D'INSPECTION
1" arrondissement. — Nous avons vu l'étalon anglo-normand chez lui, sa production; nous connaissons maintenant les richesses hippiques contenues dans les dépôts du Pin et de Saint-Lô, et nous savons que les reproducteurs, dont nous avons donné Ténumération, appropriés aux besoins généraux du pays, transmettent à leurs descendants, et au plus haut degré, les qualités qu'ils doivent à leur origine.
Inutile d'y revenir.
2 e arrondissement. — Dans le 2 e arrondissement, comprenant les dépôts de Annecy, Blois, Cluny et Pompadour, desservant, par conséquent, les départements du Centre et du Sud-Est, sur 412 étalons faisant la monte, 82 sont de pur-sang, 46 sont de gros trait et 284 de demi-sang.
Cette diversité s'explique quand on connaît les conditions agricoles et atmosphériques des départements compris dans le 2 e arrondissement.
Dans le ressort du dépôt de Pompadour, nous l'avons déjà dit, le meilleur améliorateur est l'arabe et son dérivé Tanglo-arabe et, sur 92 étalons, 20 seulement proviennent de la Normandie.
Encore sont-ils nécessaires, car, dans le nord de la Creuse et de la Haute-Vienne, l'anglo-normand ayant du sang donne d'excellents résultats et est recherché par les propriétaires pour ce motif qu'il fait gros et que, six mois ou un an avant que le produit n'ait eu le temps de se déformer, ils en retirent un parti plus avantageux que du poulain né de l'arabe ou de l'anglais.
De 1840 à 1860 les étalons qui ont eu le plus de succès sont : Instinctif \ par Eylau et Voltaire ; Narvaez t par Adolphus et Sauvage; Osman, par Honorable et Impérieux; Sapajou, par Ganimède et Miss- Allen p. s. et surtout Ingénieux, par Impérieux et Y. Emilius, pur-sang.
Les services rendus par l'anglo-normand sont tellement appréciables, que, en 1862, les conseils généraux de la Creuse et de la Corrèze demandaient soit la création de nouvelles stations, soit le rétablissement de stations supprimées.
Dans le ressort du dépôt de Blois domine l'élevage du cheval de gros trait.
Toutefois l'anglo-normand est en honneur dans le Bcrry. Dans l'Indre et le Cher; où la culture est assez avancée, où les terres sont fertiles, ils réussissent généralement bien.
On a conservé de bons souvenirs & % Elan> par The
Reveller et une fille de Vaillant ; de Giroust, par Napoléon et Vaillant; de Laboureur, par Borisow; de Montdàubleau, par Emile et une fille de D. I. 0; de Lojf % par Don-Quichotte et Rob-Warwich; de Nico-r mède, par Royal- Oak et une fille de Sylvio; de Nathan, par Chasseur et une fille de Québec; de Nectaire, par Introuvable et une fille de The Juggler.
Mais, le demi-sang reprend tous ses droits dans les régions desservies par les dépôts d'Annecy et de Cluny.
Dans les départements, du Sud-Est les reproducteurs anglo-normands sont ceux auxquels on s'adresse de préférence, les seuls qui peuvent faire quelque bien pour la transformation de la race locale et lui donnent plus de gros sans nuire à l'énergie.
Dans le 2 e arrondissement, sur les 116 étalons approuvés faisant la monte, 63 sont de demi-sang et rendent les plus grands services aux départements de l'Ain, de la Loire et de Saône-et-Loire.
Dans le déparlement de l'Ain — lisons-nous dans un rapport sur les animaux domestiques de ce département — l'introduction des étalons anglonormands de « trois quarts de sang et de demi-sang a mis plusieurs éleveurs intelligents dans le cas de donner un peu plus de soin à leurs poulains; ils ne les abandonnent pas autant dans les pâturages et les étangs » et ailleurs : « Les essais ont donné des résultats très satisfaisants. Les produits de ces croisements sont si remarquables sous le rapport des formes et de la vigueur et ces jeunes animaux sont
si recherchés par les marchands, que les demandes des étalons de cette race se sont multipliées au delà de toute prévision... ».
Les étalons qui ont laissé le plus de traces sont :
Officier, par Henri; Tristan, par Noteur; Usson, par Sloker; Sébastopol, par Lagopède, Diorama, par Troarn ; Échantillon, par Thésée; les trotteurs Ulrich, par Normand, étalon d'excellent modèle qui a fait faire de grands progrès à l'élevage de la Nièvre ; Lechampy, un de ses iils ; Jaguar, par Beaugé et Belle- Charlotte, par Phaéton, Triboulet, Kummel, Joli- Cœur Emir.
