‹ Le chemin de fer du Lac Saint Jean [microforme]Chapitre 1 sur 47 · IL Y A CINQUANTE ANS · texte numérisé non relu

IL Y A CINQUANTE ANS

Vers la fin de 1844, un écrivain, qui porte un nom estimé dans ja littérature française, grand chasseur devant Dieu et assez véridique devant les hommes. ..,.,...pour un chasseur, venait de parcourir tout le continent du Nord-Amérique, à la poursuite des fauves nombreux, plus ou moins féroces, plus ou moins originaires du sol, . ou descendants dégénérés des terribles fauves d'Asie et d'Afrique. Ces hôtes barbares des forêts sont le cuguar, le jaguar, le pouma, le chat sauvage et la panthère, sans compter le “œrizzly bear” (ours gris) qui, lui, n’a pas d’ascendant connu dans les vieux continents, qui est l'habitant immémorial des montagnes Rocheuses, animal monstrueux, d’une force et d’une férocité effrayantes, la plus redoutable bête qu’un chasseur puisse rencontrer,

Le Nemrod lettré, que noussignalons au lecteur, s'était promené du Nord au Sud, la carabine et le bowie-knife à la main, sur ces vastes territoires alors à peu près inhabités, et qui sont devenus de nos jours des Etats de la grande République Américaine. Et maintenant, fatigué d'aventures, il arrivait à Québec, dans les premiers jours de 1844, sur l’invitation d’uu capitaine d’artillerie anglais qui lui lui avait promis, dans une chasse à l’orignal, un sport rempli d'émotions et de périls, comme les seuls vrais chasseurs les aiment.

Cette dernière campagne terminée, notre écrivain avait voulu lajouter à un récit fort intéressant, fort instructif, qu’il venait d'écrire de toutes ses courses, et voici comment il s’exprimait à cette occasion :

“ Le Canada est le pays des grandes chasses ; les steppes incultes qui s'étendent au norû le Québec et de Montréal sont peuplées de Peaux-Rouges à moitié civilisés, vivant du produit de leurs chasses et de leurs pêches ; aussi, pour un Européen amateur de sport, ectte contrée est-elle la plus belle entre toutes, malgré sa rudesse et son aspect sauvage qnè empécheront à tout jamais la civilisation d'y pénétrer et la colonisation d'y faire des élablissementsr

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“ Le capitaine avait, à l’avance, pris avec quelques Indiens de l'établissement de Saint-Anne un arrangement grâce auquel quatre des plus habiles chasseurs de leur tribu devaient nous joindre à quarante milles de Québec, à un rendez-vous désigné par eux, sur l'extrême limite des provinces habitées. Jack, le guide de notre caravane, nous attendait de son côté à Lorette avec ses autres

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‘“ Le chemin qui conduisait à Lorette était large et bien tenu, Nous arrivâmes au rendez-vous après un trajet qui dura une heures

‘ Nous parvinmes, à la tombée de la nuit, à un misérable hameau qui s'élevait sur les bords d’un petit lac, à une dizaine de milles de l'endroit où nous devions chasser les élans, La cabane de planches qui s’énorgueillissait du titre pompeux ‘“ d'hôtel du Roi Georges, ” était un misérable abri. Cette habitation fantastique se composait d’un immense hangar divisé en deux compartiments, l’un destiné au “ Bar-Poom, ”’ le compartiment indispensable du débitant de liqueurs américain, et l’autre servant de chambre à coucher à la famille du land-lord, qui, à vrai dire, était et devait Ôtre dans ce désert l seule consolation du tavernier, un Anglais fort bien élevé, qui, d'après ce que j'avais appris, avait été jadis dans une heureuse position. La seule distraction de cet exilé était de recevoir de temps à autre un numéro dépareillé du Journal de Québec, où il trouvait des nouvelles de son pays natal, Une particularité digne de remarque, c'est que cet honnète tavernier éprouvait un orgueil sans pareil à nous montrer, à travers les vitres gelées de l'unique croisée de son parloir, quelques centaines d’arpents de terre défrichés sur lesquels s’élevaient onze ou douze cabanes informes, auxquelles il donnait le nom de village Royal]: ‘“ Douze ans avant cette époque, nous disait-il, ma colonie n’existait pas ! ”

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