‹ Le Cheval BarbeChapitre 20 sur 28 · C. Claude | mn · texte numérisé non relu

C. Claude | mn

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peuvent présenter, noter les fautes commises dans leur application, et juger l’ensemble d’après les résultats obtenus. |

Le plus grand mérite du Service des Remontes d'Algérie est d’avoir édicté, dès leur origine, un Règlement et de l’avoir strictement et invariablement maintenu.

Les principes de la reproduction étant bien arrêtés et solidement établis, leur application a pu pécher en bien des points, des tâtonnements, des erreurs ont pu se produire mais non des incohérences.

Ce n’est pas avec un Règlement qu’on produit du cheval maïs il faut néanmoins une direction pour choisir de bons étalons, s’en servir d’une facon rationnelle, bien conduire les appareillements.

Les Haras furent supprimés en 1790, en France, non seulement « parce qu’ils étaient nuisibles au progrès », mais « parce qu'ils étaient nuisibles à cause des changements incessants des systèmes suivis, abandonnés et repris » (22).

Semblable reproche ne saurait être adressé au Service des Remontes qui a agi avec pérsévérance, avec suite, avec ténacité, ne défaisant pas le lendemain ce qu'il avait fait la veille.

La consigne inflexible, — la routine militaire

diront certains, — a parfois du bon.

a) Choix des géniteurs. — Chargé de diriger la reproduction de la race chevaline indigène, le Ser-

vice des Remontes visa tout d’abord au maintien des qualités acquises, puis à leur perfectionnement.

Pour produire le cheval de troupe, qui se passe fort bien d'élégance, de brillant, mais dont les qualités de premier ordre sont la sobriété, la rusticité, la résistance à tous les services, mieux vaut un barbe ordinaire, un peu commun, solidement charpenté, ayant du fond. Le Service des Remontes fit ce que l’Arabe avait fait de tout temps : une sélection attentive des reproducteurs de la race même.

Puis, pour améliorer le cheval barbe, l'élévation de la taille et l’amplification des formes furent recherchées par le croisement avec l’arabe, le seul géniteur adapté au sol, approprié aux ressources culturales du pays, le seul qui puisse apporter les améliorations demandées sans altérer les caractères essentiels de la race barbe et lui faire perdre ses qualités.

Le sang arabe fut introduit soit directement soit en mélange après avoir formé l’arabe-barbe.

Enfin, sacrifiant au goût du jour qui alors déjà exigeait toujours plus de vitesse, on eut recours au sang anglais. Quelques étalons de pur-sang anglais et anglo-arabe prirent place dans les dépôts à côté des étalons barbes, arabes et arabes-barbes,

C'était un contre-sens | une hérésie |

Pour multiplier et améliorerle cheval barbe, produit brut de la nature, il faut un cheval qui soit comme lui produit brut et ne doive pas ses quali-

tés aux combinaisons les plus raffinées d’un élevage

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artificiel. Sauf quelques très rares exceptions, le sang anglais n’a pas réussi et ne pouvait réussir en Algérie où l’agriculture, les mœurs, les ressources des indigènes réclament un cheval sobre et rustique.

Les étalons anglo-arabes ont été supprimés ; un petit nombre d’étalons ‘de pur-sang anglais servent encore, chaque année, quelques juments et fournissent une carrière sans éclat.

b) Achat des étalons — Les commissions de remonte, telles qu’elles existent remplissent parfaitement leur mission et donnent toute satisfaction quand il s’agit des achats de chevaux.

Les critiques que ces commissions encourent de la part des officiers de cavalerie, au moment de la réception des jeunes chevaux dans les corps de troupe, ne sont pas fondées. Il faut tenir compte,en effet de la valeur moyenne dés sujets qui sont présentés à ces commissions; il faudrait expliquer aussi le parti-pris manifesté dans leurs appréciations par certains chefs de corps qui ne jugent la valeur d’un cheval que par son degré de sang et par sa grande vitesse.

Ce qui est indéniable, c'est que l’ensemble des chevaux de troupe est bon et que les régiments de cavalerie d'Afrique sont remontés en chevaux de même espèce, de même coupe, de même tempérament.

Mais ces commissions présentent-elles les mêmes

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aptitudes quand elles sont appelées à choisir et à acheter un étalon, quand il leur faut déterminer le programme de ce géniteur, lui assigner une place dans la station d’une région où son type, ses qualités correspondront au type et au qualités moyennes des juments qui lui seront présentées.

Pour diriger la reproduction, il ne suffit pas de connaître un règlement soigneusement étudié et établi d'après des méthodes rigoureuses ; il ne suffit pas d’une grande expérience, de beaucoup de bonne volonté, il faut tout un fond de connaissances scientifiques: zootechnie, anatomie, physiologie, dynamométrie, agronomie, pathologie, etc., etc.

« La multiplication et l’amélioration d’une race sont fonctions des sciences naturelles et agricoles ».

