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tructions, ainsi que beaucoup d'autres pour son service privé et celui des siens1, la noblesse, logée au Château, se faisait bâtir à Versailles des « hôtels de campagne ». Il sera intéressant de connaître où étaient situés les plus importants : Rue de la Surintendance (Gambetta). — V hôtel de Beauvillier (12 et 14), résidence du contrôleur général sous Louis XV, aujourd'hui cercle des officiers de la garnison ; Yhôtel de M^ de Montpensier (7), qui, à la mort de la Grande Mademoiselle, passe au duc d'Orléans, frère de Louis XIV ; — rue de l'Orangerie, l'hôtel de Seignelay (10 et 12); — rue de la Chancellerie, l'hôtel Coislin (4 et 6), l'hôtel de Dangeau (8)2, les hôtels de Luxembourg (10), de La Vallière (12), de Duras (16).
Rue des Réservoirs. — L'hôtel de Louvois, devenu sous Louis XV l'hôtel du gouverneur de Versailles (aujourd'hui siège des bureaux de l'Intendance militaire); les hôtels de Richelieu (4), de Créqui (12), de Condé (14), où mourut La Bruyère (11 mai 1696) 3; de Soissons, puis d'Antin (16-18).
Rue des Hôtels (rue Colbert). — Les hôtels de Monsieur (1), de Turenne (1 bis) (aujourd'hui Service des Eaux), de Gramont (3), de V illacer f (5) (actuellement Hôtel de France), de Choiseul, puis de Villeroi (7); — de La Moihe-Houdancourt (11), d'Aumont (13), de la Vieuville (15), de La Rochefoucauld (17).
Rue de la Pompe (rue Carnot). — Les hôtels de Xoailles (1), de Montausier, puis de Toulouse (25-27) ; du Plessis (47).
Avenue de Saint -Cloud. — Les hôtels de Gesvres (1), d'Estrées (5), de Guise (13, 15 et 17), de Sourches, de Saint- Simon (38).
Insistons sur Yhôtel de Conti, situé derrière la Petite-Ecurie, et où s'installa la municipalité de Versailles dès 1790. Bâti en 1670 pour le maréchal de Bellefonds, il fut acheté par Louis XIV en 1680 et donné au duc de Vermandois, fils de MUc de La Vallière. En 1683, la princesse de Conti, sa sœur, en hérita. Elle y donna en 1700 une représentation, l'opéra
1 Taine en fait une longue énumération (L'Ancien Régime, t. I").
2 Ces deux hôtels forment aujourd'hui V Hôtel de la Chasse.
3 II existe de cet événement une plaque commémorative sur la maison, occupée aujourd'hui par un restaurant.
d'Alceste, et en 1702, Electre, tragédie de Longepierre, tirée d'Euripide. Le vieux Baron y remplit avec grand succès le rôle d'Oreste. Elle fut rejouée quelques jours après devant toute la Cour.
Cet hôtel, vendu par la princesse de Conti, quand la Cour quitta Versailles, à la mort de Louis XIV, à un sieur Bosc, qui le revendit à Louis XV en 1723, après l'avoir dépouillé de ses bois et dépendances, plombs et autres objets d'art, dont il trafiqua, fut affecté par le Souverain à la demeure du grand-maître de la Maison du Roi, qui était alors le duc de Bourbon. Celui-ci y donna de nombreuses fêtes en l'honneur de la marquise de Prie et y fit de nombreux embellissements. Il en reste encore de fort belles boiseries'.
En 1823, la Ville, dont la Mairie restait établie dans l'hôtel du Grand-Maître, en vertu d'un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans et d'un loyer de 800 francs, fit faire sur l'emplacement des jardins l'avenue de Berry (actuellement l'avenue Tbiers)2.
L'hôtel de la Mairie, restauré presque en totalité en 1873, par l'architecte de la Ville, a été de nouveau reconstruit en 1900, à la suite d'un concours d'architectes. « Le mieux que l'on en pourrait dire serait de n'en dire rien du tout. C'est un monument d'une entière nullité architecturale, mais un monument gigantesque. La lanterne qui surmonte ses combles aigus du plus faux style de la Renaissance) domine audacieusement tout ce que, dans l'ancienne ville et jusque dans le Château, la sagesse et le goût des architectes disciples de Mansart avaient fixé en d'harmonieuses proportions. La loi de Versailles, de s'étendre paisiblement en lignes régulières, sans effort pour s'élancer trop haut ou trop loin, a été cruellement enfreinte3. » Dans cette nouvelle construction subsiste encore la plus grande partie de la façade de l'ancien hôtel.
1 Ces boiseries, qui étaient dans l'ancienne Galerie municipale et dans deux salons y attenant, sont d'un style Louis XV charmant. On peut les voir maintenant dans la nouvelle salle des Fêtes et dans celte des Mariages, qui est la plus belle, avec ses panneaux sculptés, ses cadres de glaces et ses dessus de portes d'un goût exquis (style Louis XV du début, avec, de-ci, de-là, quelques traces visibles de style Louis XIV .
2 L'escalier et la terrasse avec des murs de soutènement, qui exis taient depuis la construction de l'hôtel, sont remplacés par des parterres en pente douce qui dégagent le nouveau monument.
