‹ Le château de Saint-Germain-en-LayeChapitre 2 sur 13 · Eure-et-Loir, arrondissement de Dreux, canton de Nogent · texte numérisé non relu

Eure-et-Loir, arrondissement de Dreux, canton de Nogent

8 LE CHATEAU DE SAINT-GEftMAIN-EN-LAYE

11 faut descendre jusqu'à Tépoque du roi Louis YI (1108-1137) pour rencontrer une mention précise de Texistence en ce lieu d'un château habité par les souverains. Ce château dut comprendre à l'origine le donjon et un corps de logis placé dans la direction est-ouest. Diverses indications tirées de chartes et de chroniques permettent de noter les séjours qu'y firent les Capétiens : c'est d'abord Louis VI dont on constate la présence par un acte daté de Saint-Germain oîi il confirmait à l'église les donations de ses prédécesseurs; c'est ensuite Louis VII qui y résida en 1143 et y tint en 1169 une conférence avec le roi d'Angleterre Henri IL II semble que Philippe-Auguste ait séjourné plus longuement et plus fréquemment à Saint-Germain : outre que nous trouvons trace de son passage en 1189, 1192, 1207, 1212, 1219, 1220, 1222 et en février 1224 où il rédigea son testament, nous savons qu'il jugea nécessaire de bâtir dans la maison royale une chapelle particulière placée sous l'invocation de Notre Dame. Au mois d'avril 1223, il constitua en efl'et à l'abbaye de Coulombs une rente annuelle de quatorze livres à percevoir sur la prévôté de Paris, à la condition qu'un des moines de ce monastère en résidence au prieuré de Saint-Germain célébrerait chaque jour la messe et les vôpres dans l'oratoire du château, pour le salut du roi et pour les âmes de ses parents*. Nous avons ainsi la preuve que, dès les premières années du xiii* siècle, Saint-Germain était déjà l'un des séjours favoris des rois, qu'ils y possédaient un établissement fixe d'une certaine importance, un édifice capable d'abriter les divers services de la cour. Saint Louis l'habita avec sa mère, la régente Blanche de Castille : divers actes qui nous ont été conservés sont datés de ce château et c'est là, notamment, que le roi reçut, en juin 1247, l'empereur latin de Constantinople, Beaudoin II, venu en Occident pour implorer des secours contre les Grecs. On sait que ce prince fit présent à Louis IX d'un certain nombre de reliques de la Passion, don qui donna lieu à la construction de la Sainte-Chapelle du Palais à Paris, où on les déposa. A Saint-Germain également furent arrêtées, le 28 septembre 1266, les conditions du mariage de Blanche de France avec don Fernando de la Cerda, infant de Castille, fils et héritier d'Alphonse le Savant*.

1. A. Teulet : Layettes du Trésor des Chartes, t. I, p* 560. Les termes de la charte que noud citons sont très nets et prouvent sans conteste que la première chapelle du château a été bâtie par Philippe-Auguste.

