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COTÉ DE LA COUR

Les pièces du premier étage situées sur la cour comprennent les appartements particuliers du Roi, à droite et au centre, et celui de M™« de Maintenon, à gauche. Nous parlerons d'abord des appartements du Boi.

Cabinet des MédaiUes ou des Raretés (137).

La première pièce des appartements particuliers du Roi était le cabinet des Médailles ou des Raretés, qui a été entièrement refait sous Louis XV. Félibicn et les Comptes des Bâtiments nous permettent de rétablir le cabinet à peu près tel qu'il était sous Louis XIV.

Sa forme était celle d'un octogone plus long que- large avec une coupole ovale. Il était couvert d'or, de glaces, de cristal et de peintures exécutées par Boulogne *. L'entablement qui soutenait le plafond avait, dans sa frise, cinquante intervalles d'un pied de i)rofondeur, tous remplis de vases d'agate et de filigranes d'or, que des glaces, dont les intervalles étaient revêtus, semblaient multiplier ^.

Vingt-quatre tableaux de Raphaël, Léonard de Vinci, André del Sarte, Manlègne, Van Dyck, llolbein, Paul Véronèse,

* Comptes des Bâtiments, 1684.

* Fklibien.

Claude Lorrain, Annibal Garrache, etc., étaient placés audessus des douze armoires ou cabinets renfermant les médailles et les pierres gravées, et sur les armoires on avait placé quatre statues antiques, huit statues d'argent et quantité de vases précieux. Beaucoup d'autres, en jade, en agate^ en jaspe, en cornaline, en onyx, en calcédoine, en héliotrope, en améthyste, en prime d'émeraude, tous d*un travail exquis et de grandeur surprenante, étaient posés sur plus de cent consoles.

Si Ton regarde la nef du Roi ^ sur le haut du chambranle de la cheminée, deux autres'vases en forme de burctles qui raccompagnent, et diverses figures d*or et d'argent, d'ambre et de corail, placées de côté et d'autre, on verra que tous ces ouvrages sont couverts de perles, de diamans, de rubis, d'émcraudos, de saphirs, de turquoises, de jacinthes, do grenats, d'opales et du topazes. La nef est toute d'or, du poids de 150 marcs, et ornée de sculptures et de ciselures excellentes.

Mais qui peut estimer le nombre et la beauté des camées et des pierres gravées tant en creux qu'eu relief? Ces précieux monumens d'antiquité joints aux médailles, d'où le cabinet que nous décrivons prend son nom, font ensemble sa principale richesse. Une grande table remplie de tiroirs et faite en forme de bureau, placée au milieu de ce cabinet, ne suffit pas pour les contenir. C*est pourquoi dans les niches et dans les cnfoncemens il y a douze armoires ou cabinets particuliers, qui ue s'élèvent qu'à hauteur d*appui. Ils sont dorés et enrichis d'omemens, et ont de part et d'autre des figures d'enfans en forme de termes.

Plus de trois .cens tiroirs ou tal)letles ccmlenus dans ces cabinets, dans le bureau et sous un lit do repos placiS vis-à-vis la cheminée, servent à disposer par ordre toutes les médailles et les pierres gravées '.

A cette description nous ajouterons, d'après les Comptes des Bâtiments, que le parquet de marqueterie était l'œuvre de Poitou • ; — que Tébéniste Oppenord ♦ avait fait quatre

* La nef était Ton des vases employés daus le service de la table du Roi ; n forme était celle d'un navire supporté par des pieds représentant des lions. La ««/contenait la serviette, la salière et les grands couteaux.

* Félibien.

' Comptes de 108Ô. — L*ébéniste ou marqueteur Poitou avait fait pour la chambre de la Reine à Fontainebleau de très-beaux parquets à compartimonta de cuivre et d'étain.

^ Oppenord était né à Gueldre; il fut naturalisé en 1679 (NouvelUt Arekiwêê dé Vari français , 1873).

cabinets de bois violet, et restauré les douze autres cabinets où Ton plaçait les médailles ; le grand bureau du cabinet des médailles était aussi son ouvrage * ; — que le fondeur Le Nerve avait fait les draperies de bronze doré pour les bustes à tête de porpbyre qui ornaient le cabinet * ; — que ces bustes étaient placés sur des piédestaux d'ébéne exécutés par Gucci •; — que le grand bureau fait par Oppenord avait été décoré par Le Nerve d'ornements en cuivre doré * ; — que Torfèvre Besle avait encbâssé dans de l'or le sceau d'Auguste, Tune des plus belles pièces du cabinet '. Nous savons enfin que les tables étaient l'ouvrage de Lepautre '.

Le cabinet des Médailles, une des principales richesses de la Bibliothèque nationale, remonte à François I^. Ses successeurs augmentèrent la collection royale, qui était placée au Louvre et fut à peu près détruite pendant les guerres de religion. Henri IV le rétablit, grâce aux soins de M. de Bagarris, et le plaça à Fontainebleau. Louis XIV donna de tels développements au cabinet, qu'il peut à bon droit en être regardé comme le vrai fondateur. D'abord établi au Louvre, puis à la bibliothèque du Roi, le cabinet des Médailles fut transporté à Versailles par les soins de Louvois, qui venait de succéder à Golbert dans la charge de surintendant des Bâtiments (1684).

Rainsaat, antiquaire distingué, en eut la garde et fut chargé de la nouvelle installation. Il s'en acquittait avec tant d'intelligence, que Louis XIV se plaisait à le voir arranger sa collection et à étudier avec lui les pièces les plus curieuses ^

a Le Roi, dit l'abbé de Ghoisy, s'amusoit à voir ses médailles les après-dinées ; et ce fut ce qui augmenta beaucoup le grand crédit du P. de la Chaise, son confesseur. Ce Père aimoit fort les médailles, et prétendoit s'y connoitre.

' Comptes de 1683, 1685, 1686.

* Comptes dcl68î, 1685.

* Comptes de 1683.

* Comptes de 1684, 1685.

' Comptes de 1684.

* Elles sont gravées dans son œuvre.

^ Dangeau, 1686, 2 et 21 mars, et Lbprince, Essat historique sur la bihliothèçue du Roi,

Il prit ce prétexte pour être presque toujours avec le Roi. » Le 7 juin 4689, Rainsaut se promenant le long de la pièce

d*eaa des Suisses, s'y laissa tomber, on ne sait comment, et

se noya ^ Ses successeurs furent Oudinet, Simon (4742) et

de Boxe (4749), qui transféra, en 4744, le cabinet à Paris, à la

bibliothèque du Roi *.

Bn 4744, l'abbé Nollet, célèbre physicien, fit dans ce cabinet

de nombreuses expériences de physique devant la famille

royale.

La Reine a été ce matin, après la messe, dit le duc de Luynes ', chei M. Tabbé Nollet, dans le cabinet des Médailles. Il y a déjà plusieurs Jours que M. Tabbé Nollet a fini les leçons et expériences de pbyûque qu'il est venu faire ici et qui avoient commencé ce carême.... En dernier lieu, M. Tabbé Nollet ayant fait voir à Madame une cbambre noire où les objets se peignent sur une feoille^de papier, Madame, après y avoir regardé, dit à M. Tabbé NoUet qu'il avoit oublié sa tabatière dans la chambre noire : c*étoit une tabatière d*or dont elle lui faisoit présent. M. Tabbé Nollet a eu 100 pistoles de pension sur la cassette de M. le Dauphin; il a eu outre cela 1000 écus de gratification.

« Ce cabinet, dit le duc de Luynes, qui est fort orné, s*appeUe toujours le cabinet des Médailles, parce que c'étoit dans ce lieu qu'étoient les médailles et pierres gravées du Roi. On les a portées à Paris presques toutes depuis quelques années ; il n'y a que les pierres gravées qui soient restées ici dans un des cabinets du Roi, en bas près de la Petite-Galerie «. » — En 4746, l'abbé Nollet vint faire de nou- Telles expériences sur Télectricité ; cette fois il les fit dans lu Grande-Galerie. Avec sa machine électrique et une chaîne de 440 personnes il mit le feu à de l'esprit de vin '.

Détruit par Louis XV, quand on refit toute cette partie du château et qu'on démolit l'escalier des Ambassadeurs, le cabinet des Médailles devint la salle actuelle. La nouvelle

* Dahobau.

' Ce charmant cabinet, peint par Boucher, Vanloo et Natoire, a été déUuit, pendant le second empire, par Tarchitecte Labrouste. Qui doue arrôlera les destructions des architectes ?

* I7U, !•' juin.

^ La galerie de Louis Xlll.

* Lmmu, Vil, 15S.

pièce servit plus tard aux spectacles des petits cabinets et devint ensuite une antichambre de Tappartement de Madame Adélaïde. A la création du Musée, on y a placé les précieuses gouaches de Van Blarenberghe, exécutées sous Louis XYI et représentant les batailles et sièges du règne de Louis XV. Les présidents du Sénats dans ces dernières années, avaient transformé cette salle en un office pour leurs dîners et leurs soirées.

La PeUte-Galerle (132, 138, 134).

La Petite-Galerie ne fut commencée qu^en 1685 et remplaça Tappartement que M""^' de Montespan occupait au temps de sa faveur. Nous n'avons aucun détail sur cet appartement Nous savons seulement par Dangeau que, le 5 décembre* 4 684, le Roi déclara qu'il prenait pour lui le logement de M"^ de Montespan ; qu'il le joignait à son petit appartement; q[u*il avait choisi Mignard pour en peindre le salon et la galerie ; et qu'il donnait à M°>» de Montespan l'appartement des Bains au rez-de-chaussée. « Ce changement de logement, dit Saint- Simon, fut le premier grand pas de sa disgrâce et de son éloignement. » M"™° de Maintenon n'était pas Marie-Thérèse, et pour être reine de la main gauche, elle n'entendait pas que Louis XIV eût une maîtresse, même disgraciée, logée à côté de lui.

Avant de quitter Tapparlement théâtre de sa faveur et de sa puissance, M'"*' de Montespan fît un splendide cadeau à Louis XIV, le 31 décembre 1684, le soir après souper. • G'étoit un livre relié d'or et plein de tableaux de miniature, représentant toutes les villes de Hollande que le Roi avoit prises en \ 672. » — « Ce livre, nous dit Dangeau, lui coûte 4000 pistoles *, à ce qu'elle nous dit. Racine et Despréaux en ont fait tous les discours et y ont joint un éloge historique de Sa Majesté . Ce sont les étrenues que M'"° de Montespan donne au Roi. On ne sauroit rien voir de plus riche, de

* Environ 250,000 francs d'aujourd'hui. — La pistole ou le louis valait en 1687 11 livres 5 sols ; en 1689, 12 livres 10 sols (Dangeau, II, 54; III, 39).

mieux travaillé et de plus agréable. » Quelques semaines après, le 24 février 4685, M<°* de Montespan donna chez elle une dernière fête.

« Après souper, lisons-nous dans le journal de Dangeau, Monseigneur suivit le Roi chez M™* de Montespan, où il y avoit des marionnettes et une foire fort jolie ; toutes les boutiques étoient tenues par des masques. W^^ de Nantes et de Blois S M. le duc du Maine * étoient marchands, fort joliment habillés. La fête fut fort jolie et fort galante, et le Roi y fut assez longtemps. > G*est avec le Mercure^ toujours prolixe, que Ton complète Dangeau, souvent trop court, c II y a eu encore, dit le Mereure en parlant des fêtes du carnaval de cette année, un divertissement qui, pour n*avoir pas été du nombre des mascarades qui se sont faites chez le Roi, n'a pas laissé d'être un des plus agréables dont on ait jamais entendu parler. Le Roi, étant entré un soir chez M"^* do Montespan, fut surpris de voir que tout son appartement représentoit la foire de Saint-Germain. Ce n'étoit partout que boutiques remplies de marchands, et Ton voyoit même des compagnies entières de personnes qui se promenoient dans cette foire, et qui faisoient conversation ou entre elles ou avec les marchands ou marchandes. Enfin tout ce que Ton a coutume de voir à la foire y paroissoit dépeint au naturel *. »

La Petite-Galerie avait un salon à chaque extrémité; le salon de Touest joignait les cabinets de l'appartement du Roi. Le parquet de la galerie étoit de compartiments de bois de diverses couleurs et avait été fait par Oppenord *,

La voûte était peinte en marbre de différentes couleurs, avec Tor répandu partout. Au milieu, Mignard avait peint Minerve et Apollon distribuant des récompenses aux sciences et aux arts. La corniche était décorée de figures peintes en bronze et représentant la Science, la Paix, la Justice, la Vertu héroïque, la Renommée, THistoire, la Rhétorique et la Perfection. Dans le salon de Touest, on voyait à la voûte,

* FillM du Roi et de M'"^ de Montespan.

* Fib da Roi et de M'"^ de Montespan.

* Mereurt GMlani^ mars, p. 225.

^ Comptes des BAtiments, 1685, 1686.

Prométhée dérobant le feu, et Apollon sur son char accompagné des Heures. Dans le salon de Test, Yulcain créant Pandore, et les Dieux et les Déesses admirant la beauté de Pandore *.

En 4686, Mignard reçut 33,000 livres pour les peintures à fresque qu*il venait de terminer à la Petite-Galerie et qm loi firent beaucoup d*honneur *.

C'est dans la Petite-Galerie que Mignard fit, en 4694, le portrait de Jacques II, roi d'Angleterre, et de la reine son épouse. « Le bonhomme Mignard, qui a quatre-^ngts ans, dit Dangeau, n*a point voulu aller les peindre à Saint-Germain, parce qu'il croit qu'il y a des maladies •. •

La galerie de Mignard a été détruite par Louis XV. En 1736, quand on construisit, au second étage, l'appartement des maîtresses, la voûte et ses peintures disparurent d*aborâ, et en 4750, on acheva la démolition. La galerie fut transformée en trois salons plus larges que l'ancienne galerie, parce que l'on prit pour faire cet élargissement ^^le partie du vestibule de l'escalier des Ambassadeurs, qui à son tour fat démoli en 1752.

Aujourd'hui les trois salles qui remplacent Tancienne galerie de Mignard portent les numéros 432, 433 et 134.

La salle 432, décorée de charmantes sculptures dorées, était le salon de musique de Madame Adélaïde, et devint soùs Louis XVI le cabinet des Bijoux.

La salle 433 était la chambre à coucher de Madame Adélaïde; sous Louis XVI, elle fut transformée en bibliothèque.

La salle 434, salle à manger de Madame Adélaïde, prit sous Louis XVI le nom de salofi des Porcelaines, parce qu'on y exposait, au V^ janvier, les produits de la manufacture de Sèvres.

Vestibnle de TescaUer des Ambassadeurs (135, 136). Le splendide vestibule de l'escalier des Ambassadeurs est

* Les peintures des salons ont été gravées pour l'ouvrage de Monicart (T. 11, fig. 11 et 12); celles de la galerie l'ont été par G. Audran (Chalcographie, nO« 949, 950,951).

* Comptes des Bâtiments de 1686.

^ 1694, 28 août.

APPARTE3£ENTS PARTICULIERS DU ROI 219

remplacé aujourd'hui par un escalier construit par Louis- Philippe et appelé à tort Tescalier des Ambassadeurs (435), et parla salle n<* 436, qui fut à Torigine une antichambre de Tappartement de Madame Adélaïde. Cette antichambre devint sous Louis XYI une salle de billard.

Salon Orale (131).

Le salon Ovale n'existe plus ; il a été détruit vers 4750 et remplacé par trois cabinets, un grand et deux petits. Le grand cabinet servait à Louis XV à serrer ses papiers ; c'était aussi son cabinet particulier pour écrire et dessiner *.

Cabinet des Agates et des Bljonx (180) et cabinet des Pendules (1S7).

Sous Louis XIV, ces deux pièces n'étaient séparées l'une de l'autre que par des arcades. Toutes les deux formaient une grande salle décorée de nombreux tableaux et d'objets d'art.

Les Comptes des Bâtiments nous apprennent que le parquet de marqueterie et les chaises du cabinet des Agates avaient été faits par Boule *. Nous croyons que c'est pour les miroirs et les tableaux de ce cabinet que furent exécutées les bordures en argent ciselé par Bonnaire '^ et celles en argent doré avec ornements d'argent blanc ciselées par Loir et Dubel*.

Louis XIV acheta beaucoup de curiosités et de raretés pour son cabinet des Médailles et pour le cabinet des Agates, pendant les années 4684, 4G85 et 468G. Ses principaux fournisseurs furent Louis Alvarez, fameux joaillier', Silvcs-

' Il existe «ux Archives nationales (Carton 0* 1773, liasse intitulée Petits afpartewunt», cote E] un très- Joli dessin lavé à l'encre de Chine, représentant le salon Ovale-

* Comptes de 16M.

* Comptes de 1683.

^ Comptes de 1084.

' Mfereure Galant^ 1687, avril, p. 216. — Livre commode^ édit. Ed. FotTiCfiSR, I, 247.

tre Bosc, autre joaillier, Gérard, orfèvre, Patriarche, marchand vénitien, et Garolo Pompia Garcano, marchand de Milan. On achetait à Gonstantinople, dans le Levant, à Augshourg, partout où l'on trouvait de belles choses. On acquérait des héritiers de Télecteur de Mayence les plus belles pièces de son cabinet. Aussi la liste des objets mentionnés dans les Gomptes serait-elle trop longue pour être reproduite ici. Nous nous contenterons de signaler un vase d'agate d* Allemagne en forme de coupe et godronné, garni de trois cercles décret enrichi d*améthystes, de topazes, de turipioises et d*ornements émaillés, avec son couvercle ' ; un vase de jade vert en forme de coquille avec un aigle aussi enrichi de pierreries et de quatre camaïeux de corail rouge; un vase de cristal en forme de galère garni d'or émaillé ; un vase d'héliotrope garni d*or émaillé; une tasse d'onyx garnie de vermeil; des glaces de Venise à pans avec bordures garnies de cristaux de couleur et d'agates ; des vases de cristal garnis d'or ou de perles; des vases d'agate d'Orient, d'agate-onyx garnis d'or, de jaspe oriental, de jade blanc oriental, de jade sculpté de feuillages et de mascarons ; des vases d'améthyste, de prime-d'émeraude, de grenat; des aiguières de cristal; des lasses d'agate d'Orient ; des flacons de cristal de roche garnis d'or; un taureau en agate-onyx; un vase de cristal de roche en forme d'oiseau, etc.

Alvarez fournit aussi au Roi deux grandes tables en albâtre oriental, dix grandes tables de marbre et pierre de Florence, des colonnes de porphyre et d'albâtre, des bustes de porphyre et des bassins de marbre noir et jaune.

L'inventaire des diamants de la Couronne* mentionne tous ces objets et bien d'autres encore ; c'est là qu'on trouve la liste complète des aiguières, bénitiers, burettes, bustes et termes, calices, cassolettes, colTrets, corbeilles, coupes, crucifix, cuvettes, écritoires, flacons, jattes, soucoupes, statuettes, tasses, urnes, vases en cristal de roche, en jaspe fleuri, violet, vert ou rouge, en sardoine, améthyste, jade, agate d'Allemagne et d'Orient de toutes couleurs, en albâtre, lapis,

* Cette pièce et les quatre suivantes furent achetées à Augsbourg, en 1685.

• Publié par ordre de lAssemblée nationale, en 1791, 2 vol. in* 8**.

prase, cornaline, calcédoine, grenat syrien, décorés de sujets gravés et de rinceaux, ou d'ornements d'or émaillé, de diamants, de pierreries, de perles, etc. *.

Ni Félibien, ni Piganiol, qui écrivaient à la fin du règne de Louis xrv, ne parlent du cabinet des Agates et de ses richesses. Avait-on transféré au cabinet des Médailles les objets précieux qu'il contenait? Je l'ignore. Ce (ju'il y a de certain, c'est que le cabinet des Agates fut détruit sous Louis XV et devint d*abord une salle à manger, puis un cabinet de jeu, et que Tautre partie du cabinet, qui en était séparée ]>ar des arcades, en fût complètement isolée par un mur et devint la salle du conseil de Louis XV. On lui donna le nom de coHnet de la Pendule^ en 1749, quand on y plaça la célèbre pendule de Passemant.

Cabinet du BlUard (126).

Le cabinet du Billard sous Louis XIV était décoré de 17 girandoles de bronze doré faites par Boule*. Cest dans ce cabinet que Ghamillart, conseiller au Parlement, fit sa fortune.

« G'étoit, dit Saint-Simou, un grand bomme, qui marcboit en dandinant, et dont la physionomie ouverte ne disoit mot que de la douceur et de la bonté, et ienoit parfaitement parole.... Il aimoit le jeu, mais un jeu de commerce, et jouoit bien tous les jeux. Gela Tinitia un peu hors de sa robe ; mais sa fortune fut d'exceller au billard. Le Roi, qui s'amusoit fort de ce jeu, dont le goût lui dura fort longtemps, y faisoit presque tous les soirs d'hiver des parties avec M. de Vendôme et M. le Grand, et tantôt le maréchal de Villcroi, tantôt le duc de Gramont. Us surent que Ghamillart y jouoit fort bien, ils voulurent en essayer à Paris. Ils en furent si contcns

* Une partie des objets d'art du cabinet des Agates et du cabinet des Médailles se retrouve aujourd'hui dans la collection des gemmes de la galerie d'Apollon. A la galerie de Trianon, au cabinet des Médailles do la Bibliothèque Dalionale, à la salle des bronzes modernes et à la salle des bronzes •ocieiis au Louvre, se retrouvent les bronzes, groupes^ statuettes et bustes qui décoraient les deux cabinets dont nous nous occupons et sans doute quelques autres pièces du palais (Note d$ M, le comte Clément de Ri»).

* Comptes de 1M4.

qyx'ils en parlèrent au Roi, et le vantèrent tant, qu'il dit à M. le Grand de ramener la première fois q[u'il iroit à Paris, n vint donc, et le Roi trouva qa'on ne lui en avoit rien dit de trop. M. de Vendôme et M. le Grand Tavoient pris en amitié et en protection encore plus que les deux autres, et firent en sorte qu'il fut admis une fois pour toutes dans la partie du Roi, où il étoit le plus fort de tous. Il s*y comporta si modestement et si bien, qu'il plut au Roi et au courtisan, dont il se trouva protégé à Tenvi au lieu d*en être moqué, comme il arrive à un nouveau venu et inconnu de la ville. Le Roi te goûta de plus en plus, et il en parla tant à M°** de Maintenon, qu'elle le voulut voir. Il s'en tira si bien avec elle, que, peutêtre pour Ûatter le goût du Roi, elle lui dit de la venir voir quelquefois, et à la fin elle le goûta autant pour le moins que le Roi. »

Louis XY agrandit le cabinet du Billard et en fit sa chambre è coucher; il y mourut le 10 mai 4774. Ce fut aussi la chambre à coucher de Louis XVI.

GaUnet du Roi (125) et cabinet des Perruques (1S5 bit).

Ces deux pièces, qui étaient séparées sous Louis XIV, n*en forment plus qu'une aujourd'hui, appelée la salle du Conseil. La partie la plus rapprochée de la chambre à coucher de Louis XIV était le cabinet du Roi, Tautre formait le cabinet des Perruques.

Le cabinet des Perruques ou caUnet des Termes était décoré de 20 figures d'enfants en forme de termes placées au-dessus de la corniche. C'est dans cette pièce que se trouvaient placées dans une armoire, couverte de glaces, les perruques du Roi, qui en changeait plusieurs fois dans la journée.

« Avant que le Roi se lève, dit VEtat de la France de 4708, le sieur Quentin, qui est le barbier ayant soin des perruques, se vient présenter devant S. M. tenant deux perruques ou plus de différente longueur ; le Roi choisit celle qui lui plaît suivant ce qu'il a résolu de faire dans la journée. Quand le Roi est levé et peigné, le sieur Quentin lui présente la perruque de son lever, qui est plus courte que celle que le Roi met ordinairement et le reste du jour Le Roi dans la

journée change de perruque, comme quand il va à la messe, après qu'il a dîné, quand il est de retour de la chasse, de la promenade, quand il va souper, etc. Le garçon qui est commis pour peigner les perruques du Roi a 200 écus sur la cassette. »

Louis XIV gagna plus d^n rhume à essayer des perruques en hiver, dans cette pièce froide*.

Le eakinei du ^i était richement meuhlé. Le bureau de S. M. était couvert de velours vert*. L'encrier et le poudrier, ouvrages de l'orfèvre De Villers, étaient d'argent ciselé*; les cachets étaient d'or\

A une certaine époque Louis XIV eut une écritoire en argent doré, de 6 pouces et demi de long sur 3 pouces et demi de large, et 7 pouces et demi de haut, enrichie de quatre diamants sur les coins, avec un tiroir ayant un bouton de diamant. L'inventaire des diamants de la C!ouronne ' en donne la description :

Sur le plateau est une petite campane émaillée de bleu, syr laquelle est un petit globe émaillé de même, chargé des quatre côtés de trois fleurs de lys de diamants, accompagnées de deux tiges d*or, Tune de grenadier, Tautre de tournesol ; le globe surmonté d*un soleil à rayons d'or et de diamants avec la légende Neepluribut impar. Le soleil s'ouvre à charnière ôt laisse voir le portrait de Louis XIV. A cOté des tiges sont deux lions couchés, dont les têtes se dévissent et servent à placer l'encrier et le poudrier.

Les bordures des petites tables du cabinet avaient été sculptées par Gharmeton, habile sculpteur en bois*. L'horloge était placée dans un prisme octogone d'or massif, de 6 pouces et demi de haut, enrichi de diamants, de topazes, de rubis, d'émeraudes et d'émaux. Ce bijou était l'œuvre de Langlois '. Le cabinet était décoré de précieux tableaux, dont les

' Jamrmal de la »ûnt€ du Roi,

* Comptas de 1884.

* ComptM de 1685.

^ Comptes de 1686.

* T. II. p. 42.

* Comptes de 16fô.

^ IntmUûirê du diamants de la Courannej II, 75.

bordures étaient en bois sculpté par Cafûeri \ ou en argent ciselé; Tune était en or émaillé*.