3 A. Pératé, Versailles. — La Ville.
Une dépendance de l'hôtel de Conti subsiste encore avenue de Sceaux, n° 1 : c'est le pavillon des Bains, que la fille de Mlle de La Vallière avait fait élever dans ses jardins en 1690. Meublé magnifiquement, elle y recevait souvent son demifrère, le Grand Dauphin, au retour de ses chasses au loup1.
Louis XIV fit faire deux routes principales : l'une, par Sèvres, qui faisait communiquer Versailles avec Paris ; l'autre, de Versailles à Saint-Germain, qui passait par la rue de Maurepas, alors en bordure de l'étang de Clagny, et qui fut modifiée en 1773, quand on perça le boulevard du Roi. Les principaux travaux de ce genre avaient surtout pour but « la commodité de la chasse du Roi ».
Nous voici au début du règne de Louis XV. D'abord, l'essor de la ville et de la population (30,000 habitants) subit une éclipse du fait de l'abandon de Versailles par la Cour. Mais ce ne fut que momentané. En 1722, le Gouvernement réintégra Versailles, et la ville prit sous ce règne un accroissement nouveau. Le quartier du Parc-aux-Cerfs 2 se bâtit, se peupla et forma avec le vieux Versailles la nouvelle paroisse de Saint- Louis. Cette église, d'abord simple chapelle, fut élevée, de 1742 à 1754, par Hardouin-Mansart; elle fut érigée en cathédrale en 1801. Elle est d'un très beau style Louis XV, et unique en France en son genre. Les députés du tiers état y tinrent séance le 22 juin 1789.
Une épidémie de fièvre paludéenne ayant éclaté pendant l'été de 1734 dans le quartier Notre-Dame, on en profita pour combler l'étang de Clagny (1735-1736); le quai qui le bordait au midi devint la rue Neuve. Le château de Clagny lui-même, menaçant ruine, fut démoli en 1769. Dès 1773, on commença à bâtir, sur l'emplacement de l'étang et au delà, un nouveau quartier qui fut le quartier des Prés3.
1 Narbonne dit que c'est dans ce pavillon que se faisaient les parties secrètes et qu'il appartint depuis au comte de Charolais.
2 Rues Satory, Saint-Honoré, Royale, Saint-Médéric, Saint-Martin,, des Tournelles, d'Anjou, des Bourdonnais, Saint-Louis, Saint-Antoine (Borgnis-Desbordesl, du Sud, des Rossignols, etc.
3 Boulevard du Roi, rues de Maurepas, de l'Ermitage, Sainte-Adélaïde, Sainte-Victoire, de Mouchy, d'AngouIème, Mademoiselle, Sainte-Sophie, boulevard de la Reine, rues d'Angiviller, Berthier, La Fayette, de Beau vau, des Missionnaires, et prolongement de la rue Duplessis.
De nombreux bâtiments furent édifiés sous ce règne.
Vhô'.el des gardes du corps (1731) fut élevé le long de l'avenue de Sceaux., avec entrée principale rue Royale. C'est aujourd'hui le quartier de cavalerie., dit de Croy1.
L'Ermitage fut bâti pour Mme de Pompadour, en 1748. avec parc, jardin botanique, potager et orangerie. A sa mort, il fut donné à la duchesse de Villars, dame d'atours de la Reine: il fut ensuite habité par M. de Maurepas, Mesdames Adélaïde et Victoire, et vendu en 1793. C'est aujourd'hui une propriété particulière.
Mme de Pompadour eut encore un autre hôtel à Versailles, rue des Réservoirs, n° 9. On l'avait bâti sur l'emplacement de l'ancienne Pompe ou Tour-d'Eau de Francine, en 1732. Un corridor.- élevé contre le mur du réservoir de l'Opéra, permettait d'aller, à couvert, du Château dans l'hôtel.
En 1765, cet hôtel devint celui du gouverneur de Versailles, et porta le nom de nouvel hôtel du Gouvernement. Depuis la Révolution, il est devenu le célèbre Hôtel des Réservoirs.
La façade, qui avait déjà subi au commencement du xixe siècle des modifications assez importantes, a changé aujourd'hui de caractère par suite de la surélévation des bâtiments. Mais, à l'intérieur, les pièces du rez-de-chaussée et du premier étage ont été scrupuleusement respectées, et on y retrouve les. anciennes boiseries, les cadres des glaces, les cheminées, les peintures et dessus de portes datant de la construction.
Les bâtiments des Menus- Plaisirs datent de 1750. C'étaient des ateliers et magasins des menus plaisirs du Roi, c'està-dire des jeux (paumes, raquettes, etc.). Il y avait aussi des salles pour concerts et spectacles2. Entre les bâtiments et la rue des Chantiers, l'architecte Paris éleva, en 1787, une belle salle pour les séances de l'Assemblée des notables, que Calonne allait y convoquer. Elle servit aussi pour la séance d'ouverture des Etats généraux, le 5 mai 1789, et l'Assemblée
' Les gardes du corps avaient fait élever auprès de leur caserne une petite salle de spectacle, où la Comédie-Française vint jouer quelquefois.
