‹ Le château de RambouilletChapitre 15 sur 32 · LE DUC DE PENTHIÈVRE ET LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LE DUC DE PENTHIÈVRE ET LOUIS XVI

tint à lui accorder « en considération de son oncle le comte de Toulouse et de sa tante la comtesse de Toulouse ». Entin le roi lui fit cadeau d'un passepartout et décida que les gendarmes et les chevaulégers le salueraient comme Sa Majesté elle-même. L'esprit, l'imagination et la sensibilité de la comtesse de Toulouse gardaient sur Louis XV tout leur empire. Les courtisans s'en inquiétaient, mais vainement : « Le Roi. disait d'Argenson, est d'une familiarité et assiduité chez ^I™- la comtesse de Toulouse, qui passe à l'excès; il y va lorsqu'elle est à Versailles" des deux et trois fois par jour. Il y soupe, il y parle des affaires politiques. » Il fallait encore visiter à Rambouillet : comme au temps du comte de Toulouse, il y chasse et y séjourne longuement. Il s'y installe même, et ordonne des modillcations à son appartement. En 1739, il charge son architecte Gabriel d'exécuter pour son premier valet de chambre un nouvel entresol en communication avec son appartement. L'année suivante il « trouve plusieurs changements à celui-ci : non seulement un nouveau verni d'une couleur plus claire et plus agréable que l'ancien. qui donne plus de gaieté à son appartement, mais, entre cela, un cabinet nouveau dans une tour oîi était anciennement la chaise percée du roi, et Tentresol que l'on fit l'année passée, accomodé avec beaucoup de goût et de magnificence; au-dessous de cela, une garde-robe de commodité extrêmement jolie. ))

En 1-44, le duc de Penthièvre fit ses premières

armes. Lu même année, il épousa la princesse de Modène , Marie-Félicité d'Est, petite-fille du Réo-ent. Ce mariage dont survécurent seuls deux enfants, le prince de Lamballe, et M'^' de Pentliièvre, l'ut de peu de durée. En 1704, la duchesse succombait à la phtisie en donnant le jour à un enfant qui mourut aussitôt après. Cette catastrophe jeta, à vingt-neuf ans, le duc dans la plus profonde douleur. Il s'enfuit dans la solitude de son chcàteau de la Rivière, près Fontainebleau « ne disant rien, ou fort peu de choses pendant les repas, et faisant chaque jour et seul de longues promenades dans la foret )). Puis, fuyant toujours ses souvenirs, il va en pèlerinage à Chartres, d'où il se rend en Italie, où il séjourne près d'un an. A son retour, la mort d'un hls, le duc de Chàteauvillain, le rejette dans la douleur. Il ne paraît plus à Rambouillet, quille son looement à Versailles ; à Thotel même de Toulouse, il ne veut plus occuper ni son appartement, ni celui de sa femme.

Le mariage en 1767, du prince de Lamballe avec jNIarie-Thérèse-Louise, princesse de Carignan, l'an qui suivit la mort de la comlcsse de Toulouse, sembla lui promettre une vie nouvelle. Un an à peine était passé, que le prince de Lamballe mourait.

Le nouvel oratoire. — Chargé d'une belle-fdle de vingt ans, le tluc paraît alors vouloir se reprendre à Rambouillet. Le 3i juillet 1772, Pévêque de Chartres vint y bénir une nouvelle chapelle. L'an-

LE (iOUT DES JARDINS AU XYIIl" SIÈCLE 67

cienne était installée dans la tourelle conlio-nc à rapparteiiient du Roi : la grande salle de .cet appartement y donnait de plain-pied ; la nouvelle fut aménagée dans la tourelle construite par le comte de Toulouse, où elle est encore aujourd'hui. 11 est inutile de remarquer que la décoration actuelle ne date que du Premier Empire. C'est au rez-de-chaussée d'une autre des tourelles qu'à la même époque était installée la biljliollieqae.

Le goût des ja^rdins au XVIH siècle. — Depuis Fleiiriau dArnieiKjnville, les jardins, on l'a vu, n'avaient pas été négligés. Aux statues (|u'v avait placées Fleuriau, de nouvelles étaient venues s'adjoindre : « un groupe de Xeptii/ie. accompagné d"un cheval et d'[\n eiii'ciiit. une ligure assise sur un rocher, une ligure de garçon nu, une Fidélité, une figure de marbre avec un satyre, j) et d'autres encore. Le seul parterre était orné de cinq hgures et de dix-huit vases de pierre; sur les bords du Rondeau on comptait cinq statues, cinq aussi dans rOrano-erie. deux à l'entrée du bassin.

Eni jj.j. on se donnait bien encore la peine de restaurer cette dé(.'oration, mais elle ne piquait plus le goût. On était las des parterres, des bosquets, des terrasses, des effets d'eau et des cascades à bouillons. Ce que la mode réclamait, ce qu'il était déjà « du bel air » d'avoir autour de son château, c'était les « vrais jardins de la nature », ceux qui « dans un lieu quelconque donnent, prétendait-on, l'aspect le plus agréable que ce site soit susceptible de

produire ». Cette méthode, appliquée en Angleterre dès le début du xviii- siècle, « modère également, dit un de ses apologistes l'ambition de créer et la manie de détruire. Elle oblige à suivre ce que la nature indique par la forme du terrain, la situation, l'étendue du lieu; elle permet de conserver la plus grande partie des formes des anciens travaux, lorsqu'ils ne s'opposent point au plan nouveau, et réduit ainsi beaucoup la dépense, le temps et la difficulté^ ».

Les relations avec les Indes et surtout la Chine, la curiosité de l'exotique, l'introduction en particulier des arbres étrangers, des essences rares, dont on ne pouvait posséder, et au prix de quels soins ! que peu de spécimens, exercèrent, avec Tanglomanie, la plus grande inQuence sur ce changement du goût. Comptez aussi pour beaucoup un préjugé réel : l'attendrissement, digne d'une âme sensible, formée aux leçons de Rousseau, sur la déchéance de la naïve Nature, asservie aux caprices de la civilisation, sur la dégradation que lui imposent Fart et le goût pour les jouissances d'un luxe raffiné et corrompu.

C'est à cette révolution de la mode que nous devons de trouver à Ramljouillet un parc anglais à coté du jardin à la française. En 180-. l'Anglais Piiikney, visitant Rambouillet, disait : « Nous n'eûmes pas le temps de parcourir les jardins, mais, après un rapide coup d'œil, je ne le regrette pas. Ils

' Marquis de Laborde. Les anciens cliâteaiu: de France.

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