‹ Le chemin le plus court (volume 2)Chapitre 33 sur 38 · UN JOUR NEFASTE · texte numérisé non relu

UN JOUR NEFASTE

Mais avant d'écrire ce chapitre, nous en avons un autre à placer, pour ne plus avoir ensuite à interrompre notre récit : c'est un errata fait par quelqu'un que nous aimons, et dont l'esprit' est pour nous un juge sans appel.

Errata.

\° Au commencement du premier volume, — vous avez mis deux fois somno comme une chose élégante, — en quoi vous vous êtes trompé.

2° Et clavecin; — mais dites-moi un peu , où avez vous vu des clavecins? — Moi, j'en ai vu dans mon enfance, chez une vieille dame qui en jouait; — les touches étaient noires et les diezes blancs. — Il est ridicule de dire clavecin , quand surtout on est, comme vous, -fils 'd'un piano distingué.

3". Qu'est-ce que présenter ses civilités'.' — A qui est-ce qu'on préirnle sèS virilités, a moins que ce ne >oit en province?

4" Je n'aime pas les femmes qui font la cuisine, — surtout en

souliers do satin ; elles doivent avoir lès pieds places, et, par conséquent , le nez rouge : — la seule cuisine que Sfl permettent les femmes est la fabrication des confitures, et encore a-t-on ensuite les ongles perdus pendant (dus de huit jours.

.. • < Mi parle trop (je bottes.

6" Les femmes approuveront l'idée de donner à Genevièvele meilleur cordonnier, — pane que des souliers ne sont jamais ni assez chers ni assez bien laits; — mais (ouïes se inoqueroii! de fà meilleure couturière, vu que les plus élégantes même ne font faire qu'une seule robe à l'alnivre, pour avoir un modèle.

A ceci nous répondons : 1

2° Nous détestons le mot pt'ano, qui ne veut rien dire et n'est que la moitié du nom de l'instrument, tandis que clavecin a un sens et sonne mieux; — nous avons va des clavecins, et nous en avons brûlé un pendant un certain hiver.

■i" C'est une histoire que nous racontons, et nous

n'inventons pas.

fi° C'est Léon qui s'occupe de la toilette de sa sœur, et Léon et moi sommes assez ignorants sur ces choses: d'ailleurs, il n'y a que les L'eus riches qui savent et qui peuvent faire Ai • e< momies, et Léon n'avait pas, le moyen d'être économe.

— Est-ce tout?...

— Ah I bien oui...

.Nous ajouterons , de notre chef, que nous avons écrit, au commencement de la deuxième partie, «une pipe d'écume;» tout le monde tarie de pipes d'écume île mer, — tout le monde dit une sottise comme nous : il faut dire des pipes de kummer, du nom de l'inventeur de la pute dont ces pipes sont faites.

Et encore :« autant que peut être charmante une femme dont op a été l'amant.» Ceci est une pensée un peu trop particulière;

— il y a deux classes d'hommes qui professent l'opinion contraire :

— les lycéens et les anciens beaux de quarante-huit ans qui grisonnent. — Les lycéens érigent en Dianes chasseresses les diverses déliions, cuisinières et bonnes d'enfant, auxquelles est le plus souvent réservé ee qu'il y a de plus grand dans la vie : le premier amour d'un jeune homme; — les hommes de quarante-huit ans disent, avec une voix de basse-taille, et un vieux sourire de fatuité :

— « Je l'ai connue bien belle; — elle avait un beau corps : c'était une Vénus. »

Un jour Léon était sorti le matin , en djsant à Geneviève : — Je rentrerai de bonne heure et je rapporterai ce que le médecin a commandé. — Et, pour la première fois, il l'avait laissée sans argent : Léon n'en avait plus du tout; mais c'était le jour de leçon d'une de ses écolieres dont le douzième cachet ayajt été donué à la leçon précédente , et, selon l'usage, elle devait le paver ce jour-la.

Comme il donnait la leçon, on annonça M. Rodolphe de Redeuil. Rodolphe entra, baisa la" main delà jeurtê daine , et salua Léo, 1 d'un air de protecteur si impertinent, que Léon eut beaucoup de peine à trouver un salut qui le lut un peu davantage. Léon était dans la maison sur le pied d'homme -payé; Rodolphe, eùt-il été l'ami de Léon, n'aurait pas ou le courage de l'avouer en semblable circonstance ; mais tous deux , chaque l'ois qu'ils se rencontraient , ne négligeaient rien pour s'adresser des paroles à demi désagréables'; Ro'dolphe, moins spirituel que Léon, malgré la supériorité de sa position dans laquelle il se retranchait, n'avait pas souvent l'avantage sur son adversaire, et sa colère contre lui s'enveuimait à chaque rencontre.

