LETTRE XXXII
J*ai repris baleine. — Je reviens à la dissertation de mon oncle sur le meilleur et le plus convenable état de nos jours.
Je ne veux pas , m*a-t-il dit , oublier dans le nombre des beaux états , Télat politique, la députation. G*esl un bel état celui-là , et je comprends que 8*il était permis aux jeunes gens de Taborder , ce serait une noble carrière pour un jeune homme; mais attendre quarante ans , c^est trop attendre ; à quarante ans Thomme sage a fait sa fortune, rhomme d*esprit en jouit, Phomme inutile est Jugé, et rimbédUe est à sa place quelque part , à Tlnstitut ou au GonseiKd*Ëtat.
Si je t'avais rencontré plus jeune, J*aurais foit de toi un savent. La profession d^ savant est encore une de ces
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terres inconnues , voisines de l*Etdorado , une profession toute neuve , et une bonne profession encore ! Il y a à Paris une certitude matérielle, pour ainsi dire, d'obtenir tant qu*on voudra une place de sept à huit mille livres de rentes , en apprenant une dé ces langues que personne ne sait , Thébreu , le syriaque , le chinois , Tarabe et autres langues plus ou moins utiles. Vous êtes seul dans votre partie , pas de jalousie , pas d*intrigue ; vous avez dans l*état la valeur d*une de ces médailles de la Bibliothèque Royale , auxquelles personne ne touche, valeur égale pour tout le monde , qu*eHe soii en or pur ou en monnaie de billon. Timagine pourtant qu*un homme d*esprit dont le hasard aurait fait un savant de Tétat , une médaille du GoUége-de-France , aurait pu tirer un excellent parti de ce hasard; mais tu n*es plus assez jeune pour être savant , tu aurais besoin de trois ou quatre diplômes , qu*on ne te donnerait pas , parce que tu n^as pas étodiédans les: règles ; et bien certainement tu en suis plus que le plus savant de tes juges : ^ C'eiidone vaw gui nousjugerez ? comme dit Figaro I
Il récapîtulQ ainsi toutes les professions libérales , et jamaia il n'en trouvait augumqui me conyinl* -^ Mot qui cammeoce à i« connattue et quisuis habitué à le voir toi>* j«irs;pr«»céderpar le contraire, et mettre en>ai^ntlcs impossibilité» pooranivmi au possible , je le voyais venir sans ioqiiiétude , j*élais sûr qu?il avaii wbl. éta(:àimft{NNH poaeTé
-»-Toufe bien calculé ) me dil>41. enfin, il, nrya«qu*Uttétat dans le monde , c*est la finance. Être financier , ce n*est pas- être mardiand , ou p)uidt c*csi vendre de Tar , et la marchandtse est si belle qu'elle enBfbtil la:profea«
«icni. Être fiDlncier , ^lest être ub« pniisaBce morale ^ c'est être une putssaBce pelklque ; c*e8t pins que cela , on ft*élêve au-dessus de la puiesaoce , on est une florce ! L*ar^eBt!..* Fargent!^. c'est le ■onde..- c'est toni^t L'argent a tout fait en Europe , ii a été |^» loin que la création , il a reftiH la maisoii de Bourbon , il a ranlMé les morts... L'argent fiait la paix et la gueree ; il apaise ou bouleverse les villes, il détrèae les rois; c'est toufjoiirsrar'gent du Ni de Macédioîne ebanté par Horace :
Aunàn per metUtft tre sateOMâi , JBiperrumpere amatsaxa, pokmUui Ictufulmineo,
Vw brise le» eUadeUes au^si hien que la fau4re*.» il est plus puissant que la fondre, Smige à cela !... C'est la seuJe aristocratie qui soit resiée debout de toute^^ les aristocraties de ce monde. Tout paese, tout pâlit... pouvoir, beauté , grandeur, noblessa... l'argent ceete! Ouvrai d a pu acbeter à l'encan , pour en faire ua tapis à ses cbiens , les quatre morceaux de boÂs doré et le mor* ceau de velours qui composaient le trône de Bonaparte. L'argent ! c'est la vraie poésie de notre siècle. Regarde passer les frères Rotbscbild, banquiers des rois et des nations, faieaUeation I et tu verras la terre trembler so!iis leurs pas I... Fais mourir YiHèle ou fais mourir l'empereur d'Autriebe , l'empereur sera remplacé du Jour au bmd»maiiih Le lendemain de sa mort , on criera comow on criaii la veille ; f^we i'ew^ffereur I La mort de VlUèle fera soucie par u«^ oraison fUnâbre plus solennelle et plus vivace à la fus que toutes tes oraisons funèbres de Boe-
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suel, supérieure à Toraison ftinèbre pour Henriette <]*Ad* gleterre ; il y aura une baisse de trois francs pour la mort de Yillèle ; il aura l^ôraison funèbre de Targent , la seu?e oraison ftinèbre de ce monde positif. L*argenl , aujourd'hui, a remplacé Porateur, comme il a remplacé le poète... c*est Targent qui s^est chargé de dire , après la mort d'un homme , si cet homme était un grand homme. La mort de Napoléon n*a pas fait baisser la rente d*un centime; celle de Wellington la ferait tomber au-dessous . du pair; celle de Louis XVIII Ta fait hausser de dix centimes!... L*argent Pa dit!... Wellington et Louis XYlIl sont de* plus grands hommes que Bonaparte. Le cardinal Dubois n*a pas eu d*autre oraison funèbre que celle de Pargent. L*argent a applaudi à Pentrée des alliés à Paris ; on Pa consulté , il a dit : Oni , entrez î et la conquête est entrée ! G*est à Pargent qu*il faut courir d*abord : gwBrenda pecunta prtmùm! Ainsi donc , sois à Pargent ! Le métier d*argent est le seul qui n*ait pas d*entraYes ; tous les hommes savent gagner de Pargent , comme ils savent nager en naissant ; le tout est d*oser : ose donc ! sois flnancier... Le temps est bon, les fortunes se remuent, Pindenmité va circuler de mains en mains , comme circulent toujours toutes les fortunes de hasard ; il faut considérer Pinderonité comme un parvenu, comme un officier de fortune, comme un forban qui a fait une prise et qui ne la gardera pas ou qui la gardera mal. Quand Pargent court , il fait bon à être à Paffût de ce gibier-là; gagne de Pargent! Remplisses bien votre bourse y seigtèeur Roderigo ! nous sommes pour cela sous un bon ministre et sous une bonne cour. Le ministre fait de nouvelles lois d*argent chaque jour; chaque loi nouvelle est une bal*