‹ Le chemin des écoliersChapitre 67 sur 245 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

ses yeux fixés plus souvent sur les saintes martyres de la chapelle d'Alt-Schloss que sur des Vénus grecques. Sa parole était engagée, il se résigna, et, deux jours de suite, on vit Burkardt Relier rentrer chez lui, la nuit close, après avoir traversé les bois de Kuppenheim. Il venait de faire la cour à sa verlobte.

«1 Le lendemain, son valet, le sachant curieux de toute ancienne construction , vint en hâte lui annoncer que des bûcherons, en déracinant un vieux arbre dans une partie de son domaine, y avaient mis à nu une voûte de pierre, enduite d'un ciment tellement dur qu'à peine si les racines séculaires avaient pu Fentamer. Au faîte de la voûte, Relier fit pratiquer une ouverture par laquelle il descendit armé d'une torche. Il était dans un petit temple, d'ordre dorique, au milieu duquel se dressait une statue de marbre ; cette statue, par sa perfection artistique, semblait porter la signature de Phidias.

« Tout ce que, depuis, on a entrepris de fouilles, de déblais, de grattages, pour débarrasser de leur cangue de lave les ruines de Pompéi, il l'essaya, pour rendre à l'air et au jour son inespérée conquête. Durant ce travail, qui dura un mois, l'artiste enthousiaste ne se sépara pas un instant de la blanche fille de Phidias, prenant soin lui-même de faire disparaître les souillures imprimées par les siècles et l'humidité sur sa peau marmoréenne. Cette œuvre ingrate terminée, il put enfin contempler sa déesse dans son magnifique ensemble ; puis il étudia, il analysa une à une ses perfections de détail; et il s'oubliait auprès d'elle, mais auprès d'efie il oubliait aussi Mlle Ruppenheim, ce qui devait lui porter malheur.

« Or, le temps n'était pas loin où, en Allemagne, les soldats du Christ, après des luttes incessantes, étaient parvenus à soumettre les derniers partisans de Tentâtes et de Jupiter. On assurait que quelques obstinés païens, échappés au baptême, pratiquaient encore dans les cavernes de la forêt Noire le culte des faux dieux de Rome. Les tribunaux vehmiques, créés par Gharlemagne, n'avaient pas cessé de comprimer dans le pays non-seulement les écarts de la politique, mais aussi ceux de la mythologie.

a Le prévôt de Kuppenheim présidait un de ces tribunaux. L'injure faite à sa fille ne devait point rester sans vengeance.

a Un jour, on trouva le temple renversé et la fille de Phidias mise en pièces. Au milieu des débris, Relier était étendu, percé au cœur d'un poignard ; sur ce poignard se trouvait le sceau des francs-juges. Les francs-juges ne se déchargeaient pas de leur responsabilité sur le démon; ils cachaient leur main, mais ils signaient leurs œuvres. »

En résumé, la tradition légendaire a fait du pauvre Burkardt Relier un libertin ; la chronique en a fait un impie. Selon moi, ce fut un martyr, le martyr de l'art antique au moyen âge, un précurseur de la Renaissance. Que rhistoire recueille son nom !

Quand Junius sortit de la Trinkhalle, sa dernière goutte de petit lait sur les lèvres, notre savant du Casino en était justement de son récit au moment où les francs-juges y interviennent. Je me gardai de l'interrompre, mais, dès qu'il eut terminé : « Les francsjuges, m'écriai-je avec un regard sarcastique à l'adresse de Junius, ont donc siégé dans ce pays'/ Ils occupaient donc les souterrains du Château-Neuf, puis-

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