‹ Le chemin le plus court (volume 2)Chapitre 38 sur 38 · XXX1U · texte numérisé non relu

XXX1U

Le domestique auquel on avait confié Geneviève l'introduisit dans un salon qui n'elaii encore éclairé que par le feu de la cheminée, et par la bougie qu'il laissa en se retirant. Le sa. on était assez grand pour que cette bougie ne produisit qu'un petit rayonnement qui n'eclairait qu'une partie de la cheminée sur laqueue on l'avail placée. 11 taisait mauvais temps au dehors, ou entendait siffler le vent par boullce», et quaud le veut s'auelail, quelques gouttes de pluie venaient battre les vitres, Tout contribuait a attrister l'âme de Geue-

view, et elle repassa dans sa mémoire tous lea malheur» qui taient succédé dans sa vie. Elle rappela avec une triste fidélité la ii de Rosalie Lauter, la tyrannie de Modeste, sa séparation de

li mi 1rs les pris. >n nés qu'elle ai mai I, son amour uiallieiu euv et ignore

pour Albert, et toutes les angoisses qu'il av. ni causées; la pauvreté envahissant le petil logement malgré les efforts el le courage de l. eo n ; —sa santé & elle détruite par le désespoir; et enfin le mal heur d'Albert, dont elle souffrait autant que du sien . — et elle interrogeait eo vain l'avenir, sans j voir de meilleures chances. — Bile se mit à prier Dieu, et à invoquer sa mère ; puis elle se promit d'avoir du i ourage, de travailler el de profiter de l'occupation qu'on allait lui donner pom' soulager Léon. Les belles ânes oui ceci de particulièrement remarquable, que c'est précisément quand elles Succombent sous le pouls de huis maux qu'il n'est rien de plus sûr pour leur redonner de la vigueur et de l'énergie, pour alléger le poids qui les écrase, que d'y ajouter d'autres chagrins, d'autres douleurs d'une personne aimée a laquelle elles puissent se dévouer.

Plusieurs domestiques entrèrent et allumèrent successivement les candélabres qui entouraient le salon, et le lustre suspendu au plafond.

Une profusion de bougies extraordinaire produisit dans le salon

l'effet du plus beau jour. Geneviève put alors ex, ner le lieu dans

lequel elle était depuis près d'une demi-heure. Jamais elle n'avait rien vu d'aussi somptueux; — le salon était à panneaux blancs surcharges de dorures d'un goût et d'une richesse extraordinaires. — Tout autour du plateau régnait une corniche dorée en feuilles d'acanthe;— une magnilique rosace était au-oessus du lustre. Les meubles étaient en bois doré et en damas blanc; — de riches consoles dorées soutenaient des corbeilles pleines des Qeurs les plus raies et les plus éclatantes. — Derrière chaque console était une glace qui répétait à l'infini les fleurs et offrait à l'œil une profonde forêt de camélias et de cactus; — le tapis était blanc avec des rosaces jaunes et aurore; — la cheminée, de marbre blanc et admirablement sculptée, était couverte de vases de la Chine de la plus grande beauté.

Geneviève, à l'aspect de toutes ces magnificences, ne put s'empêcher de jeter un regard sur elle-même et de trouver sa toilette bien modeste : il ne restait pas un coin où elle put se mettre dans l'ombre. Elle s'étonnait d'abord qu'on la fit attendre dans ce salon, mais elle pensa que probablement, à cause de la confusion ou on était pour les préparatifs de la fête dont on semblait s'occuper, c'était peut-être la seule pièce qui se trouvât libre. Enlin, on ouvrit la porte, Geneviève se leva; — un jeune homme entra qui jeta autour de lui un regard étonné et qui, en l'apercevant, s'écria: — Comment, Geneviève, toi ici! — Et qui t'amène?

