‹ Le chemin des étoilesChapitre 26 sur 104 · DURANT L'EXIL · texte numérisé non relu

DURANT L'EXIL

0 Mer, ne clame plus tes immortels sanglots !

Sur tes bords apaisés la \oilà revenue,

Celle que ni pitié ni vœux n'ont retenue

Et jtour qui, sous le faix des pleurs, mes yeux sont clos.

L'Orient qui flamboie aux crêtes des îlots, L'air dont le frais baiser plisse ta gorge nue. Les rocs ardus, les cieux lointains l'ont reconnue Et mêlent leur caresse à celle de tes flots.

Surhumaine douleur! Dans mon cœur solitaire, Je porte, seul, le deuil immense dont la Terre Suivrait Vénus rentrant dans son berceau nacré.

Que ne puis-je, vivant et perdu dans tes ondes, Exhaler à jamais, dans tes voix plus profondes. Tout ce que j'ai d'amer et de désespéré !

Las du fardeau que porte en soi chaque journée ; Au labeur odieux résolu de surseoir, J'avais quitté la ville et, seul, j'allais m'asseoir Sur la grève où pleurait la Méditerranée.

Comme sur un autel, sur l'onde promenée, Montait du couchant d'or l'âme errante du soir. Tel un souffle léger monte d'un encensoir ; Tel un dernier parfum d'une rose fanée.

Votre image y passa sous mes yeux grandissant, Comme du tabernacle, un Dieu dit-on descend Pour le festin cruel que le prêtre prépare.

Et, votre souvenir, gonflant mon cœur amer. Je songais que pour vous, il est une autre mer Et que l'immensité par deux fois nous sépare !

DURANT l'exil. 43

0 lointaine, ô riante, ô trop chère maison. Où tout respire et dit ta beauté souveraine, Palais dont la splendeur est toute dans sa reine, Que ne puis-je à tes murs borner mon horizon !

0 jardin dont la rose est de toute saison — Car sa pourpre fleurit à ta lèvre sereine — Maison, jardin, vers qui mon souvenir m'entraîne, Vous faites à mon cœur une douce prison.

Car il est resté là, dans un coin solitaire. N'osant battre de peur de trahir son mystère. Attentif et tremblant ù chacun de tes pas,

Douloureux et jaloux de tout ce qui te touche, Enviant jusqu'à l'air qui passe sur ta bouche... Si tu l'y découvrais, ah ! ne l'en chasse pas !

La chanson de la I\Ier conseille dans l'oubli Qu'à ma voix aujourd'hui nulle voix ne réponde; Que ma plainte s'étouffe à la plainte de l'onde, Comme celle d'un mort sous l'onde enseveli ?

Que la paix du linceul me couvre de son pli ! Je n'ai plus rien à faire aux choses de ce monde, Si celle que j'aimais d'une âme si profonde Ne se rappelle plus sous quel mal j'ai pâli.

J'avais fait cependant ma parole bien douce, Sachant ce qu'on souffrait quand sa main vous repousse. Et je croyais enfin mon amour pardonné !

J'avais pourtant, rêvant à ma peine sans trêve, Dans ta seule pitié mis l'orgueil de mon rêve Et ne voulais que vivre à tes pieds prosterné!

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Apro hiver, ne \iendras-tu plus, Fouettant de neige la brume, Tordre au vent et gonfler d'écume La bouche amère des reflux ?

Et lancer, à coups résolus, Comme un marteau qui bat l'enclume, La vague à la grève qui fume Avec des sanglots superflus ?

Que vers la terre maternelle, Tendant la blancheur de son aile.

L'alcyon s'y pose un instant;

Que, fuyant la mer inclémente, Celle pour qui je me lamente Revienne où mon espoir l'attend !

C'est à l'heure suitoul où, (riin reflet vermeil L'Aube aux ailes d'ibis voit se rosersa plume, Où, comme un feu de joie, à l'horizon s'allume L'immense espoir de tout ce qui chante au soleil !

A cette heure où le ciel renaissant est pareil A l'or doux et voilé d'un encensoir qui fume, Que, sur mon cœur meurtri retombe l'amertume De n'attendre plus rien de l'immortel réveil.

Que m'importe le jour dispersant dans la nue

L'amour de la lumière au zénith revenue!

Où les yeux ne sont pas c'est la nuit dans mes yeux.

Sous son beau pied d'enfant, le Matin, comme un fleuve,

Fait jaillir la tristesse où mon âme s'abreuve

Et dont l'eau morte coule entre des bruits joyeux!

LE RETOUR

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