‹ Le château de Versailles; histoire et descriptionChapitre 3 sur 54 · LE CHATEAU DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE LOUIS XIII

Le seul écrivain qui ait jusqu'à présent donné la date exacte de la construction du château de Versailles est Tarchitecte François Blondel ' ; cependant aucun de ceux qui, depuis lui, ont traité la question, n*a jugé à propos de le croire, et tous se sont mis à inventer des dates et à imaginer une histoire fausse de tous points. Avant de parler, d'après les documents authentiques, des origines du château, il faut faire connaître, en quelques mots, Tétat actuel de cette question historique, c'est-à-dire les principales erreurs qui sont admises aujourd'hui.

Saint-Simon commence par nous dire que Louis XIII, ardent chasseur, venait souvent courre le cerf dans les hois de Versailles et que, fatigué de coucher, après la chasse, dans un méchant cabaret à rouliers ou dans un moulin à vent, il fit construire un c petit château de cartes » pour servir de rendez-vous de chasse. On conclut de ce mot et d'un autre dit par Bassompierre , qui appelle la maison royale de Louis XIII c un chétif château », que le Roi avait fait construire, avant le château, un pavillon, un rendez-vous de chasse, auquel s'appliquaient les paroles de Saint-Simon et de Bassompierre. On trouva ensuite qu'il avait existé à Versailles, à l'angle de la rue de la Pompe et de l'avenue de Saint-Gloud, une maison appelée le Pavillon-Royal, et on se

' ÂreMS0€$wrt firançoia, IV, 92 (175«, ia-folio^

hâta de conclure que c'était là le pavillon de Louis XIII, qu'il avait dû être construit en 4624, trois ans avant le cl teau, que Ton commençjiit en 4627. Enfin, à la suite de Ta] Lebœuf S tout le monde admit que Louis XIII avait achet tm certain Jean de Soisy une terre sur laquelle il avait l son château de 4627 à 1630.

M. Le Roi *, dans son livre intitulé Louis XIII et Versait commença à faire pénétrer quelque lumière dans ces té] bres. Il prouva, par des actes notariés qu'il avait découvei que le Pavillon-Royal n'avait été construit qu'en 4676, i un terrain donné par Louis XIV à une dame Hérault. M il n'alla pas plus loin, et les faiseurs d'hypothèses placer le pavillon autre part.

Les expressions de Bassompierre et de Saint-Simon, < ch< château, château de cartes », s'expliquent cependant faci ment, sans qu'il soit besoin d'imaginer un pavillon primi qui certainement n'a jamais existé. Lorsque plus d'un siè après Louis XIII, Saint-Simon comparait le « petit Yersail de Louis XIII » avec le gigantesque Versailles de Louis X] il est facile de comprendre qu'avec ses habitudes de st; pittoresque il l'ait appelé un château de cartes, d'autant q quelques lignes plus loin, il lui donne son vrai nom, « petit Versailles de Louis XIII ». M"« de Scudéry, en 46 exprimait la même idée quand elle faisait dire à la be Étrangère qu'elle était censée conduire à Versailles * : « Est là ce que vous appelez la petite maison du plus grand roi la terre ?» Et il est bien certain que ces mots s'applique au château et non pas à un pavillon quelconque. La be Étrangère s'étonne de la petitesse relative du château Versailles, comparé aux vastes palais du Louvre et des Tt leries, de Saint-Germain et de Fontainebleau.

Quant au mot de Bassompierre, il s'explique aussi faci! ment, et point n'est besoin, pour le comprendre, d'imagii nn pavillon antérieur. La maison royale de Versailles ven d'être achevée, lorsque Louis XIII convoqua aux Tuiler;

' Histoire de la ville et du diocèse de Paris ^ 1754, in-12.

* Conservateur de la bibliothèque de Versailles, mort en 1873.

* La Promenade de Versailles^ 1669, in-12.

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une assemblée des Notables. Le maréchal de Bassompierre fit un discours sur les bâtiments du Roi, et, à cette occasion, parla du « chétif château » de Versailles.