11 y avait dans la voix de Léon, car c'était lui, du mécontentement et de la sevenie; les idées les plus étranges et les plus contradictoires se pressaient dans son esprit, sans qu'il pùts'arrèter à aucune. Geneviève lui répondit : — Sois tranquille, mou frère, il n'y a rien que tu puisses blâmer; je suis sortie avec M. Anselme qui est dans la maison, et nous l'expliquerons ce soir poi rquoi nous sommes venus. — Léon regarda sa sœur : il y avait sur le visage de la jeune tille tant de puiete et de candeur qu il prit la main de Geneviève et la porta à ses lèvres. — Mais toi, Léon, que fais-tu ici? — Moi, répondit Léon, je viens pour voir le maître de la maison au sujet d'une leçon. Geneviève ne resta pas sans inquiétude ; — elle craignait qu on ne lui parlât devant son frère du sujet de sa visite; — elle espérait cependant qu'Anselme accompagnerait la personne à laquelle elle devait avoir affaire. Leou regardait aussi le salon ; quand un domestique en riche livrée, — vert et or, — en culotte courte, — en bas et en gauts blancs, ouvrit une porte latérale du salon ; — un autre vêtu de même annonça à haute voir :

— Monsieur Chaumier.

— Mademoiselle Rose chaumier.

Il y eut quatre exclamations simultanées. — Comment, vous, mon oncle! — Toi, Rose ! — Vous, mon neveu! — Toi, Geneviève! — Hélas! dit M. Chaumier, nous venons ici pour vendre la maison de Fontainebleau. — Helas ! dit Rose, — notre petite maison à nous quatre, la maison ou nous avons élé enfants et heureux ! — Eh quoi! mon oncle, dit Leou, avez-vous donc souffert dans voire fortune? — Il me reste de quoi vivre, dit M. Chaumier, niais strictement. — Léon alors s'approcha de Rose, vis-à-vis de laquelle il avait jusquela gardé un air sérieux et contraint, et il lui baisa la main avec une vive expression. A son tour, il expliqua sa visite dans la maison, et pour ménager Geneviève, qu'il croyait avoir des raisons de ne pas parler, il dit : — Nous sommes venus pour uue leçon.

— C'est singulier, dit Geneviève, il me semble que ce n'est pas la première fois que je vois ce salon ; — j'en aurai probablement rêvé, car je ne crois pas qu'il en existe de pareils ailleurs que dans les rêves.

— Tu las déjà vu, en effet, dit Léon ; nous sommes dans le petit palais construit par Anselme pour le baron d'Arnberg, et c'est nous qui avons ordonne la décoration de la pièce ou nous sommes.

— Je ne croyais pas, du Geneviève, voir jamais les uiaguiticences que nous imaginions alors.

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

I ne p.irle s'ouvrit, et an annonça :

— Monsieur Albert diminuer.

I.'eloniicmeiti redoubla alors, mais fit plaie à uni' douloureuse

an, quand Alb rt aal raconte qu'il »taj< entre Les mains do

Lu cojttiBeree, qui l'attendait dans l'antichambre, et dont tes

t » | • .ii. Les issues de la maison. — -Je viens,

ilii-i!. voit s'a j a mogfafl"de s'arranger avec moa créancier; mais

j'irai couohar niedaCiiobyj — Mu», du l;.-.. c'est impossible, noue

papa peur vin 'lr<! la maison de Fontainebleau, que l'on

doit, payer comptant. — Mon chq» papa, ajnuia-t-elle à M. GhSù-

imti', \..us m'.twv 1I1I qu'une parti* île sel argent in'appai tenait ;

iiuus alkaas ililiMorAlli.il, D'esfi-oe pas? — Geneviève prit Rose

is 1 1 la sarra étroïteowpt,

— Mère*, mille rbhi nieici, ma bonne petite sieur, ilil Albert, mais

site ii ruinai ùl saks me saturer. Le créancier qui noe fait

: aujourd'hui n i si pas le seul: si jeu pan- un, il deviendra

• iflicile de faire accepter au\ autres des arrangements et des

• M. Chaumier lit comprendre qu'il ne consentirait pas à ée que sàt ainsi d'une partie de sa petite fortune.