2 En 1759, l'abbé Nollet y établit un très beau cabinet de physique pour l'instruction des Enfants de France. Il y avait aussi un théâtre. tBachauniont, t. V.)
nationale y tint ses séances jusqu'au 15 octobre 1789, date de son départ à Paris. L'entrée était par la rue des Chantiers. Vendue en 1799, elle fut abattue l'année suivante par l'acquéreur1. Quant aux bâtiments des Menus-Plaisirs, situés avenue de Paris, n° 14, ils servent actuellement de caserne.
L'hôtel des chevau-légers de la garde du Roi avait été bâti en 1751, avenue de Sceaux (nos 2-8), sur l'emplacement de divers hôtels. On y établit une école ou académie militaire de cavalerie qui eut, dit le duc de Luynes, le plus grand succès. Elle était dirigée par le duc de Chaulnes, avec le concours de M. de Lubersac et de M. de Vézanne.
Les chevau-légers donnèrent plusieurs fêtes dans leur hôtel. Ils subsistèrent jusqu'en 1787, époque à laquelle Louis XVI crut devoir supprimer sa maison militaire. L'hôtel n'existe plus, et le nom est resté à une impasse de l'avenue de Sceaux.
L'hôtel de la Poste, qui existe encore rue Saint-Julien, fut bâti en 1752, par ordre du Roi, au centre de tous les services de la Cour. Il est aujourd'hui tout à fait excentrique.
L'hôtel de la Gutrre et Vhôtel des Affaires étrangères (nos 3 et 5 de la rue Gambetta) furent bâtis en 1759 et en 1761 sur une partie de l'ancien potager de Louis XIII. Le maréchal de Belle-Isle et le duc de Choiseul y concentrèrent les bureaux et les archives de leurs ministères.
L'hôtel de la Guerre est devenu depuis 1884 l'Ecole des sous-officiers élèves-officiers de l'artillerie et du génie. Dans la cour est le buste de Lazare Carnot, « l'organisateur de la victoire » ; il y a aussi une belle statue en bronze, personnification de la Patrie.
Vhôtel des Affaires étrangères, de la Marine et des Colonies renferme aujourd'hui la Bibliothèque de la Ville. « Nul édifice ne fut mieux approprié à sa destination. Les plafonds en voûtes plates, composées de fer et de briques, les murs revêtus de briques à l'intérieur, préviennent, autant qu'il est possible, tout péril d'incendie ; des caves profondes, au-dessus desquelles s'étendent de vastes sous-sols, éloignent l'humi-
1 Le gouvernement de la République décida (loi du 19 avril 1879, rendue sur la proposition de M. Charton, sénateur) qu'un monument serait élevé sur l'emplacement où cette salle avait été bâtie.
dite et n'en présentent elles-mêmes aucune trace, grâce à la nature du terrain en cet endroit1. »
La Révolution a dispersé le magnifique mobilier qui décorait cet hôtel ; il reste de belles armoires, des boiseries dorées patinées par le temps, les dessus de portes de Van Blarenberghe et les toiles décoratives de Bachelier. Mais une richesse inestimable a été conservée : les livres du Roi et des princes, ceux des couvents et des émigrés étaient venus occuper soixante salles du Château. Enumérons ces collections : la bibliothèque du Roi, depuis Louis XIV jusqu'en 1789, soit 11,392 volumes, tous reliés en maroquin bleu ou rouge, aux armes de France; — les livres de Marie-Antoinette, transportés du Petit-Trianon, 1,910 volumes reliés en veau porphyre, aux plats armoriés et au dos orné de fleurons; — la bibliothèque du comte de Provence, 11,300 volumes; celle de Mesdames à Bellevue, 10,580 volumes, aux belles reliures de couleurs variées; — la bibliothèque des Dames de Saint-Cyr, livres de piété pour la plupart; — une partie des livres de Mme de Pompadour, vrais joyaux, et de Mme Du Barry, de moindre importance; — d'innombrables bibliothèques de couvents, belles éditions des xvie et xvne siècles, et quelques incunables; — enfin, plus de cinquante bibliothèques d'émigrés, dans lesquelles se trouvait la célèbre collection de l'abbé Gouget qui renfermait, entre autres œuvres rarissimes, l'exemplaire unique du Cymbalum Mundi, édition de 1537. l'un des 1 résors de la Bibliothèque, ainsi que la collection Maulvault sur Port-Royal.
Toutes ces collections ont été acquises à cette bibliothèque par les soins de Paillet, qui la constitua en 1801 et qui renferme aujourd'hui 200,000 volumes.
Le couvent des Ursulines, aujourd'hui le Lycée, fut fondé par Marie Leczinska. Les bâtiments furent construits de 1767 a 177-2 par l'architecte Mique, sur l'emplacement d'une partie du domaine de Clagny et avec les pierres provenant du château qu'on venait de démolir. A la mort de la Reine, Mesdames achevèrent l'édifice. A la Révolution, le couvent servit d'hôpital militaire (1794), puis d'hôpital pour les invalides
1 Voir la très intéressante brochure de M. A. Taphanel, conservateur de la Bibliothèque de la ville de Versailles.
logés au château de Versailles (1800). Inoccupé de 1801' à 1807, il devint lycée à cette dernière date. Depuis 1888, il porte le nom de Lycée Boche, en l'honneur du plus illustre enfant de Versailles.