C'est en présence de ces richesses, de ces bijoux, de ces trésors de raretés, que Ton comprend la sévérité de Fénelon, écrivant à Louis XIV, en 4693 : « On a poussé vos revenus et vos dépenses à Tinûni. On vous a élevé jusqu'au ciel pour avoir effacé, disait-on, la grandeur de tous vos prédécesseurs ensemble, c'est-à-dire pour avoir appauvri la France entière, afîn d'introduire à la Cour un luxe monstrueux et incurable, i

Dès 4670* il y avait dans le cabinet du Roi : 7 tètes de marbre par Yinot, 7 bustes d*albâtre, un groupe de bronze, représentant Tenlèvement des Sabines. On y ajouta des vases de cristal de roche et de prime d'émeraude, en 1684^.

C'est dans ce somptueux cabinet que Louis XIY travaillait, tenait conseil, et, après souper, se réunissait aux prince et princesses de la famille royale.

Louis XIY accomplissait scrupuleusement les devoirs de la royauté ; il s'est trompé quelquefois, et lourdement ; mais il a toujours travaillé et n'a jamais rien décidé au hasard, ou selon le caprice d'un ministre ou d'une favorite, n n'a jamais non plus manqué de tenir conseil avec ses ministres sans motif grave. Une fois cependant, nous raconte Dangeau, le 20 février 1685, 11 n'y eut point conseil ; le Roi trouva le temps si beau, qu'il en voulut profiter pour la chasse ; il renvoya les ministres, et, se tournant du côté de M. de la Rochefoucault ', il fit cette parodie :

Le conseil à ses yeux a beau se présenter, Sitôt qu'il voit sa chienne, il quitte tout pour elle : Rien ne le peut arrôter Quand le beau temps l'appelle*.

* Comptes de 1680. — Le Louvre poss^de encore quelques-uns de ces beaux cadres sculptés. Nous cilerorif- les deux tableaux d'Annibal Carrache, la Pêche et la Chasse in"'' 134 et 135), qui ont leurs anciennes bordures dont les ornements ont trait au sujet des tableaux {Note de M. le comte Clàntat de Ris) .

* Comptes de 1686.

' Comptes de 1670.

* Comptes de 1684.

" Grand veneur.

* Louis XIV parodiait un air qui se trouve dans le prologue d\it\/s^ opéra de Quinault et de Lulli.

Huit ans après, le 3 novembre 4692, Louis XIV va passer une semaine à Marly et donne encore congé à ses ministres pendant ce temps. Quand le Roi est à Marly ou à Fontainebleau, il y a conseil tous les jours, sauf de rares exceptions, comme à Versailles. Le 23 septembre 4694, Dangeau note dans son journal : c Le Roi ne tint pas de conseil, chose fort rare, car il les tient fort régulièrement. » Môme quand il a pris médecine, ou, quand ayant la goutte, il est obligé de rester au lit^ Louis XIV tient le conseil.

Or, voici ce que c'étaient que ces conseils d*après Dangeau. « Durant tout le cours de cette année 1693, le Roi a tenu ses conseils tous les jours comme Tannée passée, savoir : les dimanches, les lundis, les mercredis et les jeudis, conseil Sopal, où il n*y a que le Roi, Monseigneur et MM. les ministres, qui sont M. de Beauvilliers, M. de Pomponne, M. de Croisa, 11. Pelletier et M. de Pontchartrain ; les mardis et samedis, causeil de Finances^ où sont le Roi, Monseigneur, M. le Chancelier, M. de Beauvilliers, M. Pussort, M. Pelletier, M. d*Argouges et M. de Pontchartrain. Les vendredis, le Roi travaille avec M. rarchevèq[ue de Paris et le Père de la Chaise. Outre cela, le Roi travaille tous les lundis après diner avec M. Pelletier, Tintendant pour les fortifications, et tous les soirs chez M°*« de Maintenon, où il travaille avec M. de Pontchartrain pour la marine, ou avec M. de Barbezieux, qui lui porte tout ce qui regarde les troupes et la guerre '. »

Nous ne pouvons manquer de parler ici de M. Rose, Tun des quatre secrétaires du Roi. C'est lui qui avait la plume. « Avoir la plume, dit Saint-Simon, c*est être faussaire public, et faire par charge ce qui coûteroit la vie à tout autre. Cet exercice consiste à imiter si exactement récriture du Roi, qu'elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait, et d'écrire en cette sorte toutes les lettres que le Roi doit ou veut écrire

de sa main, et toutefois n*en veut pas prendre la peine

n n^est pas possible de faire parler un grand Roi avec plus de dignité que faisoit Rose, ni plus convenablement à chacun, ni sur chaque matière, que les lettres qu'il écrivoit ainsi, et

» T. IV, p. 419. — Voir aussi : V, 331 ; VI, 25S ; VII, 107 ; VIII, 272 ; X,503.

an LI CHATUC DE traSAILLES

9» le Roi slgnoit toatM de sa msin ; et pour le caractère il

étolt si semlilBble A eeAvl dn BoJ, qu'il ne s'y trouvoit pas la

moindre dlfféreoce Il^toit extrëmemenl secret, et le Roi

8^ âoit entièrement. •

Le Bol dictait plus Bonvent qu'il n'écrivait ; i II s'étolt lecoatmné & dicter et A teire écrire à M. de Barbezieux, sous tut, tontes les lettres importantes qui regardoieot les atTaires de la guerre '. •

Louis XIV apportait beancoup d'équili» dans le cboii des ofaders. Dangean raconta on fait qui mérite d'être cité ; > Le Itol tiavailla le soir * aTecM. de Pootchartrain à sou ordinaire, et fit nne promotion pour Ion galères, li y eut vingt charges . âoimées ; il nysTOltqQ'one galère vacaute; on eu a fait capitaine Sérlgnan, frère de Sérfgnau, aide-major des Gardes du corps, n Atoit capitain&-Ueiilenanl sur une des premières galères. H. de FontchartralD, eu nommant au Roi les officiers qui pODTOlent remplir eetta place, appuya fort pour le chevalier de FroQlay, qui n'étoit pas le plus ancien, et le Roi lui dit t f Je vois bien la proteetioD que vous dounez au chevalier de Fronls^, qOl la mérite; mais ii a des anciens qui sont honnêtes gens aussi; ils n'ottt point de prolecteur, et il est Juste que je leur en serve ■, et a choisi le plus ancien pour remplir cette place. ■

Louis XIV avait dans son cabinet de fort belles cartes manuscrites ; on les trouve aujourd'hui aux Archives de la Pré* fecture de Seine-et-Oise et à la Bibliothèque de Versailles. Ou remarque surtout une grande carte topographfque du eoun du Rhin ', — une étude de fortification par Vauban, — les cols, ports et passages des Pyrénées, — le canal du Languedoc, — les conquêtes du Roi aux environs de la France, —les conquêtes du Roi en deçà et au-delà du Bbin en 4676, — la république des Grisous parDegraville (nos), — le Milanais [1693), — la côte de Gènes par Laseigne, — la Catalogne, — le royaume de France divisé en gouvernements de provinces (1698), — les pavillons usités dans la marine du monde connu,

' D&HOBiD, leiS. SSjaDTier.

* ion, 1S décembra.

* î"",5û sur 1",50, — ArcbÎTM de S«ine-el-OiM, A 15«,

— le tableau des régiments de milice bourgeoise de la province de Languedoc divisés par diocèses et mis sur pied en 4690,

— un tableau bistoriq[ue et cbronologiq[ue du Dauphiué, sur satin, — la généalogie des rois d'Espagne (4704), — les blasons des cbevaliers du Saint-Esprit créés par Louis XIV.

Aces cartes et tableaux manuscrits il faut ajouter des cartes gravées sur les dessins de Sanson, De Fer, Nolin, Jaillot, des plans de villes, de forêts, de terres et seigneuries, etc.

Ce cabinet, pour l'homme sérieux, est à coup sûr la pièce la plus importante de tout le château. C'était le centre de la monarcbie ; c'est là que se sont décidées presque toutes les grandes résolutions du règne jusqu'en 4745. C'est là qu'eut lieu la reconnaissance du duc d'Anjou comme roi d'Espagne ^

La Cour était à Fontainebleau, q[uand, le 9 novembre 4700, Louis XIV apprit la mort du roi d'Espagne Charles II, arrivée le 4*^ novembre. Le Roi, après une longue discussion avec ses ministres, accepta le testament du feu roi et revint, le 45, à Versailles, gardant le secret le plus absolu sur le parti qu'il avait pris. Le lendemain 46, Louis XIV fit connaître sa résolution et déclara le duc d'Anjou roi d'Espagne. Nous emprunterons à Dangeau le récit de cet événement mémorable.

Le Roi, après son lever, fit entrer rambassadeur d'Espagne dans son cabinet, et puis il appela M^^ le duc d Anjou, qui étoit dans les arrière-cabinets, et dit à l'ambassadeur : « Vous le pouvez saluer comme votre Roi. » L'ambassadeur se jeta à deux genoux et lui baisa la main à la manière d'Espagne ; il lui fit ensuite un assez long compliment en espagnol, et après qu'il eut fini, le Roi loi dit : « n n'entend pas encore l'espagnol ; c'est à moi à répondre pour lui. » Les courtisans étoient à la porte du cabinet du Roi ; Sa If cjesté commanda à l'huissier d'ouvrir les deux battants de la porte et de faire entrer tout le monde, et dit : « Messieurs, voilà le roi d'Espagne ; la naissance l'appeloit à cette couronne ; toute la nation l'a souhaité et me l'a demandé instamment, ce que je leur ai accordé avec plaisir : c'étoit l'ordre du ciel. » Puis, en se retour-

* M. Soulié dit qiM la reconnaissance de Philippe Y eut lieu dans le grand cabiiiet du Roi« c'est-à-dire dans la chambre actuelle de Louis XIV. n nous paraît que Dangeaa lui donne tort, car Dangeau dit, comme on va le voir, qne la reconnaissance eut lieu dans le cabinet du Roi. Dangeau appelle toujours la grand cabinet le salon où le Roi s'habille. — La proclamation du due d'Anjou eomme roi a été gravée sur VAlmanach de 1701.

nant au roi d'Espagne, il lui dit : « So;es bon Espagnol, c'est présenlemeot votre premier devoir ; mais souvenez-vous que vous ëles De François pour entretenir l'union entre les deux aalioos; c'esl le moyen de les rendre heureuses et de conserver la pais da l'Europe. » Après cela il s'adressa h l'ambassadeur, el en lui montrant du doigl le ïloi son maître, il lui dit : n S'il suit mes conseila, voua serez grand seigneur et bientôt ; il ne saurait mieux faire présentement que da suivre vos avis, u M»' le duc de Bourgogne et M»"" le duc de Berry embrassèrent le roi d'Espagne, el ili fondoient tous trois en larmes en s'embrassant.

Pendant ce lemps-lb le comte de Zinzendorf, euvojé de l'EmpereuT, altendoil l'audience qu'il avoit demandée au Boi pour lui donner part de la naissance de l'arcbiduc, et ne savoit rien du la scène qui io passoil. Le Roi fil rentrer le roi d'Espagne el l'amba»sadeur dans ses arrière-caliicets, et puis fit entrer le comle de Ziozendorr, ii qui il donna son audience, qu'il n'auroit pas demsadée s'il eût prévu le conlre-lemps.

L'audience Unie, le Roi se mit un marche pour aller à la chapelle ; il fit marcher le roi d'Espagne k cAté de lui et à sa droite ; Us enlendîreul la messe b la tribune, et, comme le Boi vit que le roi d'Espagne n'ovoil point de carreau, il se leva et lui voulut donner le sien. Le roi d'Espagne ne voulut pas le prendre, et le Bui Ota la aieu ; ils n'eu eurent ni l'un ni l'autre. A la messe, il eut la droit« sur le Roi et de luèwe en revenant, et l'aura toujour* ea public pendant qu'il sera ici ; mais quand ils seront en particulier, Us vivroul sans cérémonie. En revenant de la messe et passant dans le gruiid appartement, le Roi dit au roi d'Esjmfrne qu'il lui avoil fail préparer cet appartement et qu'il le lui alloil laisser pour donner le temps aux courtisans de lui venir faire leur cour.

Le roi d'Espagne partira d'ici le 1"' de décembre ; M*' le duc de Bourgogne et M*"' le duc de Berry iront le conduire Jusqu'à la frontière d'Espagne. Les ducs de Beauvilliers et de Noailles les accompagneront, el le Roi permet à tous les jeunes courtisans qui les voudront suivre de faire le voyage ; quelques-uns mSme le suivront jusqu'à Madrid.

L'amljassadeur d'Espagne dit fort à propos que ce voyage devenoit aisé, et que présentement les Pyrénées éloleot fondues '.

' Le Meratrt &aU»t (novembre 1700, p. Z37) rapporta tutremenl eetia «cèna historique. Aa moment où Louia XIV ayant dit 1 l'amliaawdeai d'Espagne : ■ Voas Is pouvci aaluer comme votre Roi >, celui-ci aa Jeti aui pieds de Philippe V, el lui ayant baiad la main, il se releva, Gt avancer aoD Sis et les Eapignola de sa suite, et l'écria : • Quelle jme I il c'y ■ plus da Pyrdaées. elles sont abîmées, et nous ne sommée plus qu'an. • Evidetoment Dangeau noua doune la veraioQ vrais, mais c'est le mot du Xtrevrt qui a prévalu et qui • Soi par être attribué à Looia XIV. Onv«â comme se forment les légeadea.

Louis xrv avait bien fait, je crois^ d'accepter le testament de Cbarles II, quoique certainement il dût en résulter la guerre avec TAu triche. 11 fallait dégager notre frontière des Pyrénées, afin de n'être pas sans cesse obligés de faire face de ce c6té quand nous étions occupés à combattre sur le Rhin. Mais il fallait en même temps éviter avec le plus grand soin de donner des alliés à rAutricbe ; il fallait éviter à tout prix de fournir à Guillaume III le moindre prétexte de jeter les forces de TAngleterre et celles de la Hollande contre nous dans la lutte qui allait commencer. Or, Jacques II étant mort sur ces entrefaites, en septembre 4704, Louis XIV reconnut le prince de Galles, fils de Jacques II, comme roi d'Angleterre, malgré les stipulations du traité de Ryswyck. Ce fut à Saint- Germain, le 43 septembre 4701, que cette incomparable maladresse fat accomplie, et, le 24 septembre, Louis XIV recevait solennellement, à Versailles, le nouveau roi, dans le rabinet. On sait les conséquences de cette faute, la guerre acharnée qui en résulta, la France mise à deux doigts de sa perte et sauvée enfin par la mort de l'empereur Joseph l^^ et par la bataille de Denain.

Sons Louis XV, le cabinet des Perruques et le cabinet du Roi forent réunis et prirent le nom de salle du Conseil. La décoration actuelle date de cette époque et est fort belle.

Lm petits cabinets.

Les peiiiê cabinets de Louis XIV, ou les cabinets de derrière^ comme dit Saint-Simon, étalent placés autour du balcon de la cour des Cerfs. Louis XV y a fait de trop grands changements, pour que nous puissions en rétablir exactement la topographie. Les cabinets de derrière occupaient remplacement de la petite antichambre située entre la salle du Conseil et l'escalier de la Forge, — le fond de la chambre à coucher de Louis XV, entre le cabinet du Billard et la cour des Cerfs, — le cabinet des Chasses (428) et la salle à manger (4 29). C'est là que Louis XIV avait ime salle de bains S ses chiens, et que se

' On troaTe an ctbinet des Estampes (Topographie ^ Versailles, t. IX),

230 LE CHATZàD DE VERSAILLES

tenaient les gens de service, garçons bleus et autres. Le cabinel des Chasses était alors un escalier ou degré dérobé, qui permettait d'arriver plus ou moins en secret dans la chambre du Roi ou dans son cabinet. Comme les personnes qui montaient chez le Roi par le degré dérobé ne passaient pas par la salle des Gardes et ranlicbambre, c'esl-à-dire paT les devattU, on disait qu'elles entraient par les derrières, c'est-à-dire par les cabinets situés derrière l'appartement du Boi : cabinet des Agates et cabinet du Billard.

Cb&mbre à oonober de Lonla ZIV (ISl).

La chambrée coucher de Louis XIV fut d'abord, et jusqu'en juillet 1701, un grand cabinet, que Dangeau appelle te talon oà le Roi s'habille '. C'est là que furent célébrées les fiançailles du duc de Chartres, le 17 février 1692, et celles du duc du Maine, le 48 mars de la même année.

En juillet 170), Louis XIV donna l'ordre à Uansart défaire de grands changements dans la partie de son appartement qui comprenait le salon où ie Roi s'habille, le chambre i coucher et le salon des Bassan '. Le salon où le Roi s'habille devint la chambre à coucher telle qu'elle existe encore aajourd'hui. La chambre à coucher et le salon des Basnn furent réunis en une seule pièce, et formèrent la grande anticbambre connue sous le nom de l'Œil-de-Bœuf. ■ Le Boi, dit Daogeau le 6 juillet 1704, fait accommoder l'appartement où il couche ; il en sera six semaines absent. > Pendant ce temps, Louis XIY logea dans son grand appartement *, oa résida à Marly et à Fontainebleau.

A son retour du voyage de Fontainebleau, le 16 novembre 1701 , le Roi trouva les nouvelles pièces « d'une n d'un agrément et d'une commodité non pareils >

ptrmi loi papiaTB de Robert de Cotte, une aquarelle reprieentent la iéùtntiOD en marbre* de couleur du cabinet des bains de Louie XIV.

' ' IV, !7 et ta. -- Le Mercmrt l'appelle le qnnd $al<M dm Bd, C'Aaitu tSet le grand salon du atilteau de Louis Xllî.

* Voir les plans S et 11.

* DiHOBAU, ta Juillet.

* Dmsiad, 1701, IS n

La chambre à coucher actuelle est, en effet, d'une grande magnificence. EUe n*a de peintures qae dans Tattique audessus de la corniche, où Ton voit les quatre Evangélistes de Valentin * et les portraits d'Anne d'Autriche et de Marie- Thérèse, cette dernière tenant le Grand-Dauphin sur ses genoux. Le milieu du plafond n'a pas de décoration. Vers 4843, on y avait placé un plafond de Paul Yéronèse représentant Jupiter foudroyant les crimes, qui provenait du palais ducal de Venise. En 4859, cette peinture, altérée par rhumidité, a été transportée au Louvre, et le plafond de la chambre de Louis XIV rétabli dans son état primitif par M. Questel.

< Une grande arcade surbaissée, dit Félibien, sert du côté de Toccident, vis-à-vis des fenêtres, à augmenter la profondeur de cette chambre pour y placer plus commodément le lit du Roi. Deux figures de femmes assises sur Tarchivolte de l'arcade tiennent des trompettes en leur main pour représenter des Renommées. Tout le dedans du cintre de la même arcade est rempli d'un compartiment doré de cadres et de roses qui forment, sur im fond blanc, une espèce de mosaïque. C'est là que l'on a représenté, dans l'étendoe du même cintre, par des sculptures' toutes dorées» la France assise sur un amas d'armes, sous un riche pavillon. »

« Le reste du même enfoncement sous la corniche qui sépare le cintre, est tendu pour l'hiver de tapisserie, et le lit qu^on y a placé est neuf et d'un dessin aussi beau que magnifique. Il est de velours cramoisi couvert de broderie si tissue d*or, qu'à peine en peut-on reconnoltre le fond. On voit encore dans cette chambre quatre portières de tapisserie neuve à fond d'or, où des omemens ingénieusement travaillés et des figures au naturel représentent les quatre

*■ Les quatre ETangélistes, achetés en 1670 pour le cabinet des Raretés, lurent payés 7200 livres (Comptée des Bâtiments de f670).

' Ces sculptures sont de Coustou et de Lespingola (Comptes des BéUi» MêmSs des années 1701 et 1702). Les Comptes des Bâtiments nous donnent eoeore les noms des quatre sculpteurs à qui sont dus les enfants sculptés en ronde-bosse au-dessus des glaces : Jullien, Armand, Gujot et Nourisson, k qui Ton paya 400 livres.

saisons '- » L'ne Irès-belle aquarelle du cabinet desEslampes' BOUS montre ce lil magniSgoe'.

A droite et à gauche du lit, il y avait deux tableaux : l'un, du Dominiquiu, représentant David chaDtanl, les louanges du Seigneur; l'autre, de Raphaël, représeotaot saint Jean à Palhmos. Une balustrade placJÎe en avant du lit le séparait du reste de la cliambre.

On B coutume de tairo lo lit du Roi pendant que Sa Uajratë est à lu me^se. En le bisant, il y a do cliaque ciltû un talct de cliantbri), e( BU pied un tapissier, tin valet de chamliro demeure assis daus la balustrade pour garder lo lil, et aux heures des repas va de Eo.t CDUiaradeâ h aoiu de le relever. Ce valet de cbambre doit avoir aotn du lit et empêeher, daus rétcndiie de la balin^irade, qne

perRonne n'eu approche Un des valets An chanUtre qui est de

Jour doit gaidor te lit du Roi toute la journée, se tenant eu dedana des balustrades. . . , Les huissiers out l'oeil à ce que pursonnu ue se couvre, ne se peiguc, et ne s'asseye dans la chambre, sur les sïËgos, sur une table ou sur la balustre do l'alcâve .... Quand le Itoi quitte pour peu do jours le cbSleau de Versailles, un valet dû chambre y resto pour garder le lit, et couche au pied du lit de Sa Majesté *.

Quand les dames, et même les princesses du sang, passaient dans !a chambre du Hoi, elles faisaient une grande révérence au lil de Sa Majesté, de même qu'on en faisait une devant la nef du Roi.

Toute la chambre était décorée de boiseries sculptées et dorées sur fond blanc, exécutées par Pierre Taupin, Jules Dugoulon, André Goupil, etc. * ; elles existent eacore. Les meubles, la cheminée, les glaces étaient digues de la chambre, oii figuraient encore sept tableaux : le portrait du marquis d'Aytonnc, par Van Dyck ; les Pharisiens montrant à

, ' > Le lit du Bai Mt da velouiB craniQisi, d'une broderie d'or ^altnunt belle et riche, quelquefois de dcnae ou drsp d'or suivant Ib saison. • (£m CuriosiUt dt Parti, dt VersaHUs, d» Marli/, ttc. , pdi L. M. R., AmcUf dam. 1718, 2 vol. in-lï).

' Topographie de Versailles, T. IX, Papiers de Robert de Cotl«.

* Une gravure de Cochia Sis, to morl dt Louù XTF (reproduite dans li mort di iouù SIV, Joumel des Aothoine, publié par M. Drumaot, Puis. QaaDtiu, 18S0, io-li), donne uoe vue du Ut et d'une partie de la ctuniliie

' Sla$ de la Fraxec de 1708.

' PiauiiOL.

J.-C la pièce d^argent qu*oii dormait pour le tribut, par le Valentin ; une Bohémienne, par le même ; Agar dans le désert, par Lanfranc; le mariage de sainte Catherine avec J.-C, oar Alexandre Yéronèse; la Madeleine du Dominjquin, un saint Jean-Baptiste, par le Garavage.

G*est dans cette chambre qu'avaient lieu, chaque jour, les cérémonies du lever et du coucher du Roi, que le Roi donnait audience aux ambassadeurs et au nonce, qu'il recevait le serment des grands officiers de sa Maison, et qu'il dînait au petit couvert.

Louis XIY y mourut le \^^ septembre 4715, à huit heures et un quart du matin. Dangeau a raconté en détail cette belle mort, vraiment digne d'im grand Roi, tel que le fut Louis XIV. « Je sors, dit-il, en commençant son Mémoire Mr ce qui s'est passé éUms la chambre du Roi pendant sa nialadiSy je sors du plus grand, du plus touchant et du plus héroïque spectacle que les hommes puissent jamais voir, d Malade depuis le 10 août, Louis XIV luUa avec énergie contre le mal qui le minait, la gangrène sénile, jusqu'au 24, qu'il fut obligé de garderie lit. Dès le 40 août, son corps avait maigri à ce point, qa*à le voir nu, il semblait qu'on en avait fait fondre les chairs. Je passe les premières pages du mémoire de Dangeau i>our arriver au lundi 26 août.

Sur les dix heures on a pansé la jambe du Roi, dans laquelle on lai a donné plusieurs coups de lancette et fait des incisions jusqu^à Vos; et comme on a trouvé que la (rangrène gaguoit jusque-lù, il n'y a plus eu lieu de douter, môme à ceux qui auroient le plus voulu se flatter, qu'elle vient du dedans et qu'on ne peut y apporler aucun remède. M°*^ de Maintenon étoit seule dans la chambre et à genoux au pied du lit pendant qu'on pansoit Sa Majesté, qui Ta priée d'en sortir et de n'y plus revenir, parce que sa présence TattendrisBolt trop. Elle n'a pas laissé d'y revenir après la messe ; mais après ce pansement le Roi lui a dit que, puisqu'il n'y avoit plus de remède, il dcmandoit au moins qu'on le lais&at mourir en repos*.

A midi, Sa Ms^esté a fait entrer le petit Dauphin dans sa chambre, et après l'avoir embrassé il lui a dit : « Mignon, vous allez

* VoiU Vezplicttion du départ de madame de Maintenon avant la mort du Roi. CTest pour lui obéir qu'elle le quitta, comme on le varra plus loin, le 30 août, à cinq lieuret du soir, alors qu'il avait perdu toute connaissance.

6tre 139 grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d'fitre soumi» b Dieu et du soin que vous aurei de soulager vos peuples. 11 taul pour cetB que tous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre : c'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela ; j'ai souvent enlreprie la guene trop légèrement et l'ai soutenue par vanité. Ne m'imileE pas, mais soyez un prince paciRque. et- que votre principale application soil de soulager vos sujets. Profitez de la bonne éducaliou que M™ la ducbcsse de Ventadour vous donne, obéissez-lui, et soivei anasi, pour bien servir Dieu les conseils du P. Le Tellier, que je voua donne pour confesseur.

Pour vous. Madame. dil--il à M"" de Venladour, j'ai bien de» remerclments à vous faire du soin avec lequel vous élevai cet enfant et de la tendre amitié que vous avez pour lui -, je vous prie de la lui continuer, et je t'exhorte à vous donner toutes les marques possibles de sa recoHnoissance. » Apr&s quoi, il a encore embrassé le Dauphin par deux [ois. et en tondant en larmes il lui i domië SH bénédiction. Le petit prince mena par la duchesse de Tenladour, sa gouvernante, en est sorti eu pleurant, et ce tendre spectacle nous a lire des larnies ii tous.