— l'-immenl, mon oncle ! dit Geneviève.

— Couimeiit, BWM peu' '. dit Rose, nous laisserions conduire Albert en prison! — Or '. nous allons le délivrer, et il quittera Paris jusqu'à ce qu'on ait arrangé ses affaires

La p.irle s'ouvrit em -.tv, — el Dn annonça:

— Monsieur Rodolphe de Kedeuil.

Cette arrivée ne fut agréable à personne. Albert, le seul qui n'eût netneal pour Rodolphe, n'avait pas envie de lui apprendre la situation dans laquelle il se trouvait — Rodolphe se mit à regarder le s;ilon, ei, voyant qu'on évitait ses regards, feignit de ne reconnaître personne.

— G'est singulier, du L> on : on nous l'ail bien attendre.

Les cinq parents continuèrent à parler à von basse, à cause de la présence de M. de Redeuil : — et Rose disait à Léon : — Oui, mon pauvre Léon, on veut vendre notre petit jardin, et nos sorbiers. — Quand on ouvrit, celle fois à deux batlants, la grande porte dusa- |on, — plusieurs domestiques, portant des bougies, parurent en haie, — et un personnage simplement vêtu, mais décoré de plusieurs ordres^ se montra à la porte, — et on l'annonça :

— Monsieur Anselme Lauter, baron d'Anrberg.

Ce fut d mi nie un coup de foudre. — Albert s'écria : — Mon créancier! — Mon protecteur! dit Rodolphe.— L'homme à l'habit marron ! dit M. Chaumier.

M. Anselme— vint à Geneviève et à Léon, — et leur dit : — Mes enfants!

Car ce n'est plus le nom d'amitié qtte je vous donnais quelquefois : — je suis votre père, — votre père qui vous aime, — et qui a pu apprécier combien vous êtes dignes tous deux d'être aimés et vénérés.— Léon et Geneviève se muent à genoux, et lui baisèrent les mains.— Anselme les releva et les serra sur son cœur; puis il prit la nictifi d'Albert, et lui dit : — Jeune homme, je suis ton oncle, et il v a Mes longtemps que je te connais- et que je t'aime.

'Et vous, n beau-frère, dit-il à M. Chaumier, voulez-vous me

donner la inain, — et oublier les torts que vous avez eus envers moi .'

.Monsieur de lti ibuil, dit-il, en se tournant vers- Rodolphe, — pardon de vous avoir ne 1 ici ; — mais, si vous n'avez pas mauvais i.enr,la vue de notre bonheur ne peut vous déplaire; et d'ailleurs, le spectacle du bonheur â'ê&t pas une chose si commune que cela ne vaille, dans l'occasion, la penné d elfe vu. —Je sais ce quevousavez a me demander, — vous pouvez. Compter dessus.

Rodolphe était ému, — tout le inonde pleurait, et lui-même avait passé sa main sur ses yeux.

It s'approcha el dit " — Monsieur, je ne gèneTai pas plus" longtemps L'effusion des doux sentiments qui vous animent tous; mais j'ai un devoir à remplir.

Monsieur Léon Lauter, dit-il, vous vous êtes trouvé offensé' par moi, l'autre jour : et cependant vous- m'aviez parlé assez durement. Nous devions nous battre demain matin.

— Oh ! mon Wea ! dit Rose.

Geneviève ne dit rien, mais elle jeta ses bras autour du con de son frère.

— Nous devions nous baltre demain matin. Je vous prie d'agréer mes excuses bien -incer ruent, et <b me donner votre main.

Léon n'hésita pas ; — il n'y avait plusde place dans son cœur pour la haine.

— Monsieur Rodolphe de Redeuil, dit Anselme Lauter, voici ma main aussi, vous venez de vous bien conduire. — Sachez, maintenant, combien la susceptibilité de Léon était excusable.