L'hôte! de Mme Bu Barry , situé avenue de Paris, n° o, avait d'abord appartenu à Binet, premier valet de chambre du Dauphin (1751). L'architecte Ledoux construisit pour la favorite le grand corps de logis; mais la mort de Louis XV arrêta les frais, et Mme Du Barry vendit l'hôtel au comte de Provence, qui y plaça ses écuries, lesquelles forment aujourd'hui une caserne d'artillerie. L'ancienne maison de Binet est devenue une propriété particulière.
Sous Louis XVI, Versailles obtint en 1787 d'avoir un corps, municipal élu pour administrer la ville. A cette même époque, le Grand et le Petit-Montreuil furent réunis à Versailles.
En 1780, le Garde-Meuble de la Couronne avait été construit rue des Réservoirs (n° 11), sur l'emplacement des anciennes pompes de Louis XIV pour l'alimentation du Parc. La Préfecture y fut installée en 1800.
En ce temps-là, la résidence au Palais n'était plus de mode. Les princes et les princesses du sang donnaient l'exemple. Pendant que Marie-Antoinette était au Petit-Trianon, Mesdames tantes étaient à l'Ermitage ou à Bellevue ; la comtesse de Provence avait une maison avenue de Paris (59 et 61 ) ; on y entrait par la rue de Montreuil. Les jardins étaient fort beaux. Il existe encore de cette résidence un pavillon qui a conservé sa décoration primitive.
Madame Elisabeth possédait aussi une maison, avenue de Paris, n° 41 bis, que Louis XVI lui avait donnée1. Elle y vécut avec ses deux amies, Mmes de Bombelles et de Soucy, et Mme de Mackau, son ancienne gouvernante. Les jardins furent agrandis et dessinés dans le goût du Petit-Trianon, par Huvé, inspecteur des bâtiments du Roi2. Cette maison, vendue à des. particuliers, est restée une des plus charmantes de Versailles.
1 Elle avait été bâtie en 1776 pour la princesse de Guéménée, gouvernante des Enfants de France.
2 La bonne Madame Elisabeth fut une providence pour le quartier de Montreuil. Le lait des vaches suisses était distribué chaque jour aux pauvres, avec les fruits et les légumes du potager.
Porte de la Chefferie du Génie, avenue de Paris, u° 6
Nous voici en 1789. Versailles avait alors une population d'à peu près 50,000 habitants, que la Révolution réduisit environ de moitié.
La ville embrassa les idées nouvelles. Alors commencèrent les grandes journées par lesquelles le nouveau régime allait, s'affirmer et qui ont leur place dans l'histoire générale, Il suffira ici de les énumérer : Ouverture des Etats généraux, 5 mai 1789, précédée de cette procession solennelle des trois ordres1, qui se rendirent de Notre-Dame à Saint-Louis au milieu d'une haie de gardes-françaises et de Suisses pouvant à peine contenir le flot immense des curieux venus pour voir un spectacle qui ne devait jamais plus se produire. « Beau jour, dernier jour de paix, dit Michelet, premier d'immense avenir! » — Séance du 17 juin, où le Tiers se déclarait Assemblée nationale et invitait les deux autres ordres h se joindre à lui pour vérifier en commun les pouvoirs des membres de l'Assemblée. — Serment du 20 juin, à la salle du Jeu-de-Paume, où les députés du Tiers, trouvant fermée la salle des Menus, s'étaient rendus et où ils jurèrent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France. — Séance royale du 23 juin, à l'issue de laquelle Mirabeau répondit en paroles enflammées aux sommations du grand-maître des cérémonies, le marquis de Dreux-Brézé. — Séance ou 27 juin, où le clergé et la noblesse se réunirent au tiers état, qui sortait vainqueur de cette lutte mémorable. — Nuit du 4 août, où l'Assemblée nationale constituante abolissait les droits féodaux et les privilèges. — Séance du 20 août, où elle votait la Déclaration des Droits de l'Homme.
Nous avons dit quelles furent les conséquences du banquet des gardes du corps (1er octobre). Le peuple de Paris se souleva, marcha sur Versailles le 5, envahit le Château dans la nuit, et, le 6, força le Roi à venir à Paris, où il s'installa aux Tuileries. L'Assemblée l'y suivait le 15 octobre. Versailles cessa alors d'être le siège du Gouvernement et le centre de la Révolution.
1 Elle a été commémorée à la frise d'une des salles du Château (138), presque entièrement cachée aujourd'hui par d'immenses toiles rappelant des événements de la guerre de 1870. On y a ajouté le tableau représentant les obsèques du président Carnot, de dimensions non moindres.
