‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 12 sur 166 · I. — COUP D'OEIL D'ENSEMBLE SLR SES TRANSFORMATIONS · texte numérisé non relu

I. — COUP D'OEIL D'ENSEMBLE SLR SES TRANSFORMATIONS

Le Château de Versailles, qui fut, pendant plus d'un siècle, le siège et comme le symbole de la monarchie absolue, n'a pas été construit tout d'une pièce et d'après un plan immuable. La maison de chasse que Louis XIII fit bâtir fut comme l'embryon du grand château de Louis XIV, et, bien qu'il en reste peu de chose aujourd'hui, son style inspira cependant les premières constructions du « Grand Roi »; constructions modestes d'abord, mais qui ne tardèrent pas à s'étendre et à prendre un caractère de grandeur majestueuse, qui semblait plus en harmonie avec le prestige grandissant de la royauté.

Le style du premier Versailles de Louis XIV, du Versailles de 1668, c'est le style gracieux et charmant de la Renaissance française. Le Vau fut l'architecte de ce « palais de féerie » dont les façades de brique et de pierre se marient si agréablement à l'ardoise des combles aigus.

Un second « Versailles », dû au même architecte, correspond à l'enveloppement « du petit Château » par les trois fa-

çades sur les jardins. En même temps. André Le Nôtre, successeur de Jacques Boyceau, trace « les lignes générales des jardins à venir ». Ces travaux commencèrent dès 1669.

Enfin, un troisième « Versailles » est l'œuvre de Mansart. Son plan d'agrandissement et de transformation correspond à la conception de Louis XIV, qui veut faire de ce palais le centre de son pouvoir et le séjour de la Cour. De là, la construction des ailes, de la Grande-Galerie, de la Chapelle, etc.. Ainsi l'on a pu dire que l'architecture de Versailles, sous Louis XIV, a suivi la marche de son règne, dans ses phases diverses : elle s'adapte d'ahord à la période de sa jeunesse brillante, amie des plaisirs et des fêtes; plus tard, avec la maturité de l'âge, les succès militaires et les complètes, elle revêt un caractère plus royal: enfin, quand le siège du Gouvernement y est définitivement fixé, elle prend « l'ampleur majestueuse » qu'elle a gardée depuis.

En effet, Louis XV laissera intactes les lignes extérieures du Château, du moins du côté des jardins, mais l'évolution des idées et des mœurs se fera sentir profondément sous son règne, dans l'intérieur du Palais. L'influence du xvme siècle s'y montre, tant dans l'aménagement que dans la décoration. < >n y crée et on y détruit. Les appartements de Louis XIV, de la famille royale et de la Cour sont modifiés; on fait disparaître l'escalier des Ambassadeurs, la Petite-Galerie, etc. . . ; par contre, on crée le salon d'Hercule et la salle d'opéra. Il faut Lien dire que, s'il en avait eu le temps et surtout les moyens, Louis XV aurait complètement transformé la façade orientale du Château. Un nouveau projet de construction, de style grécoromain, alors à la mode, avait été adopté, et nous en voyons un échantillon dans « l'aile de Gabriel », qui reste debout (aile septentrionale de la cour Royale).

Sous Louis XVI, le goût du changement fut arrêté net par le manque d'argent. On se borna à quelques remaniements intérieurs sans importance et à la replantalion du Pare tout entier, rendue en partie nécessaire par le dépérissement d'un grand nombre d'arbres. Sur ces entrefaites survint la Révolution, qui, en détrui:-ant la monarchie, laissa posée la grave question de l'avenir du Château. En attendant, elle le sauvait, en empêchant une autre métamorphose, qui était dans le goût du temps et qui aurait eu sans doute pour effet de faire dis-

Page 1