Le jour de votre querelle avec lui, je l'ai trouvé dans les Champsr;i jouait du violon et demandait l'aumône pour sa sœur, pour nia lille chérie.

— 0 Léon !— mon frère, mon bon frère! dit Geneviève en fondant en larmes.

Rose pleurait sans rien dire; —elle regardait Léon avec amour

et admiration ;— mais elle se tenait à l'écart. — Léon était riche ;

— elle s'était fâchée avec lui quand il était pauvre. — Cependant, après un inslanl d'hésitation, elle se jeta dans ses bras.

Kodolplie .-erra toutes le-, mai us et sortit. — Anselme sonna et dit :

— faites monter tous [es domestiques.

Mois entrèrent une douzaine de domestiques, tous revêtus de la livrée vert et or, — et aussi les femmes de cuisine et de chambre. Anselme leur dit : — Vous êtes presque tous mes vieux serviteurs.

— Presque tous je vous ai amenés d'Allemagne avec moi. — Il faut que vous partagiez ma joie.

Voici M. Léon Lauter, moi, lils, — et cotte belle demoiselle est ma lille G en e\ icve. — Vous les respecterez comme moi-même; — .je m'en repose sur eux des soins de se l'aire aimer. Ces antres personnes sont mes patents. — Je vous ai l'ait monter, parce que vous êtes de la famille, et que je veux que vous rendiez grâce à Dieu avec moi — d'une réunion qui fera le bonheur de tonte ma vie.

Alors Anselme lit la prière, comme dans les vieilles familles allemandes. Tous les domestiques se mirent à genoux; Geneviève et Rose suivirent leur exemple, et Anselme dit :

— 0 mon Dieu , je vous rends grâce d'avoir pris soin de mes vieux jours. Mon Dieu, je vous promets d'être toujours bon et compatissant pour les pauvres. — Bénissez nous tous , ô mon Dieu! — en ce jour qui va finir , et donnez-nous encore pour demain votre divine protection.

— Allez , mes enfants , dit Anselme en finissant. — ' Mon beaufrère, mon neveu et ma nièce coucheront ici. — Geneviève donnera 1 hospitalité à Rose, et Léon à Albert. — Pour moi, je prie mon beau-frère de vouloir bien disposer de mon appartement.

Voici mon histoire en deux mots , mes enfants. — Vous étiez encore bien petits quand je crus devoir quitter votre mère; bénissons sa mémoire : je suis allé plus d'une l'ois- sur sa tombe la remercier du courage avec lequel elle vous a élevés; — nous ne parlerons jamais de cette séparation ; — n'accusez ni elle ni moi. Elle et moi nous vous avons chéris. J'allai trouver le prince *** avec lequel j'avais été élevé ; il me donna d'abord un petit emploi auprès de sa personne; je devins successivement son ami, son conseil, son chargé d'affaires. Je devins riche. J'étais venu en France pour vous chercher quand le hasard m'a fait rencontrer Léon ; je n'ai pas voulu me faire connaître à vous. — J'ai voulu que votre amitié pour le pauvre vieux Anselme précédât celle qife vous auriez pour le baron d'Arnberg. — Voici mes projets. Quelqu'un s'y oppose-t-jl ?

D'abord, —j'achète la maison de M. Chaumier, 60,000 fr. ; la mrfison est à moi : — Je la donne à ma jolie petite Rose, qui ne refusera pas de la laisser à son père. Je paie les dettes de cet étôurneau d' Albert.

— Tiens! dit Albert, et le garde du commercé qui m'attend?

— Il est parti. — Nous rachèterons à Albert une étude, qu'il tâchera cette fois de conserver.

— Rose, continua Anselme, épouse Léon.

Rose se jeta dans les bras de Geneviève, et cacha dans son sein son joli visage tout rouge.