— Monsieur de Redeuil , dit madame de ltréan , me permettrezvous de continuer ma leçon? ,.,,„•,

Léon se sentit muge : c'était demander a Rodolphe s il lallait le renvoyer, lio,|olphe" s'inclina sans parler; mais', avant sa réponse', l.eon avait repris sa place au piano et avait donne le ton * madame de Dréan. Elle chanta un mon, au. après lequel Léon lui d'il : — Ce n'est pas bien. Rodolphe se leva et dit : — C'est r*> is-

Léon, à son tour. Ceignit de ne pas l'entendre et fit voir à madame de Dréan en quoi elle avait uiauqu, ; seulement) comme la manière dont Rodolphe avait fait son uoiupliment était plus que

r.RNEVïfiVE.

ht

désobligeante pour lui, il ajouta : — Il v a des gens qui trouveraient ce|a bien, mais vovis êtes asseï heureusetBMflt douée pour ne pas vous arrêter à un à peu près vulgaire et <Je mauvais igout.

Madame de l>i. mii demanda à Rodolphfl s'il ôUil musicien ! il répondu Sun, j'ai depuis un an un pauvrt maître de piano qui fait tous les ipurs une lieue dans la boue poar «ni* me

Sonni r Ie« on que e ne prends presque jamais; seulement j ai

imaginé, depuis quelque temps, de lui faire jouer quelques aré-le ries sur le piano, je lui dorme son cai net, él il s'en va

— Pauvre .ii.-ii. <•. ,-u effet, murmura Léofa, d'être obligé do supporter cela.

— Nous devriez imiter mon exemple, dit Rodolphe; M. Lauter a un joli talent sur le violon', ci la vous amuserait.

— Je connais , dit madame de Dréan , le talent de M LamV

a mi la bonté êe se raire entendre à nia dernière soirée où il à bien voulu venir

l>on remercia madame de Dréan dan- son cœur, Rodolphe se mordit les lèvres, madame de Dréan ajouta : — Pourquoi n'ètesvous pas venu 1

— Je n'aime pas la musique , répondit Rodolphe , et votre billet m'avait averti que votre soirée était tonte musicale; d'ailleurs, j'avais promis à...

— Léon l'interrompit par un prélude sur le piano et dit : — Voulez-VOUS, madame, que nous redisions cette si vieille chanson que v,ms aune/'.' In nuage de eolere passa sur le front de Rodolphe. — Madame de Dréan se leva et commença a chanter :

quel est aujourd'hui le pi emiei

J'ai dit aux échos de la plaine Tout ce qu'on dit en pareil cas; Que vous êtes une inhumaine, Que je n'attends que le trépas... Mais, outre que c'esl bien vulgaire, Tant parla' esl d'un indiscret :

Ne -eraii-ii pas temps, ma chère, Puisque j'ai dit ce qu'il (allait, \ di - choses qu'il faille taire D'en venir un peu, s'il VOUS plaît?

Mais quel joli bouquel frissonne Sur votre sein, mon bel amour ?

Vvez-vous doneque pour patronne, i ,i sainte qu'on fête en ce jour?

Non, n ce n'est pas votre fleje .

Dites-vous? — Cet heureux bouquet, Dans une place si coquette, Me l'ait croire, — envieux regrel !

Puisque ce n'est pas votre fête, Que c'est la Tète du bouquet.

Pendant que madame de Dréan chantait , Rodolphe , le coude sur le piano, la tête penchée, lui lançait de tous ses regards- le plus irrésistible. Léon lui dit : — Pardon , monsieur , votre coude sur le piano lui ôte beaucoup de son.

La leçon était finie, mais Léon ne voulait pas, devant Rodolphe, faire comme le pauvre diable de maître de piano auquel celui-ci donnait son cachet, et qui s'en allait : — d'ailleurs, ce n'était pas ainsi qu'il avait coutume d'en agir chez madame de Dréan. Léon était assez bien élevé et assez homme du monde pour qu'on fût généralement enchanté de le traiter d'une manière convenable.

