‹ Le chemin des écoliersChapitre 212 sur 259 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

tirant un florin de ma poche, je le présentai à la fille, qui de soa côté me présenta la carie à payer. Le total se montait à 5 florins (10 francs 75 cenliines de notre monnaie)! En voici le détail appréciable :

Trois œufs à la coque i fr.30c.

Vin Dom Déchaû, année 1843, une bouteille. . . 10 kb

Total. . . 10tr.75c.

Et on ne m'avait compté ni le pain ni le sel, d'après les usages de la vieiUe iiospitalilé allemande!

Devant ce total j'étais resté frappé d'immobilité , dans un de ces étonnements cataleptiques que je semblais avoir empruntés à mon vieux Jean. Enlin, Je payai, en ajoutant au total le pourboire de la fille. Avis aux voyageurs qui s'aventurent à goûter les petits vins du pays. Le vin de Hocheim rivalise avec le Steinberg-Cabinet, même avec le Johannisberg, et se vend communément mille florins la pièce.

Plus riche de cette connaissance nouvelle, acquise au prix de dix francs soixante-quinze centimes, je rentrai à Mayence. Une heure après , je montais sur le bateau à vapeur.

Loin , bien loin de moi la pensée de redire après MM. Victor Hugo et Alexandre Dumas, ces grands navigateurs du fttiin,

les légendes historiques ou traditionnelles dont ses bords sont parsemés; de ce côté, garder un silence respectueux est

tout à la fois de mon devoir et de mon intérêt. Cependant , durant les intervalles de mes fonctions de garde-malade, grâce aux révélations du savant docteur Rosahl, aux confidences naïves des bonnes femmes de mon entourée , peut-être ai-je trouvé une autre piste non moins curieuse à suivre. Mais nous ne sommes pas encore arrivés à Coblentz , ea Prusse , malgré ces uniformes prussiens qui , penchés sur les parapets du quai , assistent à notre départ. De ce quai, un homme, en paletot du matin, coiffé d'un large chapeau, m'envoya, de la tête et de la main, des signes de bon voyage, signes affectueux que je m'empressai de lui rendre avec usure, jusqu'à ce qu'il porta la main à ses lèvres. Je m'aperçus seulement alors que toute cette affectueuse télégraphie n'était adressée à nul autre qu'à une jeune dame placée derrière moi.... Rouge de honte, je m'esquivai derrière le tambour des roues. Tout à coup, la machine s'ébranle, le pont frémit sous mes pieds , le rivage mayençais recule devant nous, le bateau gagne le large, mes yeux se troublent, ma poitrine se gonfle, je chancelle.... Pour la première foisdema vie j'entreprends un voyage à grandes eauxl... Gare au mal de mer I

Notes priées sub le bateau a tafeus. — Bingen, Obenvesel, elc. — Lobelei. — Encore l'Anglais pliénotsénal, — Son histoire. — Origine d'un conle de Perrault. — Grave accident. — La maison du docteur Hosabl. — L'ne apparition inattendue. — Comme quoi ie mariage est un tourment plus encore pour les garçons que pour les geua mariés.

(Notes prises sur le bateau à vapeur.) A ma gauche, des rivages aplatis se perdent dans des plaines souvent masquées par une multitude d'fles marécageuses. J'ignore si ces lies

appartiennent au grand-duc de Hesse, au prince de Nassau ou au roi de Prusse. Pour le moment, des hérons en sont les

seuls occupants. Ceux-ci , quoique doués de la vie , à ce qu'on assure, debout sur .une patte, immobiles, imitent avec une exactitude presque servile les allures engourdies, l'air digne et circonspect de leurs confrères empaillés, les seuls de ces grands échassiers que j'eusse été à mfime d'observer jusqu'alors.

La rive droite est plus accidentée. Des chaînes de collines, parsemées de villages, s'étagent le long du fleuve; on dirait ces villages copiés tous sur un modèle unique; il semble que c'est toujours le mâme, qui, plus alerte que les hérons, se déplace et se retrouve sans cesse (levant vous. Les collines y sont presque nues; une terre avare en recouvre à peine le fond rocheux. C'est là cependant que se trouvent ces glorieux vignobles du Rudesheim, du Marliobrunner, duStein-

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