Reprenons l'histoire locale. Hélas! c'est une scène d'horreur qui se passe à Versailles le 9 septembre 1792. Des bandes d'égorgeurs venus de Paris attaquèrent des voitures de prisonniers arrivant d'Orléans, que le maire de Versailles, Richaud, voulut protéger au risque de sa vie, et les massacrèrent, après une lutte d'une heure, aux Quatre-Bornes*. Quarante-quatre prisonniers sur cinquante-deux furent massacrés; les autres furent sauvés par quelques courageux habitants. Le lendemain, les égorgeurs continuèrent leur besogne sinistre dans les prisons de la ville, à la Geôle et à la maison d'arrêt2, où ils firent plus de trente victimes. Le vaillant Richaud put enfin arrêter les massacres.
Versailles resta, d'ailleurs, étrangère aux fureurs révolutionnaires. De 1792 à 181 i, il n'y a rien à relever de saillant dans son histoire. Sous le Consulat, un évêché y fut établi.
Les alliés (Prussiens et Russes) la visitèrent en 181-4 et elle dut payer de fortes réquisitions. En même temps, le corps de Marmont, criant à la trahison de son chef, était arrivé et voulait continuer à combattre. Le maire, de Jouvencel, parvint à calmer les principaux chefs et obtint qu'ils partiraient pour Rambouillet.
En ce moment même, le typhus, occasionné par l'encombrement des malades et des blessés de toutes les nations, faisait des ravages dans la ville. Jouvencel parvint à les faire évacuer sur des localités environnantes.
En 1815, les Prussiens revinrent à Versailles. Repoussés à Rocquencourt le 1er juillet, par le général Exelmans, ils revinrent en nombre prendre possession de la ville. Versailles resta occupée par les troupes étrangères jusqu'au 28 décembre 1815.
En 1836, le roi Louis-Philippe fit élever sur la place Dauphine une statue du général Hoche3; mais l'événement capital de l'histoire de Versailles sous la monarchie de
1 A l'intersection des rues de l'Orangerie et de Satory.
2 Etablie rue de la Pompe, aux Ecuries de la Reine (quartier du train des équipages).
3 En 183^, il y avait fait placer une statue en marbre, représentant le général nu et assis, avec un casque et un glaive grecs. Elle avait été faite à Rome en 1808. Elle est aujourd'hui au Musée de Versailles.
Juillet fut, sans contredit, l'ouverture du Musée historique en 1837.
Sous le second Empire., la nouvelle Préfecture fut élevée sur l'emplacement de l'ancien Chenil (1863-67). Cornue et construite dans le style de Mansart, elle est en parfaite harmonie avec le Château et ses dépendances1.
Mentionnons encore, sous le règne de Napoléon III, la fondation du quartier de Clagny. Trois Versaillais, Gauthier. Leroux et Coëftier. aidés par le maire de la ville, Remilly, commencèrent, a partir de 1857, la transformation du parc de l'ancien château en rues et avenues. On vendit par lots le terrain, et aujourd'hui le quartier de Clagny compte près de 200 maisons, villas ou châteaux, qui sont une des beautés
delà ville nouvelle2.
En 1870. après la bataille de Sedan et 1 effondrement de l'Empire, les Prussiens marchent sur Paris, qui allait soutenir un sièse. Versailles, entouré de bois, sans forts, ouvert de tous côtés par ses larges avenues, ses deux lignes de chemins de fer, ses routes, ne pouvait songer à résister. Les habitants des communes environnantes étaient venus se réfugier dans la ville, qui atteignit, en quelques jours, le chitlre
de 60.000 âmes. ,
Le 19 septembre, 40,000 Allemands y font leur entrée. Le maire. Rameau, dut céder à la force. Il le fit avec beaucoup de dignité et non sans arracher aux autorités prussiennes une convention fort honorable pour la ville, qui, d'ailleurs, fut déchirée le lendemain.
Le Prince royal de Prusse s'installait à la Préfecture et en chassait le représentant du gouvernement français, Edouard Charton, qui, peu de temps après, se rendit a Tours pour se mettre à la disposition du gouvernement de la Défense nationale Hors commence pour les habitants une triste vie de violences, de perquisitions, de réquisitions qui étaient de ve-
de. Réservoirs . Us v restèrent de 1800 a la fin de 1866. et la rue du Parc-de-Clagny, etc.
ritables pillages, d'arrestations arbitraires, de violations de domicile*, qui resteront pour eux un cuisant souvenir de Y Année terrible.
Peu à peu, les Prussiens prirent possession des casernes, qu'ils croyaient minées. Le Palais fut transformé en ambulance, l'hôpital militaire et l'hôpital civil regorgeaient de malades et de blessés. Un préfet prussien, de Brauchitsch, gendre du ministre de la Guerre, M. de Roon, s'installa à Versailles, comme si la ville et le département avaient perdu momentanément toute nationalité, et se montra un tyran impitoyable, surtout en matière de réquisition. Les fonctionnaires français de la Préfecture refusèrent dignement leur concours2.
Le 5 octobre, le roi de Prusse, venant du château de Ferrières, fit son entrée à Versailles et prit possession de l'hôtel de la Préfecture. Bismarck, de Moltke et de Roon étaient arrivés quelques heures avant lui. Bismarck avait choisi pour habitation l'hôtel Jessé, rue de Provence, 14 (n° 20 actuellement), qui « fut le centre diplomatique de l'Europe ». De Moltke s'installa rue Neuve, à l'hôtel Lambinet, et c'est de cette maison qu'il dirigea pendant plus de quatre mois tout l'ensemble des opérations de guerre. De Roon logea rue Colbert, n° 7, à côté du général commandant la place.
