‹ Le château de Saint-Germain-en-LayeChapitre 7 sur 13 · Ibidem, ji. 802, n« lon · texte numérisé non relu

Ibidem, ji. 802, n« lon

pelle de saint Louis que le feu avait épargnée, était contournée à dislance par le mur de défense. Ce mur était couronné d'un encorbellement formant mâchicoulis et supportant un chemin de ronde crénelé, percé de mcurtiières et d'archères, lequel devait être couvert. Au sud-ouest, Tenceinte suivait une direction oblique, indiquée par Du Cerceau, et Ton peut présumer que sous Charles V elle avait un caractère purement défensif. De ce môme côlé sud-ouest, au troisième trumeau à droite de la porte d'entrée, une tranchée faite pour connaître la composition des constructions successives a montré que le mur d'enceinte de Charles V avait à cet endroit 2", 15 d'épaisseur, et que deux des assises correspondant aux encorbellements de mâchicoulis s'augmentaient de saillies moulurées; ce mur fut plus que doublé sous François I" et porté à Ténorme épaisseur de 4°*,70, afin de correspondre au nu des murs et contreforts de la salle de fêtes. La construction Renaissance fut donc juxtaposée à la muraille du moyen âge, cans liaisons aucunes. La porte d'entrée principale du château était située là où on la voit encore aujourd'hui, c'est-à-dire proche du donjon sur la face occidentale; elle a été remaniée à diverses époques. Ce qu'il en reste comprend de solides dosserets avec plusieurs glacis et retraites sur sa hauteur. Du côté droit de cette porte, on constate, dans l'épaisseur de la muraille, l'existence d'une embrasure dirigée vers le pont-levis qui, au moyen âge, donnait accès dans le château : on peut supposer qu'il en était de môme de l'autre côté de la porte. Ces embrasures furent établies, sans doute, lorsque l'artillerie fut employée à la défense des places fortes. Quant au logis royal, il est probable que ses bâtiments ne s'appuyaient pas à l'enceinte dont le caractère était purement défensif : il devait comprendre outre le donjon, deux travées voûtées qui subsistent encore au nord de ce donjon et peut-être les constructions qui s'élevaient au-dessus des caves et des murs dérasés dont la trace a été retrouvée dans la cour actuelle et que nous avons mentionnés dans un paragraphe précédent. Le château de Saint Germain fut habité à plusieurs reprises par Charles VI et sa cour jusqu'au moment où il tomba pour la seconde fois aux mains des Anglais. Mais il ne paraît pas qu'il eut à souffrir, et il fut probablement occupé par une garnison étrangère comme les places fortes de la France du nord, où le roi d'Angleterre fut reconnu pendant quelques années comme le souverain légitime. Une tradition rapportée par l'abbé Lebeuf veut que Charles VII, en reconquérant péniblement son héritage, « le relira des

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mains d'un capitaine anglois, qui le gardoit, par le moyen d'une somme d'argent * ». Nous n'avons pas de preuve qu'il y ait résidé lui-même, et nous savons seulement que son successeur Louis XI en fit don, au mois de septembre 1482, en m^me temps que les places et seigneuries qu'on désignait sous le nom de châtellenie de Poissy^ à Jacques Coitier, son premier médecin, président de la Chambre des comptes, qui en fut probablement dépouillé à la mort de son maître.

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Il ne semble pas que Charles VIII ni Louis XII aient habité Saint- Germain, et le château dut rester inoccupé sous leurs règnes comme il l'avait été du temps de Charles VII et de Louis XI. Mais les avantages que présentait sa situation dans un pays couvert de forêts et propice h la chasse, et aussi la proximité de Paris, devaient attirer l'attention de François I" et l'engager à y séjourner. Le goût, de même que les besoins et les habitudes, s'étaient profondément modifiés depuis que Louis VI et saint Louis avaient édifié leurs logis, et que Charles V avait fait élever l'enceinte fortifiée; tout cet appareil défensif avait perdu sa raison d'être à une époque oîi l'on n'avait plus, semblait-il, à craindre de brusques invasions de l'ennemi et oîi l'amour du luxe et d'une vie élégante prenait la place des vieilles mœurs féodales. Partout, les antiques châteaux forts étaient délaissés, et le roi, comme les seigneurs, préférait des demeures plus gaies, ordonnées avec plus de magnificence, et où rien ne rappelait l'image de la guerre. Certaines maisons royales furent alors créées de toutes pièces comme Chambord ou Madrid, d'autres furent appropriées à la mode du jour et remaniées plus ou moins complètement : il en fut ainsi pour le château de Saint-Germain. Le périmètre de la solide enceinte qu'avait bâtie Charles V fut conservé et les murailles fortifiées avec leur chemin de ronde servirent de soubassement aux constructions nouvelles. Des logis

It Lebeuf, op. ciL, p. 138,

anciens tout disparut, tandis que la chapelle et le donjon demeurèrent intacts, y compris la première travée voûtée qui y attient.