— Maintenant, mes amis, suivez-moi dans cette maison qui a été bâtie pour vous et d'après vos désirs, comme vous pouvez vous le rappeler. —Tiens, — Geneviève, — voici ton appartement; — ton petit salon bleu et or, — ta chambre tendue de soie bleue avec la mousseline blanche pardessus la soie, et la salle de bain en marbre blanc.

Voici tous les meubles que tu as choisis.

Les tableaux que tu as admires un jour que tu rendais le pauvre Anselme si heureux en lui donnant le bras dans la rue ; tout ce que tu as trouvé joli ; — tout ce que tu as désiré, tout ce qui a attiré tes regards depuis que je te connais, j'allais l'acheter et l'apporter ici.

Geneviève remercia son père en lui baisant la main.

— Passons à l'appartement de Léon.

Voici, — Léon, —ton cabinet de bois sculpté, — et ta salie d'armes et ton divan ; — ton violon de Stradivarius que je t'ai rapporté d'Allemagne; — ton cheval « gris de fer , avec la crinière et les jambes noires ; » j'ai eu une peine terrible à le trouver, et j'ai dit plus d'une fois : Parbleu ! monsieur mon lils aurait bien pu imaginer une autre robe pour son cheval.

Iirinain matin vous verrez le jardin.

— Et vous, mon père, votre appartement?

— Je vous le montrerai demain; — allez tous vous reposer; — moi, j'ai encore bien des choses à faire.

Il n'y eut que M- Chaumier qui dormit dans la maison ; — Rose et Geneviève, Albert et Léon passèrent la nuit à causer. Des le jour, Léon essaya son cheval , Albert en prit un à M. Anselme , et tous deux s'allèrent promener au bois de Boulogne. ,

Geneviève habilla Rose ; — leur toilette n'était pas lime, qa au-

<ii:NK\ii:\ i .

selme frappait chez elles. Allons, paresseuses, il \ a une heure que j'attends te rnumcnt de »ous embràsseï vcnea déjegnci : 1rs [eurtM géiis oti1 fait deux lieues .1 clléval, èl h ntri ril Etfrà'més.

Vu déjeuner, M. Chaumier an 1 ;,i qu'il allail retourner il Fon-

• ■;m - — Eh bien ' mon beau- fa vous-< n, 1 I n Rose;

—),■ rfic sms di ; è matin de là puhlicati >n des bàhs ; H<«e

rt 1 viève vont sortir avec moi '«raie la journée; il ftiul faire

|a corbeille de Rose,- ej faire préparer son appartement à son — Vlberi va aller voir soti ATiclen patron . pour r'i nom r l'af-

tfc félodë. — Léon a lin Itorivéâu < 1 et ilft nôïWèau 1 he

val ; — il se distraira de son mieux. Léori Irrsista béàu'éÔùp pour accompagner son père avec sa sœur et sa cousine — M. Lauter répondit, en riant , qu'il s'j opposait, parce que Léon le minerait dans les achats porfr Rrjéé Maintenant, mon beau frère monsieur Chaumier, -1 vous ne vous

y opposeï pas, nous allons laisseï Rose et Li v promener un peu

dans le jardin : ils ont beaucoup de choses à se dire ; pendant ce temps, je vais vous montrer mon appartenu nt

Rose hésitait;- Geneviève la prit par La main et la conduisit avec Léon dans h- jardin . où elle les laissa. Là, Rosèel Léon se rappelèrent tous reùrs bons fel tous leurs mau-

• ; ils se dirent rhitle ferts la même chose. 0*i étkil à la fin de Nvrrer; il y a dans ce mois des heures de printemps ; — un dôiTï salëil sérablarti venir éveiller letë bourgeons di s -iirrauv — lies bourgeons dès coudriers sorlaîerrl de petits pin- \ arriérantes, la première fleur de l'année. Il semblait que le jardin riait liant et embaumé de leur joie, — et que ce beau soleil fut un icilit île leur bonheur.