Uu moment après, le Hoi a eovo^vé quérir le duc du Maine et le comte de Toulouse, et leur a parlé la porte fermée. Il a fait la mâme chose avec le duc d'Orléans, qu'on a été quérir dans son appartement, ob il étoit retourné; et dans le moment que ce prince sorloit de la chambre, Sa Majesté l'a rappelé jusqu'b deux toi a.

A midi el demi, 1p Hoi a cnlpudn la messe dans sa chamlire avec la mSme atleation qu'il a accoutumé de l'entendre le jour qu'il a pris médecine, les yeux toujours ouverts, en priant Diea avec une ferveur surprenanle. Dans l'instant qu'elle allolt commencer, Sa Majesté a appelé le marquis de Tore;, ministre d'Btst det aSaires étrangères, et loi a dit un mot. Le messe finie, il a fait approcher de lui le cardinal de Rohen et le cardinal de Bissy, auxquels il a parlé pendant une minute, et en finissant de leur parler il a adressé la parole b haute voix à tout ce que noua étioai de ses oCQciers dans la ruelle et auprès de sou baluatre. Nont avons tous approché de son lit, et il nous a dit : « Messieurs, ja suis content de vos services ; voua m'avez fidèlement servi et avec envie de me plaire. Je suis fSché de ne vous avoir paa mieux récompensés que j'ai fait : les derniers temps oe l'ont paa permia. J« TOUS quitte avec regret. Servez le Dauphin avec la mSme affection que vous m'avez servi ; c'est un enfant de cinq ans, qui peut essuyer bien des traverses, car je me souviens d'en avoir beanoosp essuyé pendant mon jeune fige. Je m'en vais, mais l'Etat demeurera toujours; soyez-y fidèlement attachés, et que votre exemple eo soit un pour tous mes autres sujets. Soyez tous unis et d'accoid; c'est l'union et la force d'un Etal ; et suivez les ordres que moa

neTOu vous donnera. Il va gouverner le royaume ; j'espère qu'il le fera bien. J*espère aussi que tous ferez votre devoir, et que vous TOUS souviendrez quelquefois de moi. *>

A ces dernières paroles, nous sommes tous fondus en larmes, et rien ne peut exprimer les sanglots, l'affliction et le désespoir de tout ce que nous étions. Sa voix n'étoit point entrecoupée, et seulement beaucoup plus foible qu'à l'ordipaire.

Après la messe, le Roi a encore envoyé quérir le duc d'Orléans, qui a dit à ceux qui se sont trouvés auprès de lui au sortir de la chambre, du nombre desquels j'étois, que c'étoit pour lui recommander M"^ de Maintenons ; et dans l'instant Sa Majesté a fait entrer dans sa chambre Madame et toutes les princesses, qui ont été suivies de leurs dames d'honneur. Elles n'y ont été qu'un moment, et je ne comprends pas comme le Roi a pu résister à leurs lamentations et aux cris qu'elles ont toutes faits.

Il làut avoir vu les derniers moments de ce grand Roi pour croire la fermeté chrétienne et héroïque avec laquelle il a soutenu lea approches d'une mort qu'il sa voit prochaine et inévitable. Il n'y a eu aucun moment, depuis hier au soir huit heures, où il n'ait fait quelque action illustre, pieuse et héroïque, non point comme ces anciens Romains qui ont affecté de braver la mort, mais avec une manière naturelle et simple comme les actions qu'il avoit le plus accoutumé de faire, ne parlant à chacun que des choses dont il convenoit de lui parler, et avec une éloquence juste et précise qu'il a eue toute sa vie et qui semble s'être encore augmentée dans ses derniers momens. Enfin, quelque grand qu'il ait été dans le cours

*■ Void ce que dit à ce sujet un Mfynaire sur madame de Maintênon, ma- Duacrit cité per M. Th. Lavallée dans son Histoire de la Maison Royale de SêirnihCfr. • Le Roi m'a dit trois fois adieu, racontait madame de Maintenon ■ox demwi de SaintrCyr : la première en me disant qu'il n'avoit de regret que eelni de me quitter, mais que nous nous revenions bientôt ; je le priai de ne pins penser qu'à Dieu. La seconde, il me demanda pardon de n'avoir pas aaaes bien vécu avec moi ; qu'il ne m'avoit pas rendue heureuse, mais qu'il m'avoit toujours aimée et estimée également. Il pleuroit, et me demanda M n'y «voit personne ; je lui dis que non : il dit : • Quand on entendroit qaa Je m'attendris avec vous, personne n'en seroit surpris. • Je m'en allai pour ne pas lui faire de mal. A la troisième il me dit : < Qu'alles-vous deve- BÉr t car vous n'avex rien. > Je lui répondis : ■ Je suis un rien ; ne vous oeeapn que de Dieu > ; et Je le quittai. Quand j'eus fait deux pas, Je psnsii que dans l'incertitude du traitement que me feroient les princes, je dtvoia demander qu'il demandAt à M. le duc d'Orléans d'avoir de la considération pour moi II le fit de la manière dont le prince le publia sur-lecbamp : • Mon neveu. Je vous recommande madame de Maintenon ; vous saves la considération et l'estime que j'ai eues pour elle ; elle ne m'a donné qoa de bons conseils, j'aurds bien fait de les suivre. Elle m'a été utile en toot, mais surtout pour mon salut. Faites tout ce qu'elle vous demandera pour aik, pour ses parents, pour ses amis, pour ses alliés : elle n'en abusera pas ; qa'elW s*adrssse direeteoient à vous pour tout ce qu'elle voudra . •

glorieux d'un règne de soixante-douze ans, il s'esl encore faïl voir plus grand dans sa morl. Suu bon esprit et sa fermeté ne l'ont pas aLandonnê un momeiil, el en perlant avec douceur et bonté 11 loua c«ux à qui il a bien voulu parler, il a conserva toute sa grandeur et sa majeslë ju!<qu'au dernier soupir. Je défie les prédicateurs le^ plus patbëliques de trouver, dans les exagérations de l'éloquence. rien de plus touclioiil que tout ce qu'il a fait depuis hier au soir, ni d'ex presHions qui puissent mettre dans tout leur jour les marques qu'il a données d'un véritable chrétien, d'un véritable hëms el d'un héros Roi.

Sur les deux heures, M*"" de Mainlenou étant seule dans la chimbre du Roi, Sa Majesté a fait venir M. le ciiancelier, et lut a Ml ouvrir dos cassettes dont il a fait brûler par le chancelier partie des papiers et lui a donné ses ordres sur les Ruires, avec ta mSmc préaence el la mémo IrauquilllCé d'esprit qu'il svoit accoutumé de les lui donner dans ses conseils. Ce travail dura environ deux heures. It a tail encore venir sur les sis heures M. le cbancelier. M"* de Maiulenon présente, vl a Iravailié environ une demi-heure avec lui. Le resla de la journée M°* de Maialenon j a été seule, et le P. le Teilier, son confesseur, a eu de temps en temps des contérences de piété avec lui, comme il les a eue; ce matin el le dimanche, n'ayant pas été depuis sa confession une heure sans parler de piété à son confesseur ou à M"" de Mointenon.

A dix heures du soir, on a pause la jambe de Sa Majesté, et on H trouvé Juon-seulemenl que la gaagriïnp n'a fait aucun progrés depuis ce malin, mnis qu'en loul bi jambe est mieux ; et comme les forces de Sa Majeslé sont un peu revenues pendant l'aprësdtnée, cela donne une lueur d'espérance à ceux qui aiment à g« flatter; mais ceux qui n'écoulent que la raison n'en ont guère.

£e mardi au loir, 27°. — L'état du Roi a été toute la joumét presque semblable à celui d'bier, Sa Majesté s'affoiblissant de plua en plus et a^ant même eu, quelques momens, des convulsions et quelque lëgëre absence d'esprit ; mais la gangrène n'a foit aucuD progrès ; et quand ou l'a pansé ce soir à dix heures, elle éloit encore comme hier au-dessous de la marque que l'habitude qu'il a eue de porter toujours une jarretière a faite autour de u jambe.

Pendant la nuit cl le jour il a fait entrer b vingt reprises U P. Le Teilier dans sa chambre pour lui parler de Dieu (M"" de Mainlenon y a presque toujours été), et j a fait quelquefois entrer M. le chancelier. Les premiers gonlilshommes de la Chambre n'j sont entrés, comme hier, que dans les temps qu'il a pris des bouillons. Il a entendu la messe à midi ; mais il a ordonné qu'il n'y eût que le premier aumQnier et deux aumOniers de quartier qui entrassent dana sa chambre.

L'après-dtnée il a fait appeler sur le soir, par le P. le Telliet, le comte de Pontcbartrain, secrétaire d'Etat de se Maison et de Parii,

qui étoit dans le cabinet, et lui a dit : « Aussitôt que je serai mort, TOUS expédierez un brevet pour faire porter mon cœur à la maison professe des Jésuites et Vy faire placer de la même manière qfue celui du feu roi mon père. Je ne veux pas qu*on y fasse plus de dépense. » Il lui donna cet ordre avec la même tranquillité qu*il ordonnoit, en santé, une fontaine pour Versailles ou pour Marly.

Il avoit ordonné dès avant-hier qu*on menât le Dauphin à Vincenncs aussitôt qu*il seroit expiré, et il 8*est souvenu aujourd'hui que le grand maréchal des logis n^avoit jamais fait le logement dans ce château, où il y a plus do cinquante ans que la Cour n*a logé, et a ordonné qu*on allât prendre un plan qu*il avoit de ce château dans un endroit qu*il a indiqué, et qu*on le portât au grand maréchal des logis pour lui faciliter le logement qu*il doit Caire.

Il a dit le soir à W°^ de Maintenon : « J'ai toujours oui dire qu'il est difficile de mourir ; pour moi, qui suis sur le point de ce moment si redoutable aux hommes, je ne trouve pas que cela soit difficile. » Il n*y a certainement point d'exemple qu'aucun homme ait envisagé la mort pendant un long temps avec un sang-fï-old et une fermeté semblables.

Mercredi ts*, au soir, — La nuit du Roi a été semblable aux précédentes ; mais comme sur les sept heures du matin il a envoyé quérir le P. le Tellier, qui ne faisoit que sortir [du cabinet où il avoit couché, on a cru qu'il étoit à rextrémité, et cela a fait un si grand mouvement dans le château, que tout le monde crut qu'il ezpiroit. Il a dans ce moment aperçu dans ses miroirs deux de ses garçons de la chambre qui pleuroicnt au pied de son lit ; il leur a dit : « Pourquoi pleurez-vous? Est-ce que vous m'avez cru immor^ tel? Pour moi, je ne l'ai jamais cru être, et vous avez dû vous préparer depuis longtemps à me perdre dans l'âge où je suis. »

Sur les onze heures, il s'est présenté un Provençal, appelé Brun, inconnu de tout le monde, qui, venant de Marseille à Paris et ayant ouï dire sur le chemin l'état où est le Roi, a pris la poste et a apporté un élixir qu'il prétend être infaillible pour la gangrène, même qui tient du dedans. On l'a fait parler aux médecins, et après qu'il leur a dit de quoi sa drogue est composée, on en a fait prendre, à midi, dix gouttes au Roi dans trois cuillerées de vin d'Alicante. Sa Majesté, en prenant ce breuvage, qui sent fort mauvais, a dit : « Je ne le prends ni dans l'espérance ni avec désir de guérir, mais je sais qu'en l'état où je suis je dois obéir aux médecins. » Cette drogue est un élixir fait avec le corps d'un animal, de la même manière à peu près qu'on fait les gouttes d'Angleterre avec les crânes d'hommes. Brun en a pris avant qu'on en ait donné au Roi, qui, une heure après, s'est senti un peu plus fort, effet des remèdes fort spiritueux ; mais peu de temps après Sa Majesté est retombée dans la foiblesse, et on a trouvé son pouls plus mauvais, ce qui a Hait que sur les quatre heures il y a eu une si grande dis-

pute entre les inédecios et les courliBans pour savoir si ou conlinueroit ou non Si donner ce remède, que M. le duc d'Orléans a 6lé appelé pour eu décider. Il a fait entrer cette espèce de cbarîalan dans la cLumbro du Roi et lui a fait tAter son pouls ; après quoi, il 0 été résolu que puisqu'il n'j avoil plus d'eapêrance de eauver le Roi, on donaeroit encore cet élixir pour le soutenir quelques heures de plus. It en a pris b huit heures du soir, et sa jambe a 6t^ pansée b dix, h l'ordinaire. On a trouv<!, comme hier au soir, que la gangrène n'a fait aucun progrès, maie le pouls a été tout te jour très-mauTais, l'assoupissement assez continuel, et la teie par inler- TBlies embarrassée ; eu sorte que de la journée il n'a presque parlé qu'à son confesseur. M^" de Maintenon n'est venue dans sa chambre que l'après-dînée, mSme assez tard, et l'ayant trouvé tort assoupi, elle en est sortie sans lui parler el est allée sur les sept beurea du soir coucher à Sainl-Cjr pour y faire ses dévotious demain matin, et revenir si la vie du roi se soutient V

Jeudi 29", à minuit. — Un h continué, la nuit dernière et toul aujourd'hui, k donner au Roi, de huit heures en huit heures, le remède de Brun, et on l'a même fuit entrer dans In chambre du Roi, comme les autres médecins, loules les fois que Sa Majesté l'a pris. II a paru ce malin que cet éliiir spiritueux ranimoit le Roi el lui donnoit plus de force qu'il n'en avoit eu la veille ; et comme la plupart des gens sont extrêmes en tout, et surloul les dames, elles Touloient que Brun fût une espèce d'ange envoyé du ciel pour guérir le Rot, et qu'on jetât tous les médecins de la Cour et de la Titl« dans la rivière. Enfin, il passoit pour si constant que le Roi allall guérir, que ceux qui avec plus de raison disoient que le pouls du Roi étant toujours détestable, il ne falloit regarder l'effet de l'étiiir que comme un peu d'huile qu'on remet dans une lampe qui s'éteial, et qui s'éteindra entièrement dans peu de momens, il sembloit qa« ceux qui parloient ainsi ne souhaitoient pas la guérison du Roi, parce qu'ils parloient plus sagement que ceux qui s'abandonuoieDl à une espérance frivole.

Le Roi a ce matin entendu la messe, qu'il n'avoit pu entandit bier, et Sa Majesté a mangé, entre six el sept heures du soir, deux biscuita dans du vin avec beaucoup d'appétit ; elle a encore pris t huit heures du soir de l'élixir de Brun. Il a paru quand elle l'a pris que la tête commençoit ï être fort embarrassée, et Sa Majesté a dit elle-mSme qu'elle n'en pouvoit plus. Enfin, sur les dix heures et

' Cea demiers mois réfutent formellement l'assertion da Sainl-SimoB, qui prétend que le Roi fut obligé le lendemain d'envoyer chercher H"" it Uaialenon i Seint-Cyr, et qu'elle n'en revint que le ît au soir. On ti mir que le 19 M°" de Meinlenon fut presque tout le jour avec le P. Le Tellier dans la chambre du Roi. Si dès la 28 aoDt M"" de Maiatenon eTiit m l'intention de quitter le Roi pour ne plus revenir, elle eunit Ai» ce jodr-ll abandonné k ses domealiquea, conune elle le St le 30, ses meublai et aon équipage.

demie du soir on a levé Tappareil de la jambe pour la panser, et on a trouTé malheoreasement que la gangrène est dans tout le pied, qu'elle a gagné le genou et que la cuisse est enflée. Le Roi lui-même, quoique sa connoissance ne soit presque plus que machinale, a dit qu'il 8'anéantissoit. M°^" de Maintenon et son confesseur ont été presque tout le jour dans sa chambre, et il a encore, cette après-dtnée, âiit des actes de piété ayec la résignation d*un vrai saint aux Tolontés de Dieu.

Vendredi, à minuit, $0 août, — Le Roi a été toute la journée dans un assoupissement presque continuel et n'ayant quasi plus que la connoissance animale. Son confesseur, qui ne Ta point quitté, n'en a pu rien tirer de toute Taprès-dlnée. On a levé ce soir l'appareil, à l'heure ordinaire ; on a trouvé la jambe aussi pourrie que s'il y aToit six mois qu'il fût mort, et l'enflure de la gangrène au genou et dans toute la cuisse. Cei)endant ce prince est né avec une constitution si bonne et un tempérament si fort, qu'il combat encore contre la mort, n prend de la gelée et boit de temps en temps de l'eau pure, car il repousse la boisson dès qu'il y sent du vin. Il dit en buTant quelques paroles, mais tout cela machinalement et sans connoissance distincte. M"** de Maintenon s'en est allée à cinq heures à Saint-Cyr pour n'en revenir jamais, et avant de partir elle a distribué dans son domestique le peu de meubles qu'elle avoit et son équipage. Elle a dit adieu à ses nièces pour ne les reroir jamais, car elle a déclaré qu'elle ne veut que qui que ce soit an monde l'aille voir à Saint-Cyr.

Smnedi au êoir, 84 août, — Le Roi a été sans connoissance toute la journée, les moments lucides ayant été fort courts, et plutôt une connoissance machinale que de raison. Dans le peu de chose qu'il a dit il a paru qu'il s'impatiente de ne pas voir la fin d'une si longue agonie. La gangrène a continué à faire du progrès, et cependant la mort ne sauroit venir à bout d'achever de le détruire, tant la force de sa constitution étoit prodigieuse....

Dimamcke, 4^ septembre 4745, — Le Roi est mort ce matin, à huit heures un quart et demi, et il a rendu l'flme sans aucun effort, comme une chandelle qui s'éteint '. La nuit s'étoit passée sans aucune connoissance. Aussitôt qu'il a expiré, le duc d'Orléans est allé aTcc tous les princes du sang saluer le jeune roi, et dès que cet eniSuit a entendu le traiter de Sire et de Majesté, il a fondu en larmes et en sanglots, sans qu'on lui eût dit que le Roi fût mort.

Dengeau vient de nous dire comment le Roi est mort ; avec

* SaiatHSimon (ait remarquer avec raison, qu'à la nouvelle de cette Bort, « nulle Cour étrangère n'exulta ; tous se piquèrent de louer et d'honorer sa mémoire. L'Bmpereur en prit le deuil comme d'un père ; et quoique il y eût quatre on cinq mois depuis la mort du Roi jusqu'au carnaval, toute mçèem de divertissement fat défendu à Vienne, et observé exactement. >

Saint-Simon nous allons apprendre quel élaiL son caractère : beau portrait, très-reasemblant, fait par un grand artiste après la mort.

Jamais personne ne donna de meilleure grâce el n'augmeQU tant par là le pHi <le ses bienrajls. JainaLs personne ne vendit mieuï ses paroles, son souris tnâme. jusqu'à ses regard*. Il rendit tout précieux parle choix et la majesté, A quoi la rareté et la breveta de ses paroles ajoutoit beaucoup. S'il les adressoJl i quelqu'un, ou de question, ou de cboses indiffârenles, toute l'aïsialance le regardoit; c'étoit une diBlincdon dont on s'entteleooii, el qui rendoit toujours une sorte de considération. Il eu éloil Ae m&mc de toutes les attentions et les distinctions, et des préférence, qu'il douiioit dans leurs proportions. Jamais il ne lui échappa de dire rioi) do dL^sobligeant à personne -, el s'il avoil & reprendre, à niprimander ou k corriger, ce qui étoit fort rare, c'éloil toujoun avec un air plus ou moins de bonté, presque jamais avec sécl»resse, jamais avec colère.

Jamais bomme si naturellement poli, ni d'une politease si IbrI mesurée, si fort par degrés, ni qui distinguât mieui l'âge, le mérite, le rang, et dans ses re'ponses, quand elles passoient le ji verrai ', el dans ses manières. Ces étages divers sa marquoioni eiactement dans sa maniÈrc de saluer et de recevoir les révérences, lorsqu'on partoil ou qu'on arrivoit. 11 étoit admirable h recevoir différemment les saluts à la ISte des lignes à l'armée ou lU revues. Mais surtout pour les femmes rien n'éloit pareil. Jamais il ' n'a passé devant la moindre coiffe sans soulever sou chapeau, je dia aux femmes de cbambrc, et qu'il connuissoit pour telles, comme cela arrivoit souvent fi Mari?. Aux dames, il dtoit son cbap«Bu tout k fait, mais do plus ou moins loin ; aux gens titrés, à demi, et le tenoit en l'air ou à son oreille quelques instants plus on moins marqués. Aux seigneurs, mais qui l'éloienl, il se contentait de mettre la main au cbapeau. il l'iltoit comme aux dames pour Icj princes du sang. S'il at>ordoitdes dames, il ne se couvroit qu'après les avoir quittées. Tout cela n'étoit que dcliors, car dans la maiwo il D'étoit jamais couvert. Ses révérences, plus ou moius marquées, mais toujours légères, avoient une grSce et une majestâ incompt-

' ■ A propos de ce j'i ttrrai, il feul cjub je vous raconte ce quB fil un Gascon il j ■ ipielqucs mois. C'éuit ud olËcier râformé, qui, dans la ianiëris guerre, avait bien Csit Eon devoir et do plus avait perdu un hns. li vÏDl prie: le roi de lui accorder une pensioa, A son ordiusire, le Roi lui répondit: jt vtrrai. L'officier lui dit ; 'Mais, Sire, ei j'avais dit à mon gtoir«l j« OTtToi lonqn'il m'a envo-jê à l'occasion où j'ai perdu mon bns. js l'aurais aocore, et ne voua demanderais rieo. • Cela a lellemeoi touché le Koi, qu'incontinent il lui a accorda nne pension. (Ltttrt dt la PaMm do 18 mars ISSS, édition JaegU.)

nbleSf jusqu'à sa manière de se souleyer à demi à son souper pour chaque dame assise qui arriToit, non pour aucune autre, ni pour les princes du sang ; mais sur les fins cela le fatiguoit, quoique U ne Tait jamais cessé, et les dames assises évitoient d'entrer à son souper quand il étoit commencé. C*étoit encore avec la même distinction qu*il recevoit le service de Monsieur, de M. le duc d'Orléans, des princes du sang ; à ces derniers, il ne faisoit que marquer, à Monseigneur de môme, et à Messeigneurs ses fils par familiarité ; des grands officiers, avec un air de bonté et d'attention.

Si on lui fàisoit attendre quelque chose à son habiller, c'étoit tovgoors avec patience. Exact aux heures qu'il donnoit pour toute sa journée ; une précision nette et courte dans ses ordres. Si dans les Tilains temps d'hiver qu'il ne pouvoit aller dehors, qu'il passât ches If "^ de Maintenon un quart d'heure plus tôt qu'il n'en avoit donné l'ordre, ce qui ne lui arrivoit guère, et que le capitaine des Gardes en quartier ne s'y trouvât pas, il ne manquoit point de lui dire après que c'étoit sa faute à lui d'avoir prévenu l'heure, non celle du capitaine des Gardes de l'avoir manquéc. Aussi, avec cette règle qui ne manquoit jamais, étoit-il servi avec la dernière exaotitnde, et elle étoit d'une commodité infinie pour les courtisans.

11 traitoit bien ses valets, surtout les inférieurs. C'étoit parmi eux qu'il se sentoit le plus à son aise, et qu'il se communiquoit le phiB familièrement, surtout aux principaux. Leur amitié et leur aversion a souvent eu de grands effets. Ils étoient sans cesse à portée de rendre de bons et de mauvais offices ; aussi fàisoient-ils scorenir de ces puissants affranchis des empereurs romains, à qui le aénat et les grands de l'empire fàisoicnt leur cour, et ployoient sous eux avec bassesse. Ceux-ci, dans tout ce règne, ne furent ni moins comptés ni moins coiulisés. Les ministres môme les plus poissants les ménageoient ouvertement; et les princes du sang, jusqu'aux bâtards, sans parler de tout ce qui est inférieur, en nsoient de môme. Les charges des premiers gentilshommes de la CSuonbie furent plus qu'obscurcies par les premiers valets de chambre, et les grandes charges ne se soutinrent que dans la mesure que les valets de leur dépendance ou les petits officiers tiès-sobaltemes approchoicnt nécessairement plus ou moins du Roi. L'insolence aussi étoit grande dans la plupart d'eux, et telle qu'il iUIoit savoir l'éviter, ou la supporter avec patience.

Rien n'étoit pareil à lui aux revues, aux fôtcs, et partout où un air de galanterie pouvoit avoir lieu par la présence des dames. On l'a d^à dit, il l'avoit puisée à la cour de la Reine sa mère, et chez la comtesse de Soissons ; la compagnie de ses maîtresses l'y avoit aocootumé de plus en plus ; mais toujours majestueuse, quoique quelquefois avec de la gaieté, et jamais devant le monde rien de déplacé ni d'hasardé ; mais jusqu'au moindre geste, son marcher, son port, toute sa contenance, tout mesuré, tout décent, noble, T. I. in

■Zfl LE THATEAU DE TORSAILLES

(P'eiid, maiestneux, et loulefois irès-nalurel, k quoi l'habilndt' ui l'avnQtago incompHfsble el unique de toute sa figure doanoil une (^□(le facilite. Aussi, dans les cLoscs sérieuses, les amlieuLi-i d' ambassadeurs, les cérémonies, jamais liomme u'a taul impuni': et il falloil commencer par s'accoutumera le voir, si co lu baraoKiianl on ne voulait s'exposer à demeurer court. Ses râputises un m occasions éloieut toujours coarles, justes, pleines, el tr^s-niK> mcDt sans quelque cbose d'obligeant, quelquefois marne dellaUeur, quand le discours le mérïtoit. Le respect aussi qn'apportoil sa pr^ sencc, en quelque lieu qu'il rîlt, imposoit un sileuce. el jusqu^i une sorte de frayeur.

