ET DERNIERE
Oui , certes, pour long-temps adieu, Christophe. A présent je n'ai plus rien à te dire, ou plutôt je n1ose plus te parler. Me voilà devant loi dans toute ma nouvelle nature, ou plutôt dans mon nouveau mensonge, me voilà non plus tel que j'étais naguère, un innocent villageois, mais bien un savant citadin. Me voilà fait homme du monde,
moi l'enfant de notre cher Ampuy. Me voilà . te dis-je , l'élève du baron Honoré de la Bertenache , moi l'élève du frère ignorantin. Christophe ! Adieu, Christophe, tu ne dois déjà plus me reconnaître , mon frère, à tout ce que je t'ai raconté?
Que de fois j'ai été sur le point de jeter au feu toutes ces pièces écrites dans mes moments de découragement et de triomphe ! triste, triste reflet de mes craintes et de mes espérances, de mes joies et de mes douleurs?
Mais non , ces lettres sont écrites pour loi , elles t'appartiennent, il me semble que tu les as lues à peine écrites ; elles sont ton bien , tu as sur elles le droit de vie et de mort , c'est à toi à les jeter au feu, Christophe, et tu les anéantiras, en effet . si tu as pitié de ton ami.
Adieu. J ai 1 esprit malade. La tête me tourne comme le cœur. Adieu. — Un jeune prêtre du séminaire de Lyon , qui retourne dans nos montagnes , a bien voulu se charger de toutes ces lettres amoncelées , il ma promis de te les faire parvenir par une voie sûre , et je compte sur sa promesse. C'est un jeune homme. Adieu.
Nous verrons dans le volume suivant comment les lettres de Prosper Chavigni , terribles confidences d'un eiilant qui était devenu brusquement un homme, parvinrent en effet au frère Christophe par une voie sûre, comme Pavait promis le jeune séminariste de Lyon.
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