Les commissions de remonte ont-elles alors l’autorité voulue?

Loin de nous la pensée de vouloir incriminer ici toute une organisation d'officiers distingués, hommes de cheval accomplis, animés du meilleur esprit et dont nous avons pu apprécier la haute valeur morale et les excellents sentiments de franche camaraderie, au cours d’un séjour de trois années à la succursale de remonte d'Oran où nous étions attaché comme officier acheteur au Comité de remonte. Cependant, nous sommes obligé de reconnaitre que nous avons trop d’étalons qui ne valent pas grand’ chose comme type et qui ne valent rien comme reproducteurs. Nos dépôts de remonte en regorgent

et nous n’exagérons rien en avançant que les mé-

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diocrités composent la bonne moitié de l'effectif.

Un bel étalon, fort, membré, ample, profond, à grand développement musculaire, voire même avec des perfomances, n’est pas forcément un bon étalon. Le géniteur n'est rien par lui-même : il ne s’affirme que dans sa production et ne vaut que par ce qu'il donne.

Pour choisir un reproducteur il faut pouvoir apprécier non seulement les caractères externes mais encore la nature intime des tissus. Il faut avoir une connaissance approfondie de l’anato mie des régions ; il faut se rendre compte du mécanisme de production des tares osseuses pour écarter certaines dispositions articulaires défectueuses.

Savoir discerner chez un géniteur la somme des qualités transmissibles qui donneront au produit son maximum d'aptitude en tant que cheval de service : là est la véritable difficulté à vaincre, difficulté presque insurmontable pour l’officier-acheteur insuffisamment préparé à sa mission par son éducation scientique.

c) Répartition des étalons dans les stations de monte. — Le règlement prescrit que les étalons ne doivent être désignés pour une région déterminée qu'après une étude sérieuse des conditions de l'élevage qui s’y pratique et la nature des poulinières qui s y rencontrent. S'assurer si les reproducteurs conviennent au pays constitue certainement un des côtés les plus délicats du rôle qui

échoit aux commandants des dépôts de remonte.

Chaque contrée comporte non seulement son climat, ses coutumes, ses ressources culturales, mais aussi des électeurs et leurs élus. Et nous sommes obligé de constater que la répartition des étalons dans les stations de monte se fait trop souvent au hasard, sur la demande du député, d’un maire ou de quelque électeur influent. Le

d) La monte dans les stations. — Pendant la saison de la monte, les étalons sont répartis dans les stations disséminées sur tout le territoire jusqu'aux confins du Sahara. Des sous-officiers, des brigadiers, parfois même de jeunes soldats n’ayant que quelques mois de service exercent les fonctions de chef de station.

Et ici apparaît la déplorable fragilité de la base sur laquelle repose tout l’édifice!

De ces chefs de station, absolument incapables de faire autre chose que de surveiller le pansage et la promenade des chevaux, va dépendre entièrement le sort de l’élevage de toute une région. Après avoir anonné quelques pages de la théorie sur la monte, ces hommes se trouvent aux prises avec les multiples difficultés qui surgissent toujours lorsqu'il s’agit de passer de la théorie à la pratique.

Ils doivent appareiller étalon et jument selon la race, l’âge, la taille, l'ampleur, la robe, etc. Ils doivent s'assurer des qualités et des défauts communs

à l'étalon et à la jument, puis des qualités et des

défauts spéciaux que présentent l'un et l’autre géniteurs ; éviter d’assortir des reproducteurs ayant le même défaut ; corriger les défauts de l’un par les qualités de l'autre ou corriger les défauts par les défauts contraires; écarter les contrastes, etc. etc.

A tout instant, ils ont à résoudre les problèmes les plus ardus sur la sélection, les croisements, la consanguinité, l’hérédité, toutes choses dont ils ignorent jusqu à l’existence

Bref, nos chefs de station ont à faire journellement de la zootechnie sans le savoir.

Les résultats ? Pitoyables certainement !

Gardons-nous des exagérations.

La nature tend une main secourable au malheureux chef de station, dans la lourde tâche qui lui incombe.

« La race barbe a conservé son type primitif, Tous les individus qui la composent présentent les mêmes aptitudes. Les mêmes moyens peuvent. donc être employés pour les perfectionner puisque tous ont les mêmes défauts, et chaque sujet ne demande pas une étude spéciale, comme cela se produit en France, en raison de la diversité des croisements ». De là une grande simplification apportée dans le rôle du cavalier de remonte, qui parmi tant d’autres n’a généralement retenu qu'une méthode, la seule qu'il met en pratique. « Corriger les défauts de l’un, par les qualités de l’autre. »

Et nous devons reconnaïtre que ce mode d’appa-

reillement donne souvent de bons résultats et jamais

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22 A ° d’insuccès, son abus pouvant conduire tout au plus à la production de sujets moyens ou simplement passables.

e) Encouragements à la production. — Pour encourager la production et l'amélioration de la race chevaline,le Service des Remontes, s'inspirant des moyens utilisés en France, a institué en Algérie :

Les courses.

