‹ Le chemin de fer du Lac Saint Jean [microforme]Chapitre 42 sur 47 · ARR · texte numérisé non relu

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Sous le souffle nouveau répandu par l'esprit d'entreprise la physionomie du Saint-Maurice commençait à s’animer ; des améliorations se produisaient partout et les postes et groupes échelonnés sur la rive prenaient de plus en plus d'extension, lorsque, malheureusement, la mort de M. Phillips, l’âme de la compagnie, donna subitement un coup funeste aux opérations qu’il avait si bien commencées, et l’abandon du service de bateaux sur la rivière en fut la conséquence. Force fut alors de revenir à l’usage des canots d’écorce et des chalands conduits à la perche, deux hommes se tenant à l’avant, quand on remonte la rivière, ou de barges à fond plat, étroit, quand on la descend, en se servant de l’aviron.

En 1879, le gouvernement provincial tenta un nouvel essai pour établir la navigation à vapeur entre les Piles et la Tuque, et prolonger ainsi en été la voie commerciale ouverte par la construction du chemin de fer des Piles, cette ligne de bateaux à vapeur ayant toujours été considérée comme partie intégrante de la ligne du chemin de fer, et la tête de ce chemin devant être à La Tuque. Mais, faute de renseignements complets sur la profondeur

du chenal et les obstacles qu'y fait surgir inopinément l’action des sables mouvants entraînés par le courant, cette tentative ne fut pas heureuse. Le bateau à vapeur La Gulissonnière, construit à grands frais, ayant la forme et l'appareil d’un puissant remorqueur, avec hélice et fort tirant d’eau, put avec difficulté s'échapper de son mouillage et alla s’échouer à une petite distance de là. Plus tard, on le dépouilla de ses machines ; on coupa ses câbles et on l’abandonna à la rivière qui l’emporta, en tourbillonuant, dans la chute des Piles où il fut réduit à sa plus

simple expression.

A partir de ce jour aucune tentative nouvelle ne fut faite, pendant une douzaine d’années, pour établir un service de bateaux à vapeur surie Saint-Maurice, jusqu’à ce que M. John Ritchie, un citoyen des Piles qui a payé vingt fois de sa bourse et de sa personne pour favoriser toutes les entreprises utiles, ait eu l’idée d’inaugurer, il y a deux ans, une nouvelle ligne de batelets, des Piles à la Tuque, ces batelets ayant encore plus pour objet de servir les colons et les progrès de la colonisation que l'industrie forestière proprement dite, quoiqu’ils remplissent parfaitement ces deux fins, qu’ils soient d’un avantage incalculable pour la population des deux rives et un instrument désormais indispensable de ses progrès et de

ses communicatidns avec le reste du monde.

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du Lac Saint-Ÿean 99 EXPLOITATION FORESTIÈRE

Il faut remonter jusqu’à 1825 pour trouver trace des premiers règlements introduits pour la division en sections du territoire du Saint-Maurice et pour la coupe du bois, d’après un système régulier. Mais comme il n’y avait eu jusque là que des arpentages approximatifs, conduits indépendamment de la science, et que le pays n’était que très imparfaitement connu, ces divisions ne purent être établies avec précision ni avec méthode.

Néanmoins, c’est sous l’empire de ce régime que le commerce de bois commença à prendre un véritable essor. M. George Baptist, le fondateur des compagnies devenues célèbres de Geo. Baptist & fils, et d’Alexander Baptist, construisit, à l'endroit appelé ‘“ Les Grès,” la première scierie importante qui ait été élevée sur le Saint-Maurice.

Le rapide des Grès n’est qu’à une quinzaine de milles de Trois-Rivières, et, cependant, toute la contrée environnante était encore alors absolument sauvage. M. Baptist dut se frayer une route, en abattant les arbres de la forêt, jusqu’à l’endroit où il érigea son établissement, autour duquel ne tarda pas à se former un village considérable. Depuis, la scierie est tombée en ruines, mais la colonisation n’a pas cessé d’avancer toujours, et, aujourd’hui, elle a dépassé de bien des milles cette ancienne limite, de même que le commerce de bois, qui est devenu une immense exploitation, du jour où le gouvernement a fait faire les travaux nécessaires pour effectuer le flottage des pièces.