Pendant ce temps, — M. Ilanter conduisit M. Ch minier, Geneviève ri Vlberl dans son appartement ; il ne démentait en rien la magnificence de la maison. — Seulement , une petite porté, Cachée sous la tapisséi îe . cb'ndriisail à trois chambres , où M. Latiter avait t'ait appui ter les meubles de noyer du petit logement de Léon et de Geneviève, — el ceux de sa petite chambre à lui, quand il était leur voisin. — Les pièces étaient pareilles à celles qu'ils avaient habitées; les papiers semblables avaient été mis d'avance; et, pendant la nuit, M. Lauter avait fait apporter les meubles.

lai repassant dans sa chambre , il ouvrit un vieux coffre magnifiquement ciselé; il était doublé de velours cramoisi, et contenait des gros sous avec de menues pièces d'argent.

— Geneviève, dit-il, c'est l'argent que ton frère a gagué pour toi en jouant du violon dans les Champs-Elysées; — en voici une pièce que tu conserveras bien , n'est-ce pas?

Quand Rose et Léon furent au salon avec le reste de la famille ,

— Lauter dit: Il yaensore une surprise que j'ai ménagée à Léon et à Geneviève; —et il les conduisit dans une partie reculée de la maison : il frappa et se nomma; — une jeune femme, propre, avenante , et décemment vêtue, ouvrit et devint toute rouge en voyant la société qui lui arrivait . — Marthe, dit M. Anselme, où est votre mari ?

A ce moment, le mari rentrait : — Keissler. trouvez-vous toujours bien ici?

— Ah! monsieur le baron, dit le jeune homme, nous sommes trop heureux, et si vous ne m'aviez défendu de vous rendre grâce,,.

— Je vous l'ai défendu, mon cher Keissler; mais je vous ai dit en même temps que je vous ferais voir un jour vos bienfaiteurs , eeox que vous pourriez remercier. Les voici; —c'est l'intérêt que vous ont témoigné mon fils el ma tille, un jour que nous vous avons rencontre aux Champs-Elysées, — qui m'a fait prendre soin de vous.

Keiss.er alla alors, sans parler, chercher sa femme qui s'était retirée dans une autre pièce , el la ramena avec deux petits enfants.

— Pendant qu'il était absent, Anselme dit : — J'ai fait de Keissler mon intendant, et je m'en suis parfaitement trouvé.

Keissler, sa femme et ses enfants se placèrent devant Geneviève et Léon , — et Keissler dit : — Nous sommes heuieux ; nous sommes bien heureux. Je ne trouve rien dans mon cœur qui doive mieux vous récompenser.

Rose était un peu embarrassée. — Elle se rappelait que, le jour de cette rencontre aux Champs-Elysées, elle avait écouté une plaisanterie de M. de Redeuil sur Anselme. Elle regarda Léon tendrement , et se lit à elle-même le serment d'expier tous ses petits torts par la plus vive tendresse. —Geneviève caressait les enfants de madame Keissier.

Quand ilssurtirent de l'appartement de l'intendant, Anselme mena Geneviève a la basse-cour, et il lui dit : —Te rappelles-tu une vieille ftiniiie à laquelle tu faisais l'aumône tous les dimanches à la porte lise? Elle est ici, c'est la surintendante de la basse-cour;

lui dit Anselme , vous

de | \

elle et Keissler ne sont pas ceux, hier, qui ont prie de moins bon

cœur à notre prière du soir.

En peu de jours1 l'appartement, de Rose tut prêt M. Lauter l'appi n - 1 ii

Le ariagede l • :t d< (tosi l"1 " ' ' """'

lilles voulaiepl plus di simplii i'I ,! M '•

meni . quand le prêtre d< manda a Léon sa [>°ur

la bénit el la donm 1 selon l'usage, M La'ùii 1 arri ta

l.,i,,n , qui allait donner un doublé loqis, el donna lui n grosse pièce dé deux -mis. — Le prêtre le regarda d'un air inti gatif. — Allez ■ alli z . monsieur le curé , dit Anselme, cette pïi en vaut bien une autre, et elle a ét< bénie par Dieu avant m par vous.