L'anglo-normand donne, dans ces déparlements, des résultats si satisfaisants, que, le 3 décembre 1898, une délégation des éleveurs de Saône-et-Loire et de l'Allier, reçue par M. Viger et présentant au ministre de l'agriculture une série de vœux relatifs à l'élevage de la région, insistait tout particulièrement sur l'augmentation de l'effectif des étalons trotteurs de demisang au dépôt de Cluny.
Est- il recommandation plus utile qu'une pareille demande faite par les intéressés ?
3 e arrondissement. — Dans le 3 e arrondissement, qui comprend la Bretagne, l'Anjou et le Poitou, 802 étalons, dont 390 de demi-sang, 149 de gros trait et 63 de pur-sang ont été mis en station en 1897 et ont sailli 52.366 juments dont 133 de pur-sang, 23.882 de demi-sang et 28.551 de gros trait.
En Bretagne, la population chevaline est très dense
et, si notre demi-sang donne d'une façon générale des résultats plus ou moins heureux, ces résultats varient quelque peu suivant les régions.
L'emploi du reproducteur anglo-normand — d'ailleurs non discuté en Bretagne — qui n'a commencé véritablement que vers 4840, est surtout justifié dans les départements d'Ille-et-Vilaine, des Côtes-du- Nord, et dans une certaine partie du Finistère, là où l'état du sol et de l'agriculture se rapproche le mieux de celui du Calvados.
Un étalon fameux dans l'histoire hippique de la Bretagne est un fils d'Oscar, petit-fils de Y. Rallier, par conséquent, introduit dans les Côtes-du-Nord en 1839 et remarquable « sous le double rapport de sa belle conformation, de sa distinction et surtout des précieuses qualités qu'il a transmises à ses enfants.»
« Et », — dit plus loin le rapport dont nous extrayons ces lignes — « cet étalon fut encore précieux par la grande quantité de poulains qu'ils a faits, et il a été une source de richesse pour la régénération de la production chevaline des nombreuses communes de l'arrondissement de Saint-Brieuc et de Dinan ».
A côté du fils d'Oscar il faut citer comme ayant fait partie avec honneur des dépôts de Lamballe et d'Hennebont : Numide, Fairfax, fils de Y. Rattler; Kératan, par Xerxès et une fille de Biron (Saint-Pol-de-Léon); Sous- Lieutenant, par Voltaire et une fille d'Emulé (Trébahu-Finistère) ; Lully, par Voltaire et une fille d'Emulé (Musillac-Morbihan) ; Neptune, par Chasseur et une fille de Cancan (Finistère); Lycéen, par
Félix et une fille de Y. Topper; Voradin, par Impérieux et une fille de Chasseur; Ph<enix, par Impérieux et une fille de Coriolan (Quimper); Primat, par Eylau et une jument percheronne (Landivisiau); François 1 er , (Saint-Pol-de-Léon); Rimini, par Sir Henry et une fille de Boucanier (Saint-Renan) ; Unisson, par Ramsay et une fille de Voltaire; Vulpin, par Robinson et une fille de Boucanier; Nabunal, par Royal-Oak et Grisette (Redon); Novatien, par Eylau, en station à Vitré; Cabotin, par Perfection et une fille de Marengo, tous étalons d'origine, qui ont produit de beaux carrossiers, de bons troupiers et fait souche en donnant le jour à d'excellentes poulinières.
Depuis 1 874 , de nombreux étalons de demi-sang ont rendu les plus grands services en Bretagne et les trotteurs Corlay, par Flyng-Cloud (1876); Alcala, par Lavater (1883); Gengis-Khan, par Valencourt (1888); Voltaire, par Corlay (1885-1890), ont doté ce pays de produits remarquables.
Parmi les produits de Corlay nous citerons les étalons : Atao, issu d'une Emeutier; Cadelac, issu d'une Bayard; Calvin, issu d'une Bacchus; Carême, issu d'une Emeutier; Feu-Follet, issu d'une Oméga; Ganache, issu d'une jument de demi-sang ; Grippesou, issu d'une Pactole; Guignol, issu d'une Brandyface, p. s.; llhan, issu d'une Quidanny; Inachus Ex-lroquois, issu d'une Quidanny ; Martial, issu d'une Krcstoffski: Yarloe, (1888), issue de Brunelle, par Kapirat II, gagnant à 3 ans de 1.640 francs; Glazard (1884), issu d'une Krestoffshi, gagnant de
16.736 francs; les juments Bagatelle (1879,), issue de Turneple, par Lancaslre, gagnante de 11.655 francs; Belle-Etoile, (1881), issue de Turneple, gagnante de 10.640 francs; Ghristiana, (1882) issue de Havanaise, gagnante à 3 ans de 4.603 francs; Diaouless, (1881), issue d'une Bréhan, gagnante de 11.635 francs, et le fameux Voltaire (1879), issu de Mina, par Bacchus, gagnant de 22.580 francs.
