GRANDE SALLE DES GARDES
SALLES SERVANT DE PASSAGE POUR ALLER DANS L'AILE DES PRINCES APPARTEMENT DE LA GOUVERNANTE DES ENFANTS DE FRANvIE
Pour finir la description du premier étage de ce côté, nous avons encore à parler de la grande salle des Gardes, des deux salles qui servaient de passage pour aller dans l'aile des Princes et de l'appartement de la gouvernante des Enfants de France.
Grande salle des Gardes (140).
La grande salle des Gardes, appelée aujourd'hui la salle du Sacre, fut de 4 670 à 1682 une chapelle, puis devint la grande salle des Gardes.
L'ancienne décoration a été complètement détruite; les peintures du plafond datent du Consulat. Les dessus de porte ont été peints par Gérard.
C'est dans la grande salle des Gardes que le Roi faisait chaque année la cérémonie de la Cène, le Jeudi saint l.
Un écrivain du xvn° siècle décrit ainsi cette cérémonie :
La cérémonie aujourd'hui observée à la Cour le Jeudi saint est telle.
Le mercredi auparavant, pendant les Ténèbres, auxquelles Sa Majesté assiste, l'un des aumôniers servans et le premier médecin du Roi, suivi des chirurgiens et barbiers, se rendent en un lieu où est assemblé un grand nombre de pauvres jeunes enfans, parmi lesquels on en choisit treize petits, les plus agréables, qui sont visités
1 Cet usage remonte au roi Robert ; le nombre des pauvres était alors illimité ; il fut fixé à treize sous Louis XIIL Le Roi servait treize plats à chaque pauvre et lui donnait une bourse contenant treize écus. C'est de la cour des empereurs grecs que cette coutume s'était répandue dans le reste de l'Europe.
parle premier médecin et par les chirurgiens et barbiers du Roi, pour voir s'ils sont nets et n'ont point aucunes fistules ou gales sur le corps, et notamment aux pieds, et ces treize petits enfans étant trouvés tels qu'il est nécessaire pour être présentés le lendemain, qui est le Jeudi saint, devant le Roi, à la cérémonie du lavement des pieds, ils sont mis par M. le grand aumônier sur un rôle signé de lui, lequel est mis entre les mains du trésorier des aumônes et offrandes du Roi, afin qu'il donne ordre à ce qui est nécessaire pour la cérémonie, en ce qui dépend de sa charge.
Le Jeudi saint, dès six heures du matin, ces treize petits pauvres sont menés à la fourrière, où le barbier du commun de la maison du Roi leur rase les cheveux et coupe les ongles du pied à chacun ; puis on les fait chauffer, et on leur baille à déjeuner, et les officiers de la fourrière leur lavent après les jambes et les pieds avec de l'eau tiède et des herbes odoriférantes, afin que Sa Majesté n'en reçoive aucune mauvaise odeur. Cela fait, ils sont habillés d'une petite robe de drap rouge, ayant un chaperon à hache, attaché derrière, avec deux aunes de toile qui leur pendent depuis le col jusques en bas, où sont enveloppés leurs pieds, et sont conduits par leurs pères et mères, ou quelqu'un de leurs parens, en la salle où se doit faire la cérémonie et assis le long d'un banc, le dos tourné contre la table où le Roi les doit servir, et le visage vers la chaire, où le grand aumônier, ou autre prélat choisi pour faire ce jour le service divin devant Sa Majesté, doit faire l'exhortation sur le sujet de cette cérémonie.
L'exhortation faite, on chante le Miserere, à l'issue duquel le grand aumônier, ou autre prélat qui a fait l'exhortation, donne l'absolution, puis le Roi s'avance vers les enfans, et prosterné à deux genoux commence à laver le pied droit au premier, et le baise, et ainsi continue aux autres. Le grand aumônier de France tient le bassin d'argent doré, et l'un des aumôniers servans tient le pied de l'enfant que le Roi lave, essuie et baise après.
Ce lavement étant fait, les enfans sont passés de l'autre côté de la table, où ils sont servis par le Roi, chacun de treize plats de bois, les uns pleins de légumes, les autres de poisson, et d'une petite cruche pleine de vin, sur laquelle on met trois pains ou échaudés, et puis le Roi passe au col à chacun d'eux une bourse de cuir rouge, dans laquelle il y a treize écus, laquelle est présentée à Sa Majesté par le trésorier des aumônes. Tous ces mets sont présentés au Roi par les princes du sang royal et autres princes et grands seigneurs qui se trouvent lors auprès de Sa Majesté 1 ; le premier maître d'hôtel, en l'absence du grand maître de France, marchant devant eux avec son bâton de premier maître d'hôtel en grande cérémonie ; et derrière les enfans il y a un aumônier servant qui
1 En cas d'empêchement du Roi, Sa Majesté est remplacée par le Dauphin ou un prince de sang royal.