SUR LE VIEUX BANC
à Lucien Beaujcu.
La mousse s'épaissit et le lichen s'écaille Sur le lourd mur rugueux, affaissé par son poids. Oui jette en plein soleil une ombre où je travaille ; f écris ou bien je lis ; ftous sommes au doux mois Où le ciel automnal de turquoise s'émaille ; Elle arrive et s'assied sur le vieux banc de bois Dont le dossier s'appuie à l'épaisse muraille ; Plus richement pourprés que les manteaux des rois. Une vigne a jeté sur la rude rocaille Des plis pareils à ceux qui drapaient les tournois ; Un rameau, par instants, sous un oiseau tressaille; Silencieuse elle a quelque jleur dans ses doigts. Penchant pensivement son profil de médaille;
Et parfois, quand son front se relève, je vois Ses yeux bleus lumineux sous son chapeau de paille. Nous demeurons ainsi, pleins de muets émois. Tant que la clarté rose à l'horizon défaille , Et que, dans des rayons plus blancs et plus étroits. L'azur du ciel se change en paisible grisaille ; Les lointains chats-huants se disent leurs effrois ; Le semeur d'astres d'or commence sa semaille ; Ne voyant plus ses yeux, j'écoute alors sa voix. Et mon bras lentement glisse autour de sa taille.