DEUXIÈME PARTIE
Taisait attendre et les religieuses , encore dans leur clottre , essajaient leurs violons en cherchant l'accord.
Hais je me demandais ce qui avait pu amener des nonnes auguslines à se faire violonistes et quelle pouvait être l'origine de cet usage étrange? . -
Non loin de mot, assis dans sa stalle, se prélassait un de mes savants amis du Casino. C'était un petit homme, court sur jambes, joufjflu, rondelet, excellent. Le matin même il m'avait fait parvenir un manuscrit fort curieux, selon son dire, mais d'une écriture tellement fine et serrée, que mes yeux clignotants s'étaient fermés d'euxmêmes devant ces bataillons de pattes de mouche.
En ce moment, comme s'il eût voulu "répondre à ma pensée, mon petit homme , du fond de sa stalle , m'adressait de temps à autre des signes explicatifs auxquels je ne comprenais mot. Il me montrait l'autel, puis un des squelettes sous sa châsse de verre.
Je me contentai de lui répondre par une inclination de tête faussement affirmative, comptant bien, à la sortie de l'église, lui demander la
traduction de toute cette inintelligible télégraphie. D'ailleurs , j'étais alors occupé à regarder une bande de chanteuses, si
jolies sous leur grand chapeau de paille qu'elles me semblaient douées d'une voix admirable.
La messe dite, je l'attendis dans l'allée de Lichtenthal. Quand je le vis, il était flanqué de quatre femmes, deux à sa droite, deux à sa gauche; je jurerais même qu'un groupe de jeunes filles , qui , par derrière , emboîtaient le pas avec lui , lui appartenaient en qualité de progéniture. Le moyen de songer à l'extraire de ce massif de femmes pour lui poser mes questions? Mais il m'aperçut, et, sans s'arrêter, sans rompre rang d'une semelle : « Eh bien, me cria-t-il, c'est la messe invisible I... la légende!... vous savez! » Et il passa avec tout son cortège.
Est-ce que je pouvais me soucier encore de. légendes, moi que l'histoire absorbait aujourd'hui tout entier?... Cependant, rentré à l'hôtel, par désœuvrement, par distraction, du bout des doigts, je compulsai la liasse aux pattes' de mouche d'un air qui lui disait : légende que me veux-tu ? pourquoi t'es-tu fourvoyée chez l'historien de Louis-Guillaume ?
Cependant, peu à peu, mon regard s'arrêta plus attentivement sur ces petites lignes noires presque indéchiffrables. Le héros de ladite légende était un parent, un contemporain de Louis-Guillaume, son élève à la guerre, peut-être son filleul ; il se nommait Guillaume comme lui; bien plus, je trouvais là l'explication des religieuses violonistes et l'histoire d'un des squelettes de Lichtenthal; enfin, il y était question de ma folle Sibylle-Auguste ! Toutes ces raisons réunies me déterminent à rapporter ici :