J'en excepte quelques personnes qui , dans leur culte pour l'argent , ne croient jamais de bonne foi que ce qu'on donne pour de l'argent , quelque précieux que ce soit , vaille réellement l'argent , et se croient toujours les bienfaiteurs de ceux auxquels ils donnent de l'argent, quelque peu qu'ils en donnent et quelle que soit la valeur de ce qu'on leur donne en échange, — car, après tout, disentils , ce n'est pas de l'argent.

Il n'y avait donc rien d'étonnant a ce que Léon , sa leçon finie, prît un siège et restât à causer. 11 n'est rien de désagréable pour un homme, comme d'être surpris par un autre homme à faire des roulements d'yeux : — c'était le chagrin que Léon avait donné à Rodolphe, quand il l'avait prié poliment de ne pas mettre son coude sur le piano. Madame de Dréan parla musique, Rodolphe dit plusieurs sottises.

léon. — En France , on entend singulièrement la musique : — la musique se prend comme une fièvre intermittente. Pendant cinq ou six ans, on ne s'en occupe pas, puis tout d'un coup elle revient à la mode; alors tout le monde l'aime , tout le monde en parle, tout le monde s'extasie et se pâme. Et les jeunes gens vont crier dans les stalles du théâtre Italien : — Bravo. Roubïne ! Rrava . la (irise pendant que Rubini et Grisi chantent , et de façon à ce que ni eux ni les autres ne les entendent. Il est malheureux qu'on soit arrive à faire un ridicule de la plus belle chose qui soit, du plus divin des arts, de la musique ; et que , faute de pouvoir sentir dw gnement et apprécier la musique, on se pare d'une admiration grotesque dans .von exagération pour divers funambules auxquels on rend mille fois plus d'hommages qu'aux grands génies dont ils chantent les ouvres.

RODOI l'iu . — Monsieur Lauier, i

des jeunes violonistes '.'

il était impossible de faire une question plus cqalveillanti tait dire a Léon : — Je ne vous compte pas, vous , petit talenj de second ordre. — Léon comprit l'impertinence el répondit fro

dément :

— (1 esl moi , mon ieur.

Rodolphe cru) répliquer par un -oui ire jropi |i}e. Hais madame de H: eau , presque malgré elle, dit : Bravp , monsieur Lauter! —A

propos, dit-elle en se reprenant, parce que vous pi /. un lai, ait eharmanl, Ce n'est pas une raison pour que je pe voie, paie pas VQ

çons; car, vos i s' payées, jt vous suis encore pien reçopn

santé de me les donner.' — Je mus votre ilelulnee depuis la dernière li eon. — \ OUS avez nies eaehets, n'est-re pas'.'

Léon 'avait pl'lS les eaehets le matin et les a\ait comptés quatre

l'ois pour être bien sue de n'en pas oublier, et ne laisser au sort aucun moyen d'en retarder le paiement, el avant d'entrer chez madame Dréan, il avait nus la main sur sa poche pont -'assurer encore qu'ils v élaient; mais l'idée de recevoir devant Rodolphe l'argent de ses leçons lui apparut insupportable, il dit a madame de Dréan qu'il n'avait pas ses cachets.

— Mais je n'eu ai pas besoin, vous me les rendrez un autre jour; je sais parfaitement que je vous ai donné le douzième la dernière fois que vous êtes \ .11 u . je vais vous donner votre argent. El elle s'approcha d'un secrétaire.

De l'argent! il y avait là de l'argent, si près de Léon; de l'argent qu'on lui devait , qui était à lui, qu'on allait lui donner, qu'il allait toucher, tenir dans sa main, dans ça poche; de l'argent qui, sous un si petit volume, renferme tant de plaisirs, tant de bonheur, tant d'indépendance, tant de larmes essuyées, tant de puissance î

Et il dit : — Non, merci, vous me le donnerez une autre fois, cela m'embarrasserait aujourd'hui.

L'embarrasserait ! le pauvre garçon ; ne dirait-on pas que ses poches sont remplies d'ar-ent ! — Héîas ! ses pauvres poches sont vides et béantes : — s'il n'a rien laissé à Geneviève en partant, c'est qu il ne lui restait rien-

— Et votre mariage? dit madame de Dréan à Rodolphe.

Rodolphe. — Quel mariage?

madame de mu ni. — Ne disait-on pas que vous deviez épouser mademoiselle Chaumier !