100 | Le chemin de fer C’est en 1852 que ces travaux ont été commencés. Le gouvernement entreprit alors une exploration complète du territoire ; il fit exécuter une division méthodique des concessions forestières, et des règlements précis pour la coupe du bois furent établis L'année suivante, on commença vigoureusement les améliorations qu’exigeait la descente des pièces jusqu’à l'embouchure de la rivière. Environ 200,000 dollars furent dépensés à la construction de glissoires, d’estacades et autres ouvrages protecteurs, aux chutes des Grès, de Shawenegane, de Grand’Mère, de La Tuque.... Chaque année successive vit ces améliorations se continuer et s'étendre jusqu'aux affluents du Saint-Maurice et à son embouchure, et l’élan imprimé fut tel qu’un bon nombre de scieries étaient construites aux environs de Trois-Rivières dès l’année 1852; une compagnie américaine, entre autres, érigeait, près de la ville même, un immense établissement, et, en moins de dix années, le capital consacré à l’industrie forestière dépassait un million de dollars. En 1867, la maison Baptist élevait une autre scierie sur une des îles à l’embouchure du Saint-Maurice et devenait bientôt le plus grand propriétaire de concessions de tout ce territoire. !

1—La 1re exploration qui eut lieu pour reconnaître scientifiquement les régions du St-Maurice ct de l'Outaouais est celle d’Ingalls, en 1850.

Cette exploration était divisée en deux partis : l’un, le parti du St-Maurice,devait partir de Trois-Rivières et remonter le St-Maurice jusqu’au poste de Wemontachingue, au 48e dégré, de là se diriger à l’ouest jusqu’au lac des Sables, sur la Lièvre, puis descendre

du Lac Saint-ean I1OI

On calcule que, dans les quinze années qui précédèrent 1885, le Saint-Maurice avait fourni plus de sept millions de billots de pin et au delà de trois millions de billots d’épinette. Les années prospères furent de 1870 à 1878, pendant lesquelles on abattit annuellement environ un million de billots. Plus tard, l'exploitation diminuait sensiblement, au point de tomber à 800,000 billots environ. Mais depuis 1892, elle a repris avec une vigueur superbe. Malgré l’abattage énorme qu’on à fait du pin, il en reste encore d'immenses quantités, mais c’est surtout l’exploitation de l’épinette qui se pratique aujourd’hui sur une vaste échelle, grâce en grande partie à l’industrie de la pulpe qui tend à prendre des proportions extraordinaires, à devenir, sur tout le continent américain, un des princ.paux facteurs de l’industrie moderne.

La production de l’année dernière, (1894) constatée officiellement, a été de 620,000 pièces d’épinette et de 240,000 pièces de pin, en chiffres ronds ; los droits de coupe, la rente foncière, ete., ete.,.... ont donné au gouvernement 69,664 dollars, ce qui suffit à le dédommager am-

celle-ci jusqu’à son confluent avec l'Outaouais. Il devait, après celà, remonter la rivière Petite Nation jusqu’à sa source, explorer le pays à l’est de la Rivière du Loup, et descendre par cette rivière jusqu’au St-Laurent.

On voulait constater s’il existait une communication par eu entre la Lièvre et 1e St-Maurice.

plement des dépenses qu’il a faites pour régulariser ct favoriser l’exploitation du bois dans ce vaste territoire. Les bois non flottables, les bois francs, de nombreuses variétés, attendent à leur tour la main du bûcheron qui les convertira en constructions de toute nature, sans compter le bois de chauffage, qui a déjà produit des centaines de mille cordes, et le bois de pruche, qui abonde principalement dans le Saint-Maurice et qui fournit, tous les ans, aux tanneries de la province environ soixante mille cordes d’écorce.

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