‹ Le chemin des écoliersChapitre 32 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

quiéler de mon retard. Je reprends brusquement ma boite; je vais m'éloigner.... Témoin joyeui de mes évolutions et contre-

évolutions, la sentinelle riant encore, riant toujours, jn'annonce, par un dernier geste, que ma boite et moi nous pouvons passer.

Brave soldat! au besoin, je témoignerais, main levée, de l'excellence de ton caractère comme de ton intelligence. Du premier coup d'œil, tu as deviné qu'un pur natirde Paris était devant toi, incapable d'articuler ou de comprendre un mot de ta langue caillouteuse; par la mimique tu as suppléé à la parole inutile; par la science du physionomiste, tu as su reconnaître à qui tu avais affaire, et, sans ouvrir la bouche, tu t'es montré à la fois perspicace, charitable et de belle humeur. Puisses-tu bientôt devenir caporal, et même capitaine! Si les soldats badois avaient, comme les nôtres, les grosses épaulettes dans leur havre-sac, je te souhaiterais le généralat. Certes , le grand-duché aurait alors en toi un des généraux les plus gais qu'il ait eus jamais.

Me voici donc dans le parc. J'épie un endroit favorable. Mon premier coup d'œil m'avait abusé. La journée avait été chaude; le soleil couchant conservait encore une partie de sa force; si les promeneurs ne m'étaient point apparus d'abord dans les allées découvertes, je les trouvais de tous côtés maintenant sous l'ombre des massifs.

Leur présence me gênait, je l'avoue. J'allais de ci de la, pour l'éviter. Tenus en éveil par mes manœuvres stratégiques, les inspecteurs du parc me regardaient d'un air quelque peu inquisiteur. Enfin le soleil baisse de plus en plus, les allées se repeuplent, la solitude se fait autour de moi ; je trouve un bosquet désert, un cabinet de verdure; je me dî pose à le changer en cabinet de toilette. A peine me suis-je débarrassé d'une manche . . de mon habit, un de mes argus en uni-

forme se montre tout à coup. Il pouvait se méprendre sur mes intentions; il m'apostrophe en allemand; je recommence pour lui mon histoire dans le meilleur français possible, et comme la faculté de nous comprendre nous est également re-

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