Louis XIII avait fait demander aux Notables s*il devait cesser de bâtir jusqu*à ce que les finances fussent rétablies ; sachant que le peuple était très-chargé d*imp6ts, il annonça qu*il était prêt à retrancher volontiers toutes les dépenses inutiles. Tous applaudirent. Bassompierre prit la parole et dit que l'Assemblée avait voté jusqu'alors toutes les propositions faites par le Roi ; qu'il ne savait pas si Sa Majesté ne voulait pas tendre un piège aux Notables, afin de voir jusqu'où irait leur docilité, en leur proposant dm retrancher ses dépenses en bâtiments. Il demanda quel pouvait être le dessein du Roi lorsqu'il s'adressait à l'Assemblée pour savoir s'il devait s'abstenir d'une dépense qu'il ne faisait pas. Henri IV^ aurait pu demander aux Notables un pareil avis, puisqu'il employait des sommes immenses à bâtir. Puis, arrivant à sa pensée principale, l'orateur dit avec beaucoup d'esprit et de finesse que le Roi ne bâtissait pas, qu*il détruisait au contraire, qu'il avait rasé une foule de places fortes et de châteaux féodaux. « Voudrions-nous lui reprocher, dit Bassompierre en terminant, le chétif château de Versailles ? Un simple gentilhomme ne se vanterait pas de l'avoir bâti. «

Bassompierre parle évidemment du château de Versailles que l'on vient de terminer^ et non pas d'un pavillon de chasse; et, s'il le déclare chétif, c'est pour bien accentuer sa pensée et glisser adroitement sa protestation contre les démolitions des châteaux féodaux que le Roi et Richelieu faisaient faire partout, afin de briser les résistances ^ l'indépendance de la noblesse protestante ou catholique. Mais il faut sortir du pays des hypothèses et entrer dans le domaine de l'histoire positive.

C'est M. Soulié, le savant conservateur du musée de Versailles, qui, en publiant le Journal de Jean Eéroard, médecin de JLouis XIII, a commencé à donner sur l'histoire du château les premiers documents exacts et les faits les plus précis. Héroard nous apprend en efiet que, le 2 juillet 4624, le Roi, qui était à Versailles depuis le 29 juin, avec ses mousquetaires, et qui, la veille, avait pris un cerf, en fit

donner la curée à ses chiens, puis qu'il revint au château^ qu'il fit faire ensuite rexercice à ses mousquetaires^ et enfin, qu'il traça lui-même le plan de la basse-cour de sa maison de Versailles.

Ainsi Louis XIII ne couchait ni dans un moulin ni dans un méchant cabaret à rouliers ; il demeurait au château des Gondy, où son père avait diné en 4609, dans lequel lui-môme avait couché le 9 mars 4624, se faisant, dit Héroard, apporter son lit qu'il avait envoyé chercher à Paris et qu'il aida luimôme à préparer.

Le 2 août 4624, Héroard nous dit que la maison de Louis Xlli est assez avancée pour qu'on en meuble une partie. Le Roi, venu de Saint-Germain, sa résidence ordinaire, à Versailles, s'amusa à voir toutes les sortes d'ameublements que le sieur de Blainville, premier gentilhomme de la Chambre, avait fait acheter, jusqu'à la batterie de cuisine ^ Enfin, le 3 novembre 4626, la maison est acheTée. Nous savons encore par Héroard, que, ce jour, Louis XIU fit un excellent festin aux reines Marie de Médicis et Anne d'Autriche, et aux princesses, où il porta le premier plat ; puis il s'assit aux pieds de la Reine. Héroard ajoute que le Roi fit garder dans ce repas un ordre merveilleux, ce qui s'explique en disant qu'on pendait la crémaillère, et que Louis XIII voulait que ]a fête se passât avec la décence qu'il apportait en toutes choses. Après le repas il donna aux dames le plaisir de la chasse, plaisir qu'il se procurait souvent à lui-môme dans les bois giboyeux qui entouraient sa maison.

Blondel avait donc raison d'assigner la date de 1624 à la construction du château de Versailles.

Enfin, le 24 août 1627, Héroard nous dit que le Roi visita son plant, c'est-à-dire son parc, où il avait fait planter grand nombre de jeunes arbres ; car ainsi que le témoignent les actes d'acquisition dont on parlera plus loin, le terrain sur

* En 1634, la duchesse de Savoie, ChristiDe de France, sœur de Louis XIII, envoya à son frère, pour sa maison de Versailles, quatre ameublements complets de velours, à fond d'argent : l'un bleu, l'autre gris de lin, le troisième vert, et le quatrième nacarat (Qazette de France^ 1634, p. 432).

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