‹ Le chemin de Buenos-AiresChapitre 4 sur 25 · A LA RECHERCHE DES HOMMES DU MILIEU · texte numérisé non relu

A LA RECHERCHE DES HOMMES DU MILIEU

Eh bien ! cela c'est Buenos-Aires.

Comme je vous le dis ! Nous y voici. Et il n*jf à pas de quoi en perdre la respiration. C'est une capitale. C'est même la capitale de la République Argentine. Je ne dirai pas le contraire.

Il y a là deux millions d'habitants. Ils s'y trouvent bien. Tant mieux !

Je ne dissimulerai rien. Même pas la rue de vingt-deux kilomètres. Elle y est. Qu'elle y reste. Elle s'appelle Rivadavia. Ai-je fait ses vingt-deux kilomètres ? J'ai essayé. Au quatorzième je suis revenu, définitivement écœuré de la ligne droite. Il faut être ivre pour concevoir vingt- deux kilomètres en ligne droite. C'est une bien grande ville que Buenos-Aires.

C'est Capharnaùm multiplié mille fois par Capharnaiim.

Elle est la première de 1* Amérique du Sud. Cela est bien vrai. *■

Elle tient dans le cœur des Argentins la place que le soleil tient dans le ciel ! C'est la lumière.

En effet, que de lumières U Les maisons sont festonnées d'ampoules électriques. Le jour on dirait qu'elles sont atteintes d'une éruption pustuleuse» C'est très joli. C'est argentin.

Ce qu'il y a de plus beau c'est l'effort. Ce qu'il y a d'injuste c'est le résultat/ Cependant ce n'est pas si mal. Ses maisons sont^plus jolies qu'à Paris. Sont-elles assez sales les maisons à Paris ! Mais ce ne sont pas toujours les maçons qui font les villes. je crois plutôt que c'est le peuple qui les habite.

Par saint Albert mon patron, je n'ai jamais vu personne ni rire ni sourire, ni flâner, ni méditer, ni attendre, attendre quelque chose ou même n'attendre rien du tout dans les rues de Buenos- Aires. Les premiers jours je ne pouvais m 'empêcher de retenir les passants par le pan de leur veston. Pas si vite ! leur disais-je, vous arriverez toujours assez tôt à la tombe ! Ils ne comprenaient pas et cela m'attirait des désagréments.

Ou bien, ils étaient assis à des terrasses devant un cajé con /èc/œ* Ce n'est pas un café qu'on

lèche, mais un café avec du lait. Et que faisaient-il? à ces terrasses? La tête d'un Français qui reçoit sa feuille d'impôts.

— Souriez, leur disais-je.

Us ne m 'obéissaient pas. L'intonation du photographe me manquait, sans doute.

Quant aux femmes elles étaient surtout dans les maisons de leur mari ou de leurs père et mère. Tous ces hommes allaient sans femme, buvaient sans femme, mangeaient sans femme. Les mâles inondaient la ville.

J 'étais dans le centre, mais où étaient mes hommesi du milieu ?

J'ouvris mon camet et je vis que je devais d'abord me rendre 445 Cerrito. J'avais un plan de Buenos- Aires. Il faudrait être un individu infiniment remarquable pour circuler sans plan dans Buenos- Aires. C'est un nid d'abeilles. C'est fait comme un radiateur d'automobile. Les alvéoles s'appellent cuadres. Cuadre veut dire carré. Ce sont des carrés parfaits de cent mètres de côté. Buenos- Aires est un interminable champ où l'on a planté des maisons, hectare par hectare. D'étroits sillons séparent chacun de ces hectares bâtis, ce soiit les rues. Parcourir Buenos-Aires n'est pas marcher, c'est jouer aux dames avec ses pieds. On se croit un pion que l'on pousse à angles droits, sur un damier,:

La Cerrito était à onze cuadres de là. J'y partis. La voici. Voici le 445 : LIBRAIRIE

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