2. Dom Luc d'Achery : Spicilegiumi t. XII, pé 593> et Archives nationales, J 915, n» 6^

Des constructions qui existaient à Saint-Germain à la fin du règne du saint roi, deux seulement sont aujourd'hui debout, le donjon et la chapelle, dont nous aurons à parler en détail. Les autres ont été entièrement transformées ou détruites, et Ton n'en retrouve plus que les fondations. On peut conjecturer avec vraisemblance que le château d'alors était fortifié et que le donjon quadrangulaire situé à langle nord-ouest était déjà bâti depuis longtemps, ainsi qu'un logis dont les substructions existent encore sous la cour, dans une direction diagonale à cette cour, vers Test. Ce logis était un édifice simple en profondeur, comme la plupart de ceux du moyen âge; ses caves communiquaient avec l'étage souterrain du donjon, qui servit plus tard de prison. Les parties souterraines sont de bonne construction, avec des murs de 3 mètres d'épaisseur; la longueur intérieure est de 43 mètres, la largeur de o™,50; des dosserets supportent de robustes arcs doubleaux. A cette cave voûtée en berceau plein cintre, descendaient deux escaliers placés dans le voisinage Fun de l'autre : une « vis » circulaire à noyau plein, qui faisait à sa partie haute une saillie extérieure, et un escalier droit beaucoup plus large, dont les marches, qui ont disparu, étaient surmontées d'une voûte formée d'une suite d'arcs en plein cintre appareillés avec soin, se juxtaposant et se succédant en échelons. A la suite de ces constructions souterraines, subsistent des murs dérasés un peu au-dessous du sol actuel de la cour du château : ce sont les restes d'une vaste salle de gardes de 23 mètres de long sur 8", 60 de large dans œuvre; les murs qui la limitent ont 1",40 d'épaisseur au-dessus du sol ancien. La direclion longitudinale de ce corps de bâtiment suit celle du premier avec une légère déviation vers le nord-est. A l'extrémité, vers le souterrain, on trouve la trace de deux contreforts extérieurs placés diagonalement aux angles de la grande salle : celle-ci était donc indépendante du premier et plus ancien édifice, qui peut-être d'ailleurs avait déjà disparu quand on la construisit. A l'autre bout, la salle était pourvue d'une vaste cheminée offrant une certaine analogie avec celles qui décorent la salle basse des Pas-Perdus

du Palais de Justice de Paris (xiif siècle). En arrière du mur auquel s'adossent les fragments de la cheminée, étaient des pièces de forme quadrangulaire, un escalier en « vis » et des restes de murailles se reliant à d'autres bâtiments au nord et au sud.

Ces fragments ont en plan un tout autre caractère que les fondations du donjon et les caves qui communiquent avec lui. Peut-èlre faut-il y voir les traces du logis de saint Louis, dont Tétendue n'a pu être complètement reconnue, car des constructions de Tépoque de la Renaissance recouvrent en partie l'emplacement qu'il devait occuper.

En tout cas, il nous reste de Tépoque de ce prince la chapelle, conservée presque intacte malgré toutes les transformations, tous les remaniements et toutes les additions que subit, dans les âges suivants, le château de Saint-Germain : on la respecta même lorsque, le goût ayant changé, les constructions du moyen âge passaient pour des œuvres barbares. Et de fait, cette chapelle, par son unité, par l'élégante harmonie de ses proportions, par la délicatesse de ses détails, mérite d'être considérée comme l'un des monuments les plus purs comme style que le xin' siècle nous ait laissés. Suivant l'expression très juste de VioUet-le-Duc, « c'est la construction seule qui fait toute la décoration... tout est clair, se comprend au premier coup d'œil... l'architecte a su conformer son architecture à l'échelle de son monument* ».

Le plan de l'édifice est des plus simples : c'est une nef rectangulaire du côté de l'ouest qui se termine à l'orient par une abside polygonale à cinq côtés. Sa largeur est de 9°", 50, sa longueur de 27 mètres entre les murs, sa hauteur sous clé de 17 mètres. Tout à l'entour règne un soubassement formant un banc continu qui est interrompu seulement au droit des portes et de deux petits oratoires latéraux modernes; ce soubassement est surmonté d'une arcature trilobée que soutiennent des colonnettes isolées. Au-dessus, un passage qui permet de circuler intérieurement à la base des fenestrages, traverse les piliers sur lesquels reposent les voûtes. L'abside, de forme polygonale, est continuée par une première travée d'une largeur égale à chaque face du polygone ; les trois autres travées de la nef sont sensiblement plus larges. Les voûtes en arcs brisés sur croisées d'ogive sont supportées par quatorze faisceaux de colonnes qui correspondent respectivement aux arcs doubleaux et aux'ner-

i. Viollct-le-Duc: Dictionnaire raisonné de l'arcfiileclure française^ moi « chapelles (saintes) ».

