ERMITAGE
une garde-robe décorée de peintures de style pompéien. Sur la pression d'un bouton, les armoires, qui dans le fond flanquent la glace de toilette, s'ouvraient d'elles-mêmes, et deux négriUons automates, sortant du mur, s'avançaient sur une glissière, porteurs de parfums, vers ha beaul»' (|ui réclamait leur ofhce. Eu icSji. les Pi-ussiens bvs ont arrachés et emportés eu Allemagne.
Sur la colline ([ui domine le pavillon des Co([uil-
lages, dissimulé dans une situation solitaire par la haute futaie qui l'entoure, se cache un Ileiinitaqe. A un petit oratoire couvert de tuiles s'accole une chaumière, logis de Thermite supposé. Des peintures gothiques que Napoléon fit exécuter dans l'oratoire, sont aujourd'hui à peu près détruites. On ne saurait les regretter.
C'est Jean-Baptiste Paindebled, « architecte et entrepreneur de jardins anglais » qui, sous la direction de Goupy, directeur des bâtiments de Son Altesse Sérénissime, avait été chargé de la conduite de ces divers travaux, qui coûtèrent 170.000 livres environ au duc de Penthièvre.
Louis XVI. — Mais, pas plus que Fleuriau d'Armenonville n'avait eu le temps de profiter des embellissements faits par lui à Rambouillet, le Duc ne jouit longtemps des agréments du jardin anglais.
Un domaine aussi vaste que son duché, aussi bien aménagé pour la chasse, était une trop forte tentation pour un chasseur comme Louis XVI. Il s'étendait presque jusqu'au parc de Versailles : pour le Roi lui-même c'était un avantage que de n'avoir pas à sortir de chez soi. De son cùté, le duc de Penthièvre, resté, par la mort de son neveu, le ('omte d'Eu, le seul héritier de Louis XU' et de M""^ de Montespan et le plus gros propriétaire terrien du royaume — il possédait Aumale, Gisors, Anet, Eu, Dreux, Sceaux. Amboise, Chantelou, Armainvilliers — ne faisait pas dilUculté de céder
LOUIS XVI j3
au Roi un de ses châteaux. 11 le pressait même, paraît-il, d'en faire Tachât. Louis X\'l résistait à son goût, dès longtemps déclaré, a par esprit d'économie et par la crainte de surcharger ses peuples, pendant tout le temps de la guerre » de Flndépendance des Etats-Unis. ^lais, une fois la paix conclue, en septembre 1783, il se décida, et pour 16 millions acheta Rambouillet à titre privé.
Il y mena la reine à qui le château, qu elle trouva golliiqiie, déplut fort. « Ce n'est qu'un grand bcàtiment à lantique », disaient les guides des environs de Paris, et chacun s'accordait à en trouver malheureuse la situation dans un bas-fond. Il n'entrait pas dans les projets du Roi de le conserver. Cette construction si remaniée, abandonnée et reprise à diverses époques, par des architectes de second ordre, et avec un souci très médiocre d'un ensemble harmonieux qui eût nécessité bien des destructions, paraissait indigne de la cour, à laquelle elle ne pouvait suffire. M. d'Angivilliers, le nouveau gouverneur et administrateur général, « fît alors s'évertuer» les talents des architectes. On présenta à Sa Majesté les plans et devis d'un nouveau château, vaste et splendide. On lui en présenta même plusieurs et de divers, dont les plus intéressants rappelaient l'allure générale de l'antique manoir des d'Angennes. On aurait gardé, fort agrandi, le plan polygonal, en respectant le principe du flanquement par des tours ; l'ensemble, se dressant sur un fort soubassement taluté, aurait certainement évoqué le souvenir du château de (^aprarole
dans lApennin. Le roi trouva que cette construction Tentraînerait à de trop fortes dépenses et « dit qu'il fallait attendre ».