11 aimoit fort l'air et les erercices, tant qu'il en put faire. Il atuil excellé à la danse, au mail, ù la paume. 11 étoil encore aduiinililr à cbeval ù son âge. Il aimoit & voir faire toutes ces choses avrc grfice et adresse. S'en bien ou mal acquitter devant lui étoit merilf ou démérite. 11 disoit que de ces cboses qui n'étoieot point nécessaires, il ne s'en fallott pas mSler si on ne lea tbjsoit pas bien. Il aimoit fort £i tirer, et il d'; avoit poipt de ni bon tireur que lui. m avec tant de grâces. Il vouloit des cliiennes coucliaales eicdi™tes: il en avoit («ujours sept ou huit dans ses caliinets, elsr ploisoit à leur douaw lui-mSme h manger pour s'en ftîro ounu>iltn, Il aimoit fort aussi à courre le cerf, mais en oalèobo, depuist qu'il s'iStoit cassé le bras en courant b Fontainebleau, aussilSt apRul* mort de la Reine. Il étoil seul dans une manière de soufOnt, lir^ par quatre petits cbevaux, k cinq ou six relais, et il mcuoit luimOiric ù loute bride, avec une adresse et une juslessc que u'tivoitw' pas les meilleurs cochers, et toujours la même grâce & tout ce qu'il foisoit. Ses postillons étoient des entants depuis neuf ou dix- soi jusqu'à quinze, et. il les dirigeoit.

Il aima en tout la splendeur, la magnificence, la profusion. Ci' goCit il le tourna en maxime par politique, et l'inspira en tout . k sa Coar. C'étoit lui plaire que de s'y jeter en tables, en babils, en équipages, en bStimens, en jeu. C'ûtoient des occasions pour qu'il parlât aux gens. Le fond étoit qu'il lendoit ot pairint par lï > épiiiser tout le monde en mettant le luxe en bonoeur, et pour certaines parties en nécessité, et réduisit ainsi peu fa peu tout l' monde fa dépendre entièrement de ses bieufolls pour subsister.

Louis XV, en ramensnt la Cour à Versailles, eo MU, coucha dans la chambre de Louiâ XIV jusqu'en 1738, époque à laquelle il établit sa chambre à coucher dans l'andeii cabinet du Billard. La chambre à L'oucher de Louis XIV resta dès lors inhabitée, et ne fut plus qu'une pièce de parade, somptueusement meublée '.

' DobtURB (tfouBtlle ititription da tntiron* dt Paru, ITM, iit-lt, *• par-

t Dans la matinée du 6 octobre 1789, après que la Garde Ltionale de Paris eut chassé du palais la populace qui ivait envahie, une quantité considérable d'hommes et de mmes, armés de piques et de bâtons, vint se mêler à la arde nationale qui se tenait dans la cour de Marbre sous le ilcon de la chambre du Roi. Des cris menaçants partaient 3 cette foule. Le Roi parut au balcon et demanda grâce pour » gardes qu'on poursuivait encore dans les cours et dans la [lie. Le peuple crie : < Grâce aux gardes du corps » et emande à les voir. Ceux qui étaient dans TCEil-de-Bœuf iennent se mettre au balcon et aux fenêtres, jettent leurs tiapeauz et leurs bandoulières, et se coiffent du bonnet des renadiers de la Garde nationale. Pendant ce temps, la reine [arie-ÂJiloinette se tenait près d'une fenêtre des petits ppartements, sur le côté de la cour, et les femmes du euple qui l'apercevaient vomissaient contre elle les injures t les menaces les plus effroyables. « La Reine, dit un témoin culaire, debout dans Tencoignure d'une fenêtre, avait à sa Toile Madame Elisabeth, à sa gauche et tout contre elle, [adame, fille du Roi, et devant elle, debout sur une chaise, i^ le Dauphin, qui, tout en badinant avec les cheveux de sa (Bor, disait : t Maman, j'ai faim. » A quoi la Reine lui réondit, les larmes aux yeux, qu'il fallait prendre patience et tiendre que le tumulte fût passé. Monsieur, Madame et lesdames, tantes du Roi, étalent dans la même pièce. Dans e moment, quelqu'un vint dire à la Reine que le peuple la iamandait au balcon toute seule ; elle parut hésiter si elle l'y rendrait. Mais M. de la Fayette étant arrivé et lui ayant lit que cette démarche était nécessaire pour calmer la multiude, elle dit : « En ce cas, dussé-je aller au supplice, je l'hésité plus, j'y vais. » Elle prit ses enfants par la main et ^y rendit ^ « La Fayette s'avança le premier sur le balcon !t harangua le peuple, puis la Reine parut tenant le Dauphin MIT la main et sa fille de l'autre. Le Roi, les ministres vinrent insulte, et alors les cris : le Roi à Paris, le Roi à Paris ! s'éle-

\e, p. 175} iMmf tppreiid que sont Loais XVI on admirait dans la chambre le Louis XIY deux chandeliers d*or de Germain placés sur une table.

' Déponlion do marquis de Digoine du Palais, dans la Procédure cri" nimlU ùutrmiê âm CkâiêUt de Parié, \^ ptrUe, p. 264.

Ml U CUTBUJ SI TERBAIUJ8-

Tftnnt avec tant d* tatea qae Louis XVT dut piomeUre qu'U partlnit k midi ptfnr Paris. Une heure aiiito, le SuA quittait pQor tOQjours le palais de Versailles ■. > '

L'aneieime décoration de la chambre de Louis XIY et le balnstre en boia doré oat été eonaervés, mais l'ameublement actuel est tout entier de l'époque de Louis- Pliilippe. Le lit a les ftuteiiila ont été faits aTOc des fragments de tapisseries provenant de l'ancienne ohambre do parade ou salon d'ApollOB. Un huato de la dUchessa de Bourgogne, par Coyzevoi, et tu médaillon en cire. d'Antoine Benotst, représenlaoL Loula XIT et exécuté en 47H, soni les œuvres d'art les plus IntéFeasantes exposées dans cette pièce.

*Ti*'"'— "«"f da Bol oa m^da Baaaf [Ul).

L'(Ell<le-B(Buf n'a pris ce nom qœ sous Louis XT *. Aa Uiapa.âe Louis ZIY on l'appelait VmUiekmKtn d» Mai tt

L'Œilrde-Bœuf ne date quedelTU. Avant, Ufbrmait deux pièces : la chambre à coucher de Lou1b>ZIIJ, devenu* la pi^

mlère chambre à coucher de Louis XIV, dons la i>artlê adjacente à la chambre à coucher actuelle de Louis XIV, et le salon des Bassan, ainsi appelé à cause de plusieurs tableaux de ce maître qui étaient au-dessus des portes et des lambris '.

En 1701, ces deux pièces furent réunies en une seule, qui deviat l'antichambre de la nouvelle chambre it coucher de Louis XIV. Trois portos s'ouvrent sur la galerie des Glaces, et établissent uue communication facile entre la chambre du Roi et, par la galerie, avec le reste du cbftteau.

La décoration de ce grand salon est très-belle. On doit parler surtout de la frise qui entoure la naissance de la voûte et qui représente, en bas-reliefs .de stuc doré, des enOints

' Sovidd, Ifolia du in«uA it Vo-ttilla, V partie, p. 200. ' U lui vient de U fenStre otbIs qu'on piatiqui. eu 1701, iluia le haal d< ift partie méridionale du wIod, qu'on arait beaucoup eihauaaé k cette

courant après des oiseaux, domptant des bètes farouches, sautant, dansant, maniant des armes, ou portés en triomphe. Cette frise, œuvre de Flamen, Van Clève, Hurtrelle, Poultier, Poirier et Hardy S est d*une légèreté, d'une élégance et d*un fini remarquables.

La pièce est ornée de glaces ou de boiseries sculptéesdorées, exécutées par Pierre Taupin, Jules Dugoulon, André Le Goupil et Marin BiUan*, et d*un goût excellent. Les sculptures en plâtre (stuc) de la corniche sont de Lespingola, qui a fait aussi les stucs de la corniche de la chambre à coucher '. Les bronzes dorés ou cuivres ciselés-dorés sont Tœuvre de Julien Lochon, qui a fait aussi ceux de TŒil-de- Bœuf ^, et les dorures ont été exécutées par Desauziers et Tristan*. Les portes s'ouvrant sur la galerie, une fausse braie et les trumeaux sont ornés de glaces. La cheminée supporte aussi une grande glace en trois morceaux.

On voit aujourd'hui, dans l'Œil-de-Bœuf, une très-belle table du temps de Louis XIV, en bois sculpté-doré, avec dessus en granité, un tableau de Nocret, représentant la famille de Louis XIV •, et un portrait équestre de Louis XIV, qui était placé autrefois dans le salon de l'Abondance.

C'est dans cette première chambre de Louis XIV que Molière exerça ses fonctions de valet de chambre tapissier du Roi, et comme tel faisait le lit de Louis XIV. Le père de Molière, Jean Poquelin, était l'un des valets de chambre tapissiers de Louis XIII. En 4637, il obtint la survivance de sa charge pour son fils aîné, Molière, qui accompagna, en 4642, Louis XIII dans le fameux voyage de Narbonne. Mais, Tannée suivante, Molière vendit à son père, moyennant une légère

* Comptes des Bâtiments, 1701, 1702.

* Idem. A ces scalpteurs il faut peut-être ajouter Robert Lalande, qui a beaucoup travaillé aux appartements de Versailles pendant les années 1701 et 1702. Les Comptes des Bftdments de cette époque n'ont déjà plus la précision qu'ils avaient au temps de Colbert. Les désignations sont presque toujours générales et ainsi formulées : « pour travaux faits au château, oa pour travaux faits dans les appartements • .

' Comptes des Bâtiments, 1701, 1702.

* Comptes de 1702.

» Comptes de 1701 et 1702

^ Ce tobleau avait été fait, en 1670, pour le château de Saint-Qoud.

somme d'argeol, les droits qu'il avait à la charge paternelle, pour se faire comédien et entrer dans la troupe de Vltluslre Théâtre, dont faisait partie Madeleine Béjarl, qu'il aimait avec passion. Molière courut la province et ne rcviul à Paris qu'à la fin de 1658. Il devint bientôt le protégé de Monsieur, frère du Roi, d'Anne d'Autriche et de Louis XIV. Jean Poquelin, le jeune, qui avait remplacé Molière, son frère, dans l'exercice de la charge de tapissier du Hoi, étant mort le 6 avril 1660, Molière s'empressa de reprendre sa charge, qui devenait précieuse pour lui en le rapprochant de la personne du maître '.

C'est aussi dans cette première chambre à coucher àf Louis XIV que le Roi fut opéré de la fistule, le t8 novembre 16S6.

Sur les sept heures du matio, le Roi se fil Mre la grande opènlioo pour rendre sa gnérison plus sûre, et las de porter un mal qui l'iucommodolt, mais oii il n'y avoil pourtant aucun danger. Celi« résolution a surpris tout le monde. Ella avoit été prise, il y a eii semaisea, et peraoïme ne le suvoit que M. de LouTois, BI"* de Maintenon, le P. de la Chaise, le premier médecin Fagooet Pélii; le Roi en avoit dit quelque chose â Ponlaiiiebleau ù M. de l« Rochefoucault. Il a souffert toute l'opération avec une patience admirable; on lu) a donne deux coups de bialonri et buit coups de ciscaui sans qu'il lui soït t'i'happé lo moindre mol. Félii nvoit fail taire un instrument d'une manière nouvelle, qu'il avoit es»8j* sur diffëreuB malades, et cela a épargné encore quelques coups de ciseaux.

Dès que l'opération fut faite, le Roi l'envoya dire & Uonseignenr qui étoil 6 la cbaase, à M''* la Daupbine des qu'elle fut éveillée, à Monsieur et à Madame qui étoient a Paris, à U. le Prince et fa H.U Duc qui étoient b Fontainebleau, auprès de H"" de Bourbon ', leur défendant de venir. Dès l'après-dtnée, le Roi tint le conseil, vit beaucoup de courtisans, et voulut qu'il y eût appartement, et que l'on commençât le grand jeu de revers! qu'il avoit ordonné à Fontainebleau ; M. le Premier tint son jeu. M*"' de Montespan partit en diligence pour venir trouver le Roi, mais ayant appris t Essonne que le Roi s'en porloit très-bien, elle retourna auprès de M'"* de Bourbon '. Monseigneur, apprenant la nouvelle, quitta

' Souufi, BlcUrdUl tur j iqu'i S* mort.

' Qui BTiil 11 petite vérole.

* Si fille-

la chasfie dans TiDStant et revint ici à toute bride en pleurant *.

Après l'opération, le Roi continua, dans son lit, à vivre comme auparavant : il se confessait au P. de la Chaise, entendait la messe, recevait les courtisans et les ambassadeurs, et travaillait avec ses ministres. « Il chantoit tout le jour et étoit d'une gaieté surprenante 9, et ne se plaigQait que d'une chose, c'était « d'avoir grand faim et d'être las de ne vivre que de bouillons ». Le 17 décembre, il se levait et se promenait plus d'une heure dans sa galerie. Le 21, il allait à l'appartement. Le 25, jour de Noël, il entendait la messe à la chapelle ; le 34, il touchait les malades. Complètement guéri, il donna à son premier chirurgien, Félix, pour sa vie durant, la terre des Moulineaux contenue dans le parc de Versailles, et qui était très-bien bâtie *. Daquin, son premier médecin, reçut 80,000 livres, et Fagon, premier médecin i\e la feue Reine, qui était passé au service du Roi, eut 100,000 livres.

En 1 696, au mois d'août, Louis XIV fut encore gravement malade dans cette chamhre ; il soufifrait cruellement d'un anthrax, dont les soins de Fagon et de Félix parvinrent à triompher. Pendant les longues nuits d'insomnie, Racine lisait au Roi les Vies de Pluiarque, dans la traduction d'Amyot. Louis XIV y prenait grand plaisir ; la vie d'Alexandre surtout l'avait fort intéressé *.

Enfin, c'est dans cette chambre que. Louis XIV passait quelquefois la journée à écrire. Dangeau ne dit pas et ne sait pas ce que le Roi écrivait ; mais nous croyons que c'était à la rédaction de ses Mémoires, destinés au Dauphin, que Louis XIV consacrait ces journées de travail.

Je ne crois pas qu'il reste autre chose de la première chambre de Louis XIV, que deux dessins de Noël Coypel exposés, en 4880, au musée des arts décoratifs et représentant des projets de plafonds pour la chambre à coucher et ['alcôve du Roi *. Louis XIV avait fait faire de grands travaux

* Danuiav, 1688, 7 Juillet.

* Danobau, 1M6, 3 et 4 septembre.

* N^ 91 et 92 da catalogue de cette ezpoeition.

24? LE CHATEAU Di: VERSAILLES

à sa chambre à coucher, en ^6%l^ ; le baluslre ea bois doré Tut refait h celle époque ', et il est possible que Coypel ait peint alors le plafond de la chambre.

AntlDluuiibre Aa Roi su cbambre où le Rai manga (191j.

C'est dans celte chambr(> que l'ou dressait la table quand le Roi maDgeeit chez lui en public, et où l'on servait le dîner el le souper en cérémonie '.

Dans 1 ' an 1i chambre du Ifoi, dit l'Etat de la France de 1108, toni les lundis, ver sies onze heures et demie du malin, lee garçoni de la chambre dressent ou font dresser une table qu'ils cousrenl d'im tapis de velours vert el mettent un Tauteuil devant pour le Roi. U. de Cbamillart, secrétaire d'Btal. se tient debout b la gauche d»(« fauteuil, et après le conseil, environ à midi et demi, avant qufle Roi descende h la chapelie pour 7 entendre la messe, s'il ae l'a déjà entendue, toutes les personnes qui ont des plecets â présenltr au Roi, les viennent poser avec respect sur cette taltle. Ces placel) sont tous recueillis par on commis de M. de CliamiUart, qui r»pporte le râle au Roi, qui le lit avec attention, marquant de sa Disia à la marge à quel ministre ou secrétaire d'Etat chaque placet doit être reuvoyé.

Il ue reste de l'ancieime décoration de cette salle quels cheminée en marbre de Languedoc et eu campau-Tert, l'entablement avec ses sculptures dorées, les cbambranles des portes et des fenêtres en bois sculpté, et doré autrefois. Tous les lambris ont été peints en imitation de marbre sous Louis-Philippe. Parmi les tableaux de Van der Meulenqiil ornent cette salle, nous citerons la vue du chfiteau de Versailles sous Louis XIII et eu commeucemeal du i^gne de Louis XIV.

Balle des Gardes du Roi (190).

L'ancienne décoration de la salle des Gardes ne se retrouve que çà et là. Les cbambranles des lenètres et des portes en

' P. BoiTSAo, Manitiw unjteritl. 3 M It Janvier 1S5S. Cet arlidea loiit eitraila de la correspond enca de Louvois coaservée au DripSt de la Gticrr*. * Voir, poar les d^lails, le chapitre du &raitd-Commita,

bois sculpté ont été peints en couleur de marbre sous Louis- Philippe, ainsi que les lambris. La corniche a conservé ses sculptures dorées représentant des sujets de guerre, et la cheminée, avec sa plaque, existe encore. Comme la précédente, cette salle renferme des tableaux de batailles, et surtout une représentation fort curieuse du grand carrousel de 1662.

n est presque superflu de dire que la salle des Gardes était la pièce d*entrée de l'appartement particulier de Louis XIV ; mais c'est ici qu'il convient de parler de la garde de la personne du Roi et de sa Maison militaire.

Le Roi était gardé : par les 4 compagnies des Gardes du corps, — les 25 gentilshommes gardes de la manche, — les Gent-Suisses, ^- les 50 gardes de la porte, — la compagnie des gardes de la prévôté de Thôtel,— les cent gentilshommes au bec de corbin.

La Maison militaire. Tune des plus belles troupes de cavalerie qui ait jamais existé, comprenait, outre les Gardes du corps, appelés les Bleus, à cause de la couleur de leur uniforme, les 4 compagnies rouges, c'est-à-dire les gendarmes, les chevau*légers ', les mousquetaires gris et les mousquetaires noirs*; venaient enfin les grenadiers à cheval.

L'infanterie de la Maison militaire comprenait les deux régiments des Gardes françaises et des Gardes suisses '.

Le capitaine des Gardes du corps en quartier se tenait et marchait toujours immédiatement après le Roi et proche de sa personne, quelle que part qu'il fût hors de sa chambre, comme à table, où il était derrière le fauteuil, à cheval, en chaise, en carrosse, et partout ailleurs. Personne ne pouvait passer entre le Roi et lui. Le capitaine des Cent-Suisses

* Les cherao-légen avaient leur étendart dans la chambre du Roi.

' Les ODS et les autres tiraient leur nom de la couleur de la robe de leurs cbeTauz.

' La bibliothèque de Versailles possède un exemplaire de l'ouvrage ÎBtitulé Nouveau recueil des troupes gui forment la Garde de la Maison du Roi, 1756, in-folio. Les dessins sont d'Kisen et ont éifi gravés par Lebas. L'exemplaire dont nous parlons se compose de gravures en noir et de gravures coloriées. — On peut voir aussi au Musée, a la salle^ des gouaches, la lUtuê de Marly par Lepaon. Avec ces deux sources on a tous les uniformes de la Maison du Roi, et on y voit tous ces corps vGtus de rouge, de bleu et de blanc, couleurs des Bourbons.

■m LE CUATEAL' DE VEnï?SlU.ES

ou un lieuLenant des Oardes marchait presque toujours devant le Roi '.

Louis XIV à'occupail avec beaucoup de aoio de sa Maisoo uiiLilaire et était fort sévère dans l'exécutioEi des règlemeuis. Il ùD passait souvent la revue. Le 7 novembre 1691, â Marly, il passa la revue de ses Gardes du corps homme par homme, et se fit montrer, pour les récompenser, ceuï qui s'étaieat distingués au combat de Leuze, le plus brillaol combat qu'ait jamais livré la Maison militaire. Il inspecta les nouvelles recrues ; il passa ensuite en revue B compagnies du régimeat des Gardes françaises, bomme par homme, et cassa tous ceuz qui n'avaient pas la taille de 3 pieda t pouces (1"',ia) fiïÉe par lui. « H est plus sévère, ajoute Dangeau, qu'aucun come des guerres o

sERviCK w noi

Onze grands services étaient afTeclés à la personne du Boi :

Le tervice reliifieux, dirigé par le grand aumônier;

La Maiton du Roi avec les sept offices pour la Bouche du Bol, dirigée par le grand maître de la Maison du Boi, avec un premier maître d'hôtel, un grand pannetier, un grand écbaosoD fit un grand écuyer tranchant ;

La Chambre, VAntieiambre et le Cabinet, service placé sons les ordres du grand chambellan \

La Gardi-roèe, avec un grand maître de la Qarde-robe ;

L'Bcurie, avec un grand écuyer et un premier écuyer ;

La Vénerie, sous la direction du grand veneur ;

Les logemtnts et les bâtiments, contiës au surintendant des Bâtiments ;

' Ce aervica, fait comme laol d'aatrea, i Louis XV d'être l>leasâ paiDamieDs.

Les voyages^ dirigés par le grand maréchal des logis et le capitaine des guides ;

La garde du Roi^ attribuée à la Maison militaire du Roi ;

La police, dirigée par le grand prévôt de France ;

Les cérémonies, toujours compliquées de difficultés sur les rangs et les préséances, dirigées par le grand maître des cérémonies, dont les fonctions exigeaient beaucoup de tact et de connaissance des précédents.

Le service religieux sera décrit à la chapelle. On trouvera au Grand-Commun tout ce qui concerne la Bouche et les sept offices. A la Grande et à la Petite-Ecurie, nous donnerons tous les détails de ce service, et nous avons placé au chapitre de la Vénerie ce qui regarde la chasse. Nous ne parlerons ici que des services de la Chambre, de la Garde-robe et du Cabinet, en analysant VBkit de la France en 1 74 2.

Le service de la Chambre était dirigé par le grand chambellan, dont la charge valait 800.000 livres, bien qu'il n*eût que 3600 livres de gages ; le reste du revenu provenait de profits et de droits divers. Au-dessous de lui venaient 4 premiers gentilshommes de la Chambre, 24 gentilshommes de la Chambre, et 24 pages de la Chambre employés au service du Roi avec les pages des Ecuries.

Il y avait ensuite 4 premiers valets de chambre * , 46 huissiers, 32 valets de chambre, 42 porte-manteaux, 2 porte-arquebuses, 4 porte-mail, 8 barbiers valets de chambre, 8 tapissiers, 3 horlogers, 3 renoueurs, 4 opérateur pour la pierre, 4 opérateur pour les dents, 6 garçons ordinaires, 2 porte-chaise d'afi*aires, 4 porte -table, 9 porte-meubles, 4 frotteur, 4 capitaine des mulets ; enfin, des peintres, des sculpteurs, des vitriers, des serruriers, des cofl'retiers et des menuisiers.

Ij^Btat de la France mentionne ensuite les services acces-

^ Panni ces premiers valets de chambre ou de garde-robe, on doit ciiar Bontemi», iotendant ou gouverneur de Versailles, homme do bien, dit Saint-Simon, excellent serviteur et confident du Roi, — Blouin, — Niert, — Joyeux, premier valet de chambre de Monseigneur, — Moreau, d'abord premier valet de la garde-robe du Roi, devenu premier valet de chambre du duc de Bourgogne, • né pour 6trp un vrai seigneur *. dit Saint-Simon. Moreau avait une belle collection de portraits et de tableaux (Lettres de la Palatine, édition Jaeglé^ I, 291).

soires de la Chambre : les levrettes et lévriers de la Chambre avec leur capitaine et 4 valets, — les petits chiens de la Chambre, auxquels on allouait U46 livres pour leur nourriture, et auxquels le pâtissier du Roi délivrait chaque jour 7 biscuits,— les oiseaux ou vols de la Chambre et du Cabinet, dont nous parlerons au chapitre de la Vénerie.

De la Chambre dépendaient encore : la musique de la Chambre et le service de santé. La musique de la Chambre se composait de t surintendants, de compositeurs, de chanteurs, de musiciens et enfants de musique, des 24 violons de la Chambre et des petits violons du Cabinet, des 42 trompettes de la Chambre et des 4 trompettes des Plaisirs, du timbalier des Plaisirs, des 4 tambours, des 4 fifres et des hautbois delà Chambre.— Le service de santé exigeait : 4 premier médecin, 4 médecin ordinaire, 8 médecins servant par quartier, 4 premier chirurgien, 1 chirurgien ordinaire, 8 chirurgiens servant par quartier, 4 médecin de rinfirmerie de la Maison du Roi, 4 apothicaires et 4 aides, S apothicaires-distillateurs, quelques opérateurs et herboristes, etc.

Le service de Tantichambre n'exigeait que 2 huissiers.

La Garde-robe du Roi était dirigée par un grand maître ayant sous ses ordres : 2 maîtres de la Garde-robe, 4 premiers valets de garde-robe, 16 valets de garde-robe, 4 garçons ordinaires de garde-robe , 3 tailleurs chaussetiers, 4 empeseurcravatier, chargé entre autres fonctions de mettre tous les matins les diamants et les manchettes aux poignets des chemises de S. M., 1 rcmplisseuse de point, occupée à remplir les points et dentelles de S. M. lorsqu'il y avait quelque chose à y refaire, 26 fournisseurs de joaillerie, chaussures, habits, chausses, broderies et pelleteries, et 2 lavandiers du linge de corps.

Le personnel du Cabinet * se composait de 2 huissiers, de 4 secrétaires, des courriers, de 3 interprètes pour les langues arabe, syriaque, grecque et latine, de 2 lecteurs, parmi lesquels on compta Racine, et de l'historiographe. — Au Cabinet se rattachaient le cabinet des Raretés à Versailles, les garde-meubles et le cabinet des Armes avec un arquebusier.

* Il y avait plusieurs cabiacls, mais on disait le Cabinet.

Tout ce personnel comprenait des centaines de grands ofûders, d'officiers subalternes, d*employés de toute sorte et de tout rang, de valets et de garçons, les uns servant par année, les autres par quartier ou par semestre, tous mal payés, mais tous ayant des profits, comme la première femme de chambre de la Reine, à qui les bougies rapportaient 50,000 li?res par an K

Sous Louis XVI, il y eut jusqu'à seize Maisons montées avec le même luxe d*officiers et d'employés : maison du Roi, oiaison de la Reine, service du Dauphin, service de Madame fille du Roi, maison de Monsieur, maison de Madame, maison du comte d* Artois, maison de la comtesse d*Artois, maison du duc d*ADgoulème, service du duc de Berry, service de Mademoiselle, maison de Madame Elisabeth, maison de Madame Adélaïde, maison de Madame Victoire , maison de Madame Sophie, maison-bouche de Mesdames tantes du Roi.