Sur le refus du maire Rameau d'approvisionner de vivres l'armée ennemie et de payer l'amende de 50,000 francs, conséquence de ce refus, celui-ci fut arrêté et jeté dans la prison Saint-Pierre, avec trois conseillers municipaux, Barué- Perrault, Mainguetet Edouard Lefebvre 31 décembre). Ils y restèrent jusqu'au 5 janvier 1871, jour où le paiement de l'amende par les négociants, membres du syndicat versaillais, amena leur libération. Un nouvel emprunt venait d'être voté pour faire face aux réquisitions toujours croissantes.
Le 18 janvier 1871 fat le jour le plus tristement mémorable.
1 Voir Delerot, Versailles pendant roccupalion allemande. — Cet ouvrage si complet et si consciencieux est un document de premier ordre.
5 Desjardins, archiviste de Seine-et-Oise, rédigea, au nom de ses collègues, une lettre ferme de refus. (Voir Delerot, Versailles pendant l'occupation allemande. 1900.) Desjardins et Cochard, chef de la lre division a la Préfecture, furent arrêtés. Il faut lire dans l'ouvrage de Delerot l'entrevue dramatique du courageux Cochard avec le préfet prussien.
Le roi de Prusse se fit couronner empereur d'Allemagne, sous le nom de Guillaume Ier, dans la galerie des Glaces du Château. Cette cérémonie., dans le palais du « Grand Roi », annonçait solennellement que l'Empire allemand était fait.
Le 26 janvier, Jules Favre et Bismarck signent l'armistice, et la capitulation de Paris mettait fin, le 28, à un épouvantable siège.
Le 26 février, Thiers et Jules Favre, au nom de l'Assemblée nationale réunie à Bordeaux, vinrent signer avec Bismarck les préliminaires de la paix.
Le 12 mars, le dernier soldat allemand franchissait la grille de l'avenue de Picardie, et, le soir du même jour, les premiers bataillons français pénétraient à Versailles par l'avenue de Paris.
La proclamation de la Commune avait eu pour effet l'installation à Versailles de Tbiers et du Gouvernement. En quelques jours, la population avait presque doublé, tant étaient nombreux les émigrés de Paris que la révolution nouvelle faisait fuir. Les maisons étaient prises d'assaut et les hôtels débordaient. Le Gouvernement et les grandes administrations s'étaient établis au Château : par là, on se serait cru au temps de Louis XIV. Thiers résidait à la Préfecture. Il occupa toute l'aile gauche du premier étage. Pendant le séjour du Gouvernement à Versailles, du 18 mars 1871 à la fin de 1879, l'hôtel de la Préfecture a servi de résidence, après Thiers, à ses deux successeurs à la présidence de la République : le maréchal de Mac-Mahon et Grévy.
Du 2 avril au 28 mai 1871 eut lieu le second siège de Paris, Français contre Français, cette fois. Quand cette guerre fratricide fut terminée, beaucoup de convois de fédérés furent amenés de Paris pour être incarcérés à l'Orangerie, au camp de Satory, dans les casernes et les prisons de la ville, au milieu des colères du peuple. Quelques jours après, Paris pacifié voyait rentrer ceux qui l'avaient fui aux jours menaçants de guerre civile.
Versailles devait conserver jusqu'à la fin de l'année 1879 le Gouvernement et les Chambres, ainsi que les cabinets des ministres.
Après la Commune, des conseils de guerre nombreux fonctionnèrent à Versailles pour juger les insurgés. Un enfant de
Versailles, mort bien prématurément, Albert Joly, s'y fit, comme défenseur éloquent et humain, une réputation qui lavait mis au premier plan des jeunes hommes politiques, républicains et patriotes dont le désir ardent était de travailler, avec Gambetta, à réorganiser le pays et à fonder une république durable.
En 1873, Versailles vit le triste procès du maréchal Bazaine, né à Versailles; commencé le 6 octobre, dans la grande galerie du palais de Trianon, sous la présidence du général de division duc d'Aumale, il se termina par une condamnation à mort, commuée en vingt ans de détention.
Ce fut à Versailles que l'Assemblée nationale, élue le 8 février 1871, réunie le 13 à Bordeaux et siégeant dans l'ancien Opéra du Château1 depuis le 20 mars, accepta enfin, après plusieurs tentatives impuissantes de restauration monarchique, et sous la pression de l'opinion, la République, qu'elle constitua définitivement par son vote du 25 février 1875.
Comme elle avait stipulé que les deux Chambres législatives qui lui succéderaient, le Sénat et la Chambre des députés, siégeraient comme elle à Versailles, à côté du Pouvoir exécutif, une salle des séances fut construite rue de la Bibliothèque, n° 2 (rue Gambetta aujourd'hui), dans l'aile méridionale du Palais.
Après les élections de 1876, les députés s'installèrent dans cette nouvelle salle, tandis que le Sénat siégeait dans l'ancien Opéra, que venait de quitter l'Assemblée nationale. Cette double installation eut lieu le 8 mars.