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vures; les pénétrations au droit des verrières s'appuient sur des formerets ; les tympans des voûtes sont remplis de pierre de petit appareil. Les colonnes sont surmontées de chapiteaux à formes variées et les nervures diagonales viennent buter sur des clés omées de rosaces d'un intérêt exceptionnel dont il sera parlé ci-après : la sculpture de tous ces éléments décoratifs est d'une grande finesse et du plus beau style. Quant aux fenestrages, qui comptent à peu près pour les deux tiers do la hauteur totale, ils sont compris dans des encadrements rectangulaires où prennent place des meneaux portant des réseaux de nervures en formes d'arcs brisés, de rosaces et de Irètles. Une grande rose d'un dessin très pur et très sobre, inscrite dans un carré parfait plus large que la net (10 mètres), occupe, au-dessus des arcades trilobées du soubassement, touto la face occidentale de l'édifice. On accédait anciennement & la chapelle par deux portes laté- t>^te okkant une clef de voutb raies semblables et placées ■*= '■^ t^i'Ap^i-LE au bas de la nef vis-à-vis

l'une de l'autre ; les restes de celle qui ouvrait du cûté de la cour existent encore ; ils étaient englobés dans les maçonneries de la u vis » de l'angle sud-ouest construite au xvi* siècle; plus effacés étaient les restes de l'autre porte, dont il n'y a de conservé que les parties inférieures. L'identité des moulurations de la partie basse avec celles correspondantes du côté de la cour est telle qu'il a paru que la construction du surplus devait être identique. Complètement isolée, la chapelle recevait de toutes parts la lumière qui traversait des verrières telles qu'on savait les peindre h la meilleure époque

du moyen âge. Mais de ces vitraux, rien no subsiste plus; en outre, la rose tout entière, ainsi que trois des fenêtres vers Tabside, ayant été aveuglées au xvi* siècle par des constructions nouvelles, nous ne pouvons avoir aujourd'hui qu'une idée imparfaite de Toratoire du ch&teau de Saint- Germain, tel qu'il avait été conçu et exécuté. A l'extérieur, les fenestrages étaient surmontés de plates-bandes appareillées avec des recherches de construction remarquables. Le couronnement en garde-corps a été reconstitué avec sûreté, car de nombreux fragments ont été retrouvés ; il n'a pu en être de même pour les contreforts extérieurs, qui avaient été mutilés au xvi* siècle.

Le monument dont nous venons de parler remplaça la chapelle que Philippe-Auguste avait élevée en 1223. Quant à la date de sa construction, Viollet-le-Duc S par la simple inspection de son caractère d'art, la plaçait entre les années 1230 et 1240. Cette conjecture est pleinement justifiée par un document que l'on conserve au Trésor des Chartes» : il nous apprend qu'au mois de juin 1238, Louis IX confia à un chapelain particulier l'exercice du culte dans la chapelle du château de Saint-Germain, chapelle plus belle « par les matériaux et par l'art » ' que celle fondée par son aïeul. Ce chapelain royal célébrera chaque jour la messe dans le nouvel oratoire, tandis que le moine de l'abbaye de Coulombs, chargé auparavant de ce soin, dira son office dans la chapelle Saint-Gilles de l'église de Saint-Germain-en-Laye. L'abbé de Coulombs donna son assentiment à cet acte, à condition que son monastère continuerait à percevoir la rente annuelle de 14 livres que Philippe-Auguste lui avait concédée en avril 1223. De tout cela, il ressort clairement qu'en juin 1238, les travaux de la nouvelle chapelle, entrepris, sous la régence de Blanche de Castille qui prit fin, comme on sait, en 1237, étaient en voie d'achèvement en 1238 puisqu'on se préoccupait d'y assurer la célébration des cérémonies religieuses.

En ce qui concerne l'architecte qui sut concevoir le plan d'un monument aussi parfait dans son ensemble et ses détails, il serait à coup sûr téméraire de rien affirmer. Cependant, il est une remarque qui s'impose : c'est l'analogie

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