SCENE V
LÉON, écrivant, MONTALAIS, paraît à la porte secrète des appartement.
MONTA LAIS , suns être vu de Léon.
Joseph ne m'a pas trompé... le voila!... lui seul à présent peut me perdre ou me sauver.
( S'approchant de Léon. ) Que faites-vous donc là, monsieur le duc?
LÉON
J'écris au conseiller, et je quitte le château.
MONTALAIS
Pourquoi écrire au conseiller et quitter le château?
LÉON
Pour révéler à M. d’Orbesson ce qui s'est passé entre nous et aller loin d'ici cacher ma honte et mon malheur.
MONTALAIS
Vous n’écrirez pas à M. d’Orbesson, et vous resterez ici.
LÉON
Qui pourrait m’y contraindre?
MONTALAIS
Moi... Et d’abord voici pour la lettre.
Il la prend cl la déchire.
LÉON
Que faites-vous, misérable!
MONTALAIS
Vous m’appelez misérable?
LÉON
N'est-ce pas toi qui m as perdu ? N’est-ce pas toi qui m'as amené ici, et qui, à l'aide de mensonges ingénieux, d’espérances si douces pour un cœur épris d’amour, m'as précipité dans l’ablme?
MAGASIN THEATRAL
MONTALAIS
El dans quel abîme êtes-vous donc tombé?
LÉON
Le médecin Delmar ne m’a-t-il pas signalé comme n’étant pas le duc de Verneuil?
MONTALAIS
Mais ce savant docteur, qui condamne les gens qui reviennent à la vie; ce docteur qui ne sait rieu que par des on dit; qui n’a d'autre preuve que la déposition d’une femme qui redemande son bis et qui ne peut le reconnaître. ( Vous entendez! une mère qui ne peut reconnaître son fils ! ) Croyez-vous donc impossible de prouver que ce docteur est tombé dans une erreur grossièreî
LÉON
Non. non. Delmar connaît tout. Mais toi, toi, qui veux encore que je brave une accusation terrible et vraie, réponds-moi : suis-je le duc de Verneuil?
MONTALAIS , froidement.
Non.
LÉON
Ainsi donc, j’ai été le jouet de tes paroles insidieuses, de tes récits mensongers?
MONTALAIS
Oui, et vous avez bien fait, dans l'intérêt de deux personnes.
LÉON
Deux personnes?
MONTALAIS
Vous d’abord.
LÉON
Ensuite ?
MONTALAIS
Votre père...
LÉON
Mais qui donc est mon père?
MONTALAIS
C’est à moi que vous le demandez... à moi!... i et rien dans ma conduite ne vous a fait deviner... |
LÉON, terrifié .
Ah! mon Dieu... quel soupçon!... oh! ce serait horrible... Tais-toi, tais- toi... je ne veux pas connaître mon père.
Et moi, je veux que vous le connaissiez... ton père, Adrien, c'est...
LÉON
Non! non !... N’achévez pas!... C’est impossible!... Je ne veux pas vous croirel... Mon cœur me dit que c’est une nouvelle imposture!... Je : sens là que je ne suis pas...
MONTALAIS
Tu es mon fils !
LÉON
Oh! par pitié, ne me donnez pas ce nom!... j Laissez-moi, laissez-moi !... je cours trouver le conseiller.
Il «e lève et va pour sortir.
MONTALAIS
Va trouver le conseiller, et tu envoies ton père à I échafaud!
LÉON, s’arrêtant.
A l'échafaud!
MONTALAIS
Tu avais pris la place du duc; le duc, qui passait pour mort, respirait encore; un des deux devait être sacrifié : c’était toi qui étais désigné ; mais tu prononças le nom de ta mère, je reconnus mon fils, mon choix fut bientôt fait.
LÉON
Ainsi, ce malheureux trouvé au Bourget...
Est le duc...
LÉON
O mon Dieu! mon Dieu !
MONTALAIS
Veux-tu connaître l'assassin ?
LÉON
Non, non. ..Taisez-vous, par grâce, taisez-vous 1
MONTALAIS
Soit; mais si tu dis un seul mot, si un seul instant tu renonces à être le duc de Verneuil ; si tu hésites à me seconder, jesuis perdu ! 11 n’existe aucune preuve, tout dépend de toi. Ainsi, d’un côté, les honneurs, les richesses, la main delà femme que tu aimes; de l’autre, l’opprobre, la misère... Lucie perdue pour toi, et une mort ignominieuse pour ton père.
LÉON
Fuyez, fuyez, pendant qu’il en est temps encore... J’ai de l’or, des bijoux ; je vous donnerai tout ce que je possède.
MONTALAIS
Fuirl... Ce serait m’avouer coupable; je resterai. C'est dans ce château que je saurai si mon fils sait tout braver poar sauver son père, commej'ai su, moi, tout oser pour assurer 1a fortune et le bonheur de mon fils.
LÉON, avec désespoir.
Mon bonheur!
Je te laisse, Adrien; mais je te reverrai devant le conseiller, le médecin Delmar, et ta mère, ta mèrel
LÉON
Ma mère!
MONTALAIS
Qui ne doit être à tes yeux qu’une étrangère, qui ne doit voir en toi que le duc de Verneuil.
Il tort.