M. Anselme l'avait prise dans" le coffre ciselé doublé de velours cramoisi.

WWII.

('.riirvi. v.- m' trouvait fièùrfeùse : — tous r, u\ qu'elle aimait étaient si heureux ! — Depuis longtemps elle avait rerioncé à Albert, suis oser espérer le plaisir dont elle jouissait de le voir tous les jours et de le voir heureux. — Le ma m ma ;ri tout ce

qu'elle rn eut dr j"i . — lui lit un pru de mal . — el aussi la vue du ménage de Keissler. — Néanmoins, elle disait qu'elle n'étaîl plus malade. — Elle s était arràngi c pour ajouter le bonhi àt des autres au bonheur restreint qui lin était prions a elle.

Mais, — le Ciel est envieux. — I a mort planai! sur la maison du baron d'ArnbeTg\ — Là maladie de Geneviève faisait d'effrayants progrès, sans qu'elle-même s'en aperçût. — Geneviève était une victime marquée par le sort : elle ne devait pas lui échapper.

Les pommettes de ses joues s'étaient colorées d'un rouge vif, que tout le monde, et Geneviève elle-même, prenait pour un retour à la santé.

Son nez était effile . et ses joues caves: ses lèvres rétractées semblaient exprimer un sourire amer; — ses dents étaient d'un blanc mat. — Cependant elle souffrait peu, et seulement par intervalles. Ses yeux avaient encore leur éclat; mais le blanc avait pris une légère teinte bleuâtre, et le regard avait par instants une profonde expression de mélancolie.

Geneviève parlait beaucoup de l'été, et faisait des projets pour Fontainebleau. — Le mois de mars était superbe ; elle jouissait avec ivresse des premiers beaux jours, et disait quelquefois : — Mon Hieu , la belle saison est si courte! — Pauvre lille! sa vie devait finir avant la belle saison. — Les médecins ordonnèrent de la transporter à la campagne; on parla devant elle de Fontainebleau, elle demanda d'elle-même à y aller.

Mais elle devint trop faible, et sous un vague prétexte, on retarda son départ. — Elle fut obligée de garder le lit : — mais elle ne se croyait qu'indisposée.

Sa respiration , lente, saccadée, profonde, était quelquefois accompagnée d'un hoquet. — Une toux seclie sortait de sa poitrim . — Un soir, comme sa belle-sœur restait près d'elle , — après quelques mots que Rose lui dit à demi-voix, elle dit : — Ma chère Rose, ce sera un nouveau bonheur pour toi, pour Léon et pour mon père, etj'en jouirai autant que vous. — Moi, je ne me marierai jamais. J'élèverai ton enfant, jfe serai sa marraine, n'est-ce pas? — Tout cet été, je m'occuperai de broder sa layette.

Rose pouvait à peine retenir ses larmes, car personne n'ignorait plus la situation de Geneviève, que Geneviève elle-même.

Elle continua à parler, — mais plus péniblement. — Ses yeux, à demi voilés , l'empêchaient de bien distinguer Rose, — et elle la pria d'allumer une bougie de plus.

Elle parla alors de leurs costumes pour la campagne. — J'ai des idées ravissantes, disait-elle, tu verras.

Elle s'arrêta quelque temps, et dit : Je tiens à être à Fontainebleau pour le premier mai ; — c'est l'anniversaire de la mortde ma mère. Pauvre mère, qu'elle serait heureuse de voir notre bonheur! je ne l'ai jamais tant regrettée qu'à présent.

