MIRAGE
Dans l'onde dormante des âges, Reflet du ciel au flot resté.
Flotte l'ombre des doux visages Qu'immortalisa la beauté.
La longue chevelure d'Eve Et d'Hélène le front charmant, Ainsi qu'au lac profond d'un rêve, S'v mirent éternellement.
LE RETOUR. 40
Bérénice y sourit, encore Et le regard d'or de Tliisbé, Comme une pèche de l'aurore, Y demeure à jamais tombé.
Portia, la belle Romaine, De son teint y sème les lis Et Lesbie en pleurs y promène Ses traits par les baisers pâlis.
Et, comme en un livre on \ient lire Le regret des fastes passés, Leurs noms qu'a consacrés la lyre Jamais n'en seront effacés.
Pourtant leur beauté proclamée Par l'écho d'immortels concerts Ne saurait pas être nommée Près de la beauté que je sers.
oO LES ADORATIONS.
0 toi dont le charme dépasse Tout ce dont les yeux sont charmés, Tout ce que le temps et l'espace Ont eu de trésors enfermés !
0 toi dont la splendeur est telle Que, par un penser surhumain, On te prend pour une immortelle Qui des cieux perdit le chemin I
0 beauté qui fait mon supplice, Je veux qu'en ce miroir llottant Près de ton image pâlisse L'image des belles d'antan ;
Et, qu'en cet océan du rêve, Se reflète ton front vainqueur, Comme la lune qui se lève Parmi les étoiles en chœur.
LERETOUR. ol
PEINES DISCRETES
Craignant que de ma plainte, un jour, Sa sérénité soit blessée, Je ne dis plus mon triste amour Qu'aux choses sans voix ni pensée.
Quand aucune étoile ne luit Sur le bois où l'oiseau prélude.
C'est au ciel désert de la nuit Que je conte ma solitude.
Près de la source où les roseaux Tremblent sous la brume glissante.
Dans le miroir vide des eaux Je pleure son image absente.
Au roc dont éternellement La vague mord le flanc sauvage Je répète aussi le tourment Dont mon lent amour me ravage.
De ces amis de mes douleurs Le silence même a des charmes, Et c'est à la rosée en pleurs Que, seule, je montre mes larmes.
LE RETOUR. "J3
ALLEGRO MÉLMCOLIQUE
J'ai pris ton chemin pour chemin Sans chercher vers i|uel l)ut il mène.
A travers la mêlée humaine, J'ai pris pour seul guide ta main.
Tout le temps que je t'ai perdue, J'ai marché dans l'obscurité ; Le soleil est ressuscité Sitôt que tu me fus rendue.
L'image immortelle du Beau M'apparut un jour sur ta face.
Sans que rien de mes yeux s'efface, Je la suivrai jusqu'au tombeau.
LE RETOUR