Voltaire a lui-môme donné : Fille-des-Landes (1890), issue d'une Marin, p. s., gagnante de 6.998 francs ; Belle (1889), issue de Margot, gagnante de 2.325 francs; Izeaux, Ex-lota (1886), gagnant à 3 ans de 3.985 francs; Kerbescoud (1 888), issu d'une Seymour, p. s, gagnant de 13.155 francs; Korrigan (1888), issu de Daily, p. s.; Léopard (1889), issu d'une Tyrtée.
Parmi les productions d'ALCALA, il faut citer Gersey, jEz-Z?*7o(1884), issu d'une Jarni-Dieu ; Imphy, issu d'une Fire-Away; Guidon (1884), issu de Sans- Façon, gagnant del6.248 francs.
Dans le Maine-et-Loire, la Mayenne et une partie de la Sarthe, l'anglo-normand a puissamment concouru h l'amélioration de l'espèce chevaline et produit des ani maux estimés comme bêtes de service et recherchés par les remontes.
Parmi les reproducteurs les plus renommés nous citerons :
Elu y par Young-Emilius et une fille de Vampire; Joachim, par Tarare et une fille de Goberlunzie (Chemillé);
DES DIVERS ARRONDISSEMENTS D'INSPECTION 23o
Trimm, par Impérieux et une fille de Dangerous;
Kermar, par Voltaire et une fille de Lottery ;
Lottier, par Infortuné et une fille d'Oscar ;
Géomètre, par Eylau et une fille de Voltaire ;
Eclypse, par Performer, (Craon-Mayenne).
Mais, c'est surtout dans le Poitou, desservi parles deux dépôts de la Roche-sur- Yon et de Saintes, que l'étalon anglo-normand est apprécié à sa juste valeur.
Approprié parfaitement au sol, à l'atmosphère, aux conditions d'élevage, il a réussi au delà de toute espérance et, de l'aveu général, c'est dans ce pays un bon et un beau cheval de service, un reproducteur le plus sûrement confirmé qui puisse être mis à la disposition de l'industrie chevaline, niais à la condition, toulefois, qu'il soit de bonne origine et de bonne conformation. »
« Je ne sache pas » — écrivait, en 1865, un éleveur du Poitou, à M. le comte d'Osseville, chargé d'une enquête par la Société d'agriculture et de commerce de Caen — « je ne sache pas qu'aucune catégorie d'étalons eût pu remplacer avec autant de chances de succès les anglo-normands qui nous ont été envoyés en 1833. »
« J'ajouterai même que si les départements de l'ancienne province du Poitou étaient privés des étalons anglo-normands, aucune autre espèce venant de France ne pourrait les remplacer Ce
sont les seuls qui puissent être employés comme base de la production avec l'adjonction, bien enten-
du, de quelques animaux de pur-sang, comme la Normandie le pratique elle-même. »
Jusqu'à la création de la race trotteuse, les étalons qui ont fait souche et donné le jour à d'excellents produits, achetés fréquemment par nos éleveurs de la Plaine de Caen, sont : (i) Arion, (Vendée et Charente-Inférieure) ; Pilotl, (Charente-Inférieure); Romantique, par Pilott et une jument normande (Vienne et Vendée); Sphinx (Vendée et Deux-Sèvres) ; King, par Eastham et une jument normande (Charente-Inférieure) ; Unique, (Vendée et Charente-Inférieure), Phaéton, par Eastham et une jument normande, (Deux-Sèvres); Xénophon, par Eastham et une fille de Y. Rattler (Charente-Inférieure); Xilon, parPrétender et une jument normande. (Vendée et Charente-Inférieure); Détroit, (La Trémoïlle, Vienne); Hérode, (Charente-Inférieure, Vienne); Kosciusko, (Vienne); Licencié, par Voltaire et une fille d'Emile (Deux-Sèvres) ; Rubicon, (Vienne et Deux-Sèvres) ; Parfait, par Important et une fille de Biron (Vienne); Tacite, par Fitz Pantaloon et une fille de Voltaire (Vienne) ; Villehardovin, par Jay et une fille de Sir- Henry ; Vulgaire, par Préféré et une fille de Cydmus (Vienne); Cornichon, par Sylvio et une fille de Vaillant (Napoléon- Vendée), auxquels on peut ajouter Cuirassier, par Hamilton et une fille d'Aimable; Jourdan, par Marengo et Brillante; Patient, Régent, Ultimatum, Urbin, Zaim, Ortolan, Olympien, Patron, qui, eux aussi, ont laissé de bons produits.
