‹ Le chateau en Espagne: comédie en un acte en proseChapitre 13 sur 22 · SCÈNE XIII CŒLINA, DELPHINE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII CŒLINA, DELPHINE

CCELTNA, nÛTement.

Oh!... TOUS m'avez fait peur I...

DELPHINE

Peur, à vous?... C'est étrange !...

N'ôtes-vous pas une ombre... une sylphide, un ange? En votre qualité de fantôme trompeur, N*âtes-vous pas, madame, au-dessus de la peur?... C'est à moi de trembler... et de manquer d'haleine En vous parlant, à vous, terrible châtelaine...

CŒLINA, i part.

Que répondre?... Ceci n'est pas dans ma leçon.

DELPHINE

Parlez!... De votre voix je connais bien le son : Je sais qu'elle est naïve, amoureuse et touchante; Conune une voix de fée, elle enlève, elle enchante ; C'est un doux talisman, une magique voix Qui met à vos genoux deux amants à la fois.

(Après une pause.)

Me ferez-vous au moins l'honneur d'une parole?

CŒLINA, i pnrU

Cette scène, je crois, n'était pas dans mon rôle...

(Haut.)

Pour vous répondre ici, je n'ai rien médité... Excusez ma jeunesse et ma timidité.

DELPHINE

Quelle timidité!... C'est ainsi que l'on nonmie La vertu qui vous fait causer avec un homme...

â6 THÉÂTRE DE SALON.

A minuit! le premier que Ton trouve nous plaît; On le saisit au vol; quMl soit maître ou valet.. Ce procédé d'amour me paraît un peu leste Pour un ange tombé de l'empire céleste.

Inconnus hier soir... et demain mariés...

(Cœljiia poasse an long éclat de rire.)

Je ne sais trop pourquoi, madame, vous riez...

CŒLINÂ.

Madame^ excusez-moi, j*aime à rire...

DELPHINE

La chose N'est pas plaisante, au moins... C'est affreux, que l'on ose Insulter une fenmie, et que l'on rie après... Pour subir un affront je suis venue exprès... Ici ; je comprends tout ; j'ai deviné, mon ange : Vous servez cette nuit un homme qui se venge 1... Qui se venge de moi... Recevez mes adieux...

Vous avez fait, madame, un métier odieux I

(Cœlina rit aax éclats; Delphine fkit quelques pas et sVrréte.) CŒLINA.

Oh 1... ne m'accusez pas, madame, je vous prie, Et sachez mieux comprendre une plaisanterie.

Que voulez-vous I... j'ai tort de vous parler ainsi. Mais pourquoi me laisser seule avec vous ici 7... Ils me donnent un rôle ; et puis notre entrevue, Que je n'attendais point, qu'ils n'avaient pas prévue, A détruit notre plan ; voyez mon embarras :

Je n ai plus rien à dire, et je croise mes bras!...

DELPHINE

Ainsi, je suis jouée l...

CŒLINA. ^

Oh t mon Dieu, non, madame...

Mon frère donnerait pour vous jusqu'à son flme !•••

DELPHINB*

Votre frère?...

CŒLINA.

Ab!... j'ai dit mon frère... Ferdinand ?...

Eh bien, tous savez tout, madame, maintenant... Tout ce que vous voyez n'est qu'une comédie, Qu'un jeu d'amour qui sort d'une tête étourdie; Ces voleurs, ce château, ce cor, ce revenant. Tout fut imaginé, conçu par Ferdinand.

Votre oncle est du complot, oui, votre oncle, à son âge. Votre oncle si sensé se plaît au badinage :

C'est pour votre bonheur, dit-il, et je le crois... Ainsi contre une femme ils se sont ligués trois 1... Ils n'en rougissent pas, ces aimables infâmes... U faut nous soutenir, n*est-ce pas... entre femmes? Aussi je vous dis tout; je respire à présent : Ahl monii^ieul... qu'un secret est un fardeau pesant!

DELPHINE

A mon tour maintenant!... Merci, mademoiselle; Vous n'aurez pas regret un jour de votre zèle... Votre frère, je crois, veut vous parler ici?...

CŒUWA.

Oui...

DELPHINE

Veuillez un instant vous retirer...

(Cœliiui sort & droite.)

Merci !...

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