Rose mit son visage sur le lit de Geneviève , car elle voulait cacher les larmes qui coulaient brûlantes sur ses joues — Les regrets que faisait entendre Geneviève sur sa mère s'appliquaient si bien à Geneviève elle-même, qui ne devait vivre que pendant le temps où sa vie avait été amère, et, en plus, quelques jours seulement pour goûter une vie plus douce qui ne lui était pas destinée ! Elle avait conduit ceux qu elle aimait jusqu'à la terre promise , adoucissant pour eux les ennuis et la fatigue du chemin, — et elle mourait.

« Moïse monta sur la montagne, et le Seigneur lui lit voir tout le pays de Galaad, et le Seigneur lui dit : Voici le pays que j'ai promis à Abraham, vousl avez vu de vos yeux et vous n'y entrerez pas; — et Moïse mourut par le commandement du Seigneur. »

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

— Combien je serai heureuse de voir tes enfants! continua Geneviève.—J*ai froid, — couvre-moi un peu. Pourquoi as-tu éteint cette bougie î Je ne vois pas clair, rallume-la.

Dans cinq ou six tus il ici, — tu auras des enfants qui courront dans la maison. Il me semble déjà i otendre leur bruit. J'ai sommeil. — lu ilois a\.T sommeil aussi. — Va ..

Elle ne parla plus, sa respiration devint bruyante. Rose la contemplait avec effroi. —Geneviève entr'ouvrail la bouche — Son ,\n^c.

gardien, invisible à s shevet, prit sur s. s lèvres l'âme qu'exhalait

la vierge, — et remporta au ciel.

Rose, ne l'entendant plus respirer, — mit ta main sur son cœur, et ne le sentit pas battre. — Elle poussa un grand cri, et tomba à la renverse.

Le prêtre, qui avait marie Rose et Léon, — un mois auparavant, au même autel de la Vierge, — «lit la messe des morts sur un cercueil revêtu d'un drap blanc, sur lequel était une couronne de fleurs d'oranger. Toute la maison de M. Lauter assistait à la messe ; les domestiques faisaient par moments entendre des sanglots qu ils ne pouvaient plus étouffer.

« Je vous donnerai le repos, dit le Seigneur, car vous avez trouvé .( grâce devant moi, et je vous connais par votre nom (et te ipsam « novt ex nomine).

« Seigneur, prêtez l'oreille aux prières par lesquelles nous conju- « rons votre miséricorde de placer dans le lieu de paix et de lumière .. lame de votre servante Geneviève Lauter, que vous avez fait sortir « de ce monde, et de l'associer à la gloire de vos saints!

« Seigneur, vous m'appellerez, et je vous répondrai. « J'élèTe nus mains vers vous, et j'ai nus eu vous toute mon espérance.

a 0 jour de colère [diès irœ, dies Ma), — jour de la colère et de la vengeance de Dieu.

« Séparez-moi de ces maudits que vous chasserez de votre présence, 6 lésus! et appelez-moi entre les vierges bénies de voire Père.

« Heureux ci ux qui meurent dans le Seigneur (Beati mortui qui m Domino moriuntur). Us vont se reposer de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. »

Tout ce qui était dans l'église fondit en larmes.

On enterra Geneviève à Fontainebleau, auprès de sa mère. — M Lauter et Léon ne se consolèrent jamais de la perte de cette charmante fille, et son souvenir mêla toujours une profonde amertume au bonheur qu'elle ne partageait pas. — Son appartement fut fermé, — et pendant tout le temps que vécurent les personnes dont nous avons raconté l'histoire, — on l'ouvrit trois fois par an, aux anniversaires de la naissance, de la fête et de la mort de Geneviève. On y passait la journée ; — tout était resté comme le jour de sa mort;

— on parlait d'elle, et les enfants de Rose et de Léon furent ...coutumes a un si grand respect pour la mémoire de la sœur de leur père,

— qu'ils n'avaient jamais vue, — qu'ils n'osaient ni jouer ni faire du bruit près de l'appartement de. leur lante Geneviève.

Gargantua.

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