(i) Rapport de M. le comte d'Osseville déjà cité, p. 136.
Les étalons de race trotteuse, dont les noms suivent, ont également doté les départements desservis par les dépôts de la Roche-sur- Yon et de Saintes de produits estimés dont nous avons, pour la plupart, déjà indiqué les performances.
Ce sont, à la Roche-sur-Yon :
Reynolds, par Conquérant, dei877 àl879;
Pactole, par The Heir-of-Linne, de 1877 à 1892 ;
Albrant, par Normand, de 1882 à 1895 ;
Arcole, parQuinola, depuis 1882;
Hernani, par Phaéton, depuis 1889;
Bégonia, par No ville de 1885 à 1890 ;
Jacquet, par Lavater et Allumette, depuis 1890.
Français 7/J, par Phaéton, depuis 1876 ;
Jourdan, par Valencourt, depuis 1891 ;
Kaboul, par Cherbourg, depuis 1893 ; Kilomètre, par Cherbourg, de 1892 à 1895 ; Mars, parFuschia, depuis 1894; Nangis, par Fuschia, depuis 1895 ; Oldembourg, par Phaéton, depuis 1895 ; Orphelin, par Fuschia, depuis 1895.
À Saintes :
Imprévu, par Àlbrant, depuis 1891 ; César, par Serpolet- Rouan, depuis 1886 ; Oudineau, par Cherbourg et Formosa, depuis 1895 ; Prince-Royal, par Cherbourg et Formosa, depuis 1896;
Quélen, par Cherbourg et Formosa, depuis 1897, tous trois propres frères de Juvigny.
Nous pouvons encore citer les étalons :
Izeron, Ex-Illico (1889), Nordberg (1894), Pellico (1896), Prince-Noir{ 1896), Petit-Lion (1896), Qiurfai (1897;, tous provenant de l'établissement de M. Blay, à Nalliers (Vendée).
4 e arrondissement. — Le 4 e arrondissement, nous l'avons déjà dit, est éminemment propre à la production et à l'élevage du cheval de cavalerie légère et les reproducteurs les plus recommandables sont les arabes et les anglo-arabes ; aussi, les effectifs de Pau et de Tarbes, qui s'élèvent au chiffre de 269, ne comprennent que 8 normands.
Toutefois, dans le Béarn et le Gers, on cite quelques étalons très près du sang : Hallali ; Superlatif, par Tipple-Cider et une fille de The-Juggler; Vendéen, par Amadis ; Dagobert, par Prince-Colibri et une fille de Chasseur; Franc- Gascon, par Univoque; Tantale, par The-Repealer ; Taillebourg, par Pcrformer, qui ont donné quelques bons poulains.
Si Ton quitte le Béarn et la Gascogne pour remonter dans les vallées de la Garonne et du Lot, les conditions de la culture, la nature du sol beaucoup plus riche, se prêtent davantage à un élevage plus étoffé et nos demi-sang distingués, ayant de la branche, du modèle, tout en n'étant pas détaille trop élevée procurent d'excellents résul tats.
Si nous consultons le remarquable rapport où nous avons puisé nombre de renseignements nous voyons quErasmus, par Eden et une jument normande ; Matamore, par y. Emilius et une fille de Napoléon ; Plu-
vier, par Y. Rattler et une fille de Dominant ; Matador, par Aï et une fille d'Empereur ; Orgie, par Eylau et une fille de Chasseur ; Epictùte, par The-Juggler et une fille de Solide; Mogador, parEaslham et une jument du Cotentin ; Tolbiac, par Noleur et une fille de Firc-Away; Rienzi, par Vigoureux et une fille de Don-Quichotte; Rondeau, par Boléro et une fille de Xerxès ; Scorpion, par Ballenkeele et une fille de Marengo, ont contribué, pour une bonne part, à l'amélioration et doté la Guyenne de produits appréciés.
5 e arrondissement. — Dans le 5' arrondissement, comprenant les dépôts d'Aurillac, de Perpignan et de Rodez, la production chevaline est peu développée.
L'élevage des races légères prédomine dans la circonscription d'Aurillac; mais, clans celles de Perpignan et de Rodez le demi-sang reprend plus de faveur.