Les primes.

Un stud-book de la race barbe.

Courses.

Etablies et réglementées par l'Etat, en 1855, les courses furent bien accueillies par les Arabes qui les pratiquaient de temps immémorial.

Elles étaient, alors, loin d’être ce qu’elles sont de nos jours ; elles n'étaient «ni un jeu, ni une spéculation ». Sans entraînement spécial, les chevaux prenaient part à la lutte et parcouraient 6-8-12 jusqu'à 20 kilomètres, sur des terrains accidentés, sous un poids de 60 à 70 kilogs. Après la course, vainqueur et vaincus rentraient au douar et reprenaient leur rude service.

Ces courses de fond entretenaient l'amour du cheval en même temps qu’une belle émulation parmi les tribus ; elles permettaient aussi de distinguer les sujets d'élite pour les utiliser comme éta-

lons.

Les épreuves sportives, telles qu’elles sont pratiquées aujourd’hui, sous l'égide de sociétés hippiques, peuvent tout au plus singulariser des individus. Les performances du turf sont établies à la suite d'épreuves de vitesse qui n’ont rien à voir avec les conditions de vie et de travail qu'imposent les nécessités journalières.

Pour obtenir une grande vitesse de quatre à cinq minutes, on a haussé la taille, ou plutôt allongé les membres ; on a étiré les muscles de la locomotion sans s'occuper de les développer. Les sujets soumis à un entraînement nullement en rapport avec leur âge et leurs moyens sont tarés avant de pouvoir être employés à la reproduction.

Il s’agit avant tout de gagner le prix ! Qu'importe au propriétaire l’amélioration de la race s’il perd la course ! Que lui importe la dégénérescence s’il gagne!

En somme les courses ne peuvent qu'améliorer des chevaux de courses, mais ne sauraient, en aucune façon, développer chez les individus qui sont soumis à un pareil exercice, autre chose que des qualités étroitement définies et par conséquent nullement en rapport avec les exigences d'une utilisation. La sélection par la vitesse exclue l’étoffe, le muscle, la résistance, et, dans ces conditions il serait puéril de s'attacher à de telles pratiques pour tenter d'améliorer et à plus forte raison de régénérer une race.

Les premiers essais des chevaux barbes dans les courses ont été concluants. Malgré les performances

de quelques-uns d’entre eux, ils ont disparu des hippodromes devant le pur-sang professionnel.

Le barbe n’est pas un cheval de courses; les luttes entre barbes n’ont rien de passionnant et les plus entêtés ne peuvent pas ne pas reconnaitre qu'ils préfèrent voir s’aligner au poteau les descendants du Sancy, de Dolma-Bagkché, de Sansonnet, de Loudun, de Chalet, que de simples barbes, de « pauvres barbillons » fussent-ils Ben-Chicao, Professor, Bou-Abdelli ou autres fameux dont le souvenir nous hante encore.

Les courses, en amenant en Algérie d’abord les chevaux truqués, puis en favorisant linfusion du sang à la race indigène, en fraude ou au grand jour, enfin en ouvrant les hippodromes aux pursang, ont fait pour le cheval barbe plus que toutes les sociétés d'encouragement de la colonie.

Sans l’intrusion bienfaisante des truqueurs, nous aurions peut être vu déformer nos chevaux en les appliquant, malgré eux, malgré tout, à un travail dont l'effort était, sinon au dessus de leurs forces, du moins en contradiction avec leur destinée.

Hâtons-nous d'oublier ces produits délicats. nerveux, irritables, décousus, longs de rein, à côtes plates, issus des croisements avec les chevaux anglais. De vrais dégénérés ceux-là et qui n’ont plus rien du barbe. |

Laissons au barbe la gloire de compter parmi ses ancêtres Godolphin-Araffan, l’un des pères du pursang anglais et respectons en lui les qualités d’endu-

DEN: Ps

rance et d'énergie que plusieurs siècles d'utilisation rationnelle, sous ses anciens maîtres, ont réussi à

lui donner.

Les courses de la guerre, organisées par le Service des remontes en territoire militaire, ont perpétué la saine tradition et là encore la persévérance, « la routine » a lutté contre la mode du jour.

Malheureusement le fond a été quelque peu sacri. fié à la vitesse. La distance à parcourir (3000 m.) est insuffisante, etil n’est pas assez tenu compte du poids du cavalier, généralement un enfant.

Il faut savoir gréaux Comités de remonte d’exclure des épreuves tout sujet, quelle que soit son origine, s’il présente des tares ou s’il n'offre pas les qualités requises pour la reproduction : sageréglementation depuis trop longtemps tombée dans l'oubli, pour les

épreuves civiles.

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