On peut conjecturer que les travaux furent entrepris par ordre de François T' après que ce prince fut revenu de captivité (i526), et qu on les commença par la face nord qui s'étend vers Test du donjon : on les continua en suivant le mur ancien de Tenceinte de Charles V jusqu'à une tour voisine de la chapelle. Ainsi furent aveuglées deux des verrières de Fabside. Quant au bâtiment ouest qui contient la salle des fêtes actuellement désignée sous le nom de Salle de Mars, bien que ses façades fussent la continuation des autres corps de logis, il dut ôlre élevé en dernier lieu, suivant le contour de l'enceinte défensive, ainsi que l'indique Du Cerceau, c'est-à-dire en faisant subir une sensible déformation à cette salle des fêtes. On peut supposer qu'il en fut ainsi afin d'éviter les dr»penses de nouvelles fondations. L'extrémité sud de la grande salle vint masquer la rose et le pignon de la chapelle de saint Louis; en outre, ime pile, nécessaire pour supporter la voûte de cette salle, trancha en la disloquant la rose, et mutila l'œuvre si précieuse du xin* siècle dont le mérite était alors absolument méconnu.

Les constructions nouvelles pour lesquelles on utilisa comme base l'ancien rempart furent probablement élevées assez rapidement, car on n'y employa, sauf le soubassement en pierre, que des matériaux faciles à se procurer et à tailler, la brique et le moellon, les parements étant revêtus d'un enduit en mortier de chaux et de sable. Les façades sur la cour, les seules qui soient parvenues sans graves altérations jusqu'en 1862, époque à laquelle on entreprit la restauration du château, ofl'rent un aspect singulièrement original avec les trois tours contenant des escaliers « en vis », couronnées de coupoles en pierre. Ces façades comprennent au rez-de-chaussée et à l'entresol de grandes arcades s' évasant en plan, au-dessus desquelles est un premier étage avec balcon, abrité à la partie supérieure par une série d'arcs indépendants, réunissant des contreforts très saillants qui portent des gargouilles, surmontées elles-mêmes de consoles renversées aux larges sculptures; une balustrade ornée de vases posés au droit des contreforts règne au sommet de l'édifice et délimite un vaste promenoir en forme de terrasse, s'étendant sur toute la surface des divers bâtiments, terrasse du haut de laquelle on jouissait de l'imposant panorama des forêts de Saint-Germain et de Marly, du cours de la Seine et des collines qui bordent l'horizon. La couverture, consti-

tuée par de larges et épaisses dalles de pierre fort lourdes, reposait sur les voûtes du second éta^, voûtes dont il avait fallu neutraliser la poussée par des contreforts de suffisante résistance et aussi par des tirants en fer traversant les bâtiments à chaque travée. Toute l'ornementation extt'rieure sur la cour consistfi dans la disposition ingénieuse des briques accusant la forme des fenêtres et dessinant des frontons au-dessus de celles du premier étage. Ces combinaisons excellentes étaient obtenues au-dessus des soubassements do

pierre par un mélange des matériaux les plus usuels, les plus économiques et les plus souples d'emploi : elles forment un ensemble d'une grande harmonie.

Du Cerceau prétend' que François I" dirigea lui-même la construction du château de Saint^Germain, car, dit-il, » y estoit ledit seigneur roy en le bastissant si ententîf que l'on ne peult presque dire qu'autre que lui en fust

I. Le premier volume des plia ezeelltnts batUmenls de France... par Jacques And rouet du Cerceau, (Paris, 1607, in-t<>) folio S verso. — François I" allcclionna assurément le séjour de Saint-Germain-en-Laye : on a pu calculer, grâce au catalogue de ses actes, qu'il y passa JT5 jours, répartis en 36 laia dont 7 de 20 jours et plus ; la plus longue péiiode est de 4i jours, (Cr L. Dimier. • Les Résidence» de François 1" >■ dans le Bulletin de 'art ancien et moderne du 13 déceuibre 1902, p. 303.)

rarchitecte ». Que ce souverain qui était un dilettante, un amateur éclairé des arts se soit intéressé d'une manière particulière à des travaux qu*on faisait pour lui, qu'il ait donné son avis, qu'il ait discuté et approuvé les projets qu'on lui présentait, cela n'est point douteux; mais à quel maître d'œuvre s'était-il adressé, quels artistes avait-il choisis pour concevoir et exécuter les embellissements et les transformations qu'il voulait apporter à cette résidence royale, c'est une question qu'il est malaisé ou pour mieux dire impossible de résoudre car aucun texte n'est fourni qui vienne étayer les hypothèses que l'on a pu proposer.

