‹ Le chateau de Versailles (volume 2)Chapitre 55 sur 76 · EXTRAIT DE LA PRÉFACE DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA PRÉFACE DE L'OUVRAGE

Comme l'indique le titre de l'ouvrage, c'est à la fois l'histoire et la description du Château que j'ai voulu faire; et j'espère que les lecteurs trouveront que, pour être venu le dernier, ce livre est cependant plein de choses nouvelles. Je me suis surtout efforcé de détruire les erreurs impardonnables et les légendes absurdes accréditées par les cicérone et par l'ouvrage officiel de M. Vatout, le bibliothécaire de Louis- Philippe.

L'histoire du Château était pleine de fautes grossières. 11 fallait la soumettre aux règles de la critique, étudier les sources, chercher la vérité et la dire : j'espère avoir réussi, tout au moins aurai -je ouvert la voie.

Tout ce qui est relatif à la fondation du Château par Louis XIII est tiré de documents inédits conservés aux Archives nationales. Le journal de Jean Hôroard, médecin de Louis XIII, publié par M. Soulié, contenait déjà les renseignements les plus précis sur la date de la construction du petit Versailles de Louis XÏII. Avec ces renseignements, avec les docu-

mcnts que fournissent les Archives nationales on a l'histoire certaine des origines du palais.

Le Versailles de Louis XIV est tout entier dans les Registres des Comptes des Bâtiments du Roi (1664-1774). Ces registres et le journal de Dangeau donnent les dates exactes des constructions du Château et des embellissements des jardins, ainsi que les noms des artistes qui ont exécuté tant de beaux ouvrages.

Les plans conservés aux Archives nationales et aux Archives de la Préfecture de Seine-et-Oise m'ont fourni de précieux renseignements, moins cependant que les plans du bureau de l'architecte du palais. L'étude de ces plans si nombreux m'a permis de suivre les transformations incessantes du palais depuis sa fondation jusqu'à nos jours. J'ai cherché, à l'aide de gravures et de plans, à remettre sous les yeux du lecteur les principales œuvres détruites par ces nombreuses transformations.

J'ai tenu à présenter dans une suite de tableaux écrits par les contemporains eux-mêmes la vie réelle des hôtes illustres du Château, depuis L,ouis XIII et Mllc de La Fayette, Louis XIV et Mlle de La Vallière, jusqu'à Louis XVI et Marie-Antoinette. J'ai essayé de faire revivre les usages, les riches costumes, l'étiquette du lever, du coucher et des repas, les fêtes, les cérémonies, ce qui se passait aux naissances, aux mariages et aux morts; en un mot je me suis efforcé de rendre la vie aux salles désertes et muettes du Musée. Arrivé à Louis XV, il a bien fallu parler des maîtresses déclarées ou secrètes, sujet déplorable qu'on ne pouvait taire cependant.

L'art a joué un trop grand rôle à Versailles pour qu'il ne tienne pas une place importante dans cette histoire du Château. C'est, en effet, dans les jardins de Versailles que l'on peut trouver ce groupe d'œuvres de sculpture qui constitue dans l'histoire de l'art ce que l'on devrait appeler l'école de Versailles. Au Château se trouvent aussi, avec une abondance incroyable, les documents les plus originaux sur l'histoire de notre art décoratif. L'ornementation du Château présente, en effet, dans ses diverses parties, trois époques fort distinctes, celle de Louis XIV, celle de Louis XV et celle de Louis XVI. On y trouve les créations les plus spontanées depuis le moment où le génie français, s'inspirant de lui-même, se dégage de l'influence italienne, et produit la décoration la plus majestueuse sous Louis XIV, la plus capricieuse et la plus élégante sous Louis XV, pour arriver, sous Louis XVI, à des œuvres toujours élégantes, mais un peu plus sérieuses, sous les directions successives de Lebrun, de Lepautre, de Mansart, de Robert de Cotte, de Verberckt, de Dugourc, de Cauvet et de Lalonde.

Trop longtemps négligés, nos artistes décorateurs, si pleins de verve et dégoût, sont aujourd'hui l'objet d'études approfondies. Aussi sommesnous heureux de faire connaître de nouveaux noms qui méritaient d'être tirés de l'oubli. Une table alphabétique facilitera les recherches à ceux qu'intéressent ces études.

A la résidence de Louis XIV se rattachaient : un grand parc pour la chasse a tir, divers châteaux, Trianon, la Ménagerie, Marly, où le Roi se retirait pour vivre avec une étiquette moins rigoureuse, le château de Clagny, splendide demeure de la maîtresse du Roi, Mmc de Montespan, des dépendances pour le service des 5,000 habitants du Château, peuplées elles-mêmes de 5,000 autres habitants : Grand-Commun et Potager, pour la bouche; Grande et Petite-Ecurie, pour les chevaux de main et de carrosse; Chenil, pour les meutes et les équipages de chasse. 11 y avait encore tout un système pour fournir l'eau à la ville, au palais et aux fontaines du jardin ; enfin, il s'était créé, au pied du Château, une ville dont l'existence était indispensable à la Cour, et dont la population tout entière était plus ou moins au service du Roi.

Tel est l'ensemble que nous mettons sous les yeux du lecteur, en en racontant l'histoire depuis Louis XIII jusqu'à nos jours.

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