Rodolphe. — Mademoiselle Chaumier? — Qu'est-ce que mademoiselle Chaumier ?

léok. C'est ma cousine, monsieur, et la fille de mon oncle, M. Chaumier, chez lequel vous avez dans le temps prié M. Albert Chaumier de vous présenter.

madame de dréan. - On dit mademoiselle Chaumier très jolie. Rodolphe. — Elle n'est pas mal.

madame de dréan. — Vous ne pouvez nier qu'il ait été question de quelque chose entre elle et vous; plus de dix personnes m'en ont parlé.

Rodolphe. — Elles se trompaient.

léon. — Sans doute , car c'est une chose dont M. de Redeuil se vanterait au lieu de la cacher.

madame de dréan. — U parait que la chose a manqué et que vous en avez gardé de l'aigreur.

Rodolphe. — Moi, —jamais , — non; la petite personne n'avait pas assez de fortune pour moi.

madame de dréan. — Il y a des choses qui valent bien la fortune. léon. — C'est précisément de ces choses-là que M. de Redeuil n'aurait pas eu peut-être assez pour ma cousine Rodolphe. — C'est elle qui vous l'a dit, monsieur? léon. — Non , monsieur , je ne l'ai jamais entendue parler de vous.

madame de dréan. — Enfin , d'après ce qu'on disait, vous aviez fait la demande. , .

Rodolphe, du ton le plus fal et le plus impertinent , comme s il était absurde qu'on pût supposer qu'il s'occupât sérieusement d'une demoiselle Chaumier. — Non.

léon. — Monsieur est prudent.

Rodolphe. — Monsieur ne l'est guère.

1 1 on. — C'est faute de croire au danger. madame de dréan. — Parlons d'autre chose. Rodolphe. — Pourquoi cela?

madvmi de drean. — Pour parler d'autre chose; c'est, selon moi, une excellente raison et parfaitement suffisante. — Allez-vous ce soir aux RourTons?

rodolphe. — La Grise ehante-t-elle?

MADAME DE DRÉAN. — Oui.

rodolphe. — lrez-vous ?

(Léon serre les lèvres et fait un petit mouvement de tète , ce qui veut si clairement dire qu'il aurait été plus poli de commencer par la seconde question, que madame de Dréan traduit tout haut cette pensée qui lui vient sans qu'elle sache trop comment.)

LES VEILLÉES LITTÉRAIRE? ILLUSTRÉES

udajh de l'i'.i Lan. — Oui . j'irai ; mais il eût été plus obligeant de mander cela d'abord.

rodoi phb. — Adieu donc.

madami m dm in. — Adieu.

ii"\ — Madam .j'ai l'honneur de vous saluer.

udami di drean.- Ne m'oubliez pas après demain.

En descendant l'escalier, Léon sentait son cœur battre violemment dans sa poiti ini , le premier mot qu'il allait dire était grave. Il appela M. île Redeuil, qui ne l'avait pas salué , quoiqu'il sortit le premier, et allait passer la porte cochère sans regarder Léon.

1 1 .'V — Monsieur de Redeuil '.' ^Rodolphe. — Monsieur Lauter?...

léoh. — Voulez vous me permettre de vous donner un avis?

Rodolphe. — Vous Etst-il égal d'attendre que je vous en demande un?

LEON. — Non, monsieur, cela ne m'est pas égal, et voici mon avis : Je crois qu'il sérail, pour vous, plus honorable en toute cir-

Ses cheveux descendaient sur ses joues en nattes arrondies, • i Bile s'appelait Berthe.

constance, et plus prudent devant moi , de parler convenablement d'une personne qui tient à moi par des liens de parenté.

Rodolphe. — Monsieur, je ne reçois plus de leçons.

u,,v Il y en a quelques-unes cependant qui paraissent vous manquer.

Rodolphe. — Des leçons de violon , monsieur?

LÉo«. — Non, des leçons de politesse et de savoir-vivre.

rodolphe. — Est-ce que vous professez cela aussi, monsieur?

h un — Quelquefois, monsieur.

rodolphe. — Vous ne me paraissez pas cependant bien fort.

i , ,,v Mais... assez fort pour vous, monsieur, à qui il faut donner des connaissances élémentaires.

rodolphe — Ou monsieur donne-t-il ses leçons?