6 e arrondissement. — Le 6 e arrondissement comprend toute la région de l'Est et du Nord-Est et les quatre dépôts de Besançon, Compiègne, Monlier-en- Der, Rosières, desservent 21 départements où l'on se livre presque exclusivement à la production et à l'élevage du demi-sang et du gros trait.
214 étalons nationaux de demi-sang et 143 approuvés ; 142 étalons nationaux de trait et 267 approuvés, soit un total de 776 étalons contre 35 de pur-sang sont, en effet, livrés à la monte.
Dans tout cet arrondissement le demi-sang nor-
mand est tellement en faveur que les conseils généraux d'un grand nombre de départements : du Doubs, de la Côte-d'Or, de Saône-et-Loire, de la Haute- Marne, de Meurthe-et-Moselle (etc.), envoient tous les ans, à Caen, au moment de la présentation des étalons à l'Administration des Haras, des commissions chargées d'acheter des reproducteurs pour ensuite, après les avoir fait approuver, les revendre à desétalonniers sous des conditions déterminées.
Fait important à signaler, qui prouve une fois de plus que, dans la production chevaline, il faut tenir compte de nombreux facteurs et, en particulier, de la nature du sol, de l'état de la culture, en un mot des conditions économiques locales et générales et qu'il ne faut pas, toujours et quand même, pousser partout à la fabrication du cheval de selle, les étalons qui réussissent le mieux, et qui, conséquemment, sont seuls recherchés, sont ceux qui sans présenter de commun ne sont pas néanmoins trop près du sang.
Il faut aux juments du pays des reproducteurs ayant du gros, du membre, avec de la légèreté d'allures.
Dès 1840, l'anglo-normand, bien acclimaté dans la région de l'Est, contribuait largement à l'amélioration des anciennes races locales et nous voyons des étalons comme Caravan, par Phaéton et une fille de Vaillant; Conquérant, par Impérieux, et une fille de BulFalo; Dispos, par Young-Rattlcr et une fille de Young-Topper ; Nicanor, par Impérieux etunefillede Xerxès; Donata, par Xerxès et une fille de Friedland,
pour n'en citer que quelques-uns, donner naissance à des chevaux aptes aux divers services de l'armée et du commerce.
Quelques trotteurs comme Songerai, par The Heir-of-Linne, à Braisnes (Aisne) ; Daguet, par Normand, à Crépy-en-Laonnais (Aisne), donnent également d'excellents résultats.
« Les poulains et les pouliches issus des étalons départementaux (demi-sang normands), » — lisonsnous, dans un rapport relatif à la production du département de l'Ain (1), — « ont été remarqués et classés au premier rang par leur belle conformation, et plusieurs d'entre eux ont été choisis par des amateurs pour être livrés à la reproduction. Rien ne semble plus concluant qu'un fait pareil pour montrer jusqu'à l'évidence l'influence heureuse que le Haras de l'Ain a exercé sur notre race de chevaux et qui a trouvé d'ailleurs de nombreux
imitateurs, car les départements de Saône-et-Loire, de l'Isère, du Jura, de la Côte-d'Or, des Ardennes et d'autres encore sont entrés dans la voie que le nôtre a ouverte il y a bientôt 30 ans, et ils ont profité de l'expérience que nous avons acquise. »
Le 21 septembre 1846, un Lieutenant-général, pair de France, inspecteur de la Cavalerie, constatant l'accroissement survenu depuis quelques années dans le nombre de chevaux de cuirassiers et de dragons fournis par les Ardennes et reconnaissant qu'ils
(1) Chanel — Animaux domestiques de l'Ain, in Mémoires de la Société nationale et centrale de médecine vétérinaire, 1852, p. 229,
étaient remarquables parleurs formes, leur fonds et leur vigueur, s'exprimait ainsi : « L'introduction, dans ce département (les Ardennes) des étalons anglonormands a fait naître ce produit qui leur ouvre un avenir nouveau. Je crois qu'on ne saurait trop en multiplier le nombre; on parviendrait peut-être, par ce moyen, à arrêter la concurrence fâcheuse des étalons belges dont les produits sont loin de valoir les premiers. »
Aujourd'hui, l'étalon anglo-normand continue à mériter la faveur dont il a été l'objet il y a tantôt 60 ans et nous pourrions, à l'appui de nos dires, citer les rapports adressés tous les ans aux conseils généraux des départements de l'Est.
Nous verrions ainsi, par les sommes qu'ils inscrivent à leur budget, pour l'acquisition de reproducteurs de demi-sang, que les résultats obtenus justifient amplement les sacrifices consentis par les administrations départementales pour l'amélioration de leurs races chevalines locales.