‹ Le chateau de Verneuil drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 27 sur 86 · H0^(T.VI.AIS · texte numérisé non relu

H0^(T.VI.AIS

J'ai t»ensé, monsieur le duc, qu’il vous serait agréable à votre retour de la chasse de prcntlre quelques rafrab hissemeiift eiialtendanl l’heure du souper, el je vous ai fait apporter ici une légère collation.

ADAIKM.

Heureuse Idée ! je me sens un appétit de chasseur; cVsl tout dire. {Ilrntrr dtius le hosquet e( se place à table.) Voyons, prends un siège, et mets-loi la ; tu me tiendras compagnie.

MONTA1.A1S, s’inclinant.

Oh! monsieur le duc!

ADHIKK.

Mots-loi là. te dis-je! Nous sommes seuls; au diable réliqucitc !

MO>TAt.Ats, se pla^all^ à table.

Ce sera donc pour avoir rbouncur de vous servir. {Il le Sert, et lui verse û boire.) Kh bien I monsieur l.éun. comment vous irouvez-vons de votre nouvel état ?

ADRIEN

Mais, tu le vois, on ne peut inioui : et je m on acquitte, je crois, comme un homme habitué depuis long-temps aux grandeurs. Cependant, le marquis el toi, vous savez ce qui eu est.

MONTALAIS

C’est une justice à vous rendre, un compliment à vous faire. L.i promptitude que vous avez mise à vous familiariser avec voire nouveau genre de vie a surpassé nos espérances. 11 n’est personne ici qui ne puisse reconnaître en vous le digne rejeton des ducs de Vernc-uil-

ADRIKN.

Que veux-tu! Bon sang ne peut inontfr, dit le proverbe. Le passé me semble un rôve, je suis bien forcé de croire à la réalité du présent, el l'avenirrne parait si beau, que niaiiilenanl j'oserais délier le sort de m'atteindre.

MONTALAIS, à part.

Pauvre garçon! il me fait de ta peine.

ADRIEN

ie n’ai qu’un rogrel, c'est de n’avoir jamais connu les auteurs de mes jours. O mon père !

malgré vos torts a mon égard, je n'en chéri» pas moins voire inéaioire, et il me serait inen doux aujourd'hui de recevoir de votre inaui la feuiiue qui doit unit sa destinée à la mienne 1

MONTALAIS. à part .

Diable! nous tombons dans le sicnlime nt. {ffant.) Pour Dieu ! monsieur le duc, chassez de si sombres pensées et ne songez qu’au bonheur qui vous alleiid lorsque vous serez ( époux de l’adorable Lucie. Voyons, je porte la santé de votre belle tiancéc!

ADRIEN, ainrrçowl son verre.

Bien dit, mon cher Mouialai»; je veux le faire raison. *

HuNTALAlS, prenant un flacon auquel on n'a pas encore touché.

Ce vin ne parait sur U table do M. de Bosebüis que dans des occasions solennelles. Certes, nous ne pouvions en choisir une plus belle que celle-ci.

1 1 lui vetse (lu ll-cnn rfu'il (irnl • la nuin.

ADKtE.N.

Allons, à la dame de mes pensées I à mon prochain mariage I

MONTALAIS

Oui, monsieur le duc, a votre prochain mariage.

Ar>RlKN.

A mon adorable Lucie!

MONTALAIS

A la reine de votre cœur î (.4 par/, /iimirt go’A* drie.n boit.) Douce illusion, dont il trouvera la lin au fond de son verre. (// jette le contenu dit sien à terre sansiUre vu d'Adrien, qui parait frappé d'nne idée aussi iri$t‘ que Mibite ) Rh bien ! quelle noire pensée vient sc mêler à de riantes Idée»?

Une réHexIon soudaine, un retour sur moimême.

MONTALAIS

Qu’est-ce donc?

ADRIKN.

On a bien raison de dire que la fortune change les hommes; elle a fait de moi un ingrat.

MONTALAIS

Un ingrat! Envers qui?

ADRIEN

Envers la malheureuse femme qui me servit si long-temps de mère. Aujourd’hui, pour la première fois depuis que j'habite ce cbàicau. je me suis souvenu d’elle. Tandis que je vis dans l’opulence, la misère est sans doute son partage! Ob ! je ne me pardonnerai jamais un tel oubli.

MONTALAIS

Il peut se réparer, monsieur le duc.