Le 19 juin 1879, les deux Chambres, réunies en Congrès, votèrent leur retour à Paris. La loi du 22 juillet suivant, en ratifiant ce vote, décida que les deux salles de séances conserveraient néanmoins leur affectation et que les séances des Congrès se tiendraient dans la Chambre des députés.
Depuis cette époque, une série de Congrès ont été tenus : pour la réélection à la présidence de la République de Jules Grévy, le 28 décembre 1885; pour l'élection à cette même charge de Sadi-Carnot, le 3 décembre 1887 (on sait à la suite de quels incidents le président Grévy avait donné sa démission); pour l'élection de Casimir-Périer, le 27 juin 1894); pour
1 Rue des Réservoirs.
celle de Félix Faure. le 17 janvier 1895.. qui fut également prématurée; pour celle de M. Emile Loubet, le 18 février 1899. qui accomplit pleinement son septennat. Le 17 janvier 1906, le Congrès nommait M. Fallières, le Président actuel, qui prit possession de l'Elysée à l'expiration du mandat de son prédécesseur.
La population de Versailles, après avoir subi de nombreuses fluctuations, conséquence des événements politiques. atteignait au recensement de 1896 le chiffre de 5 4.874 habitant-, dont 7.225 hommes de troupe. L'établissement de nouveaux quartiers (Clagny, Glatigny. Le Chesnay, Saint- Antoine), le développement du faubourg de Montreuil, le percement de nouvelles voies, son site hygiénique par excellence dans sa ceinture boisée, l'ampleur et la correction de ses rues et de ses avenues, sa tranquillité, font de plus en plus de cette cité royale un séjour recherché.
Desservie par trois lignes de chemins de fer1 et. à l'intérieur, par un excellent système de tramways, pourvue d'établissements scolaires de premier ordre pour les enseignements secondaire et primaire (de tous degrés), Versailles offre aux familles les avantages de la grande capitale, toute voisine, avec, en plus, le calme et la salubrité.
Des associations actives songent à mettre de plus en plus en valeur la beauté incomparable de son Château et de ses dépendances, le Parc, les Trianons, etc. Des fêtes magnifiques, sans compter celles qui reviennent périodiquement (comme celles de Hoche, du 14 Juillet et de la Saint- Louis), attirent une foule immense et sans cesse renouvelée. Mentionnons les fêtes du Centenaire de la Révolution (1889), qui coïncidèrent avec l'Exposition universelle de Paris, et eurent pour principal attrait l'inauguration du bassin de Neptune restauré. Elles furent présidées par M. Sadi-Carnot, Président de la République, entouré des membres du Gouvernement et de tous les grands corps de l'Etat2.
Depuis 1893. Versailles a reçu d'illustres visites d'étran-
1 II faut y ajouter le service des tramways de Paris à Versailles, par Sèvres et Yiroflay.
2 Voir, salle du Sacre, la grande toile de Roll, commémorant cet événement.
gers et des représentants des maisons souveraines. La réception de l'empereur et de l'impératrice de Russie, le 8 octobre 1896, est particulièrement inoubliable.
La Société des Fêtes versaillaises, fondée il y a cinquante ans, et dont le président actuel est M. Couturier, ne cesse de se distinguer par l'ingéniosité de ses décorations, qui raviraient d'aise Vigarani. Au bassin de Neptune, dans la splendide fête de nuit qui a lieu annuellement, le dimanche qui suit le 14 Juillet, « une véritable révolution a été opérée dans le mode des illuminations et de la coloration des eaux ». Pour la première fois, en 1900, « l'illumination électrique du bassin, des portiques qui avaient été renouvelés, des bosquets et de la grille de la rue de la Paroisse a été substituée aux anciens procédés d'illumination par les verres de couleur. Le coup d'œil était féerique. L'innovation, due à MM. Marcel Lambert, architecte du Palais, et Denormandie, directeur de la Société versaillaise d'Electricité, a obtenu un succès des plus mérités, grâce à la collaboration de l'électricien Couturier, vice-président de la Société, qui avait fait accepter les procédés d'éclairage si intéressants de la maison Jean et Bouchon, de Paris. Cette merveilleuse fête avait attiré plus de 60,000 personnes1 ».
Une autre Société, fondée en 1889 et qu'il serait injuste d'oublier, Y Association Artistique et Littéraire, apporta sa pierre à l'édifice : c'est à elle qu'on doit l'érection de la statue de Jean Houdon, au square Duplessis.
Le premier président de cette Société fut M. Alphonse Bertrand, homme d'une rare érudition, secrétaire-rédacteur au Sénat. L'un des premiers, il comprit l'avenir de Versailles et éclaira souvent les différents rapporteurs du budget des Beaux-Arts au Sénat sur la situation réelle de notre Palais. Son dernier ouvrage, paru d'abord dans la Revue des Deux- Mondes : Versailles. Ce qu'il fut; ce qu'il est; ce quil devrait être2, peut en quelque sorte être considéré comme le meilleur guide des travaux à exécuter dans notre grand domaine
1 Xous trouvous ces détails si intéressants dans l'ouvrage très documenté de M. A. Jehan, La Ville de Versailles (L. Bernard, éditeur).