C'est ici qu'il faut placer le tableau de « la mécanique de la vie lu Roi >, que nous a laissé Saint-Simon. Je crois que personne ae me reprochera la longueur de cette citation, qui nous fait voir si clairement en quoi consistait la vie officielle et réglée par rétiquette ', que Louis XIV subissait et qu'il fuyait le plus souvent qu'il le pouvait faire, en allant vivre un peu plus librement à Trianon et surtout à Marly.

Après avoir exposé avec la vérité et la fidélité la plus exacte tout oe qui est venu à ma comioissance par moi-môme, ou par ceux qui ont vu ou manié les choses et les affaires pendant les vingt-deux dernières années de Louis XIV, et Tavoir montré tel qu'il a été, lans aucune passion, quoique je me sois permis les raisonnemens résultant naturellement des choses, il ne me reste plus qu'à expolar récorce extérieure de la vie de ce monarque, depuis que j*ai oontinuellement habité à sa Cour.

Quelque insipide et peut-être superflu qu'un détaU, encore si public, puisse paroUre après tout ce qu'on a vu d'intérieur, il s'y trouvera encore des leçons pour les rois qui voudront se faire respecter et qui voudront se respecter eux-mêmes '. Ce qui m'y dé-

> M-* Gakpaii.

* Cm n'ett pat Lonis XIV qui a inventé et réglé Tétiquette. Il existe un rè^^emeni de Henri III, daté de 1585, dans lequel l'étiquette de la Cour e^t nactement la mSme que aons LooIb XIV*

* Jl lia faut pas onUiar que Sabt-Simon écrit sons Louis XV, ^ers 1750.

ar.l LE CHATEAU DE VERSAILLES

lenniiie encore, c'est que l'eunuyetix, je dirai {itua, le dégobUoi pour un lecteur instruit de ce dehors public, par ceux qui auronl pu encore en avoir élé témoins, échappe bieutdt à la connois3Bii<ri' de la postérilé, et que l'eipérieDco dous apprend i^e nous regreu tons de ne trouver personne qui ee soit donné une peine pour leur temps si iograle, mais pour la postérité, curieuse, et qui ne laisM pBB de caractériser les princes qui ont fait autant de bruit dans le monde que celui dont il s'agit ici. Quoique 11 soit difficile de nf pa£ tomber en quelques redites, je m'en défendrai autant qu'il me sera possible.

Je ne parlerai point de la manière de vivre du Roi quand il s'esi trouvé dans ses armées., . . Ailleurs qu'ù l'armée, le Roi n'a januiimangé avec aucun bomme, en quelque csn que c'ait été, non pUi même avec aucun prince du sang, qui n'y ont mangé qu'à des fwtina de leurs noces, quand le Roi les a voulu faire. -• . Hevenoos maintenant b la Cour.

A Luit beures, le premier valet de chambre en quartier, qui avoil uooucbé seul dans la chambre du Roi, et qui s'éloit babillé, l'éveil' l^loft. Le premier médecin, le premier chirurgien, el sa nourrice liai qu'elle a vécu, entraient on mSme temps. Bile alloit le baiser, tes antres le fïottoieDt, el souvent lui changeoient de cbemise. puw qu'il étoit sujet à suer. Au quart on appeloit le grand cbambellui, en son abgeuce le premier gentilhomme de la Chambre d'axmée, avec eux les grandes entrées. L'un de ces doux ouvroit le rtdeao qui étoit fermé, et préseutoit l'eau bénite du bénitier du cheret du lit. Ces Messieurs éloienl Id un moment, et c'en éloit un de parlpt au Roi s'ils avoient quelque chose à lui dire ou à lui demander, «l alors les autres s'éloignoient. Quand aucun d'eux n'avoit à parler, comme d'ordinaire, ils n'étoient là que quelques momenG. C^i qui avoit ouvert le rideau et présenté l'eau bénite présentolt le livre de l'office du Saint-Bapril, puis passoient tous dans le cabinet du Conseil. Cet office fort court dit, le Roi appeloit ; ils leatroient. L> même lui donnoit sa robe de chambre, et ce pendant les second» entrées ou brevets d'affaires entroient ; peu de momens apita, li Chambre ; aussitôt, ce qui étoIt là de distingué, puis tout le mond«, qui trouvoit le Hoi se chaussant ; car il se faisoit presque tout luimfime avec adresse et grâce. On lui vojoit faire la bariM da deux jours l'un, et il avoit une petite perruque courte, sans jamati en aucun temps, mSme au Ut, tes jours de médecine, paroltre autrement en public. Souvent il parloit de chasse, et quelquefois quel' que mot b quelqu'un. Point de toilette à portée de lui, on lui tenoit seulement un miroir.

Dès qu'il étoit babillé, il alloit prier Dieu b la ruelle de son lit, où tout ce qu'il y avoit de clergé se mettoit à genoux, les cardinaux sans carreau ; tous tes laïques demeuroient debout, et le capitaine des Gardes venait au balustre pendant la pribre, d'ob le Roi passât dans son cabinet.

II y trouToit ou y étoit suivi de tout ce qui avoit cette entrée, qui étoit fort étendue par les charges, qui Tavoient toutes. II y donnoit Tordre à chacun pour la journée ; ainsi on savoit, à un demi-quart d'heure près, tout ce que le Roi devoit faire. Tout ce monde sortoit ensuite. Il ne demeuroit que les bâtards, MM. de Montchevreuil et d'O, comme ayant été leurs gouverneurs, Mansart et après lui d'Antin, qui tous entroient non par la chambre mais par les derrières, et les valets intérieurs. C'étoit là leur bon temps aux uns et aux autres, et celui de raisonner sur les plans des jardins et des bfitimens, et cela duroit plus ou moins, selon que le Roi avoit affaire.

Toute la Cour attendoit cependant dans la galerie, le capitaine des Qardes seul dans la chambre, assis à la porte du cabinet, qu*on averiissoit quand le Roi vouloit aller à la messe, et qui alors entroit dans le cabinet.

Cet entre-temps étoit celui des audiences, quand le Roi en accor> doit, ou quUl vouloit parler à quelqu'un, et des audiences secrètes des ministres étrangers, en présence de Torcy. Elles n'étoient appelées secrètes que x>our les distinguer de celles qui se donnoient sans cérémonie à la ruelle du lit, au sortir de la prière,qu'on appeloit particulières, où celles de cérémonie se donnoient aussi aux ambassadeurs.

Le Roi alloit à la messe, où sa musique chantoit toujours un motet. II n*alloit en bas qu'aux grandes fStes, ou pour des cérémonies. Allant et revenant de la messe, chacun lui parloit qui vouloit, après ravoir dit au capitaine des Gardes si ce n'étoit gens distingués, et il y alloit, et rentroit par la porte des cabinets dans la galerie. Pendant la messe, les ministres étoient avertis, et s'assembloient dans la chambre du Roi, où les gens distingués pouvoient afler leur parler ou causer avec eux. Le Roi s'amusoit peu au retour de la messe, et demandoit presque aussitôt le conseil. Alors

la matinée étoit finie

Le dimanche il y avoit conseil d'Etat, et souvent les lundis ; les mardis, conseil de finances ; les mercredis, conseil d'Etat ; les samedis, conseil de finances ... . Le jeudi matin étoit presque toujours vide. C'étoit le temps des audiences que le Roi vouloit donner, et le plus souvent des audiences inconnues, par les derrières. C'étoit aussi le grand jour des bâtards, des Bâtimens, des raleis intérieurs, parce que le Roi n' avoit rien à faire. Le vendredi après la messe étoit le temps du confesseur, qui n'étoit borné par

rien, et qui pouvoit durer jusqu'au dîner

Le dîner étoit toujours au petit couvert, c'est-à-dire seul dans sa chambre, sur une table carrée vis-à-vis la fenêtre du milieu. Il étoit plus ou moins abondant ; car il ordonnoit le matin petit couvert ou très-petit couvert. Mais ce dernier étoit toujours de beaucoup de plats, et de trois services sans le fruit. La table entrée, les principaux courtisans entroieut, puis tout ce qui étoit connu, et le

■m LE t'EATEAU DE VEHSAILLES

premier genlilhomme de la Chenibro en aoaëe alloîL averlir lu Roi Il le Eerroil si lo grand cliambeUaD n'j éloilpHS.. . .

J'ai vu, mais fort rarsmeat, Monseigueur eL Uesseigneura ses fils au petit couvert, debout, saos que jamais le Roi leur ait proposa iie siège. J'j ai vu coQtinuellemonL Ica princes du sang el les cardinaux tout du long. J'j ai tu assez souvent Monsieur, ou venant de Saint-Cloud voir le Roi, ou sortant du conseil de dépScbeig, la eeul où il entroit. Il donnoit la serviette et demeurait debout. Vu peu après, le Roi, l'ojanl qu'il ne s'en alloit point, lui demaudoit s'il ne vouloil point s'asseoir; il faisait la râvërence, et le Roi ordoimoit qu'on lui apportai un siège. Ou mettait un tabouret derrière lui. Quelques momeas après, le Roi lui dîsoit: « Mon frère, assejeivuus donc. " Il âtisoil la révérence, el s'asseyoil jusqu'à la fin do dîner, qu'il préseuloit la serviette. D'autrefois, quand il venoît ds Sainl-Cloud, le Roi en arrivant h table demaudoit un couT<)rl pout Monsieur, ou bieu lui demaudoit s'il ne vouloit pas dtner. S'il la refiisoit, 11 s'eu alloit un moment après sans qu'il fût questiou de siège; s'il l'acceploil, lo Roi demandoit un couvert pour lui. La table éloit carrée ; il se meltoit à un bout, le dos au cabinet, Alorl le grand chambellan, s'il servoi 1, ou le premier gentilLomme de U Cbambre, donnoit Cl boire et des assiettes à Monsieur, et preuoit de lui celles qu'il Oloit, tout comme il faisoit au Roi ; mais Monsieur reccvoit tout ce service avec une politesse fort marquée. S'il! olloientàson lever, comme cela leur arrivoit quelquefois, ils OtoleiU le service au premier geolilhoiumQ do la Cbambre, el le Aisoisal, dont Monsieur se montroit fort satisfait. Quand il étoit au dtnec du Roi, il romplissoit et égayoit fort la canversalion. La, quoique 6 table, il donnoit la serviette au Roi en s'; mettant et en sortant; et en la rendant au grand chamlieUan, il ; lavoit. Le Roi, d'ordinain, parloit peu à son dîner, quoique par-ci par-là quelques mots, ft moina qu'il n'j eût de ces seigneurs familiers avec qui il causoit un peu plus, ainsi qu'à son lever.

De grand couvert à dîner, cela éloit extrêmement rare : quelques grandes fStes, ou à Fontainebleau quelquefois, quand la Reina d'Angleterre y étoIt. Aucune dame ne venait au petit couvert. J'y ai seulement vu très-rarement la maréchale de la Uothe, qui avoit conservé cela d'y avoir amené les Enfants de France, dont elle avoit été gouvernante. Dès qu'elle y paroissoil, on lui apportoit un siège, et elle s'asseyoit, car elle éloit duchesse à brevet.

Au sortir de table, le Roi rentroit tout de suite dans son cabinet'. C'étoit \ti un des mamens de lui parler, pour des gens distingués. Il s'arrêtoit un moment à la porte à écouter, puis il enlroil, et très-rarement l'y suivoit-on, jamais sans le lui demander, et c'est ce qu'on n'osoit guère. Alors il se mettoit avec celui qui la sutvoit dans l'embrasure de la fenêtre la plus proche de la porta du

' L« aaoGtuaira, la Saneltm Saaclomm, cooime l'appslla la Palatine.

[ui se fermoit aussitôt, et que Thomme qui parloit au Roi ui-mdine pour sortir, en quittant le Roi. C*étoit encore le I bfttards et des yalets intérieurs, quelquefois des Bâtii attendoient dans les cabinets de derrière, excepté le aédecin, qui étoit toujours au dîner, et qui suivoit dans sts. C*étoit aussi le temps où Monseigneur se trouvoit a*ayoit pas tu le Roi le matin. Il entroit et sortoit par la la galerie.

8*amusoit à donner à manger à ses chiens couchants, et

plus ou moins, puis demandoit sa garde-robe, et chanint le très-peu de gens distingués qu'il plaisoit au premier me de la Chambre d*y laisser entrer, et tout de suite le Roi r derrière et par son petit degré dans la cour de Marbre ter en carrosse ; depuis le bas de ce degré jusqu'à son lui parloit qui vouloit, et de môme en revenant.

aimoit extrêmement Tair, et quand il en étoit privé, sa 80iiffit>it par des maux de tête et par des vapeurs, que emsés nn grand usage de parfums autrefois, tellement oit bien des années, que, excepté Todeur de la fleur d*on'en x>ouvoit souffrir aucune, et qu'il falloit être fort en i*en avoir point, pour peu qu'on eût à l'approcher. I il étoit peu sensible au froid et au chaud, môme à la 1*7 avoit que des temps extrômos qui Tempôchassent do s les jours. Ces sorties n'avoient que trois objets : courre i moins une fois la semaine, et souvent plus, à Marly et à »leau, avec ses meutes et quelques autres ; tirer dans ses lomme en France ne tiroit si juste, si adroitement, ni de ;rdce, et il y alloit aussi une ou deux fois la semaine, B dimanches et les fêtes qu'il ne vouloit point de grandes st qu'il n'avoit point d'ouvriers ; les autres jours voir trase promener dans ses jardins et ses bàtimens ; quelquefois mades avec des dames et la collation pour elles dans la (arly et dans celle de Fontainebleau ; et dans ce dernier promenades avec toute la Cour autour du canal, qui étoit .Ole magnifique, où quelques courtisans se trouvoient à acuns ne le suivoicnt en ses autres promenades que ceux il en charges principales qui approchoient le plus de sa excepté lorsque, assez rarement, il se promenoit dans ses ) Versailles, où lui seul étoit couvert, ou dans ceux de orsqu'il y couchoit et qu'il y étoit pour quelques jours, 1 il y alloit de Versailles s'y promener et revenir après. de même; mais s'il y demeuroit, tout ce qui étoit du dt toute liberté de l'y suivre dans les jardins, l'y joindre, , en un mot^ comme ils vouloient.

i avoit encore un privilège qui n'étoit pour nul autre ; n sortant du château, le Roi disoit tout haut : Le chapeau, ; et aussitôt courtisans, officiers des Gardes du corps, r. I. 17

gens des Bàtimens se couvroient tous, en avant, en arrière, à côte de lui, et il auroit trouvé mauvais si quelqu'un eût non-seulement manqué, mais différé à mettre son chapeau ; et cela durcit toute la promenade, c'est-à-dire quelquefois quatre et cinq heures en été, ou en d'autres saisons, quand il mangeoit de bonne heure à Versailles pour s'aller promener à Marly, et n'y point coucher.

La chasse du cerf étoit plus étendue. Y alloit à Fontainebleau qui vouloit ; ailleurs, il n'y a voit que ceux qui en avoieni obtenu la permission une fois pour toutes, et ceux qui en avoient obtenu le justaucorps, qui étoit uniforme, bleu, avec des galons, un d'argent entre deux d'or, doublé de rouge. Il y en avoit un assez grand nombre, mais jamais qu'une partie à la fois, que le hasard rassembloit. Le Roi aimoit à y avoir une certaine quantité, mais le trop l'importunoit, et troubloit la chasse. Il se plaisoit qu'on l'aimât, mais il ne vouloit pas qu'on y allât sans l'aimer ; il trouvoit cela ridicule, et ne savoit aucun mauvais gré à ceux qui n'y alloient jamais.

Il en étoit de môme du jeu, qu'il vouloit gros et continuel dans le salon de Marly pour le lansquenet, et force tables d*autres jeux par tout le salon. Il s'amusoit volontiers à Fontainebleau, les jours de mauvais temps, à voir jouer les grands joueurs à la paume, où il avoit excellé autrefois, et à Marly très-souvent, à voir jouer an mail, 011 il avoit aussi été fort adroit.

Quelquefois, les jours qu'il n'y avoit point de conseil, qui n'étoient pas maigres, et qu'il étoit à Versailles, il alloit dtner à Marly ou à Trianon avec M"*® la duchesse de Bourgogne, M"* de Maintenon et des dames, et cela devint beaucoup plus ordinaire ces jours-là les trois dernières années de sa vie. Au sortir de table, en été, le ministre qui devoit travailler avec lui arrivoit, et quand le travail étoit fini, il passoit jusqu'au soir à se promener avec les dames, à jouer avec elles, et assez souvent à leur faire tirer une loterie toute de billets noirs, sans y rien mettre ; c'étoit ainsi une galanterie de présens qu'il leur faisoit, au hasard, de choses à leur usage, comme d'étoffes et d'argenterie, ou de joyaux ou beaux ou jolis, pour donner plus au hasard. M™** de Maintenon tiioil comme les autres, et donnoit presque toujours sur-le-champ ce qu'elle avoit gagné. Le Roi ne tiroit point, et souvent il y avoit plusieurs billets sous le môme lot. Outre ces jours-là, il y avoit assez souvent de ces loteries quand le Roi dînoit chez M"** de Maintenon. Il s'avisa fort tard de ces dîners, qui furent longtemps rares, et qui sur la fin vinrent à une fois la semaine avec les dames familières, avec musique et jeu. A ces loteries, il n'y avoit que des dames du palais et des dames familières ' . . . . L'été, le

^ Les amies de M"™® de Maintenon : M""*»* de Rochefort, d'Heudicourt. de Saiot-Géran, de Maulevrier, de Montchevreuil, de Chevretise, de Lévv. d'O et de Dangeau.

Roi trayailloit chei lui, au sortir de table, avec les ministres, et lorsq[ae les jours s*accourcissoient, il y travailloit le soir chez M"^ de Maintenon.

A son retour de dehors, lui parloit qui Touloit, depuis son carrosse Jusqu'au bas de son petit degré, n s» rhabilloit comme il ayoit changé d'habit, et restoit dans son cabinet. G'étoit le meilleur temps des bfttards, des valets intérieurs et des Bàtimens. Ces interralles-là, qui arrivoient trois fois par jour, étoient leur temps, celui des rapporteurs de vive Toix ou par écrit, celui où le Roi écrÎToit, s'il avoit à écrire lui-même. Au retour de ses promenades, U étoit une heure et plus dans ses cabinets, puis passoit chei M" de Maintenon, et en chemin lui parloit encore qui ▼ouloiL

A dix heures il étoit servi. Le maître d^hôtel en quartier, ayant son bftton, ailoit avertir le capitaine des Gardes en quartier dans Tantichambre de M"** de Maintenon, où, averti lui-môme par un Garde de l'heure, il venoit d'arriver. Il n'y avoit que les capitaines des Gardes qui entrassent dans cette antichambre, qui étoit fort petite, entre la chambre où étoient le Roi et M'"* de Maintenon, et une autre très-petite antichambre pour les officiers, et le dessus public du degré, où le gros étoit. Le capitaine des Gardes se mon* troit à l'entrée de la chambre, disant au Roi qu^il étoit servi, revenoit dans l'instant dans Tantichambre.' Un quart d^heurc après, le Roi venoit souper, toujours au grand couvert, et depuis l'antichambre de M"'* de Maintenon jusqu*à sa table, lui parloit encore qui vouloit.

A son souper, toujours au grand couvert, avec la Maison royale, c*e8t-è-dire imiquement les fils et filles de France et les petits-fils et petites-filles de France, étoient toi^ours grand nombre de courtisans, et de dames tant assises que debout, et la surveille des voyages de Marly toutes celles qui vouloient y aller. Cela s'appelrk>it se présenter pour Marly. Les hommes demandoient le môme Jour le matin, en disant au Roi seulement : t< Sire, Marly. '> Les dernières années le Roi s'en importuna. Un garçon bleu écrivoit dans la galerie les noms de ceux qui demandoient, et qui y alloient le ftire écrire. Pour les dames, elles continuèrent toujours à se présenter.

Après souper, le Roi se tenoit quelques momens debout, le dos an bidostre du pied de son lit, environné de toute la Cour ; puis, arec des révérences aux dames, passoit dans son cabinet, où en arrivant il donnoit l'ordre. Il y passoit un peu moins d'une heure avec ses enfàns légitimes et bâtards, ses petits-eniSans légitimes el bâtards, et leurs maris ou leurs femmes, tous dans un cabinet, le Roi dans un fauteuil. Monsieur dans un autre, qui dans le particulier vivoit avec le Roi en frère, Monseigneur debout ainsi que tous les autres princes, et les princesses sur des tabourets. Madame y Ait admise après la mort de M™* la Dauphine.

Ceux qui entroient par les derrières s*y trouvoient, et les valets intérieurs.

Les^dames d'honneur des princesses, et les dames du palais de jour, attendoient dans le cabinet du conseil, qui précédoit celui où étoit le Roi à Versailles, et ailleurs. A Fontainebleau, où il n'y avoit qu'un grand cabinet, les dames des princesses qui étoient assises achevoientle cercle avec les princesses, au môme niveau et sur mêmes tabourets ; les autres dames étoient derrière, en liberté de demeurer debout, ou de s'asseoir par terre sans carreau, comme plusieurs faisoient. La conversation n'étoit guère que de chasse oa de quelque autre chose aussi indifférente.

Le Roi, voulant se retirer, alloit donner à manger à ses chiens, puis donnoit le bonsoir, passoit dans sa chambre à la ruelle de son lit, où il faisoit sa prière comme le matin, puis se déshabilloit. H donnoit le bonsoir d'une inclination de tête, et tandis qu'on sortoit, il se tenoit debout au coin de la cheminée, où il donnoit l'ordre an colonel des Gardes seul ; puis commençoit le petit coucher, où restoient les grandes et secondes entrées ou brevets d'affaires. Celi étoit court. Ils ne sortoient que lorsqu'il se met toit au lit. Ce moment en étoit im de lui parler pour ces privilégiés. Alors tons sortoient quand ils en voyoient un attaquer le Roi, qui demeuroit seul avec lui.

Lorsque le Roi mourut, il y avoit dix ou douze ans que ce qui n'avoit point ces entrées ne demeuroit plus au coucher, depuis une longue attaque de goutte que le Roi avoit eue, en sorte qu'il n'y avoit plus de grand coucher, et que la Cour étoit finie au sortir du souper. Alors le colonel des Gardes prenoit l'ordre avec tous les autres, et les aumôniers de quartier, et le grand et le premier aumônier sortoient après la prière.

Les jours de médecine, qui revenoient tous les mois au plus loin, il la prenoit dans son lit, puis entendoit la messe, où il n'y avoit que les aumôniers et les entrées. Monseigneur et la Maison royale venoient le voir un moment ; puis M. du Maine, M. le comte de Toulouse, lequel y demeuroit peu, et M"^® de Maintenon venoient l'entretenir. Il n'y avoit qu'eux et les valets intérieurs dans le cabinet, la porte ouverte. M'"® de Maintenon s'asseyoil dans le fauteuil au chevet du lit. Monsieur s'y mctloil quelquefois, mais avant que M™® de Maintenon fût venue, et d'ordinaire après qu'elle étoit sortie ; Monseigneur toujours debout, et les autres de la Maison royale un. moment. M. du Maine, qui y passoit toute la matinée, et qui étoit fort boiteux, se mettoit auprès du lit sur un tabouret, quand il n'y avoit personne que M'"® de Maintenon et son frère. G'étoit où il tenoit le dé à les amuser tous deux, et où souvent il en faisoit de bonnes. Le Roi dînoit dans son lit, sur les trois heures, où tout le monde entroit, puis se levoil, et il n'y demeuroit que les entrées. 11 passoit après dans son cabinet, où il tenoit conseil, et après il alloit à l'ordinaire chez

M"** de MainteDon, et soupoit à dix heures au grand couvert. Le Roi n*a de sa vie manqué la messe qu'une fois à Tannée, un jour de grande marche, ni aucun jour maigre, à moins de vraie et très-rare incommodité. Quelques jours avant le carême, il tenoit un discours public à son lever, par lequel il témoignoit qu'il trouveroit fort mauvais qu'on donnât à manger gras à personne, sous quelque prétexte que ce fût, et ordonnoit au grand prévôt d'y tenir la main, et de lui en rendre compte. Il ne vouloit pas non plus que ceux qui mangeoient gras mangeassent ensemble, ni autre chose que bouilli et rôti fort court, et personne n'osoit outre-passer ses défenses, car on s'en seroit bientôt ressenti. Elles s'étendoient à Paris, où le lieutenant de police y vcilloit et lui en rendoit compte. Il y avoit douze ou quinze ans qu'il ne faisoit plus de carême. D'abord quatre jours maigres, puis trois, et les quatre derniers de la semaine sainte. Alors son très-petit couvert étoit fort retranché les jours qu'il faisoit gras ; et le soir au grand couvert tout étoit collation, et le dimanche tout étoit en poisson ; cinq ou six plats gras tout au plus, tant pour lui que pour ceux qui à sa table mangeoient gras. Le vendredi saint, grand couvert matin et soir, en légumes, sans aucun poisson, ni à pas une de SCS tables.

