‹ Le chemin des écoliersChapitre 247 sur 259 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

(ons séparés et s'agitant confusément. Ces tronçons, grâce à mon vieux bohémien, l'occasion s'offre à moi de les rapprocher, de les juxtaposer, de les recoudre les uns aux autres. Je ne la laisserai certes pas échapper!

Je fis signe à Jean de s'éloigner. Je ne répondrais pas qu'il ait été beaucoup plus loin que la -^ porte.

Resté seul avec Perrière, procédant avec plus de méthode dans mon interrogatoire, à force de questions bien coordonnées,

et auxquelles il satisfit de son ■'"

mieux,je parvins enfin (Dieu en soit louél)àdéchifrrer l'énigme, jusqu^alors indéchiffrable.

De cette énigme voici le mot. Je le traduirai en aussi peu de phrases qu'il me sera possible de le faire , sans nuire k la clarté, si indispensable après un pareil imbrc^lio.

Thérèse Perrière avait été recueillie , élevée à Bruxelles, vers sa douzième année, par Mme veuve Van Reben, sa marraine, digne femme, de mœurs un peu graves, un peu rigides, une vraie Flamande, qui n'avait pour toute famille qu'un neveu, Guillaume Van Reben, l'affreux Yankee que l'on connaît.

Son éducation achevée, Thérèse, songeant à s'en créer une ressource pour l'avenir, un état, avait prié sa marraine de la laisser partir pour Londres, où l'occasion s'offrait à elle, tout . en donnant des leçons de français, de se perfectionner dans la langue anglaise. Elle avait quitté Bruxelfes depuis un mois àpeine, que le Van Reben arriva d'Amérique, où il avait formé à Mton- Rouge, dans la Nouvelle-Orléans, un établissement qui déjà menaçait ruine. Intéressé à la perdre dans l'esprit de sa tante, dont elle pouvait lui disputer l'héritage, il donna au départ de Thi> rëse une tout autre cause que celle de professer et de s'instruire. Il ne le fit point hautement, ouvertement d'abord; c'eût été une maladresse. Il commença par répandre à petit bruit, sourdement, par lettres anonymes, ses calomnies dans le monde

puritain que fréquentait la tante , ne manquant pas de prendre la défense de la pauvre fille dès que le mauvais grain semé par lui se montrait hors de terre. Plus tard, il parut ne changer d'attitude que sous la pression de certains faits dont l'évidence flagrante ne lui permettait plus de continuer son r61e de défenseur. Mme Van Reben avait une grande afl'ection pour son neveu ,

le portrait vivant de son mari défunt; elle y ajoutait une grande confiance, prenant ses brusqueries et ses brutalités comme le témoignage infaillible d'une extrême franchise. Elle ordonna à Thérèse de revenir sur-le-champ à Bruxelles. Thérèse ne répondit pas, ne revint pas. La tante cliargea son neveu d'aller luimême la chercher en Angleterre; il partit. Thérèse n'était plus à Londres; il n'avait pu l'y découvrir. On la disait rentrée en Belgique et même cachée dans un des faubourgs de Bruxelles. Alors le bruit se répandit qu'un enfant avait été mis en terre

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