De plus en plus satisfait, au demeurant, de son acquisition, il s'occupait lui-même de Taméliorer et de rembellir. Cependant rien d'important ne fut changé, semble-t-il, au château; la distribution resta la même : à l'ouest, dans Taile du comte de Toulouse, les appartements d'assemblée ; à Test, et au sud vers les canaux, l'appartement du Roi, composé d'une antichambre et d'une chambre boisées, d'une garde-robe tendue de papier de Chine, et d'un cabinet en tourelle ; au même étage, probablement dans l'aile qui rejoignait la porte fortifiée, ceux de la Reine et du premier valet de chambre ; au-dessus, sans que nous puissions préciser, habitaient Madame Elisabeth et la comtesse d'Artois, ainsi que quelques dames d'honneur. Au rez-dechaussée, les salles des gardes, la salle de billard, les bains et la salle à manger du Roi. Enclore celuici, sur le fait de la salle à mano-er, chano-ea-t-il trois fois d'avis : enfin, il la fit établir dans la première pièce des appartements d'assemblée.
Jugeant d'ailleurs inutile d'engager des dépenses dans un château destiné à disparaître, Louis XVI reportait tout son soin à ce qui touchait la chasse, les chevaux et les chiens.
Les Communs. — Sur l'avant-cour, dégagée et agrandie du coté de la ville, le grand bâtiment des communs, appelé dès lors Co/'/'ido/'S, fut complété
L HOTEL DU GOU VER>'EME>'T ^j
par une façade regardant le parterre. C'est sur cette façade latérale qu'est l'entrée de TÉcole des Enfants de troupe.
Ces « corridors » où se trouvaient réunis tous les services du château, tenaient les écuries un peu à l'étroit. Dès 1784 un nouveau bâtiment pour les recevoir fut commencé sur l'aveiiue principale, à l'entrée de lavant-cour, presque en face la route de Paris. L'aménagement, très dispendieux, en fut long. En 1788, le grand écuyer réclamait encore au comte d'Angivilliers, pour les « grands voyages » du Roi. des écuries simples ou doubles, dont une à stalles de 5o places, pour près de 5oo chevaux, des logements pour lui-même, sa suite, ses écuyers et leurs domestiques, pour le commissaire général, 8 pages et leur suite, les piqueurs, sous-piqueurs et vétérinaires, des chambres pour les maréchaux, garde-meubles, délivreurs et 00 palefreniers, des forges, garde-meubles, sellerie, infirmerie, i5 remises et des greniers sur toutes les écuries... Démolis et défigurés au xix*" siècle, après avoir été convertis en Vénerie sous l'Empire, ces bâtiments, servent aujourd'hui de quartier de cavalerie.
D'un autre coté, au delà du Rondeau, sur la route de Chartres, auprès de l'ancien chenil du comte de Toulouse, s'élevèrent les bâtiments d'une Vénerie, pourvue d'une chapelle, qui fut bénie en 1786.
L'Hôtel du Gouvernement — Entre l'allée de tilleuls qui Ijordait le parterre et la grande rue de
Rambouillet, le potager, dégagé et agrandi par la démolition de vieilles masures, fit place, sur le marché, à Thôtel du Bailliage, jolie construction de briques à coins de pierre, dont Napoléon fit plus tard cadeau à la ville qui y installa la Mairie, et, plus loin, à Ihôtel du comte d'Angivilliers, bientôt appelé « Le Gouvernement ». L'architecte fut le même que celui du Bailliage, de la Vénerie et des nouvelles écuries : Thévenin. Cet édifice fort soigné, à l'allure simple et noble, se vit à moitié détruit par la Révolution : le corps de bâtiment qui reliait les deux ailes tomba sous le pic. Ce qui en restait parut à Napoléon mériter la restauration, et une affectation personnelle : il en fit le « Pavillon du Roi de Rome ». Le complément inharmonique qu'y ajouta en arrière-corps son architecte Famin, subit au xix^ siècle un sort analogue au bâtiment qui favait précédé : vendu à des particuliers, le Pavillon du Roi de Rome fut à demi démoli. 11 ne subsiste, actuellement, que les deux ailes de Louis XVI, avec leurs arrachements masqués par le péristyle mal placé et mal proportionné qu'avait conçu l'architecte impérial.
11 faut aller à fextrémité diagonalement opposée des canaux pour trouver de beaux témoignages, dignement conservés de la magnificence et de la galanterie du Roi, de son goût et de son souci des intérêts publics : la Ferme expérimentale et la Laiterie de la Reine.