PRATICABILITÉ DE LA ROUTE
Les grandes entreprises ne se sont jamais éxécutées sans rencontrer de formidables obstacles. Les hommes et les événements ont parfois paru se Coaliser pour leur opposer une barrière qui semblait infranchissable®
Il a suffi qu’elles fussent entcurées de grandes difficultés pour qu’un certain nombre d’esprits, habitués à envisager avec effroi tout projet un peu hazardeux, se soient e mpressés d’en décréter l'impraticabilité. Ætces mêmes pessimistes n’ont pas hésité ensuite à qualifier d’utopistes et de songe-creux les hardis pionniers de ces idées nouvelles.
{ Comme le rang que nous assignons au Canada, comme puissance maritime
pourrait paraitre trop élevé, nous appuyons cette assertion des statistiques
suivantes publiées par le Sialesman's Yeark-Book de 1870. 3 Pays. Nombre de vaisseaux. Tonnage, Grande Bretagne, 22,250 5,516,434 Etats-Unis, 23,118 4,318,309 France, 15,637 1,042,811 Canada, 7,591 L 899,096 Italie, 17,788 815,521 Norvège, : 6,215 795,876 Prusse, 1,460 406,612 :::
Espagne, 4,840 367,790 Netherlands, 2,117 267,596 Autriche, 7,830 324,415 Russie, 2,132 180,992
Danemark. 3,132 175,554
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Il est toujours facile d’égarer le public en excitant ses préjugés et d'empêcher pour un temps au moins les capitalistes, naturellement peu confiants, de se lancer dans toute entreprise un peu aventureuse. Aussi a-t-il fallu une grande somme de courage et de persevérance de la part de ceux qu'on traitait dédaigneusement d’utopistes, pour lutter victorieusement contre le flot des passions que l’on soulevait contre eux.
Mais qu'eut-il arrivé si ces prétendus visionnaires n'avaient pas eu une foi aussi inébranlable dans la réussite de leurs projets et si leurs détracteurs eussent fini par triompher auprès de l'opinion publique éclairée, auprès des sommités de la politique et de la finance? Que de grandes choses seraient encore à faire ? Quel mouvement rétrogade la civilisation eut subi ?
Le célèbre M. de Lesseps n'eut jamais ouvert l’isthme de Suez à la navigation et au commerce du monde entier, le Mont Cenis . ne serait pas encore percé, le fluide électrique ne traverserait pas l'océan, et la locomitive n'escaladerait pas aujourd’hui triomphante les éimes neigeuses de la Sierra Nevada et des Montagnes Rocheuses et ne siilonnerait pas tout un continent.
Mais les préjugés n’ont qu’un temps. Les nuages de l'erreur finissent toujours par se dissiper au souffle puissant de la vérité. Et tandis que ceux qui auront fait appel aux mauvais instincts du peuple pour s'opposer à de grandes idées, fécondes en résultats, seront confondus dans l’humiliation et dans l'oubli, la génération présente comme la postérité salueront avec admiration les noms de ceux qui auront couronné de succès leurs grandioses conceptions. Leur gloire sera d'autant plus brillante, leurs titres à la reconnaissance universelle seront d'autant plus inaltérables, que leur tâche aura été plus difficile et plus laborieuse.
La construction du Chemin Canadien du Pacifique est l’une de ces grandes idées, dont l'exécution nous élévera aux yeux du monde. Elle a sans doute ses détracteurs, mais l'immense majorité du pays en demande la réalisation. Elle a de puissants défenseurs qu'aucun obstacle ne rebutera et qui veulent y attacher leur nom. C’est un fait dont nous devons tous nous féliciter, car les plus optimistes n’ont jamais cru que la nation appuyerait cette entreprise avec autant dMnanimité.
Malgré la force du sentiment public en faveur de l’entreprise, il
u règne encore beaucoup de doutes sur la praticabiiité de la route ! au point de vue des obstacles physiques qu'offre le vaste pays * qu'elle doit traverser. Certains tableaux fantastiques de ces difficultés, que l'on a publiés, n’ont pas peu contribué à dérouter l’opi-
nion publique, et à faire naître ces doutes qu'il importe de faire disparaître.
Nous allons d'abord examiner la topographie du pays sur tout le parcours de la ligne et finalement les climats divers qni y règnent, en nous appuyant sur les documents les plus authentiques et les plus récents.
Nous allons prendre Ottawa pour point de départ, quoique le Lac Nipissing, situé au nord-ouest de la province d'Outario, soit désigné par l'acte qui décrète la création du chemin de fer du Pacifique, comme le terminus de la route.
Le chemin de fer du Canada Central relie déjà la capitale à Pembrooke, et depuis Ottawa jusqu’à l'embouchure de la rivière Montréal, un parcours de 280 milles, le caractère géographique du pays n'offre aucune difficulté sérieuse. Les ingénieurs out irouvé également un tracé avantageux depuis le haut de la région de l'Outaouais jusqu’au nord du Lac Supérieur, mais ils ont renroutré de formidables obstacles depuis la petite Rivière Noire jusqu’à l'embouchure de la rivière Nipigon. La distance qui sépare ces deux rivieres est d'environ cent milles. Ce pays est accidenté par des montagnes abruptes qui ont fait abanlonner toute idée de faire passer le chemin à cet endroit. Maïs il est tout probable qu’on pourra trouver plus au nord un sol plus uni et qui offrira moins de difficultés.
Les explorateurs du chemin du Pacifique ne nous ont pas encore donné de renseignements sur le territoire qui environne le grand lac Nipigon, mais nous pouvons heureusement consulter le rapport du Professeur Bell, qui alla en 1869 faire l'étude du caractère géologique de cette contrée.
Le lac Nipigon a une longueur de 75 milles du nord au sud et une largeur de 55 milles de l’est à l’ouest. Le rivage est échancré par de grandes baies et péninsules, et des îles pittoresques et fertiles surgissent en grand nombre au milieu de cette vaste nappe d’eau. Quelques unes ont même une étcadue de 15 milles. tandis que d’autres ont une longueur de ? à 3 miles.
La terre qui borde le lac n'est presque pas arable, car elle est entrecoupée de montagnes qui forment une espèce de ceinture rocheuse. Sur le côté ouest, cependant, :l y agine très grande bande de bon sol, qui s'étend depuis l'extrémité sud du Lac de l’Eturgeon Noir dans une direction nord sur une distance d’environ 50 milles. A la tête du Lac Nipigon on trouve ue autre étendue de terre fertile qui couvre un espace considérable au nord sur une largeur d'environ vingt milles. Sur la rive est du lac, on remarque en
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