LÉ0>. Mais, à Meudon, ou encore au pied de Montmartre, près de Clignancourl.

rodolphe. — Nous pourrions commencer demain.

lbon. — Volontiers.

rodolphe. — J'enverrai chez vous deux de mes amis, pour fixer les conditions

n on. — Je désire qu'on ne vienne pas chez moi pour cette affaire (Léon pensait à Geneviève) ; j'enverrai chez vous. Vous serait-il égal de n'avoir qu'un témoin?

rodolphe. — Pas du tout, si vous voulez.

Léon. — Mon témoin sera chez vous demain matin à huit heures.

rodolphe. — Monsieur, au plaisir de vous revoir.

n un — Monsieur, le plaisir sera pour moi.

l'.n quittant Rodolphe, la première pensée qu'eut Léon fut celle de chercher un témoin et des épées; — puis il songea — que la journée était plus d'à moitié et qu'il avait laissé Geneviève sans argent ; il songea à celui qu'il venait de refuser. — Il maudit sa vanité qu'il avait préférée à sa sœur ; il se maudit lui-même. Puis il chercha des expédients , car t7 fallait de l'argent, — et il se décida à aller en emprunter à Antoine Hugnet. C'était une chose qu'il n'avait jamais faite; il trouvait tout naturel que ses anus lui empruntassent de l'argent et il ne trouvait là rien de condamnable, mais en songeant à en emprunter, il se sentait singulièrement humilié ; — cependant il se dirigea vers l'atelier.

Pendant ce temps-là, Geneviève était tristement renfermée chez elle; — elle avait deviné le matin que, Léon n'avait pas d'argent, — et de était toute chagrine du chagrin qu'elle supposait à son

Tiens! un recharcutier et des recotelettes.

frère et du tourment qu'il se donnait sans doute pour en trouver. -Albert vint la voir; il y avait bien longtemps qu il n cUit venu , il f„t frappé du changement survenu sur le visage de sa cousine. Pou Léon, qu, la voyait tons les jours , ces altéra tons successives étaient trop graduées et trop faibles d'un jour a 1 autre pour qu .1

P^;SXn„e d'un blanc mat et blafard I rude -Nlje ; -sa tète était renversée en arrière, , comme isi elle eutéK i moins lourde à porter ainsi ; son col penche était gèi e dans ses mouve

GENEVIÈVE

ments; — quand elle voulait voir quelque chose, elle portail sa tète au-devant des objets . comme si la diminution de la sensibilité de sa peau les lui rendait moins faciles .1 p ircevoii : après cet effort , qui paraissait violent, elle laissait retomber sa tète.

Albert lui raconta ses chagrins; — il était fatigué, presque malade, il allait partir le soir pour passer quelques jours à Fontainebleau cl se reposer. Geneviève leva les yeui au ciel avec un regard elle lin avait t .m t demandé le bonheur d'Albert!

le ii'i

roche :

Elle balayait.

— Albert, lui dit-elle, je voudrais qu'il y eût du bonheur dans ma vie et que je pusse te le donner; aie du courage, ne te Lusse pas aller au désespoir; tu es jeune , tu as l'avenir à toi Mais ta femme? Anais?

— Elle et ses parents, répondit Albert, ils m'ont ruiné; puis ils lui ont pfrsuade qu'elle ne pouvait partager le sort d'un homme ruiné, qu'ils gémissait nt de ne pouvoir secourir.

— Comment cela est-il possible? — dit Geneviève.

Et la pauvre fille pensait quel bonheur c'eût été pour elle d'être malheureuse avec Albert. — Partager 1 existence de l'homme qu'elle aimait lui semblait une si grande félicité , que toutes les autres choses réputées bonheurs — lui paraissaient auprès de celui-là inuti es et même embarrassantes.

Albert la baisa au front et partit. — Geneviève lui dit : — Adieu , Albert, sois heureux, je prierai Dieu pour toi.

— Pauvre petite ! pensa Albert en s'en allant, ce sera peut-être bientôt dans le ciel que tu prieras pour moi. — Et il descendit l'escalier tout attristé.

Albert alla en effet passer quelques jours à Fontainebleau ; il y trouva M. Chaumier et Rose également tristes, mais pour des causes bien ditlérentes. Rose avaitperdu Léon et l'avait perdu par sa faute , et elle le regrettait amèrement, surtout en trouvant dans son cœur tant d'amour et tant de bonheur pour lui.