ADRIEN

Oui, je lui enverrai do l'or, beaucoup d’or.

MONTALAIS, U part.

S’il savait que demain il n’aura plus le sou !

ADIIIVN.

11 faut la mettre à l’abri du besoiu pour le reste de ses jours.

MONTALAIS, à part.

Est-il généreux pour un homme ruiné ! (ff iaf.) Si vous le voulez, je me chargerai, moi, de remplir TOI ioteoUoDi.

ADRIEN

Peut-èlrR que lej recherches seront plus longues que tu ne te l'imagines.

StONTAI.Alâ.

Soyez tranquille, ca sera bien vite fait.

ADRIEN, biUllant,

Cette chasse m’a fatigué à un point... je me sens une aorte d’engourdissement...

MONTAI.AIS, n part.

Allons donc! ça n'est pas malheureui. {Haut. ) Défauid’habilude, monsieur le duc... Le repos de cette nuit aura bientôt tout réparé.

ADRIEN

En effet, le sommeil m'accable. {Tendant son verre.) Voyons, que je cherche à réveiller mes esprits.

HONTALAis, lui vcrsaut du même flacon.

A la bonne heure! voilà le \rai moyen!

ADRIEN, plaçant son verre auprès de lui.

L’infortunée dont je le parlais, lorsque je l’ai quittée, habitait la ville de Vendôme... Y demeure-t-elle toujours ? c'est ce que je crois... {Luttant contre le sommet/.) Il te sera facile de l’cn assurer quand je l’aurai dit son nom.

MONTALAIS, Vècoutaiit à peine.

En effet, j’ai besoin de savoir... {A part, en iobteriani.) Il larde bien à s'endormir I ADRIEN, s'endormant.

Eh bien! cette pauvre femme s’appelait...

Il LMille.

■ONTALAIS.

Vous me direz cela plus tard, monsieur le duc; dormez... vous avez besoin de repos.

ADRIEN

Dormir, oui... mais je veux que lu saches...

Elle s’appelait Joséphine Verdier.

MONTALAIS, se levant vivement.

Que dites-vous? celle qui éleva votre enfance s’appelait Joséphine...

ADRIEN, les yeux à demi fermés.

. Verdier... C’était ma mère.

MONTALAIS

Et vous avez dix-sept ans T

ADRIEN

DiX'Sept ans, oui.

Et vous êtes Dé à Paris ?

ADRIEN

Oui... ûD disait que j’étais né à Paris. Mais toi, Montalais, tu m’as bien dit, toi, que je suis né au château de Veraeuil.

Il s'eaduri tuut-l-fai|.

MONTALAIS, OU comble de ta surprise, l’ail fixé

sur lui.

Le 6Is de Joséphine Verdier! né il y a dix-sept ans à Paris !... mon Gis à moi 1... l’enfant qui venait a peine de recevoir te jour quand j'abandonnai la mère!... En voilà une découverte!... Qui est-ce qui aurait pu soupçonner? Kh bien ! c'est égal, ça fait un drôle d'effet. C’est mon üls, à qui, sans m'en douter, j’ai fait cadeau d'une fortune immense et du titre de duel 11 est vrai que, sans

; m’en douter davantage, j’allais le faire enfermer ^ à Btcélre. tKiieme»/.) Oh! mais non, ceU ne sera pas ! Enfermer mon Gis, le dépouiller d'une for- ‘ tune et d'un rang qui maintenant lui appartiennent... et tout cela pour faire plaisir à un imbécile de marquis, dont jusqu'à ce jour je n'ai été que le premier valet! Allonsdonc! cst-ce que c est possible? est-ce que c'est dans la nature? D'ailleurs ne nous sommes-nous pas déjà trop avancés avec Léon pour pouvoir revenir sur nos pas?... Celte réclusion, dont en ce moment il est encore ( victime, tôt ou tard il nous en demanderait I compte. Décidément l’inlérêt du présent, celui de I l’avenir, la nature, tout nie fait une loi de rnaln- I tenir mon fils su rang où je l'ai placé! [tl yar- I dont Adrien.) 11 dort profondément! {Heyardant autour de lui.) La nuit est sombre... personnel... Allons! puisqu'un des deux est de trop ici, que mon Gis prenne la place du dur, etque le duc sorte du château... mais qu'il en sorte pour n'y rentrer jamais !

Adrien sur srs r'paules cl di^parsil avec lui dans le souirrrain.

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