Il manquoit peu de sermons l'avent et le carême, et aucune des dévotions de la semaine sainte, des grandes fêtes, ni les deux processions du saint sacrement, ni celles des jours de l'ordre du Saint-Esprit, ni celle de l'Assomption. Il étoit très-respectueusement à l'église. A sa messe tout le monde étoit obligé de se mettre à genoux au Sanctus, et d'y demeurer jusqu'après la communion du prêtre ; et s'il entendoit le moindre bruit ou voyoit causer pendant la messe, il le trouvoit fort mauvais. Il manquoit rarement le salut les dimanches, s'y trouvoit souvent les jeudis, et toujours pendant toute l'octave du saint sacrement. Il communioit toujours en collier de l'ordre, rabat et manteau, cinq fois l'année, le samedi saint à la paroisse, les autres jours à la chapelle, qui étoient la veille de la Pentecôte, le jour de l'Assomption et la g;rand*messe après, la veille de la Toussaint et la veille de Noël, et une messe basse après celle oii il avoit communié, et ces jours-là point de musique à ses messes, et à chaque fois il touchoit les malades. Il alloit à vêpres les jours de communion, et après vêpres il travailloit dans son cabinet, avec son confesseur, à la distribution des bénéfices qui vaquoient. Il n'y avoit rien de plus rare que de lui voir donner aucun bénéfice en d'autres temps. Il alloit le lendemain à la grand'messe et à vêpres, à matines et à trois messes de minuit en musique, et c'étoit un spectacle admirable que la chapelle ; le lendemain à la grand'messe, à vêpres, au salut. Le jeudi saint, il servoit les pauvres à dîner, et après la collation, il ne faisoit qu'entrer dans son cabinet, et passoit à la tribune adorer le saint sacrement, et se venoit coucher tout rlc

suil«. A la mesoe, il disoit son cbapelel (il n'eu savoil pas davantage), et toujours à genoux, eiceplé à l'évangile. Aux grandes mosscB, il ne s'asseyoit dans son fauteuil qu'au temps où on t coutume de s'asseoir. Aux jubilas, il raiaoil presque toujours ses Blalions à pied, et tous les jours de jeûne, et ceux du carême où il mangeoit maigre, il Taisoit seulement coUalion.

11 ëLoit toujours v3tu de couleur plus ou moins brune arec one légère broderie, jamais sur les tailles, quelquelols rien qu'oc bouton d'or, quelquefois du velours noir. Toujours une veste de drap ou de satin rouge, ou bleue, ou verte, fort brodée. Jamais de bague, et jamais de pierreries qu'à ses boucles de souliers, de jarretiËrea el de cliapeau, toujours borde de point d'Espagne avec un plumet blauc. Toujours le cordon bleu dessous, excepté dei noces ou autres fStes pareilles qu'il le portoit par dessus, fort long avec pour huit ou dix millions de pierreries. Il ét«it le seul de \è Maison royale el des princes du sang qui portai l'ordre deesooSi en quoi fort peu de chevaliers de l'ordre l'imitoient, et aujoutd'hiu presque aucun ne le porte dessus, les bons par honte de leurs cooirèrea, et ceui-lè ambarrassÉa do le porter.

Pour compléter celte esquisse, il est bon d'empruntée à VÉlai de la France (17)2) quelques détails.

C'était dans l'Œil-de-Bceuf que les princes et les seigneurs admis au lever du Roi attendaient l'heure de son réveil, pour entrer dans sa chambre. Il y avait plusieurs entrées: l'entrU familUre, pour les princes ; la grande entrée, pour les grands officiers de la couronne ; la première entrée, pour ceux qui par leur charge avaient un brevet d'entrée; Ventrée de la Chamhn. pour les officiers de la Chambre du Roi. Le garçon de Ii chambre ouvrait les deux battants de la porte seulement pour le Dauphin el les princes du sang. La porte s'ouvrait pour chaque personne admise et se refermait immédiatement. On devait gratter doucement aux portes de la chambre, de l'aHtichambre ou des cabinets, et non pas heurter rudement.

11 faut maintenant assister au lever du Hoi.

Li! Uoi se lève ù l'beurt^ qu'il a marquée le soir avant qnodi sa coucher, et mâme s'il ue s'évuiiloil pas à l'heure qu'il a donnMi le premier valet de chambre l'éveilleroit.

Le matin, le premier valet de chambre du Roi en quartier, qui ■ couché dans la cbambre de Sa Majesté, se lève ordinairement une heure avant le Roi, sort doucement de la chambre de S. M. et K vient babiller dans l'antichambre.

Un quart d'heure avant que le Roi s'éveille, environ ti huit heft'

res et demie du matin, pour la plupart du temps, le premier valet de chambre entre doucement dans la chambre de Sa Majesté, où un officier ou garçon de fourrière vient faire du feu, si c'est en été, ou remettre du bois au feu, si c*est en hiver. En même temps les garçons de la chambre ouvrent doucement les volets des fenêtres, Otent le mortier ' et la bouffie^ lesquels restent encore allumés après avoir brûlé toute la nuit. Ils ôtent pareillement la collation de nuit (consistant en i>ain, vin, eau, verre et essai, ou tasse de vermeil^ et quelques serviettes et assiettes), ôtant aussi ou faisant ôter le lit du premier valet de chambre appelé le lit de veille. Cela fait, le premier valet de chambre reste seul dans la chambre, les autres garçons ou officiers se retirant, jusqu'à Theure que le Roi a commandé qu'on l'éveille.

L'heure que le Roi a dite venant à sonner, le premier valet de chambre s'approche du lit du Roi, à qui il dit : « Sire, voilà l'heure » ; puis il va ouvrir aux garçons de la chambre, dont il y en a un qui un demi-quart d'heure auparavant a été avertir le grand chambellan et le premier gentilhomme de la Chambre en année, s'ils n'étoient pas encore arrivés dans l'antichambre ; un autre *ra avertir au Gobelet et à la Bouche pour apporter le déjeuner ; un autre prend possession de la porte et laisse seulement entrer les personnes suivantes, qui sont ceux à qui le rang et les charges permettent d'entrer quand Sa Majesté est éveillée et est encore an lit.

Les premiers qui entrent sont le grand chambellan et le premier gentilhomme de la Chambre en année. Mais auparavant que de parler de ces grandes charges qui ont les premières entrées, il est Juste de dire que, sitôt que le Roi est éveillé, Mi^ le Dauphin a la liberté d'entrer. M»" les ducs de Bourgogne et de Berry entrent aussi.

Entrent encore à ce moment : le duc d'Orléans, M. le Duc, le duc du Maine, le comte de Toulouse, — le grand chambellan, le premier gentilhomme de la Chambre, le grand maître de la Garde-robe, les maîtres de la Garde-robe, le premier valet de garde-robe à la tète de tous les autres officiers de la Garde-robe qui apportent les habillements du Roi, le premier médecin, le premier chirurgien, — quelques personnes à qui le Roi a accordé cette entrée par une grâce particulière, comme M. de Lauzun, M. le maréchal de Boufflers.

Le Roi étant donc encore dans son lit, le premier valet de cham-

* Mortier t gros morceau de cire jaune, d'une livre ou environ, dans lequel il y a une mèche, qu'on allume pour avoir de la lumière ioute la nuit {Dictionnaire de Tréooua).

!61 LE fHATEAIT DE ^^EUSAILLES

brc, toaatit de la main droite un Qa q d p l de via, en rci^u sur les mains de Sa îlajeslé, s 1 sipi It 1 ticol une as^ulli' en Tfinncil de la gauche. Le grand b mb 11 d u. le proniicT gi^ntilbonime de la Chambre préscnlc le bén 11 à Sa Majesté, qui prcul de l'eau bénite, raisanî le niga de la ï Si les priuccf nu graDda seigneurs ci-dessuB nummés Dt q Ique chose k A'irv m Roi, ils peuvent, lui parler. Puis ï>a Majesté récite l'office du Saint-Esprit cl fait quelques prières dans son lit pendaul un qunri d'heure.

Avaat que le Roi se levé, le sieur QuenliD, qui est le burbiati qui a soin des perruques, se vient présenter devant Sa Majïsl*. tenant deux perruques ou plus de différente longueur; lu Roi choisit celle qui lui ptati, suivant ce qu'il a résolu de tiût* lo journée.

Au mnment qiie le Roi sort du lit, il chausse ses mules, que lui présente te premier valet de chambre. Le grand chambellan mel la robe de chambre à Sa Majesté, ou bien le premier gontUbomme dt la Chambre ; et le premier valet de chambre la soutient, qui ea lem absence la mettroit aussi. Le Koi Étant debout prend de l'eau bânilc el vient à son fauteuil, place au Heu où il doit s'habiller ; et eitJI que Sa Majesté est sorlie du balustre, un des valela de garde- rolK ; entre, qui va prendre sur le fauteuil proche du lit, le haut d« chausses du Roi el sou épée. C'est Ifa que commence lo peCil letrr, ou qu'il commence & faire petit jour chez le Roi.

Alors le graud chambellan, le premier gentilhomme de la Cbtni' bre, ou le barbier, en leur absence, âtc le bonnet de nuit de descu la lôte de Sa Majcsié. que r-eçoit un valet de garde-robe, el l'un des barbiers peigne le Roi, qui se peigne encore lui-mSme. Dunml tout ce temps, le premier valet de chambre tient toujours devut Sa Majesté le miroir qu'un garçon de la chambre lui a mis en muï. Environ ce temps-là le Roi demande la première entrée, et le premier gentilhomme de la Chambre répète plus haut la même choK au garçon de la chambre qui est à la porte.

C'est en ce temps que commence la première entrée, c'est-à-dÎK qu'alors le garçon de la chambre fait entrer quand ils se présentent, ceux qui en ont le droit par leurs charges ou ceux qui ont ni brevet d'entrée * ; les secrétaires du cabinet, les premiers valeli de garde-robe, les deux lecteurs de la Chambre, les deux intendanU et conirdieurs de l'argenterie, quelques anciens officiers à qui le Roi a accordé de jouir encore des mimes entrées, comme s'ils avaient leurs charges, l'intendant des meubles de la Couronne, te médecin ordinaire, le chirurgien ordinaire, l'apothicaire chef, le concierge des tentes et commandant du petit équipage du Roi.

Le Roi, sufBsamment peigné, le sieur Quentin lui présente li

' Lei breveta d'eatrde ou d'affaires élaieat fort rares. Bu 1S93, il y an t sept ; eo 1713, il n'j ea a plus que cinq. Daageaa en avait an.

pemiq[ae de son lerer, qui est plus courte que celle que Sa Majesté porte ordinairement et le reste du jour. Sa Majesté ayant mis sa perruque, les officiers de la Garde-robe s'approchent pour habiller le Roi, qui demande en môme temps m Chambre^ et alors les huissiers de chambre prennent la porte do la chambre, et avec eux entrent les valets de chambre, les porte-manteaux, le portearquebuse, et autres officiers de la Chambre, les huissiers du cabinet, etc.

Les huissiers de la chambre étant entrés, s'emparent de la porte de la chambre du Roi. Et après que l'un d'eux a dit tout bas à roreille du premier gentilhomme de la Chambre les noms des gens de qualité qui sont à la porte (par exemple, des cardinaux, des arche- TÔques, des évoques, du nonce, des ambassadeurs, des ducs et pairs, des maréchaux de France, des gouverneurs des provinces, des lieutenants-généraux, des premiers présidens des Parlemens, et autres), alors le premier gentilhomme de la Chambre dit au Roi les mêmes noms de ces seigneurs. Aussitôt Sa Majesté ordonne qu'on fasse entrer, ou est censée l'ordonner, ne disant rien au contraire ; et cet huissier fait entendre cet ordre à son camarade qui tient la porte ; pour lui, il est pour faire faire jour devant le Roi et faire ranger le monde.

L'huidsier qui tient la porte de la chambre fait donc entrer certaines personnes sitôt qu'il les aperçoit, pour lesquelles il y a un ordre général, comme M. le duc de Vendôme, etc. Dans le même temps l'huissier laisse entrer, à mesure qu'ils arrivent, les principaux officiers de la Maison de Sa Majesté sans demander pour eux, car il ne demande point pour les officiers. Puis il laisse entrer toute la noblesse et le reste des officiers, selon le discernement qu'il fait des personnes plus ou moins qualifiées, et des officiers [>lus ou moins nécessaires et qui ont les emplois les plus considérables. M. de Chamlay entre sans que l'huissier aille demander [K>ur lui.

n est du devoir de l'huissier de demander le nom et la qualité de seax qu'il ne connoît pas ; et lorsqu'il le demande, qui que ce soit ae le doit trouver mauvais, parce qu'il est de sa charge de connoître tous ceux qu'il laisse entrer.

Ce pendant le Roi s'habille et commence par se chausser. D'abord on garçon de la garde-robe donne les chaussons et les jarretières BU premier valet de garde-robe, qui présente premièrement à Sa Majesté les chaussons l'un après l'autre, que le Roi chausse luimôme. Ensuite un valet de garde-robe lui présente son haut de chausses, où sont attachés ses bas de soie. Il lui présente aussi ses bas d*estame', ses bas foulés ou d'autres bas de soie suivant la saison. Un garçon de la garde-robe lui chausse ses souliers, dont ordinairement les boucles sont de diamants. Les deux pages de la

^ Lame tricotée à Taiguille.

'iGt; LE CHATEAU DE MIBSAILLZS

Cliambro qni août de jour ou de service relèvent les mulea ou pantoufles du Roi. Puis le premier valet de garde-robe lui donno ses jarretières à boucles de diamtinls, l'uue apri^s l'autre, que k Roi attache lui-même, et quand ic Roi preud des bottes, le valel d; garde-robe les lui présente.

De deuK jonra l'un, c'est jour de barbe, c'est-ù-diro que le Roi su fait raser.

Les deui barbiers de quartier rasent alteraalivement de deui jour» l'un, et celui qTii ne rase point apprête les eaux et licni le bassin. Celui qui est de jour pour raser Sa Majesté met le linge de barbe au Roi. le lave avec la safonnelte, le rase, lo lave après qu'il est rasé, avec une éponge douce, d'eau m^ée d'esprit de via, «i enfin avec de l'eau pure. Pendant tout le temps qu'on rose le Ro), le premier valel de chambre tient le miroir devant Sa Majesté, et le Roi s'essuie lui-rnSme le visage avec le lingo de huhe. Quand le Hoi portoit une moustache, lo barbier faumissoil de 1i cire préparée et la présentoit b Sa Majesté avec le peigne h moar

SI l'on parle trop baut dans la chambre, les hniasiers font fnire gileuoe.

Le Roi demande son déjeuner, et s'il doit prendre un botUIlaii (qui est toujours prêt à la Bouche), on le lui apporte auparsTiol, ou bien il prend une tasse d'eau de sauge, qui lui est apporlét' pur un cher du Gobelet, qui porte une soucoupe d'or, sur laquelle il y u un sucrier de porcelaine, rempli de sucre candi en tablette. avec dcus tasses et deuT soucoupes de porcelaine, desquelles 1^ Roi en prend une pour prendre sa sauge '

Sa Majesté, après le déjeuner, -Ote sa robe de chambre, et le maître do la Gardo-robe lui tire la camisole de nuit par la mancbe droite, et le premier valet de garde-robe par la manche gaucbe; puis il remet cette camisole entre les mains d'un des ofSciere de h Garde-robe, Le Roi, avant que de quitter sa chemise de nuit, t\» les reliques qu'il porte sur lui jour et nuit, et lea donne au premier valet de chambre qui les porte dans le cabinet du Roi, oiiil les met dans un petit sac ou bourse qui est sur ta table avec 1) montre de Sa Majesté, et qui garde celte bourse aux reliques d cette montre jusqu'à ce que le Roi rentre en son cabinet.

Cependant un valet de garde-robe apporte la chemise du Roi. qu'il a chauffée s'il en est besoin, et prâle à donner, couverte d'ao taffetas blanc. Puis pour donner la chemise à S. M., si M^ le Dauphin se trouve dans ce moment au lever, le grand chambeltaD, ou le premier gentilhomme de la Chambre, le grand maître de l> Garde-robe, ou autre officier supérieur, reçoit cette chemise du vilei de garde- robe et la présente à MC le Dauphin, pour la donner ï Sa Majesté, et en l'absence do M*'' le Dauphio, à M*' le doc de

' Mais 1« Roi ne peut boire qu'après toutes les (onnalitja de r«NÛ.

3oTirgogne, à M*^ le duc de Berry ou à M. le duc d*Orléans Les

lutres princes du sang ou légitimés la prennent des mains du valet le garde-robe à qui ils donnent à tenir leur chapeau, leurs gants et eUr canne. Au défaut des princes du sang ou légitimés, le grand chambellan, un premier gentilhomme de la Chambre, le grand naître de la Garde-robe, le premier valet de la Garde-robe et les lutres officiers de la Garde-robe en leur rang donneroient la cheoiise au Roi *.

Au moment que le Roi a sa chemise blanche sur ses épaules, et k moitié vêtue, le valet de garde-robe qm Ta apportée prend sur les genoux du Roi, ou reçoit des mains de S. M. la chemise que le Roi quitte. Pendant que S. M. ôte sa chemise de nuit et met sa chemise de jour, aux côtés de son fauteuil il y a deux valets de chambre qui soutiennent sa robe de chambre pour le cacher. Or, litOt que sa chemise lui a été donnée, le premier valet de chambre m tient la manche droite, et le premier valet de garde-robe en tient la manche gauche. Après, le Roi se lève de son siège, et le maître de la Garde-robe lui aide à relever son haut-de-chausses. Si S. M. veut mettre une camisole, c'est le grand maître de la Garderobe qui la lui vêt.

Les valets de garde-robe apportent Tépée, la veste et le cordon blea. Le grand maître de la Garde-robe agrafife Tépée au côté du Roi, puis il lui passe sa veste dans les bras, lui met par dessus le cordon bleu en écharpe, au bout duquel la croix du Saint-Esprit de diamants est attachée et pend du côté de Tépée, avec la croix de Tordre de Saint-Louis liée avec un petit ruban rouge. Ensuite un des valets de garde-robe présente le juste-au-corps du Roi (après ravoir chauffé s'il en est besoin) au grand maître de la Garde-robe, lequel aide à S. M. à le passer dans ses bras. S'il arrivoit par hasard, comme quelqpiefois à la campagne, qu'il ne se trouvât auprès du Roi ni grand chambellan, ni premier gentilhomme de la Cbambre, ni grand maître, ni maître de la Garde-robe, ni même ie premier valet de garde-robe, les valets de garde-robe présenteroient eux-mêmes à Sa Majesté toutes les pièces de rhabillement ci-dessus, comme feroient aussi les garçons de garde-robe en L'absence des valets de garde-robe.

Le Roi ayant mis son juste-au-corps, celui qui a soin des cravates de S. M. en apporte plusieurs dans une corbeille, lesquelles

* Le 30 novembre 1684, après le petit coucher, le Roi appela M. de Turenne et lui fit une forte réprimande sur ce qu'il le servoit peu respectoeosement (Danoeau). Saint-Simon ajoute dans une addition : < M. de Turenne, fils aîné de M. de Bouillon et grand chambellan en survivance, profita mal de cette correction, et se fit enfin exiler. Un matin, en donnant la chemise au Hoi, il ne prit pas la peine d'ôter des gants à frange, de laquelle il donna par le nez au Roi fort rudement, qui le trouva aussi mauvais qu'il est aisé de le croire. ■

il a préparées avec les rubans quand il y en a ; et celle qui iilali t S. M.. le maître de la Garde-robG la lui met ; mais le Hoi se la Douc lui-m@me...- Le Roi TÏde les poches de l'habit qa'îl quitte dans celles de l'habit qu'il prend ; et c'est le maître de la Ganlerobe qui les lui présente pour les vider, «n valet de garde-robo le tenant par dessous. Un autre valet de garde-mbe apporic trois mouchoirs dépeints de (mis sortes do ûiçrins sur nne salve de T^rmeil, et le maître de la Garde-robe les présente sur cette m^me salve & S. M-, qui en prend un ou deux, eomme il lui plaît. C^lts

. iBOlve est une manière de soucoupe en ovale.

F Toutes les rois que le Roi est en robe de chambre, soit de DQil. «oit de jour, qu'il soit indisposé, qu'il ait pris médecine oanni,

I c'est au grand maître de la Garde-robe h présenter les moucboirs I

[ 'Sa Majesté.

L Le maître de la Garde-robe présente aussi au Roi son chapean, ses gants et sa canne. Aux jours des grandes fStes solennelles, le grand maître de la Oarde-robc met le manteau sur les épaules Sa Roi et présente h S. M. le collier de l'Ordre, lequel les otBcien dfi la Garde-robe attachent par dessus le manleau.

Toutes les Tois que lo Roi met des habits neufs, pour cette pi«miÈru fois le tailleur présente les chausses b S. M., mais i l'égnrd de la veste et du juste-au- corps, il les présente aux officiers supérieurs, comme il est dit & l'hab 111 émeut ordinaire du Roi. Si dès le matin le Roi s'babilloit pour aller â la cbasso, S. M. prendroitns surtout et ua mancbou, suivant la saison.

Si le Roi se levoit avant qu'il Itlt jour, on allumeroil un bougeoir, et le grand chambellan ou le premier gentilhomme de la Chambre ayant demandé il S. M. à qui elle souhaitcroil qli'oD le donnll, le premier valet de chambre le mcltroit entre les mains de oebii que le Roi auroit nommé, pour le tenir pendant qu'on babillenit Sa Majesté '.

Pendant que le Roi s'habille, l'horloger prend son temps pour mcltreen état les pendules de la chambre et dea autres appartemeis de S. M., et la montre m@rae que le Ho i porte sur lui, ellan mettre sur la table du cabinet.

Un valet de chambre tient toujours le miroir devant le Roi, durant tout le temps qu'on habille S. M., et deux éclairent aoi deux cdlés, s'il est besoin de lumière.

Le Roi étant tout habillé vieut aussitôt k la ruelle de son lit. rbuissiiir de chambre faisant foire place devant S. M. Le Roi s'age- Douille sur les deux carreaux, l'un sur l'autre, qu'un valet de chambre a posés à terre sur le parquet au devant du fauteuil ptoche le lit du Roi, et ce valet de chambre se tient dans le balnstre. S. U-

' Lb bougeoir est à d«uz bobSchea, et par conséquent i deux booglM. Lt Rid seul a no bougeoir de cette eorte. Donner le bougeoir à quelqa'na tUil

une gnnde faveor que le Hoi Bccordait à celte pereonne.

sKu\ i( i: lie i;iti -,,M

l'iii'l (le l'eau Ijfiijlc. \>vir Dini. c' ;iv;iiit arii,\,' >, -; pri.'i"'-, !,• pciud aumouicr, ou le premier auDiùnier dit cl" une v«)ix basse ^'oraisoQ Quasumus omnipotens, Deus, etc., ou eu leur absence un <ies aumôniers ; puis le Roi prend encore de l'eau bénite et s'en

^a.... Autrefois le Roi allait prier Dieu dans un oratoire proche sa

chambre.

La journée finie, commencent les préparatifs pour le coucher du IM.

Sur le soir, deux officiers du Gobelet apportent à la chambre la e^Uation de nuU pour le Roi, de laq[uelle il se sert en cas de besoin : Consistant en trois pains, deux bouteilles de vin, un flacon plein ti*eau, un verre et one tasse ; de plus, sept ou huit serviettes et trois assiettes. Un valet de chambre reçoit cette collation et Toffîcier du Gobelet en fait Tessai devant lui. Et à quelcpie moment de la soirée, avant que le Roi se couche, le valet de chambre fait pareillement Fessai de cette collation de nuit devant le premier ^alet de chambre.

Avant que le Roi vienne coucher, un valet de chambre place le fauteuil de S. M. sur lequel il étale la robe de chambre, et y pose dessus les deux mules ou pantoufles. Le barbier prépare sur une table la toilette et les peignes. Un autre valet de chambre accommode, en dedans Talcôve à la ruelle du lit, deux coussins Tun sur l'autre qui sont à terre sur le parquet devant un fauteuil, où le Roi doit venir ûdre sa prière ; il prépare aussi le bougeoir allumé, qu*il pose là sur xm siège à côté du fauteuil, puis il se tient au dedans de l'alcôve. Les officiers de la Garde-robe apportent les hardes de nuit pour le Roi, et ils étendent sur une table la toilette de velours rouge, sur laquelle ils viennent mettre à plusieurs fois toutes les bardes de jour de S. M. à mesure qu'elle les quitte en se déshabillant.

Qrand coucher du Roi.

Le Roi sortant de son cabinet trouve à la porte le maître de la Ctarde-robe, entre les mains duq[uel il met son chapeau, ses gaçts et sa canne, que prend aussitôt un valet de garde-robe. Et pendant que le Roi détache son ceinturon par devant pour quitter son épée, le maître de la Garde-robe le détache par derrière et le donne avec répée au valet de garde-robe, qui la porte à la toilette.

L*huissier de chambre fait faire place devant S. M. qui va faire aa prière proche de son lit, prenant de l'eau bénite et s'agenouillant, comme le matin, sur deux coussins (pii sont préparés à terre devant un fauteuil. L'aumônier de jour tient le bougeoir pendant les prières du Roi, et dit à la fin, d'une voix basse, l'oraison Quttsumus omnipotent Deus, ut famulus tuus Ludwicuê rex noter, etc.

■ili\ LE ClIATEAD DE ■VERSAILLES

Si le lendeinHiu il doit y avoir quelque ordre extraordinaire pnur la messe, S. M. lo dit à l'atuiidnier pour le faire cnleadre aux cbipelfliss, aux clercs de chapelle et au sommier de la chapelle «t oratoire du Roi.

Le Roi so met do l'eau bénile au n^nt, et se lève ensuite da sei prières. Alors le premier valet de cbambnj, après avoir pris le bougeoir que t«noit l'aumllDior, reçoit des mains de S. M. la petite bourse où sont les reliques, et en mdme temps sa montre, conltr nuant b marcher devaut le Roi.

L'huissier do chambre fait encore faire place au Hoi jusqu'fe ma fauteuil, et au moment que S. M. j arrive, le grand chaiobcUaii, ou le premier gentiltiouuoe de la Chambre, demande au Hoi è qui il veut donner le bougeoir ; et S. AL ajanl parcouru des jeoi l'assemblée, nomme celui A qui il veut faire cet honneur. Le Rui te fait donner plus ordinairement huï princes et seigneurs âtrangeis quand il s'en rencontre.

l.e Roi debout so déboutonne, dégage son cordon bleu ; puis la maître de la Garde-robe lui lire la veste, et par conséquent le cordon bleu qui j est attaché, et le juale-au-corpa qui est eocoit par dessus. Ensuite il reçoit aussi la cravate des maixia do Roi, remettant loules ces bardes entre les mains des ofBci^s de la Gardo-robe.

