‹ Le chemin des écoliersChapitre 204 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

et mon père y ont tour à tour exercé l'état de veilleur, et depuis trente-quatre ans la clochette ne s'y est fait entendre qu'une seule fois.

— Ahl... une fois du moins!

— Oui, monsieur; et la cause de cette sonnerie unique était une chauve-souris qui avait trouvé moyen de s'introduire par les corridors. »

Hez-vous donc aux journaux !

En quittant la chambre des morts, je me sentais tout joyeux et vraiment enchanté de ma visite au vieux cimetière.

Avec Mme de \.... toujours sous sa direction, je visitai le musée Bethmann , le musée Stxdel , la cathédrale , la Bourse et le pont du Mein.

Au pont du Mein , nous eûmes la représentation d'un Charlemagne en grès rouge, haut de douze pieds, et Mme deX.-.. rit beaucoup de ses mollets monstrueux. A la cathédrale , ce qui attira spécialement son attention , ce lut une boiserie ouvragée de la lin du treizième siècle, qu'elle déclara charmante, et que je trouvai affreuse; à la Bourse, cinq grandes dames de pierre figurent l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique, l'Australie^ en cinq minutes nous eûmes visité les cinq parties du monde ; au musée Stœdel , un buste d'Albert Durer et la reproduction en plâtre des portes du baptistère de Florence , attirèrent surtout son attention.

Je m'étais arrêté devant une statue de Gœthe, non en bronze cette fois et une couronne à la main, mais en plAtre , et les bras croisés derrière

le dos, à la Napoléon. C'est une copie en diminutif de celle de . Weimar. Mme de X.... l'examina un instant, trouva la face

puissante : ■ Mais, dit-elle, on n'accusera pas celui-là d'être costumé à l'antique ; on jurerait qu'il vient de se faire habiller dans une maison de confection. ■

Évidemment, ma belle compagne, qu'à bon droit je soupçonnais déjà d'être artiste, devait s'occuper de sculpture. Gomme mon musicien de la veille, comme moi-même , relativement à Gœthe, elle ne trouvait digne d'attention dans une ville que ce qui lui parlait de son art favori. Voilà pourquoi, selon elle, je n'avais encore rien vu à Francfort. Si j'avais pu conserver un doute sur la noble profession embrassée par Mme de X..., la conviction m'en serait venue au musée Bethmann.

Là se trouve la fameuse Ariane de Danecker, sorte de Vénus marmoréenne étendue, les jambes croisées, sur la panthère antique. La belle Ariane , abandonnée par Thésée , puis consolée par Bacchus, présente un sens symbolique facile à pénétrer. Tout porte à croire que cette auguste princesse, à la suite d'un désespoir d'amour, s'était jetée dans l'ivrognerie, et cette supposition ne la po.étise guère, il en faut convenir. Danecker, en artiste habile , s'est bien gardé de trop rappeler le symbole. Il a évité de même une grande diflicultéparlapose horizontale de son sujet. DeboutjSi elle se fût tenue sur une ligne correctement verticale, elle n'appartenait plus à Bacchus ; c'était une nymphe ; appuyée sur un thyrse el VÉvoké aux lèvres, c'était une bacchante. Il n'a emprunté au divin Dionysius que sa panthère; celasuflisait.

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