M. Chaumier, tous calculs faits, se voyait forcé d'emprunter sur la maison de Fontainebleau Un étranger vint un jour pour lui parlera ce sujet, — puis examina la maison et lui dit : — Voulez- vous la vendre? — Non , dit M. Chaumier, elle me plaît , elle est commode et j'y suis accoutumé.

— Non, dit Rose tout bas; à qui les arbres et les fleurs du jardin parleraient-ils de Léon , et qui en parlerait avec moi?

Cependant l'étranger en offril un prix tellement au-dessus de la

valeur que M. Chaumier lui dit ;

— Est-ce une plaisanterie, monsieur''

i'i nuNc.iit. — Non, monsieur, je parle sérieusement.

M. CHAUMIER. — Est-ce pour vous''

1 '1 riiwi.i 11. — Pourquoi cette question ?

m. 1 11 m mu 11 — l'our rien.

(C'était cependant pour quelque chose ; c'est que l'extérieur de l'étranger ne donnait pas a supposer qu'il eut jamais eu autant d'argent qu'il proposait d'en donner.)

l'étranger. — Je vois votre affaire, vous me supposez trop pauvre pour acheter des maisons; vous avez peut-être raison : en effet, ce n'est pas pour moi.

Ici, Modeste, — qui avait suspendu les soins du ménage dans le cabinet de M. Chaumier, se remit à balayer et à epousseter sans pitié.

m. chaumier. — Eli bien ! Modeste , — vous nous aveuglez.

modeste. — 11 faut bien que la besogne se fasse.

m. chaumier. — Elle se fera plus tard.

modeste. — Alors on dînera a huit heures du soir.

m. chaumier. — Cela ne fait rien.

modeste. — Ça ne sera pas ma faute.

M. Chaumier fit alors entendre un certain claquement de langue qui , d'ordinaire , ne précédait que de peu d'instants les violentes

l.e médecin répondit en hochant la tête : — Cela va mal.

colères qu'il faisait quelquefois sentir aux domestiques qui avaient le malheur de ne pas être nègres. — Modeste s'en alla.

l'étranger. — Non , la maison n'est pas pour moi.

m. chaumier. — C'est que, voyez-vous, mon brave homme, cela me contrarie beaucoup de la vendre.

l étranger. — Le prix que j'en offre compense bien quelques désagréments.

Rose sortit pour aller trouver Albert dans le jardin.

LES VRILLÉES LITTERAIRES ILLUSTRÉES

l'étranger. — Cette jeune demoiselle esi njademoi6elle r> . > s e ?

h. . iui mu r. — Cette ji'une demoiselle est ma fille. — Vous payez son nom

l'étranger. — Vous l'avez dit devant m.>i.

m. CHADIUER —Alors vus savez d'avance te que vous me demandex.

l'étranger. — Parlons de la maison.

h. iiiMMim. — l'.li bien ! je n'ai pas *n vie de la vendre.

i'i rRAKGKa. — Uns j'en offre vingt mille Crânes de plus qu'elle ne vaut réellement.

M. ( BAI MUR. — ^OUrqUOi tria?

l'i manger. — Parce qu'elle me plaît, — La maison et le jardin ne \ lient que quarante mille (Vancs, — tout au plus; bais le plaisir d'avoir à soi une chose nui plaît vaut vingt nulle francs, inoepeh1 damiuent de la chose.

m. i mi mu r. — Mais puisque vous dites que la maison n'est pas pour v

l'étranger. — Voulez-vous soixante mille francs?

m. cuàÙmier. — Ce serait u.pë folie 'de ne pus profiter ie la vôtre.

i étranger —Voulez-vous venir demain à Paris? Nous conclurons l'affaire, vous toucherez vos soixante mille lianes .le la personne qui achète, et vous livrerez les titres de propriété: l'acte de vente sera prêt.

m. i baumier. — Je voudrais ne quitter la maison qu'à l'automne.

1. 1 i rusent. — Cela pourra s) arranger. 11 faudrait venir à quatre heur < s.

m. uiu'MiER. — Une partie de la maison appartient à ma fille.

ii ru lnger. — 11 faudra alors qu'elle signe l'acte de vente ; — amenez-la.

m. muimiek. — C'est bien. — Vous comprenez que l'affaire est .; so x tu tt- mille francs; que c'est cette somme seule qui me décide.

l'étranger. — Ce qui est dit, est dit; — à demain à quatre heures. Voici l adfi

H. i baumier. — A demain. — Je ne vous reconduis pas.

l'étranger. — Je le vois bien.

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