S. M. s'assied en son fauteuil, et le premier valet de chambre <t le premier valet de garde-robe lui défont ses Jarretières à boucles ih diamants, l'un â droite, l'autre à gauche. Les valets de chamtn ôtent du cOté droit le soulier, le bas et le baut-de-cbausses ; pendant que les valets de garde-robe qui soûl d« cùtii gauche lui déchaussent pareillement le pied, la Jambe et la cuisse gaucha. Les deux pages de la Chambre qui sont de jour ou de service donnent left mules ou pantoufles à S. M. Un valet de garde-roba anteloppe le haut-de-chausses du Roi dans une toilette de tafetas totgt, et le va porter sur le fauteuil de la nielle du lit arec l'épée d> Sa Majesté.

Les deux valets de chambre qui ont été derrière le buteoil tiennent la robe de chambre à la hauteur des épaules du Roi, qoi dévâl sa chemise pour prendre sa chemise de nuit, qu'un valet i» garde-robe chauffe s'il en est besoin.

C'est toujours le plus grand prince ou officier qui donne U (Mmise au Roi, comme nous avoos dit ci-devant su lever de S. U. 1/ premier valet de chambre aide au Roi à passer la meacfae droite da cette cbamise ; comme de l'autre câlâ le premier valet de girderobe aide pareillement à passer la manche gauche, et chacun noue les rubana do la manche de son cdté. Un valet de garde~rabe pitnd sur les genoux du Roi ta chemise que S. M. quitte.

La Roi ayant pris sa chemise de nuit, le premier valet da clm^ bra, qui a tiré les reliques de ta petite bourse, tes présente angnod chambellan ou au premier gentilhomme de la Chambra qid iM

De à S. IL La Roi Im met sur lui, passant le cordon qui les t attachées en manière de baudrier. Et quand S. M. met une isole de nuit, le grand maître de la Garde-robe prend cette isole des mains d'un valet de garde-robe et la vêt au Roi, qui id ensuite sa robe de chambre et se lève de dessus son fauteuil, m Talet de chambre range à Tendroit de la chambre où il a mtomé d'être. Le Roi debout fait une révérence pour donner le Boir aux courtisans. Le premier valet de chambre reprend le geoir au seigneur qui le tenoit et le donne à tenir à celui de amis à qui il veut Cèdre plaisir, qui demeure au petit coucher. 38 huissiers de chambre crient tout haut : Allons, Messieurs, eUm Toute la Cour se retire, et ceux qui doivent prendre Tordre B mot du guet de S. KL le prennent : savoir, le capitaine des les du corps, le capitaine des Cent-Suisses, le colonel du régit des Gardes françoises, le colonel général des Suisses ou le nel du régiment des Gardes suisses, le grand écuyer, le premier rer, ou même un écuyer de quartier, et c'est là où finit ce m appelle le grand coucher du Roi *.

Petit coucher du Soi.

ne reste pour lors dans la chambre que les personnes sui-

remièrement, tous ceux qui peuvent y être aussi le matin, quand

Infesté est encore dans son lit.

1 second lieu, ceux de la première entrée.

ss officiers de la Chambre et de la Garbe-robe.

3 premier médecin et les chirurgiens.

aelques particuliers à qui le Roi a accordé la grflce d'être à son

t coucher.

• de Ghamlay.

I Cour étant sortie, le Roi vient s'asseoir sur un siège pliant,

in valet de chambre a préparé proche la balustrade du lit de

iigesté avec un carreau dessus. Le Roi s'y étant assis, les

ders le peignent et lui accommodent les cheveux ; Sa Majesté

eigne aussi. Pendant tout ce temps-là un des valets de cham-

tient le miroir devant le Roi, un autre éclaire avec un

beau.

i Roi étant peigné, un valet de garde-robe apporte sur la salve

K>nnet de nuit et deux mouchoirs de nuit unis et sans dentelle,

résente cela au grand maître de la Garde-robe, qui les donne

Depuis la fête de Pftques de Tannée 1705, dit Dangeau, le 20 décembre Btle aimée^ il n'y a plus de grand coucher ; il n'y a plus que le petit bar; al Sain^Simon ajoute : • La longue goutte Tavoit fait supprimer, liia habitade, qui lui fut commode» ne lui permit pas de le réta- • L'étîqiietU finissait par fatiguer Louis XIV lui-môme.

ou Roi, ou en fiton^ absence au grand hhaihhellaity ott mÊj^naà» gentilhomme de la Chambre» ou bien au premier Talel âa §anbrobe, ou en leur i^Mience il présenteroii tout cela li^-^ménuB à

Sa Mfidesté.

Pour donner au Roi la sendette d(mi il s'essuie les iniiiia el le yisage, le grand chambellan ou le premier geutîlhoaiftm de h Chambre cèdent cet honneur à ious les princes du saiig âgiiégitimés..«.« Bn l'iabsence de tous ces princes, le grand èha^ilMlllan on le premier gentilhomme, le grand maître de la CtardeHrobe» ou le maître de la aardenrobe présente à Sa Mejesté cette senMte qui est entre deux assiettes de vermeil, et qui est mouillée aiiileBBe&t pa3r un bout. Le Roi s*en lave le visage et les mains, s'^siiiieda bout qui est sec, et la rend à celui qui la lui a prés^mtée, lequel la remet ensuite entre les mains de Tofflcier de la Chambre.

Le Roi dit à quelle heure il se yeut leror le lendemain, tant au grand chambellan, où au premier gentilhomme de la Chambre, qu*au grand maître de la Garde-robe, ordonnant encore Au ifimà maître de la Gard&-robe Thabit qu'il yeut prendre le lendemain.

L'huissier fait sortir toutes les personnes qui étoient au petit coucher et sort lui-même, après que le premier gentilhooome de h Chambre lui a donné l'ordre pour le lever du Roi au lendemain. Un valet de chambre éclaire au grand «âiambellan ou au premier gentilhomme de la Chambre Jusqu'à l'antichambre. Les valels de garde>-robe et les garçons reportent les habits deSalI^wléàla gard&-robe ; et pareillement un garçon de garde-robe édÉtre- m grand maître ou au maître de la Garde-robe.

Il ne reste donc plus dans la chambre (pie le premier valet de chambre, les garçons de la chambre et le premier médecin, pour quelques momens.

Après cela le Roi entre dans son cabinet, y étant encore quelque temps sans se coucher. Quelquefois il s'amuse un moment à flatter ses chiens et à leur donner à manger pour s'en faire mieux codnoître et se les rendre plus obéissans quand il va tirer. Le sieur Antoine, porte-arquebuse, qui a soin de ces chiens, s'y trouYe d'ordinaire.

Cependant les garçons de la chambre font au pied du lit du Roi le lit du premier valet de chambre, dit le lit de veille. Ils bassinent et préparent le lit de Sa Majesté. Ils préparent aussi la collation du Roi, et apportent au premier valet de chambre, sur ime assiette, le verre bien rincé pour présenter à Sa Majesté, et une serviette ; puis ils versent du vin et de l'eau tant qu'il plaît au Roi, et pendant que Sa Majesté boit, le premier valet de chambre tient l'assiette sous le verre ; le Roi s'essuie la bouche avec la serviette que lui présente, en ce moment, le même premier valet de chambre. Les garçons de la chambre tiennent aussi - le bassin à laver devant Sa Majesté qui se lave les mains.

Quelque temps après le Roi se couche, les garçons de la cham-

ire allument le mwriier dans un coin de la chambre, et encore une x>iigie ; et ces deux lumières brûlent toute la nuit en cas qu'on en dt besoin. Ces garçons de la chambre sortent et vont coucher prorlie la chambre, ordinairement auprès des cofiOres de la chambre. !ie premier valet de chambre ferme les rideaux du lit du Roi, puis 1 Ta fermer en dedans au verrouil les portes de la chambre de Sa Majesté; il éteint le bougeoir et se couche.

Si la nuit le Roi demande quelque chose, aussitôt le premier ralet de chambre se lève, et, s*il est besoin de gens, il va appeler es garçons de la chambre.

Le dieu enfin va dormir.

Pour être des plus modestes, Tappartement de M°>® de Maintenon n*en fut pas moins la partie principale du château iepuis 4684. G*est là que se trouvait le centre réel du gouver- Qement qui régissait la France et le Roi lui-même, gouver- Qement devenu étranger aux grandes traditions de Henri IV, ie Richelieu et de Mazarin, et entièrement dirigé, surtout pour les affaires religieuses, par la nouvelle épouse de Louis XIV. • M°^® de Maintenon, ditd'Aguesseau', étoit alors somme la déesse de la Fortune à laquelle on attribuoit, dans le paganisme, tous les effets dont on ne voyoit point de cause apparente. >

L'appartement de M°*<> de Maintenon occupait les salles actuelles 444, 142 et 443, et une partie de Tespace où Ton a construit Vescalier de stuc. Il est difficile de retrouver dans la li8i>osition actuelle de ces trois pièces celle de Tancien appartement, Louis-Philippe, M. Vatout, son bibliothécaire*, et

« T. XII, p. 71, in.4« * M. Vatoat faisait faire ses livres par un M. de Saint-Bsteben, qui ne m domiait pas li peine de faire aucune recherche sérieuse. Nous tenons ce

271 LK rlIATEAL' DE VERSAILLES

M. Nepveu, ayant boulevËrsé ces pièces historiques par excellence, en ne sachant pas quel appartement ils détruisaient. Louis-Philippe croyait que l'appartement de M™" de Maintenon était de l'autre côté de la cour ; et cependant, avec la moindre recherche, avec le moindre travail, on eût trouvé la place de cet appartement marquée sur un plan gravé en (71( et faisant partie du recueil de Demortoin ', et bien indiquée dans Félibien, pagei58. Il ne reste rien non plus de la décoration de cet appartement si plein de souvenirs ; M. Nepreu a tout Tait disparaître. Devant une destruction si inutile, on ne saurait trop s'élever contre le vandalisme de l'architecte, et contre l'ignorance du bibliothécaire, bien plus coupable encore.

Il existe au cabinet des estampes' un dessin représentai! 1 la cheminée de la chambre de M"'° de Muintenon avec la glace el un tableau au-deasua. C'est, je crois, le seu! document qui nous permette de reconstituer, par la pensée, une des pièces de l'appartement.

Nous donnons ici un plan de l'apparlemenl de M°" de Ma in tenon d'après le plan de 17U, dont nous parlions plus haut. En le comparant avec le plan n' ti, il devient facile de voir quels changemonts ont été opérés dans celte partie du palais.

La salle U1 formait, au temps de M*»' de Meintenon, deux antichambres entre-solées. La première (U1 a) ouvrait sur le vestibule de l'escalier de la Reine ; c'est par là que le Roi et la duchesse de Bourgogne entraient chez ïf"* de Uainlenon. Dans cette antichambre, et en face de la fenêtre, se trouvait un petit cabinet (aujourd'hui détruit), dans lequel était un escalier conduisant aux entre-sols destinés aux femmes d« H*"' de Maintenon et à Naaoa, son ancienne servante, devenue M">Balhien depuis la fortune de sa maîtresse '. La salle. US était la chambre de M<"° de Maintenon. Comme

reDseigiiemeDt d'un uvant tccléaiaa tique de Versulles, qui la tisU Ui' même de M"° de Saiet-Eatebeu,

' Lu plaiu, profili et éliVatiOH desBinJa et gravéa en 1714 et 1715 i

' Architecture de De Cotte, U. i, 18.

* Voie ma m peraonnege, SiiHT-SmoH, XIII, i».

APPARTEMENT DE IfADAME DE MAINTENON 275

la salle 444, elle a été diminuée d'un tiers par M. Nepveu, pour construire Yesealier de siuCy qui continue l'escalier de la Reine et conduit à l'atlique du Midi. La chambre de M°*« de Maintenon avait un appendice situé entre la salle des Gardes (4S0) et Tantichambre 144 b. C'est là que se trouvaient un petit cabinet de chaise percée et une étroite alcôve sans jour et sans air, où était placé son lit. La cheminée était pratiquée dans l'épaisseur du gnros mur qui séparait la chambre de la salle des Gardes S vis-à-vis la fenêtre du Nord.

Nous savons par Saint-Simon que, lorsque le Roi travaillait chez M°^ de Maintenon, sa table était à gauche de la cheminée, du côté du cabinet; son fauteuil adossé à la muraille; un pliant pour le ministre, un autre pour son sac. De l'autre côté de la cheminée, une niche de damas rouge et un fauteuil oii se tenait W^* de Maintenon, avec ime petite table devant elle, ff Avant le souper du Roi, dit Saint-Simon, les gens de M"M de Maintenon lui apportoient son potage avec son couvert et quelque autre chose encore. Elle mangeoit ; ses femmes et un valet de chambre la ser voient, toujours le Roi présent et presque toujours travaillant avec son ministre. Le souper achevé, qui étoit court, on emportoit la table ; les femmes de M** de Maintenon demeuroient, qui tout de suite la déshabil-

loient en un moment et la mettoient au lit Les jours de

travail, ils n'étoient seuls ensemble que fort peu de temps avant que le ministre entrât, et moins encore fort souvent après qu'il étoit sorti. Le Roi passoit à ime chaise percée, revenoit au lit de M°** de Maintenon où il fie tenoit debout fort peu, lui donnoit le bonsoir et s'en alloit se mettre à table. •

Le petit passage de biais qui conduisait de la chambre de M"M de Maintenon à son cabinet existe encore, mais les cinq marches qu'on y trouvait autrefois, et qui servaient à monter au cabinet, ont été supprimées, le sol de cette dernière pièce ayant été baissé.

La salle 443 était le grand cabinet de M^* de Maintenon. Deux petits cabinets noirs étaient établis dans le fond; la porte qui conduit à la salle du Sacre [ancienne salle des

* Le corpt de U cheminée existe encore.

Gardes) a'existait pas; elle n'a étâ ouverte que sous Louis- PblUppe. Une porte, aujourd'hui masquée par le taLleau 2307' conduit à un petit escalier et du là à Tsaticbambre de l'sppsrtemeat du duc de Bourgogue. C'est parla qu'on entrait dans le cabinet do M"" de Maiolenoo, sans passer par si chambre àconchof. = Tous les soirs, dit Saint-Simon, SI^Ib ducbesse de Bourgogne jouait dans Le grand cabinet de H"* de Uolntenoa avec les dames à qui on avoit donné l'entrée, liai ne lalssoit pas d'être assez étendue, et do là entioii tantôt si Bonveut qu'elle vouloit, dans la piÈce joignaniv, qui étolt la ehambre ù coueherde M'"" de Maintenon, où elle étolt avec le Bol, la cbemiDée entre deux. Monseigneur, après le comâdie, montoit dans ce grand cabinet, où \iî Roi n'entrait point, et M"* de Maintenon presque jamais.... » Nul tiomDv?, Bans exception, que Monseigneur et ses fîls n'entraient dan^ le grand cabinet,

■ ■ Bn 1S9S ■, le Roi agrandit Tapparteraent de M™" de Maioteson, trop élroltement logée; il lui donna l'appartement du cardinal de Fur&lemlierg*. Mansart travailla avec activiléo la restaoratioa et à l'ameublement de ces deux nouvelles pièces (<i6a et 146 b). L'appartement du cardinal occupait

■ évidemment une partie des sallea des aquarelles {UG\ etétsif séparé du grand cabinet de H"" de Maintenon par le petii escalier 1 43 dis. M'"° de Maintenon conserva ces deux pièces jusqu'au 26 mars 1713, qu'elles lui Turent enlevées pour servir de logement au duc d'Alençon, &ls du duc de Berry.

Ce fut en 16B2que le Boi donna à M"* de Maintenon son appartement à Versailles; nous trouvons en effet, à celle date, Jouvenel et Mazeline travaillant aux sculptures'. En 1683 on y fait de la menuiserie, c'est-à-dire des lambri3;eD 4684, des ouvrages de peinture et de dorure. En <68i, Jouvenet et Mazeline achèvent les ouvrages de stuc et les ^culplures des boiseries. Les Comptes de < 695 nous sppreoneal qui* les peintures étaient rehaussées d'or. En 1 688, on peignit la corniche du grand cabinet.

' Bal«iUe <I« Peyreaiottea.

* Dahqbid, VI, ÏB3 et ÏBO.

' Le cardioal avait obtenu c«t appartcmaat la SS aofit ISS3 (Dimt*''''

* Comptes de 16tS.

APPARTEBIENT DE MADABŒ DE MAINTENON 277

M°M de MaiDtenon avait aussi à Versailles un hôtel, rue des BoDS-Enfants, n<> 48'. En 4685, Louis XIY y fit faire des tra* vaux, aux écuries, pour une somme de 6000 livres *.

M°>® de Maintenon avait, comme tout le monde, un château à la campagne, celui de Maintenon. En 1674, elle avait acheté cette terre, qui rapportait 45,000 livres, avec Targent que le Roi lui avait donné pour la récompenser d*avoir conduit aux eaux des Pyrénées le jeune duc du Maine, dont la santé était chancelante. Le Roi voulut alors que M"»*» Scarron prit le * titre de marquise de Maintenon, ce qui parait avoir mécontenté les anciens amis de son mari, et fait sourire les courtisans qui appelèrent la nouvelle marquise Madame de Maintenant.

l^on seulement Louis XIY paya la terre de Maintenon; mais il y fit d*assez fortes dépenses en 4687: 44,039 livres, puis 3904 ; enfin 39,959 *.

Introduite à la Cour par la toute-puissante protection de M°^ de Montespan, M"*^' Scarron séduisit le Roi par sa heauté, la vivacité de son regard, Télégance de sa taille*, et surtout par le charme de sa voix, de son esprit et de sa conversation. « Elle lui fit connoitre, dit M"'^ de Sévigné, un pays tout nouveau, je veux dire le commerce de Tamltié et de la conversation. x>

« Quand je commençai à voir, racontait-elle aux Dames de Saint-Cyr, qu'il ne serOit peut-être pas impossible d'être utile au salut du Roi, je commençai aussi à être convaincue que Dieu ne m'avoit amenée à la Cour que pour cela, et je bornai là toutes mes vues. Je lui donnai alors de bons conseils, et je tâchai de lui faire rompre ses commerces '. » Louis XIV récoutait, mais il eût mieux aimé en faire simplement sa maîtresse. Elle était trop vertueuse, et en même temps trop habile, pour céder ; elle fut assez adroite pour conserver sa faveur et résister au Roi. «Je le renvoie toujours

* Lbroi, I, 92.

* (^^mptos de 1685.

' Comptes de 1687.

^ Alémoireê des Dames de SainUCyr, cités par Latall6b, p. 28. ' Lavallék, p. 23. Histoire de If"^ de Maintenon et de la Maison royale de Saint'Cyr, 2* édition.

3TI LE CE&TEAD SE \1:RSA1LLES

Bîai%6 et jamais désespéré ■, éerivait-elle à M"'» de Frontenac ea 1677. Louis XTV, qol se fotl{;uaii de MP" de Monlespan, trouva dans M"« de Foatanges ' la Uislraclion qu'il cherchail, et nomma !!■■■ de Ifalntenon dame d'atours de la Dauphine. Furieuse, U" deliontespan disait à M""' de MaintenoD: i Le Bol a trois maltresses, moi de nom, celle fille (FoaUDges) de fait, et TOUS de cœur. ■

Les dépits et les scènes Tioleotes de jalousie éloignèreol de Idus eu plus Louis XIV de If" de Monlespao. H"" de Uaintenon traTSillait de son cAté à séparer le Roi de sa maUresse et i le rapprocher de la Reine, qui lui donna son portrait ea témoignage d'affection et de reconnaissance.

Après la mort de le Relue (30 juillet less] , la faveur de If"* de Maintenon augmenta rapidement. A Fonlainebleau. oh la Cour était allée après les runérailles, le Roi la logea dans l'appartement de la Reine et commenta à tenir ses coosalla daim sa chambre. D la eonsulluit souvent et ne pouvait plus la quitter. « Pendant ce voyage, dit M'"" de Caylus, je vis tant d'agitation dans son esprit, que j'ai jugé depuis qu'elle étoit causée par une Incertitude violente do son état, de ses pensées, de ses craintes, de ses espérances; en un mot son cœur n'étoit pas libre et son esprit fort agité. Pour cacher ces divers moavemens et pour justifier les larmes que nous lui voyions répandre, elle se plaignoit de vapeurs, et alloit chercher à respirer dans la fwêt avec la seule M"* de Montchevreuil ; elle y alloit même quelquefois à des heures indues. Enfin les vapeurs se passèrent, le calme succéda à l'agitation, et ce fut à !a an du voyage, d

C'est certainement pendant ce voyage à Fontainebleau que le projet de mariage entre Louis XIV et M^"' de Maintenon fut adopté, et U. Lavallée me parait avoir fixé avec toute l'exactitude possible la date du mariage au 12 juin IG8i.

Quoique secrète, l'union n'âtait douteuse pour persoDoe. Le Roi l'appelait Madame tout court et la traitait avec une déférence toute particulière ; les princes et princesses de la famille royale avaient pour elle les mêmes égards; les Papes lui adressaient des brefs. Mais rien d'extérieur ne révélait

' Uoito CD 1681.

^ Situation. Elle était, comme elle le dit elle-même, t ime

^ixigme pour le monde *. En effet, la Palatine, qui aurait

^û être renseignée sur ce point, écrivait le U avril 1688 : a Je

ii'ai pas pu savoir si le Roi a oui ou non épousé la Main tenon.

Il y en a beaucoup qui assurent qu'elle est sa femme, et que

l'archevêque de Paris les a unis en présence du confesseur

du Roi et du frère de la Maintenon ; mais d'autres disent

que ce n'est pas vrai, et il est impossible de savoir ce qu'il

en est. En tout cas, ce qu'il y a de certain, c'est que le Roi

n'a jamais eu pour aucime maîtresse la passion qu'il a pour

celle-ci ; c'est quelque chose de curieux à voir quand ils sont

ensemble. Si elle est quelque part, il ne peut pas y tenir un

quart d'heure sans aller lui parler à l'oreille et l'entretenir

en secret, bien qu'il ait été toute la journée auprès d'elle.

Cette femme est un méchant diable que chacun recherche et

craint fort, mais elle est peu aimée. »

Habile pour s'élever, M™« de Maintenon le fut bien davantage pour se maintenir. Elle n'eut pas de Maison, pas de dignité, point de luxe; elle se montra aussi peu que possible et ne prit part à rien ostensiblement. Elle disait aux Dames de Saint-Gyr: «Je ne suis pas grande, je suis seulement élevée. » Elle déclarait qu'elle n'avait d'autre but que de retirer le Roi des femmes et de le donner à Dieu ; mais, sans paraître en avoir, elle eut beaucoup d'influence sur la marche des affaires, et c'est bien elle qui a donné à la seconde partie du règne de Louis XIV le caractère qui la dislingue.

M"'* de Maintenon paya cher cette haute position. Le Roi, dur et égoïste, aimait les gens pour lui et non pas pour eux. Délicate et presque continuellement souffrante, elle se soumettait à tout ce qu'exigeait le Roi. « Je l'ai vue quelquefois, dit M**« d'Aumale *, lasse, chagrine, inquiète, malade, prendre l'air le plus riant et le ton le plus satisfait, divertir le Roi par mille Inventions, l'entretenir seule quatre heures de suite, sans répétitions, sans bâillemens, sans médisances. Quand il sortoit de sa chambre à dix heures du soir, et qu'on fermoit son rideau, elle me disoit en soupirant : « Je n'ai que le temps de vous dire que je n'en puis plus. » Quand

' Lettre du 12 septembre 1698, citée par LAVALLéE, p. 39.

sea LK (3iTEAr de tebsailles

die «tail trop fatiguée, elle allait se reposer à. Saiat-Cyr.

Klle vivait fort retirée avec quelques amies aocieDues eu noavelles : If^ de Uontchevreuil, d'Heudicourt, de Sainl- Oéran, dX), de ItengeBu ; avec ses nièces, la spirituelle M"" de Caylue et M"< d'Aubigné, qu'elle maria ea t69S au comte d'Ayen, fils du premier maréchal de Noailles ', et qui, grSce & sa dot et aux bienfaits du Itoi, eui en se mariant plus de 80,000 livres de rente. Le soir, le Roi donoa la chemise au comte d'Ayen ; la duchesse de Bourgogne, à la mariée.

Louis XIT passait une partie de sa vie chez M"» de Maiolenoo. «Le Roi, écrit Daugeau, va souper cbez elle comme il alloit souper chez M™ de Moalespao V » U y travaillait tous les soirs avec l'un de ses miuislres. Eu 1696, nous le voyons y teait on conseil de guerre avec ies maréchaux de Villeroi et de Boufflers et MM. de Puységur et de Chamlay. C'est ches elle que le Roi regoit le mart^ciial de Villeroi revenanl de Crémone (U novembre Mot], le maréchal de Boufflers à sdd retour de l'armée de Flandre (3 décembre )70î]; c'est chez elle que, le 4 janvier 1703, il travaille deux heures avec Cbamillert et VtUars qui partait à l'armée du Bhin ; c'est encore chez elle qu'il reçoit, le il décembre 170S, le duc de Bourgogne revenant de sa malhourfiuse campagne de Flandre.

Quand la jeune princesse de Savoie, future duchesse de Bourgogne, arriva à Versailles, elle soupa tous les jours chei M"" de Maintenon avec le Boi, qui n'allai t plus ni à la comédie, ni à l'appartement. C'est chez elle que Rigaud fait le portrail de Louis XIV en i70) et l'achève en 1702*.

En même temps que la chambre de M™' de MainteiuHi

' D&NOIAU, 1"' avril 163S. — U. Taphaael a doani dans md hiiUârT du Tkiiirt dt Saiai-Cgr (p. 148) la préambule du contrat de iBuiigailt M"" d'Aubigaé, d'aprbs l'original qui eiïata aux archirea de Seina-et-OiM- On y Ut : • S. M. voulant donner i U dame marquiae de Uaintcnon IM marques de la cuaaidiratioo particuliire qu'il a pour alla, et suppléer par tM libéralités eo faveur de ladite demoiaelle future dpouM i ce que ladite diet, aa tante, feroit elle-mSme, ai le trop de désintécesaemeat dunl elle atoujoan fait prafesaion ne la meltoit bors d'état, par son peu de biea, d'en ftii* '

d'autres donne à la future épouse 800,000 livres d'argent complut,

plua ÎD0,0I« livres de pierreries, etc.

