent l'histoire de Psyché. Le bahut est très beau; style de la Renaissance.
Quatrième pièce. — C'est là que couchaient les femmes d'Abd-el-Kader. Les quatre tapisseries sont de Flandre et datent du XVIe siècle. Le bahut est de la fin de la Renaissance. La statuette équestre de Sèvres, qui est au dessus, représente Louis XII.
Cinquième pièce. — Les tentures sont en tapisserie de Flandre du XVIe siècle. Le bahut est du style ogival, fleuri ou flamboyant. Le panneau seul est ancien. La statue équestre de François Ier est de joli Sèvres. L'écran, fait en tapisserie à la main, reproduit l'allégorie de la France armant Jeanne d'Arc , avec l'inscription : La F?*ance délivrée.
C'est dans cette chambre, dont les tentures avaient été cachées et les beaux meubles enlevés, que j'ai vu Abdel-Kader sur un lit modeste, placé à côté de la cheminée. Son oncle couchait près de lui sur un pliant.
Tels sont les appartements où le public est admis. Malgré quelques belles tapisseries qui se trouvent sur-
tout au troisième, je ne conduirai pas le lecteur dans toutes les salles du palais. Cependant , je l'introduirai dans les pièces destinées aux dames d'honneur, au ministre d'Etat et au grand-maréchal du palais.
Appartements des dames d'honneur. — Ils communiquent à la chambre de l'Impératrice par une porte secrète du cabinet de bain. Les tapisseries des trois pièces sont des Gobelins et font partie de la collection dite des Maisons royales. Des vases en faïence ancienne d'Italie ou de porphyre d'Egypte ornent les cheminées.
Appartements du Ministre d'État et du Grand Maréchal du Palais. — Les tentures de l'antichambre sont des Gobelins. Celles des autres pièces sont peut-être les plus intéressantes du palais. Elles sont inédites. Elles forment cinq tableaux de la vie de Saint-Jean au désert. 11 est tout vêtu de feuilles, et, auprès de lui, se trouve une reine avec la couronne sur la tête, et une discipline à la main. Les autres tableaux représentent le Baptême, la Prédication, le chef de Saint-Jean porté à la Cour, la Présentation du chef au roi. Rien de plus curieux, de plus brillant de couleurs que tous ces personnages en costume du temps de Louis XII ou de François 1er. Les paysages, les châteaux, la chaire de Saint-Jean, le magnifique carrosse traîné de deux chevaux, l'un blanc et l'autre bai, mille détails enfin mériteraient une étude que je regrette de ne pouvoir essayer ici.
Cette tapisserie, admirablement conservée, est évidemment de Flandre. D'où provenait-elle ? Nul ne le savait. Elle a été découverte dans le garde-meuble de la Couronne par M. le baron dTIenneville. Elle n'était indiquée sur aucun inventaire. Or, en relisant la description des tapisseries de laine envoyées du château de Pau à Paris en 1602, j'ai trouvé mentionnées huit pièces de Vhistoire de Saint-Jean rehaussées d'or. Voilà donc les mêmes tentures qui reviennent après des siècles décorer de nouveau le palais de Marguerite de Valois !
Daus la seconde chambre , je ferai remarquer aussi un beau bahut ancien , ei} bois sculpté , représentant des scènes de la vie de Saint-Jean et de l'Evangile , séparées par des médaillons de personnages en costume du XVIe siècle.
Depuis Tannée 1859 l'ancien corps de bâtiment qui fermait la cour d'honneur du côté de Test a été démoli pour faire place à un portique de trois arcades qui servira maintenant d'entrée principale. Ce portique est construit dans le style de la Renaissance. Les pilastres et l'entablement qui le décorent seront couverts de riches sculptures analogues à celles qui ornent les grandes fenêtres de l'intérieur de la cour. Les voûtes sont à nervures qui s'entrecroisent et s'épanouissent en rosace à leur point de jonction. Ce portique sera couvert par une terrasse et couronné par une riche balustrade sculptée; à droite de l'entrée se trouve un corps de bâtiment qui fait suite à l'aîle du nord et qui en reproduit l'architecture. Il est destiné aux logements du Commandant militaire et du Régisseur du château. À l'extrémité de ce bâtiment s'élève une tour qui sera semblable comme dimension et comme décoration à la tour de Bilhères, située du même côté, placée à peu près dans l'axe de la rue de la Préfecture. La nouvelle tour servira de point de vue et annoncera de loin le château à ceux qui arriveront par cette voie Le complément obligé de la nouvelle façade sera la rectification du pont jeté sur ce fossé et par lequel on arrive maintenant. On peut remarquer en effet que ce pont, qui est très-étroit, a de plus l'inconvénient de ne pas se trouver dans l'axe de la cour d'honneur, mais ce travail de reconstruction ne se fera que lorsque
la ville aura dégagé les abords du château en ouvrant une large rue qui -permettrait d'y arriver facilement soit de la rue Préfecture, soit de la rue Henri IV. Il est à désirer que ce projet conçu depuis si longtemps puisse enfin se réaliser. Il est de l'intérêt du château que Ton puisse y arriver autrement que par des rues étroites et tortueuses. Il est de l'intérêt de la ville de mettre en relief son monument le plus remarquable.