L'ESCALIER DE LA REINE ET LES PREMIERES CHAPELLES
L'escalier de la Reine, le plus fréquenté autrefois, était situé vis-à-vis de l'escalier des Ambassadeurs, de l'autre côté de la cour Royale. Il fut pris en grande partie sur la chapelle qui fut abattue.
Une chapelle provisoire fut faite, qui occupait au rez-dechaussée un vestibule conduisant à l'escalier de la Reine, le vestibule n° 41 et l'ancienne salle des Amiraux (n° 42); au premier étage, elle occupait tout l'emplacement de la grande salle des Gardes ou du Sacre (n° 140) '.
La décoration de l'escalier de la Reine est toute de marbre de Dinant et de campan vert. De nombreuses sculptures dorées ornent, au premier étage, la niche qui se trouve entre les deux portes et l'entablement du haut de l'escalier.
Le vestibule est aussi tout lambrissé de marbre. Il est ouvert sur l'escalier par une grande arcade, en face de laquelle on a feint, dans le haut de l'escalier, une ouverture de même grandeur et remplie par un tableau représentant une galerie en perspective. Sur le devant est un jeune homme adossé contre un vase de fleurs. L'architecture a été peinte par Meusnier, les figures par Poerson, les fleurs par Blain de Fontenay. Au temps de Louis XIV. les trois arcades du vestibule du rezde-chaussée étaient fermées par des grilles de fer exécutées par Delobel.
Grande Salle des Gardes 140
Restaient de ce côté, au premier étage, la grande salle des Gardes, les deux salles qui servaient de passage pour aller dans l'aile des Princes et l'appartement de la gouvernante des Enfants de France.
La grande salle des Gardes, appelée aujourd'hui la salle du Sacre, fut auparavant, de 1670 à 1682, une chapelle. L'ancienne décoration a été complètement détruite; les peintures
1 En même temps, on commençait une nouvelle chapelle sur l'emplacement actuel du vestibule de la cour de la Chapelle et du salon d'Hercule. Elle fut inaugurée en 16S2. (Dussieux, t. Ier.)
du plafond datent du Consulat. Les dessus de portes ont été peints par Gérard. Nous y remarquons aujourd'hui trois immenses tableaux : La Distribution des Aigles, par David; La Bataille d'Aèoukir, par Gros, et Le Centenaire des Etats généraux au bassin de A/eplune (1889, o mai), d'un de nos peintres contemporains marquants, Roll; au milieu de la salle est une statue de Napoléon mourant.
C'est dans la grande salle des Gardes,' l'une des plus vastes du Palais, que le Roi faisait chaque année la cérémonie de la Cène, le jeudi saint1.
Louis XV et Louis XVI y tinrent plusieurs lits de justice.
Le 6 octobre 1789, Louis XVI, accompagné de M. de La Fayette, y reçut le serment de fidélité des gardes nationales parisiennes.
Salle servant de passage pour aller dans l'aile des Princes
Les intrusions du public. — La police au Château.
La salle 144, qui renferme aujourd'hui une très remarquable collection de portraits de l'époque de Louis XIV, se composait de deux parties : a droite, la décharge de la toilette de la Reine; à gauche, un passage établissant la communication entre la grande salle des Gardes et l'aile du Midi.
La salle 145 servait de vestibule d'entrée du côté de l'escalier des Princes. Sous Louis XV, on l'appelait le salon des Marchands ; sous Louis XVI, on en fît la salle des Cent-Suisses; c'est aujourd'hui la salle de 179:2 2. Des marchands étaient établis dans ce salon, dans les galeries et à chaque repos des grands escaliers. On y vendait des livres et des articles de papeterie, d'horlogerie, de toilette et de parfumerie. Dangeau nous apprend qu'il y avait aussi des mendiants dans le Château, et le nombre en était devenu tel en 1700, que Louis XIV « répandit cinquante Suisses pour prendre les gens qui gueusoient et les faire conduire à l'hôpital général 3 ».
1 Mme Campau, Mémoires, I. — Dussieux, I.
2 En raison des tableaux militaires et des portraits de généraux serapportant à cette époque. Au milieu est une colonne en porcelaine de Sèvres offerte à Napoléon Ier par la ville de Paris.
3 DaDgeau (1700).
Dans ce temps de pouvoir absolu, on est étonné de voir comme le souverain était peu gardé dans le Château, où il semble bien que la police fût nulle, à Versailles, à Marly et ailleurs.
A ce sujet, le Dangeau de la Cour de Louis XV, le duc de Luynes, raconte : « Deux commis des aides de Saint-Germain, qui étoient venus ici (à Marly) pourvoir le château et le salon, ayant monté en haut dans le château pour regarder le salon de l'une des tribunes d'en haut, trouvèrent devant eux un escalier qu'ils crurent aussi bon pour redescendre que celui par où ils avoient monté; cet escalier est celui qui donne dans les cabinets du Roi. Etant descendus en bas, ils arrivèrent à la porte du cabinet du Roi, où Sa Majesté travailloit avec M. le contrôleur général; ils grattèrent, et le Roi vint luimême leur ouvrir. Ils furent fort étonnés de voir le Roi, qu'ils reconnurent, et le Roi surpris de voir des gens qu'il ne connoissoit pas. Us. avouèrent qu'ils s'étoient égarés, et il n'en fut pas autre chose '. »
Luynes raconte un autre fait à la date du 8 avril 17S1 : « Un homme habillé de noir toucha Madame Adélaïde dans la galerie, lorsqu'elle alloit à la chapelle; on dit même qu'il la prit par l'épaule. Ce même homme, le soir, au grand couvert, s'approcha fort près de Madame Victoire et lui tendit la main en lui demandant l'aumône; on l'arrêta.
« M. de Saint-Florentin l'a questionné; on a su qu'il s'appelle Blondel : c'est un fol. Il a dit qu'il ne croyoit pas avoir rien fait de mal à propos; que ces princesses étoient si belles, qu'il sembloit qu'il étoit permis de leur demander leur main à baiser. »
Autre preuve de cette absence de surveillance au cœur même du Palais : Louis XV descendant les marches de la nouvelle salle des Gardes (n° 27), pour monter en carrosse et aller à Trianon, fut blessé par Damiens, qui, au milieu des hommes et des chevaux, auroit pu facilement se sauver, mais qui ne bougea pas et se laissa arrêter.
Aux journées des 5 et 6 Octobre, la foule envahit facilement le Château. Dans la nuit du 6, faute de surveillance, des bandes d'assassins entrent dans le Parc, puis dans les cours
1 1746, 31 janvier.
du Château, et enfin dans les appartements, sans trouver le moindre obstacle, jusqu'à ce qu'enfin une demi-douzaine de gardes du corps les arrêtent un moment. Triste résultat de cette multiplicité de services, d'emplois, de chefs, dont la jalousie, les prétentions et la nonchalance amènent une anarchie générale et une incurie que les dangers les plus imminents ne peuvent vaincre1.