On a admis, sur l'autorité de Félibien qui d'ailleurs ne donne aucune preuve de son affirmation, que François l" fit appel au concours d'artistes italiens. On a certainement beaucoup exagéré l'influence qu'ont exercée ceuxci sur l'art français de la Renaissance, car d'une part on ne peut mettre en doute le talent de nos architectes de la dernière période du moyen âge, et, d'autre part, le changement que l'on constate entre le style des monuments de l'époque de Louis XI et celui des édifices construits sous François P" ne s'opéra que graduellement et sans transition brusque. Le château d'Amboise, par exemple, qui date des dernières années du xv* siècle et des premières du xvi", porte l'empreinte d une maîtrise professionnelle rjBmarquable, qu'il s'agisse de combinaisons architectoniques comme les décorations extérieures des tours contenant un chemin rampant en spirale, ou de la chapelle Saint- Hubert dont les sculptures montrent précisément le mélange du style nouveau et du style ancien et sont des œuvres de premier ordre. Si Charles YIII a ramené d'Italie des artisans habiles dans la décoration en arabesques, Louis XII continua à Blois la vieille tradition française. Il n'est pas douteux que François I", pendant ses séjours en Italie, ne se soit épris de l'art des peintres, des sculpteurs et surtout des slucateurs et des ornemanistes qui florissaient alors en ce pays. Il est certain également qu'il encouragea leur venue en France et qu'il favorisa la diffusion de leurs modes d'opérer, surtout dans la décoration intérieure des édifices. Mais de l'examen des comptes des bâtiments élevés à son époque, on ne saurait tirer la conclusion que les Italiens émigrèrent en grand nombre pour se fixer dans notre pays, ni qu'ils eurent une part prépondérante dans la conception des constructions qui se bâtissaient alors. Parmi les artistes ou artisans qu'on trouve mentionnés dans ces documents, la presque totalité sont français, et lorsqu'on y relève un nom

étranger, c*est Texception. A Fontainebleau, pendant les années 1535 à 1540, on rencontre bien des Italiens comme Bartholommeo da Miniato et Primatice, mais il faut remarquer que Tun et l'autre furent exclusivement employés comme peintres et sculpteurs pour orner les salles de ce château. Quant à Tarchitecture extérieure elle-même, les hautes toitures et les cheminées monumentales lui donnent un caractère qui la diiïérencie très notablement des édifices de Tllalie. De môme ne trouvera-t-on pas dans la péninsule un édifice analogue au château de Saint-Germain. Un des arguments principaux invoqués par Félibien pour en attribuer la conception à Sebastiano Serlio, c'est que les bâtiments sont couverts en terrasses dites h Tilalienne. Il s'en faut de beaucoup qu'une pareille raison doive emporter la conviction, car ce mode de couverture n'était pas uniquement usité au delà des Alpes, on l'avait employé en France, notamment à la Bastille, à Vincennes et dans beaucoup d'églises. 11 n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'on s'en soit servi à Saint-Germain pour ménager aux personnes de la Cour un lieu de promenade agréable d'où la vue s'étendait sur un paysage gracieux et varié ; un motif analogue n'existait point pour Fontainebleau ou Ghambord, placés lun et l'autre dans des contrées qui n'offraient point d'horizon capable de charmer les yeux. En outre, Serlio qui fut certainement occupé h Fontainebleau, n'est point mentionné dans les comptes qui se rapportent à Saint-Germain. Du reste, nous savons qu'il ne vint en France qu'en 15U, et à cette époque la construction du château dont nous nous occupons était déjà fort avancée. En effet, Pierre Chambiges « maistre des œuvres de maçonnerie de la ville de Paris » avait été chargé, par un marché daté du 22 septembre 1539, de pourvoir à la couverture en dallage de la terrasse qui couronnait Fédifice*.

Quel est donc l'auteur du plan et des dessins qui furent nécessaires pour entreprendre la reconstruction du château de Saint-Germain? Faut-il les attribuer à Guillaume de la Ruelle, l'architecte favori de François P', ou à ce Pierre Chambiges dont nous venons de parler et qui, fils d'un architecte notable*, n'est mentionné dans les comptes des bâtiments du roi qu'en 1538 pour les travaux exécutés h Saint-Germain et à Fontainebleau', qui fut

1. Les Comptes des bâtiments du Roi (1528-1371), publiés pour la Société de Thistoire de Tari français, par le marquis Léon de Laborde (Paris, 1877, 2 vol. in-8o), t. II, p. 293.)

2. Martin Chambiges, qui travailla aux cathédrales de Beauvais et de Troyes (Cf. I.ancej Dictionnaire des architectes français).

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