‹ Le chemin des écoliersChapitre 40 sur 245 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

rière, la fille de mon brave bohémien, cette gentille Thérèse à qui je portais des gâteaux lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant; cette belle lillette que, douze ans auparavant, j'avais vue débiter ses fleurs devant la maisonnette du Trou-Yassou. Je ne pouvais revenir de ma surprise; c'était Thérèse! Voilà pourquoi il m'avait semblé la reconnaître; mais douze ans, à cet âge, amènent tant de changements, et de si heureux !

La connaissance renouée, je me souvins alors des dernières questions adressées par moi au père Ferrière à son sujet, et des réponses pleines de réticences de celui-ci. Me posant le plus adroitement, le plus courtoisement possible en juge d'instruction, donnant à ma curiosité une honnête apparence d'intérêt :

.c Gomment vous trouvez-vous ici? dis-je à Thérèse; êtes-vous mariée?

— Non.

— Êtes-vous veuve ?

— Non. Et elle rougit.

— On vous appelle madame, cependant î

— Envers toute maîtresse d'hôtel, cela est d'habitude.

— Cette marraine qui vous avait recueillie.... vous voyez que je suis au courant de votre histoire.... estelle donc morte?

— Non ; Dieu merci, elle se porte bien.

— C'est donc à Carlsruhe qu'elle demeure?

— Non; à Bruxelles.

— Alors, pourquoi l'avez -vous quittée? Pourquoi?... »

J'allais poursuivre mon inconvenant interrogatoire, quand, à l'arrivée d'un nouveau voyageur, elle me laissa là, brusquement, en me disant : « A ce soir ! »

Après avoir, comme je l'avais promis à ma boîte de fer -blanc, fait une longue visite au petit bois, notre voisin, le soir venu, je me retrouvai encore avec ma charmante Thérèse, dans ce même salon aux registres, aux clefs et aux sonnettes.

De son propre mouvement, elle ordonna aux domestiques de ne pas venir nous troubler. Cela n'étaitil pas du meilleur augure ? aussi , plus convenable cette fois, je la laissai reprendre d'elle-même notre conversalion, si fâcheusement interrompue; mais, tout d'abord, elle me parla de son père, que je venais de voir, multipliant tellement ses questions sur lui qu'il semblait que j'eusse dû passer ces douze dernières années dans sa société intime: elle me parla longuement aussi de sa mère, que j'avais connue; puis vinrent avec une incroyable surabondance les souvenirs de Belleville et du Trou-Yassou, et, malgré les efforts que je fis ensuite pour détourner le courant, M. et Mme Ferrière, le cheval , la maisonnette, le berlingot, le champ de roses, le petit chien borgne, les deux poules et même ma boîte de fer-blanc, furent seuls le sujet de notre long et mystérieux entretien.

Mes compagnons de table, tous plus ou moins épris de la maîtresse de céans, comme cela se pratique d'ordinaire dans les pensions bourgeoises lorsque l'hôtesse est jolie , parurent fort intrigués de mes tète-à-téte avec elle. On m'en plaisanta durant le souper, auquel elle n'assista pas; mais je restai invinciblement sur la plus stricte réserve vis-à-vis d'eux, n'ayant jamais eu pour habitude de compromettre les femmes.

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