* 168fi, 19 octobre.

* Danoeau, ITOl, 10 et 11 marai 1702, 1S Janner. Ce portrait f» envoyé à Philippe V.

APPARTEMENT DE BfADAME DE MÂINTENON 281

Servait au Roi de cabinet du conseil, le cabinet de M°** de ^aintenon servait de salle de comédie et de concert pour ^'amusement de la ducbesse de Bourgogne, qui elle aussi passait une partie de sa vie chez sa tante.

Déjà, en 4689, ce cabinet avait servi aux premières répétitions d'Bstker. M°^^ de Maintenon ayant ordonné à Racine de /aire une tragédie pour Saint-Gyr, le poëte s*était mis à l'œuvre. Dès le 48 février 4688, il était décidé, entre le Roi, M°>« de Maintenon et Racine que le sujet serait Esther et Assuérus, que la pièce serait cbantée et récitée par les Demoiselles de la maison de Saint-Louis, et que Moreau, attaché à la musique du Roi et maître de musique à Saint-Gyr, ferait c les airs », comme dit Dangeau. Racine lut sa pièce, acte par acte, à M°** de Maintenon et au Roi, qui fit diverses observations sur le prologue, comme il en avait fait jadis au Tartufe de Molière. Puis, on fit deux répétitions ù! Esther chez M"** de Maintenon ; la seconde, le 7 janvier 1689 ^ 11 est inutile dlnsister sur les allusions à M""® de Maintenon que renfermait la tragédie d' Esther ; son élévation, sa puissance y sont clairement indiquées et n'échappèrent à personne. Le 26 janvier 4689, la Cour alla à Saint-Gyr assister à la première représentation d'Esther, qui obtint le plus grand succès.

Après Esther on joua à Saint-Cyr Athalie, « Louis XIV fit quelquefois venir à la Cour les meilleures actrices de Saint- Cyr pour réciter devant lui les beaux vers de Racine qu'il ne pouvait se lasser d'entendre, a Elles y alloient, disent les Mémoires des Dames, dans les carrosses du Roi, bien accompagnées, et M™« de Maintenon étoit fort attentive, lorsqu'elles étoient arrivées, à les mettre entre les mains de gens sûrs pour veiller à leur conduite. Pendant qu'elles étoient là, ils avoient ordre de se tenir près d'elles et d'empôcher que personne se mêlât trop en leur compagnie, afin qu'elles fussent aussi bien gardées qu*elles le pouvoient être hors de Saint- Çyr. Elles jouèrent leur pièce dans l'appartement de M™« de Maintenon, en présence du Roi, des princes du sang et de plusieurs personnes de la première qualité, sans autre parure que leur habit ordinaire, qui étoit propre et mis de bon

' Danosau.

goût On alla ainsi è Veisailies ea dilïérens temps, taniôi

pour AtHatit, tantôt pour Sttktr, puis encore pour Jtmathat. dont on nommé Duché élolt l'auteur '. '

Le ia janvier 1697, la ducbesse de Bourgogue, dool l'éducation se faisait en partie à Saini^Cyr *, y jouait daos la Iragédie d'SMtrle r61e d'une petite tsraélite, à la satisfacUoD du Roi et de M"* deMolntenon. Elley jgua souveot et y prit un gati trôs-lrif pour la eomédie. En t G9S, le 6 décembre, à l'aanirersaire de la naissance du duc de Bourgogne, il y eut le Birir, Ghei U" de U aintenon, uq peti t divertissement pour le Roi. Le doc de Bourgogne faisait Apollon ; la duchesse et ses dames étaient les neuf Muses*. Le 17 octobre 1698, on joua, i Fontainebleau cette fois, lu Plaideurs. Les acteurs étaient le due et la duchesse de Bourgogne, la duchesse de Guicbe, W^ â'Heudlcoun, la comtesse d'Ayen, M*"" d'O et de Montgm, W* de HomanTllle, ancienne élève de Saint-Cyr.

A partir de «99, le grand cabinet de M"" de Maintenon devient une Térltahle salle de comédie. On y joue : Jonalkas el Aitalen, tragédies de Duché, la Ceinlure magiqut de Rousseau, AtlutlU et îei Prideutu ridicules. ' M-"" la duchesse de Bourgogne, H. le dac d'Ortéans, le comte cl la comtesse d'Ayea.le jeune comte de Noalllea, M"" de Melun y faisoient les principaux personnages en babils de comédiens fort magnifiques. Le vieux Baron, excellent acteur, les iostruisoit et jouoitavec eux et quelcpies domestiques de M. de Noailles. Lui et son habile femme, ëtoient les inventeurs et les promoteurs de ces plaisirs iatérieurs pour s'introduire de plus en plus dans la familiarité du Boi, à l'appui de l'alliance de "lA"" de MaiotenoD. 11 n'y avoit de place que pour quarante spectateurs. Monseigneur el les deux princes ses fils, M'°° la princesse de Ctonty, M. du Maine, les dames du palais. M"" de Noailles et ses filles y furent les seuls admis. Il n'y eut que deux on trois courtisans en charge et en familiarité, et pas toujours- Madame y fut admise avec son grand habit de deuil; le Roi

' Mfmoira lur iT"* dt MaialMan. recueillis pu les Dîmes de Saiut-Cji. 18«, iii-lî.

' Ella j allait trois fois par semaine.

* DlHGBAU.

APPARTEMENT DE IfASAME DE MAINTENON 2S3

ly convia parce qu'elle aimoit fort la comédie, et lui dit qu'étant de sa famille si proche, son état ne la devoit pas exclure de ce qui se faisoit en sa présence dans un si grand particulier. Cette faveur fut fort prisée. M"»^' de Maintenon voulut lui marquer qu'elle avoit oublié le passé K »

Le 5 décembre 4699, on représenta « une comédie de dévotion 9, Jonatkas, qui fut très-bien jouée par la duchesse de Bourgogne et par la famille de Noailles, et qui parut fort touchante au Roi et à Monsieur. Il n*y eut pas d'autres spectateurs que le capitaine des Gardes et les dames du palais. Le 6, on recommença devant Monseigneur, la princesse de Conty , le duc du Maine, Ghamillart et Dangeau, chevalier d'honneur delà duchesse de Bourgogne. Le comte et la comtesse d'Ayen jouèrent leurs personnages à merveille'. Le 29 décembre noi, la duchesse de Bourgogne répétait, toujours dans le cabinet de sa tante, une autre tragédie de Duchés Absalon ; elle devait la jouer avec le duc d'Orléans, le comte et la comtesse d'Ayen, et M"* de Melun. Après de nombreuses répétitions, on représenta la pièce, le 49 janvier 4702, sur un fort joli théâtre ([ueron avait élevé dans le grand cabinet. Le Roi était revenu de bonne heure de sa promenade à Marly pour voir la tragédie. « M°>* la duchesse de Bourgogne, qui représentoit la fille d'Absalon, avoit un habit magnifique brodé de toutes les pierreries de la couronne. M. le duc d'Orléans représentoit ^vid; le comte d'Ayen, Absalon ; la comtesse d'Ayen, Tharès femme d*Ab3àlon ; M"<» de Melun, la femme de David, et le petit comte de Noailles y faisoit aussi un personnage. Les ^tres acteurs étoient Baron le père et quelques domestiques ^c M. de Moailles. Tous les habits étoient fort beaux, et la pièce ftit fort bien jouée. Il n'y avoit place dans ce cabinet que ^Ur trente ou quarante personnes. Monseigneur et Messei- Si^eurs ses enfants y étoient; M"® la princesse de Gonty, V* du Maine, toutes les dames de I4"^<> la duchesse de Bour- ^^ne, M"» de Noailles et ses filles. Il n'y eut que deux ou ^^is courtisans. » J'ai cité Saint-Simon et Dangeau disant la ^ôine chose pour faire voir, par un exemple, combien le

^ Saiht-Siiiox, 1701, T. 111, p. 340.

Damobau.

^1 Ll CEATïAU DE \'EHSAILLES

journal de Dangeau a été utile à Saiat-Simoa pour le rédsctloa de sas Uémoires; 11 le copie souvent, sans le dire, et pour tout remerdmeat, injurie son auteur. Muis passons. Le 3 février on JoQa une seconde fois Absalon cl la Ceinture buffique, doDt le duc d'Oiléans avait donné l'idée, el que Rousseau composa en douze heures. Le 5 mars, Ducbé recevait eo récompense 1000 livres dunoi et 100 pistoles de M'~< de Uaiotenon *.

Après avoir assisté h la représentation du 3 Tévrier, la Palatine écrivttà Philippe V* la lettre suivante :

Comme Votre Uajeetâ aime les comédioa, je ne puis m'empSdier de Ini dire ipie H"* la dnch^ssu du Bourgo^c eu a joue une itk U oomtesse d'Ajen, ïf'deML'luu, son Ois, le comte d'Aien, deu bommes h M. de NobUIsb, Duché, llousseau et Baroa le pite. it Tona asante, Uonaieur, qu'ils ont fait des mervcilleB, Cela se jonc tout b bit en particulier chex M'"' de Maintenon. Ainsi le Roi m'i pennis de la voir. J*ai été siU'prîse de voir connue ils jouoieul lous bien. Ce trattre de Baron Joui; mieux que jamais. Je suia sûr ip; Votre Uajesté aérait étonnée de voir comme mon ills joue, el le comte d'Ajeo, et que cette Cumédie vous aarolt coûté de lann», J^ Itl.^earé comme une follt?. et le Roi n'i^toit pas loin de qiul- 'jfil^aBâM.ensd. Lefl^Jet de la comédie c'ca( la mort d'Âbtalaa; wDbW'J^ otiangé quelque chose pour la rendre plus toucbanlf. On tHot qu'ÂijaaIon vient blessé et meurt devant te roi son père, devant aa femme et sa fille. C'est mon fils qui est David, le comte d'Ayea Absalou, la comtesse d'Aveu Tliaris, femme d'AbsaloD, qui a lii plus Ijcau tOle de lous et elle le joue Ci merveille. Apièa li grande pièce ils ont joué une petite, où M. le duc de Beir; éloii UD amant, cl lu petit comte de Noailles uc autre. Pour ces dcu ils joucul à faire mourir de rire. Mon tils âtoit un fourbe, un rslel qui sort des gaiëres ; les maîtresses étoicct M"* la ducliessede , qui joue mieux le sérieui que le comique ; mais i> ! d'Estréea joue fort bien. La petite pièce ne vaut p»s grand'chose, mais on ne laisse pas que d'y rire. Il est temps enSit que je Suisse cette Icllrc : je crains que Voire Majesté ue la trouie déjè trop longue et que ce récit ue vous ennuie.

Fendant qu'on représentait Absalon, on se préparait à jouer Athalie. M*»' de Mainlenon, qui était la directrice du théâtre de son cabinet, fit faire des décors et des costumes nouveau^;

' Dahob&d.

* Le s février. — Ctlle lettre u'esl pas Iriduila de l'alleiiiand ; A^ '

élé écrite ea Irsu^sis par la Palatine.

procura un orchestre et des chœurs. Mais tout théâtre, qu*il soit, est toujours un théâtre, et les femmes sont les mêmes, capricieuses avant tout, surtout au On eut de la peine à se mettre d*accord sur la distilles rôleé, que M"® de Maintenon voulait répartir ellemtre les actrices. Une lettre qu'elle écrivit au comte son neveu, nous apprend ces tribulations. « Voilà ialie encore tombée I Le malheur poursuit tout ce que ge et que j*aime. M^^* la duchesse de Bourgogne m'a lie ne réussiroit pas ; que c'étoit ime pièce fort froide; *ine s'en étolt repenti; que j'étois la seule qui Testimille autres choses qui m'ont fait pénétrer, par la sance que j'ai de cette cour-là, que son personnage lui Elle veut jouer Josabetb, qu'elle ne jouera pas comme Mwe d'Ayen ; elle fera pourtant tout ce que je voudrai. d répondu que ce n'étoit pas à elle de se contraindre 1 divertissement que je n'avois imaginé que pour elle. I ravie et trouve Athalie merveilleuse. Jouons là I nous y sommes engagés; mais, en vérité, 11 n'est gréable de se mêler des plaisirs des grands. Vous ussi ces choses-là trop parfaites, trop magnifiques, pendantes d'eux. L'année prochaine nous prendrons e tour. En attendant il faudra que la comtesse d'Ayen Bdomlth; car, sans compter ce que l'on doit à M*^ de S qu'on fait venir pour jouer Athalie, je ne puis me •e à voir la comtesse d'Ayen jouer la furieuse. Bonsoir, er neveu; nous nous étions promis des plaisirs, et » dégoûts. Je ne sais comment étoit le monde avant ais depuis que je le connois, il est bien comme cela. * s'arrangea pourtant. La comtesse d'Ayen céda le rôle tbeth à la duchesse de Bourgogne, qui le joua trèsla première représentation eut lieu le 14 février 1702. >i y vint à deux différentes reprises ; mais il n'y put neurer toujours, parce qu'il avoit beaucoup à traivec M. de Pontchartrain •. » Le 23 et le 25 février, on core Athalie.

de MoroêiiTille, qui avait épousé le président de Ghailly.

GXAV.

Le Merewt donne de ces brillaales représeaUttioos nu compte- readii qui mérite d'être lu.

Od a joué 6 la Cour X'Atkatie de M. Racine arec tous le$ ora«meiia et les chœurs min eu musiiiue depuis loDgleinps pu M. Morcau, qui aTolt fait ceux A'Estker. Ces chœurs ûDt été parfaitement bicD exécutas par les demoiselles de la musique du Roi, M"*' la duchesse de Bourgogne a joué Josabeth avec toute li grâce et tout le bon seua imaginable, et quoique son rang pût lui pennellrc de faire voir plus de hardiesse qu'une autre, celle qu'elle a tait parollre, Bculemout pour marquer qu'elle étoit maîtresse da son rôle, a toujours é\& mSlée d'une certaine timidiliî que l'on doll plutôt nommer modestie que crainte. Les habits de celte jense princesse étoient d'une grande magnificence. M. le duc d'OHâans i parfaltemeut bien joue' le n)le d'Abner, et avec une inleUigencc que l'on n'attrape que lorsqu'on n beaucoup d'esprit; H. le comte d'Àyen a joué Joad et 11°'° la comtesse aa fBmme Salontilh. Ceux qui les connoissent sont persuadés qu'ils ont très-bien rempli ces deux rOlcs. Quand on a de l'esprit infinimenl. on réusiil dans tout ce qu'on veut se donner la peine d'entreprendre.

U""' la présid<!ntc de Chailly s'est fait admirer dans le n^ d'Albalio. M. le comte de Lesparre, second fils do M. le duc dii Gulche, qui n'a que sept &buit ans, a cbarmâ dans le persoiuu|e du jeune roi Joas-, M. de Champeron, qui est encore fort Jeune, * fort bien réussi dans le rûlo du fils du grand-prêtre, et celui du grand-prStre a été joua par le sieur Baron, qui, au sentiment de tous Gom qui l'ont vu, n'a jamais joué avec plu^ de force.

Le 33 février, oa joua Absalon et les Pricieuta ridiaiia- Dangeau aous apprend que le Roi ne se mettait pas dans an fauteuil, au milieu de la chambre, comme il faisait partout ailleurs, mats qu'il se tenait à la porte qui entre dans U chambre de M<" de MainteaoQ, afin de pouvoir y rentrer de temps en temps pour travailler, sans interrompre le spectacle. Nous savons aussi par le Mercure que les Préeieiuet furent très-bien jouées, et que le duc d'Orléans, dans le rôle dtt tIcomte, el te marquis de la Vrilliëre, dans celui du marquis, réjouirent Tort la compagnie.

Le Ï3 et le 25 février, on donna encore deux représentations d'Aliatie, avec lesquelles finirent les spectacles chez U"*de Maintenon jusqu'à la mort de la duchesse de Bourgogne.

C'était encore chez M"" de Maiatenon que l'on tirait les belles loteries de hijous, d'étoffes et même de lots d'argent pour la duchesse de Bourgogne et ses dames, et que le Boi

APPARTEÎIENT DE MADAME DE MAIXTENON 287

enait entendre de petits concerts exécutés par Tun de ses lusiciens nommé Pièche et par sa famille ^ Louis XIY se plaisait aussi, chez M°*<» de Maintcnon, à adiner avec Jeannette, channante enfant que nous connais- >ns grâce à Saint-Simon et à Dangeau.

Le Roi, dit Dangeau ', a beaucoup d*amiiié pour une petite deloiselle de Bretagne qui s^appelle Pincré et qu*ou nomme ordiliremcnt Jeannette, qui n*a que treize ans et que M*"® de iaintenon a toujours eue auprès d'elle et qui a beaucoup d*csprit ;

a résolu de la marier. Il lui avoit déjà fait du bien il y a quclnes années ; il lui fait do nouvelles grâces en la mariant, et onne à celui qui Tépousera le gouvernement de Guérandc. [** de Maintenon a choisi pour mari de cette petite fille un fils s M"^ de Villefort, afin qu'elle fût sous la conduite d'une mère si ige et établie ici. L'on donnera à ce garçon, qui n'est que capidne d*in€interie, le premier régiment qui vaquera.

M"« Pincré épousa M. de Villefort à la chapelle et prit le om de M"* d*Ossy. La duchesse de Bourgogne donna la tiemise à la mariée. M. de Villefort partit le lendemain pour I Flandre avec son régiment, mais U°^* d'Ossy resta à la Conr i y conserva toute sa faveur.

Maintenant écoutons Saint-Simon.

M"* de Villefort étoit veuve d'un officier major de place qui la issa sans bien ; elle vint demander une pensiouf et eut quelque icommandation auprès de M'"® de Maintenon, qui étoit la femme a monde qui se prenoit le plus par les figures. M°*^ de Villefort roit de la beauté avec une grande et belle taille, l'air modeste, Ddigé et malheureux. M°^ de Maintenon en fut touchée, lu: fit onner une pension, la prit en protection, la fit ensuite sous-goucmante des Enfans de France, et l'appeloit toujours sa belle euve. Elle se trouva avoir de l'esprit, de la vertu, du manège, et ne figure qui se soutint et qui la soutint.

La même aventure, mais qui tient plus du roman, fit la fortune e sa belle-fille. La mère de cette belle-fille sans pain ni ressource 5 vint Jeter un matin aux pieds de M*^^ de Maintenon avec ses olàns; elle en eut pitié, en plaça quelques-uns suivant leur âge, i garda celle-ci pour Saint-Cyr. Tandis qu'on en faisoit l'épreuve l qu'elle attendoit d'être moins enfant pour être reçue, elle deleura chex M"** de Maintenon avec ses femmes, et les amusa par

' Lunm, IX, 140.

* 1711, tO féfrier.

BOD petit catpiet ; elle ëtoit jolie et avoit plus d'esprit cl d'ittiscment qu'on n'eu pouvoit altendre de son Sge. M™* de Msialmoii s'en amuaa è, son tour, et le Roi, qui U trouva souvent orec U"" dt Maintenon, qui la renvoyoil pour oc l'en pas importuner, la carts-j et fut ravi de trouver un joli petit onlant qui n'avoit point paur ik lui, et qui s'y apprivoisoil, II s'accoutuma à badinet avec etlti. (1 8t bien que, lorsqu'il Fut quoBtion de l'envojer à Satnt-Cjrr, il voulut que W"' de Maintenon la gardSt.

Devenue plus grande, elle n'en devint que plus amusank, H avec une familiarité discrète qui D'alloit jamais à l'importunil^. Bile parloit au Roi do tout, lui faisoit des questioas et dea plaisanterios, le lirailloit quand elle le vojoit de bonne famneur, 0t k Jouoit même avec ses papiers quand il IravniUoit; mais tout A>li BïOc jugement et mesure. Elle eu usoit de môme avec M"* Jb Hainlenon et se Ht aimer de tous ses gens. M'™ la ducbessc île Bourgogne ti la Tin la méuageolt et la Eoupçonnoil d'allar dîr« «u Roi et k M™' de Maintenon ce qu'elle faisoil dans un cabinet nii elle se tcnoit lea soirs t jouer avec des dames familières qui étuienl admises à ce particulier, qui toutes aussi ménageoienl Tort Jeaaaeiir, qui loulefois ne fit jamais mal à personne. M"" de ïlaintenon dlcfnSme commença b lui trouver trop d'es<prit cl de jugemcul, et lit \ le Rai a'j attacboit trop, un un mot fa la craindre ; c'est ce qal It | détermina à s'en défaire honuâlement par un mariage. Ell« Ci proposa au Roi, qui trouva à tous quelque chose à redire, et ixli | pressoit encore plus M'^" de Maintenon. A le fin elle fil celui-ci. » J le Roi l'agréa ; mais M"" de Maintenon j Ait atlrappée, carleK°i 1 di^clara bien Bërii'Useniuut quo ce u'Sloit qu'à coodilion qutUc , demcureroil chcn elle M""" d'Os.s^ comme elle étoit Jeannette, el li fallut en passer par là.

Trop tôt après, elle devint la seule ressource des momens oiîià de leurs parliculicrs, après la mort do M""* la duchesM i'

Après la mort de celte princesse, Louis XIV s'eafenna plus que jamais chez M°" de Maintenon. H y trouvait quelques femmes distinguées, spirituelles et aimables, dont la marquise avait formé sa société particulière. Très-souvent il y faisait porter son dîner; le soir il y entendait de Iwniif musique, symphonies ou parties d'opéras. It y jouait avec IfS dames, ou il écoulait les comédies de Molière, demeuré sou auteur préféré et qui lui donoait ses derniers plaisirs.

Un nouveau théâtre s'organisa chez M°" de Maintenon. ks acteurs furent les musiciens du Roi, vètug en babil? i^ théâtre, et dressés par le Roi à jouer Molière. Habitué comme il l'était au jeu de Molière lui-même, Louis XIV ne pourî"'

APPARTEMENT DE BfADAME DE MAINTENON

pas supi>orter les acteurs de la CSomédle française, qui avaient perdu la tradition et interprétaient fort mal leurs rôles. Le 9 octobre 4700, à Fontainebleau, les comédiens jouaient VAvarej et le jouaient si mal, que Louis XIV n*y pouvant plus tenir s'en alla^ Il est bien évident que ce fut Louis XIY qui donna à ses musiciens la manière, le jeu et les gestes de Molière, et qui en fit des acteurs aussi bons qu'ils étaient déjà bons musiciens*. Aussi, le 21 décembre 4 74 2, les musiciens ayant représenté quelques scènes du Bourgeois gentilhomme^ Louis XIY a trouva qu'ils jouoient fort bien » ; et, le 43 janvier 4743, il se divertit fort la seconde fois qu'il vit jouer la pièce*. C'était toujours cbez U^^ de Main tenon, à Versailles, à Marly ou à Fontainebleau, que le Roi assistait à ces représentations, mêlées de symphonies pendant les entr'actes.

J'ai cru bien faire en donnant ici, d'après Dangeau, la liste de ces représentations ; c'est un chapitre nouveau à ajouter à la vie de Molière, qui inaugure et termine les plaisirs du règne.

1712, 21 décembre.

1713, 13 JanTier.

10 février.

17 mars.

25 août.

1714, 24 Janvier.

7 février.

7 septembre.

14 septembre.

28 septembre.

5 octobre* 12 octobre.

1715, 18 Janvier, l^'mars.

17 mai.

14 Juin.

21 juin.

28 Juin.

12 Juillet.

Zê Bourgeois gentilhomme.

Idem,

Q-eorge Demain.

VAvare.

Le Médecin malgré lui (à Maily).

Le Bourgeois gentilhomme.

L* Avare (à Fontainebleau).

Les Fâeheua (idem).

Z« Mariage forcé (idem).

L'Étourdi (idem).

L'École des Maris (idem).

M. de Pourceaugnac*

Le Médecin malgré lui,

George Dandin (à Marly).

Le Médecin malgré lui (idem).

L'Ecole des Maris (idem).

La Comtesse d*Bscarbagnas (idem).

Le Mariage forcé (idem).

A la mort du Roi, VL^^ de Maintenon, âgée de quatre-vingts

' Dahosau, 1713, 10 février.

' Daxobau.

390 U CUTBAD DE TraSAJLUB

ani, M ntiia ft S«iiit-C;rr, .dau^jon petit appattanuat dn nz-de*«haujwée. EUe était »^ÊÊm ft'lQfinnitâa, et éeiinlt i la prixkcesae des Dnlus, ea)||Dpi|r^ 'mus me Toyiss, vona eoDviendrieiqaeJefalabieB'de|tw«aeher. JsneTOUpniqftu ^ plus, j'entends encore plua mal ; on ne m'entend plus pana , que la proDonelatioa s'en est allée avec lea dents; ]■ aiéi»^ commence i s'^arer; je ne me souvlma plus des doum propres ; je confonds tous les temps, et nos malheurs^ joinls h mon flge, me font pleurer comme toutes les vieilles qw TOUS avez vues. >

EUe mouratA Sniot-Cyr, le 15 août 1749, &gée de qiulre- Tingt-qoatra ans.

BEZ-DE-CHAUSSÉE

SALLES S7, tS ET S9

Les salles 67 et 68 formaient, sous Louis XIV, l'appartement du marquis d'O; la salle 69 était le salon de l'escalier des Ambassadeurs. Sous Louis XV, avec la salle 66, elles composèrent l'appartement de M""» do Pompadour.

La décoration primitive de ces salles fut entièrement changée sous Louis XV, et Louis-Philippe a presque complèLemenl détruit la décoration du xvm* siècle. La salle 87 a conservé la gorge du plafond, ses volets sculptés et les espaguoletles des fenêtres, quelques serrures de Gucci, quelques boiserieî sculptées, mais couvertes de badigeon. La salle 5S a coaservé aussi la gorge du plafond, décorée d'Amours Unanl des guirlandes, ses volets sculptés, les espagnoletus des fenêtres, deux boutons de porte de Cucci et une belle serrure Louis XV. Quant à la décoration de la salle 69, elle a été entièrement détruite par M. Nepveu.

Ces trois salles font partie aujourd'hui des satla du Maréchaum, ainsi que les suivantes.

APPABTEMENT DES BAINS 291

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