‹ Le chemin des écoliersChapitre 72 sur 245 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

jeûner, expédié lestement, on décida une excur^n dans la montagne. Nous fîmes venir une voiture, et fouette, cocher!

Une route délicieuse nous conduisit d'abord au village de Geroldsau. Là, sous un riche massif d'arbres, nous rencontrâmes un groupe de beaux enfants se faisant une parure des fleurs qu'ils venaient de cueillir. Cette vivante image du printemps rafraîchissait l'âme. Je croyais voir notre peintre et notre littérateur s'extasier devant ce tableau. A eux deux, ils firent un calembour par à peu près ; ce fut tout.

Mettant pied à terre , nous longeâmes les pentes d'une jolie vallée, encadrée entre les rives du Grobach et de hautes collines couvertes de sapins, pour aller visiter une cascade célèbre dans le pays, et qui nous sembla ne devoir sa réputation qu'à son bon

voismage.

Ici, le touriste, s'il prend des notes, doit tout examiner de près avant de décrire.

Non loin de la cascade , voyez-vous , à travers sa poussière humide , se dessiner un château fort en ruines, avec ses créneaux, son vieux pont délabré et ses tourelles, dont la plus haute est surmontée d'un télégraphe ?

Comment ce télégraphe, retiré du monde, est-il venu s'enterrer au milieu de sapins incomparablement plus élevés que lui? C'est que château fort , tourelles et télégraphe ne sont qu'une moquerie de pierre , une illusion de bois et de granit. Franchissez la cascade, abordez la réalité , vous trouvez un rocher, surmonté d'une croix; c'est le rocher des Bcquilles (Krùckenfels).

Sous ce nom devait se cacher une légende; notre

cocher, qui nous avait servi de guide, originaire de Geroldsau, la connaissait. La voici dans toute sa simplicité :

« Un vieux mendiant, estropié des jambes, appuyé sur ses béquilles, se rendait de Zollsberg, oùil venait de faire sa quête, à Geroldsau, lieu de son habitation. Vers le soir, épuisé de fatigue, il se reposa contre un arbre dans les environs de la cascade, et ne tarda pas à s'y endormir.

« Quand il se réveilla, la nuit était venue, et sur le rocher, éclairé d'une étrange lueur, une troupe d'hommes et de femmes dansaient en rond. 11 pensa d'abord n'avoir devant lui que bûcherons et bûcheronnes, charbonniers et charbonnières de la forêt, se démenant pour combattre la fraîcheur de la nuit, et les apostrophant à haute voix, il leur demanda sa route, car un reste de sommeil lui troublait la mémoire.

ce Ceux-ci (c'étaient des sorciers), furieux de se voir interrompre au miUeu de leurs cérémonies mystérieuses, saisirent aussitôt les manches à balai qui leur avaient servi de monture et se précipitèrent en tumulte sur le profane. Aux manches à balais, le pauvre infirme opposa quelques instants une de ses béquilles pour se garantir de leurs coups ; mais sa béquille cassa. Bien inspiré alors, il demanda aide et assistance au Christ, et ramassant un des fragments de sa béquille brisée, il le maintint, comme branche de croix, sur son autre béquille, restée intacte.

« Devant cette croix improvisée, les sorciers reculèrent en poussant des cris ; notre homme profita de leur mouvement de retraite pour consolider, au moyen d'un brin de genêt, son instrument de délivrance, et, le brandissant devant lui, oubliant que ses jambes

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