TROISIÈME PARTIE. S
moelleuse et la mieux suspendue. Huit jours auparavant, j'ei
serais descendu brisé et courbaturé. Je commençais à me faire une musculature de voyag^eur.
D'ailleurs, mes regards, a^éablement distraits, embrassaient une succession de collines verdoyantes, coupées par de nombreux ruisseaux; ces ruisseaux formant de petites cataractes, divisés en minces filets pour les besoins de l'irrigation, après avoir clapoté au soleil, ou s'être glissés sous l'herbe comme un réseau de rubans argentés, aboutissaient à de profondes rigoles creusées de l'un et de l'autre côté de la route. C'était charmant; mes jeux se régalaient, et je ne songeais guère & ma banquette de bois.
Ce dix minutes en dix minutes, nous traversions un village; la population tout entière, dehors ce jour-là, paraissait excessive par rapport au nombre des maisons. Je le présume, les ianfares d'Achern avaient appelé sur notre passage les habitants des autres hameaux cachés derrière les collines. Nous cheminions au milieu d'une foule compacte et curieuse qui nous regardait et que nous regardions avec un joyeux étonnement. Nous nous passions mutuellement en revue.
Les paysans ici n'ont plus rien de ceux des environs de Bade et de Carlsruhe ; ce sont déji les paysans de la forêt Noire , arec leurs culottes de velours, leurs amples gilets et leurs cha-
peaux à larges bords. Soit en rh.onneur de la MuHk-Fal,so'H de quelque autre fête plus orthodoxe, tout ce monde était endimanché, les femmes surtout. Les vieilles, pour la plupart, portaient un petit bonnet garni de paillon et serré aux oreilles; les jeunes allaient nu-tête, les tresses pendantes et les rubans flottants. Au milieu de cette multitude de têtes blondes , alignées sur le bord de la route , les gilets rouges des hommes apparaissaient comme des coquelicots dans un champ de blé.
Ce que je vis de fauves chevelures ce jour-là ne peut se nombrer, même approximativement. Avec ce que produit l'Allemagne dans ce genre, j'en suis certain, on pourrait entourer le globe terrestre d'un cercle de tresses blondes, écliptique dorée bien digne de marquer le cours du soleil.
Nous traversâmes ainsi les villages d'Ober-Achem, de Furschenbach , d'Oltenhofen , -etc. Comme c'est tout en roulant que j'inscrivis ces noms sur mon calepin , les cahots du voiturin ont bien pu les estropier quelque peu.
Après deux heures de voiturin, trois quarts d'heure de marche pour gravir les montagnes, nous nous arrêtons dans un petit bois, le parloir, l'ofrtum, l'antichambre du lieu prin-
cipal. C'est là que chacun semble s'être donné rendez-vous; on s'y cherche , on s'y appelle , on y fait entendre tous ces cris