- In volume, librairie Pion, 1906. Prix : 3 fr. 50.
national. La mort prématurée de ce vaillant citoyen 12 septembre 1907) a été vivement ressentie dans le monde artistique et littéraire de Paris et dans celui de notre département.
De 1896 à 1905.. l'Association Artistique et Littéraire a publié une revue mensuelle (Versailles Illustré) qui a puissamment contribué à attirer l'attention des pouvoirs publics sur notre ville. Cette revue d'bistoire comprend neuf volumes.
Un autre périodique, trimestriel celui-ci, s'occupe également de Versailles et du département; c'est la Revue de i Historié de Versailles, organe de la Société des Sciences morales, Lettres et Arts de Seine-et-Oise. Publiée sous la direction de M. Taphanel, le distingué bibliothécaire de la Ville, avec la collaboration d'écrivains et d'érudits comme MM. de Nolhac, Pératé, Couard, Fromageot, Auscher, Gatin, Godart. Rey, Tambour, etc.. elle a déjà fait paraître onze volumes intendants et instructifs, dont le succès a été considérable.
D'autres Sociétés, à des titres différents, s'occupent des intérêts de Versailles et ne cessent aussi de produire. Nous tenons à citer parmi elles la Société d' Horticulture, à laquelle appartiennent les hommes les plus éminents dans l'art des jardins et dont les noms sont universellement connus. Aux grandes Expositions de cette Société, on voit figurer parmi les exposants MM. Moser et fils, A. Truffant et fils, l'Ecole nationale d'Horticulture de Versailles, dirigée par M. Jules Nanot, Emile Poirier, Nez, etc., sans oublier le grand établissement de MM. Vilmorin, Andrieux et Cie, dont la renommée est presque bicentenaire.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans rendre hommage à la science et au goût de M. Georges Bellair, jardinier en chef du Palais de Versailles, digne de ses illustres devanciers pour la décoration des jardins de nos parcs. On peut dire de lui qu'il a su transformer nos magnifiques parterres en une exposition permanente que les visiteurs admirent à l'envi.
La Société d' Agriculture ne cesse de rendre les plus grands services à la culture du sol, et l'on sait quelle est l'importance de celle-ci dans un département tel que le nôtre. Cette Société a été fondée en 1798; c'est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'elle.
Au point de vue artistique pur. nous devons citer la Société des Amis des Arts, qui, depuis quelques années surtout, dans
ses Expositions annuelles, montre une vitalité de plus en plus grande.
Dirigée avec une habileté rare par M. Barbet, cette Société compte parmi ses exposants des noms éminents de la peinture et de la sculpture. A chaque Exposition, des artistes tels que MM. Carolus-Duran, Benjamin Constant, Roll, Rodin, Marcel Lambert, l'architecte distingué du Palais de Versailles, Georges Lemaire, presque notre compatriote, auteur du beau buste de Rameau dans le grand vestibule de l'Hôtel de Ville, ont livré ou livrent encore au public des œuvres remarquables ; ils contribuent ainsi à mettre plus en valeur le talent de nos artistes locaux, dont certains ont acquis une notoriété du meilleur aloi.
C'est au président de la Société des Amis des Arts que nous devons la présence, à l'inauguration de chaque Exposition, de MM. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux- Arts, et de M. Roujon, secrétaire perpétuel de 1" Académie des Beaux-Arts, ancien directeur des Beaux-Arts; et c'est un grand réconfort pour les artistes versaillais, qui bénéficient de l'autorité considérable que le président de leur Société a su acquérir.
En 1907 (décembre), a été fondée la Société des Amis de Versailles. Elle a pour but d'apporter à l'Etat son concours pour la sauvegarde et le bon état d'entretien du domaine de Versailles et pour l'accroissement des richesses artistiques qui y sont contenues.
Elle se propose également d'organiser des manifestations d'art propres à faire connaître et apprécier tout ce que le domaine de Versailles comporte d'enseignement pour le public.
La Société des Amis de Versailles a eu pour premier président M. Victorien Sardou, de l'Académie française, décédé en 1908 ; son successeur est notre grand peintre militaire, Edouard Détaille, qualifié entre tous pour diriger une œuvre aussi artistique, dont l'initiative revient, il ne faut pas l'oublier, à M. Eugène Tardieu, homme de lettres très délicat, rédacteur au journal L'Echo de Paris, dans lequel il a jeté le cri d'alarme en faveur de Versailles.
Dès que la Société fut fondée, M. Gordon-Bennett, propriétaire du New-York Herald, faisait parvenir à celle-ci, par
les soins de M. de Nolhac. un chèque de 25,000 francs, à titre de joyeux avènement. Ce don important permit au conservateur d'enrichir le Musée de cadres pour les portraits nouvellement exposés dans les salles du xvine siècle, et contribua puissamment à l'essor de la jeune Société.
Souhaitons à celle-ci une vie longue et bien remplie ; en prenant la défense du domaine de Versailles, elle défendra l'un des plus précieux trésors artistiques de notre pays.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS