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Le chateau de Saint-Gouard

Vers la fin du xii^ sièle, Raoul Malclavel, fils de Giraud de Soutiers, et Marie, sa femme, concèdent à Tabbaye de TAbsie, la moitié de la dîme des vignes de Dilai et cinq cartolées de froment à prendre sur la terre de Bloué. Le don est fait in ecctesia Sancti Goarii (1) en présence de Pierre, archiprêtre d'Ardin, et autres témoins, entre les mains d'Aimeri, moine de TAbsie, et du prêtre Guillaume.

Dilai et Bloué ont toujours appartenu à la paroisse d'Ardin, dont Téglise, dédiée à Notre- Dame, ne peut être celle que désigne le document mentionné au cartulaire de Tabbaye de FAbsie ; mais à un kilomètre au sud du centre de la commune d'Ardin, on trouve le château de Saint- Gouard, jadis en possession d'une chapelle dont les ruines, fouillées avec soin, il y a quelques années, par feu M. Henri Rouget-Lafosse, dénotent incontestablement Tépoque romane. Il y avait donc en ce point, au moment de la donation, au moins une chapelle, desservie sans doute par le

(I) Premier cartulaire de l'Absie. Arch. hist. du Poitou, t. XXV, p. 1.

prêtre Guillaume, un petit centre religieux en un mot, et c'est bien là évidemment que Malclavel sanctionna ses pieuses intentions.

Si dom Chamard (1) se fût plus longuement arrête à ce nom à!ecclesia^ il y eût trouvé une nouvelle confirmation de son opinion, depuis longtemps par nous partagée, qui fait naître l'anachorète thaumaturge des bords du Rhin, dans la vallée d'un petit affluent de la vallée de TAutise.

Du Gange (2), qui ne dit point qiïecclesta se soit jamais appliqué à la modeste chapelle d'un seigneur, nous apprend que ce mot est souvent pris dans le sens de monastertum. Par suite, nous serions portés à croire qu'un monastère, sans doute de peu d'importance (3), avait été fondé à Saint-Gouard, près d'Ardin, à une époque reculée, et qu'il subsistait encore vers 1200.

L'auteur anonyme de la vie de saint Goar reproduite par les Bollandistes, le dit simplement Aquitain, c'est-à-dire né au sud de la Loire. Dom Chamard a pu préciser davantage cette question d'origine et démontrer qu'il était réellement Poitevin en découvrant dans la vie de saint Hadelin un passage lui assignant la même patrie qu'aux saints Agrice, Maximin et Paulin.

Notre savant bénédictin observe ensuite, et non sans raison, qu'une église dédiée à un saint mort près de Trêves, perdue au fond du Poitou, ne peut s'expliquer que comme un monument du lieu de sa naissance, l'argument nous semble plus

(1) Hisl. ecclésiastique du Poitou. Mém. de la Soc, des antiq. de VOuest, '2« série, t. II, p. 407-412.

(2) Gloss.

(3) Un prieuré sans doute.

fort encore s'il s'agit d'un monastère et non d'une église.

Le biographe inconnu de Saint Goar lui donne pour auteurs Georges et Valère, tous les deux d'illustre origine. Ne paraîtra-t-il pas probable que le prœdiuni où il reçut le jour et qui, plus tard, retint son nom, était un bien de famille?

Au vi^ siècle, Ardin, qu'on appelait encore la x'ille d'Ai^din à la fin du xiv® siècle (1)^ quoique bien déchu, avait encore conservé quelque importance. Dans la villa dont le territoire, si Ton en croit la tradition, s'était étendu jusqu'aux portes de Fontenay, les Mérovingiens ont succédé aux Gallo-Romains, ils y battent monnaie, et leurs sarcophages, encore très nombreux autour de l'église paroissiale, attestent à la fois, par leurs opulentes dépouilles, la prospérité de la nouvelle colonie franque et sa conversion au christianisme.

A cette époque, la voie romaine de Saintes à Angers devait être encore praticable. C'est par là que vinrent, sans doute, les premiers apôtres. La tradition populaire place au bord de cet antique chemin la primitive église (2), non loin d'un monument romain de grande étendue et de belle architecture, décoré d'un fronton sculpté, qui fut peut-être un temple, et d'un menhir aujourd'hui enfoui, en plein centre payen, en un mot (3).

C'est dans ce milieu gallo-romain et franc^ converti au christianisme, que naquit l'apôtre du

(l) Arch. hisl. du Poitou, t. XX, p. 269.

(V) Au lieu dit La grande église, o\i le petit appareil n'est pas rare, il en est de même sur le plateau du bourg.

(3) Cf. Le fronton sculpté d* Ardin. Bull, de la Soc, des antiq. de l'Ouest, 3« Iritn. 1893. Sous la seconde race, Ardin reste encore le centre d'une viguerie et d'un archiprétré, cette suzeraineté ecclésiastique qui ne finit qu'avec l'ancien régime.

Rhin. Saint Goar voulut, comme tant d'autres Poitevins, visiter Trêves, illustrée par ses compatriotes Agrice, Maximin et Paulin, alors réputée la seconde Rome de TOccident, et visiter ses écoles.

Sous le règne de Sigebert, roi d'Austrasie, on le trouve prêchant Tévangile sur les bords du Rhin, où il avait bâti une chapelle au lieu qui a retenu son nom, aujourd'hui Sanct-Goar, Vis-àvis, sur la rive droite du fleuve, s'est élevé le bourg A^ Sanct-Goar shausen.

Plus tard, une église remplaça l'oratoire du solitaire poitevin, et l'on déposa dans sa crypte la dépouille mortelle du bienheureux, mort vers 574. De cette primitive église, détruite par un incendie et reconstruite au xv® siècle, on a fait un temple protestant. L'ancienne crypte, qui subsiste encore, n'a plus que les tombeaux de plusieurs princes de la Hesse. L'église catholique de Saint- Goar conserve précieusement une vieille image en bois de son patron (1).

Notre intention ne peut être de traduire la vie de saint Goar, rappelons seulement un miracle fort poétique. Le bienheureux suspend un jour son manteau à un rayon de soleil.

L'église, bâtie près du berceau de Saint Goar, n'a pas été plus favorisée que celle qui lui servit de tombeau. A peine en peût-on reconnaître la façade qui continue la clôture du château actuel^ à droite de la porte d'entrée. Immédiatement derrière, un chemin rural a été ouvert. Au-delà, sous les éboulements du coteau voisin, M. Henri Lafosse a pu retrouver les murs terminaux de la

(I) Ad. JoANNE. Les bords du Bhin illustrés. L. Hachette, i863, pp. 498-99.

petite nef, dont la ruine paraît de beaucoup antérieure aux troubles du protestantisme. Aujourd'hui, tout est de nouveau enfoui.

A part ce dernier reste de Tantique chapelle, rien de roman ne subsiste à Saint-Gouard. Le corps principal de la gentilhommière appartient au XV® siècle, les autres bâtiments sont beaucoup plus modernes. M. Lafosse a consacré, à Saint Goar^, un petit oratoire au rez-de-chaussée de son château. *

On voit en dehors de la clôture, près de la grande porte, une abondante fontaine décorée de la statue en pierre de saint Christophe, œuvre du XVI® siècle, malheureusement très mutilée, dont la présence ne s'explique guère auprès d'un himible ruisseau; nous ne voyons pas encore qu'aucun seigneur de Saint-Gouard ait eu pour patron le célèbre passeur, la source même n'a pas retenu son nom. Cette statue y fut peut-être placée par Léon de Vivonne, chambellan de Charles IX, qui figure au nombre des seigneurs de Saint-Gouard.

On ignore à quelle époque le petit monastère de Saint-Gouard devint une seigneurie dont la mouvance ne paraît pas avoir été fort étendue. Au commencement du xiv® siècle, elle appartenait à la famille de Montendre qui y avait sans doute déjà un château. Peu après, Jeanne de Montendre épouse Hugues de Vivonne, seigneur de Fors, et leurs descendants portent jusqu'à la fîn du xv« siècle

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Charles Lennée, écuyer, lieutenant particulier, assesseur au siège de Chinon, y demeurant, qui est dit seigneur de Saint-Gouard, le 16 novembre 1787 (1), était un beau-frère du précédent.

Après la Révolution, il faut passer des seigneurs aux simples propriétaires, représentés par la famille Hugueteau. Vers 1870, M. duAuthier, issu d'une fille de M. Pierre Hugueteau de Gautret, vendit le château de Saint-Gouard à M. Henri Rouget-Lafosse, décédé depuis peu, dont la fille unique a épousé M. Jean de Fontaines.

M. Lafosse a fait restaurer avec beaucoup de soin l'ancien castel des Vivonne, longtemps réduit à l'état de simple ferme et tombé dans un grand délabrement (2).

(1) Papiers Albert.

(2) L'omission du canton de Coulonges dans les Paysages el Monuments du Poitou^ qui avait déjà provoqué de notre part la publication, dans la Revue du Bas-Poitou, d'une note sur le château de Saint-Pompain, n'a pas été étrangère à la publication de cette étude sur un autre intéressant iîbâteau de la même région.

Léo Desaivre.

Saint-Maxire, sept. 99. ,

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