‹ Le cheval de bronze, opéra-féerie en trois actesChapitre 16 sur 36 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

TCHIN-KAO, PEKI.

tchin-kao , à Peki, qui entre et regarde par la croisée du fond.

Eh bien ! tu ne vois rien ?

PEKI.

Non, mon père... voilà bien en face de notre ferme le rocher de granit où se place d'ordinaire le cheval de bronze... mais il n'y est plus.

TCHIN-KAO

Et là-haut... là-haut, tu ne le vois pas revenir ?

PEKI.

Non , vraiment î Pauvre prince !

TCHIN-KAO

Et mon gendre !..« (Buvant.) je crois bien que c'est fini... et qu'on n'en aura plus de nouvelles...

PEKI.

Est-ce terrible, à son âge !... si aimable et si gentil !

TCHIN-KAO

Mon gendre!...

PEKI.

Non, le prince!

C'estsa faute!... Ils sonttous comme ça... l'ambition, le désir de s'élever... En attendant, ma ûlle , il paraît que te voilà veuve...

PEKI.

Oui, mon père!...

TCHIN-KAO

Ne te désole pas... que veux-tu, mon enfant, nous gommes tous mortels... les mandarins comme les autres.

PEKI.

Oui, mon père...

TCHIN-KAO

Il faut se dire qu'il était bien vieux et bien laid...

PEKI.

Et quand il a fallu l'épouser., .vous me disiez qu'il était si bien... vous lui trouviez tant de bonnes qualités.

TCHIN-KAO

Il en avait de son vivant... Cette dot qu'il m'avait donnée en t'épousant... toi, ma fille unique... car je n'ai qu'une fille... et c'est ce qui me désole... j'aurais voulu en avoir une douzaine, tant mes enfants me sont chers...

PEKI.

Mon bon père...

TCHIN-KAO

Et tu seras satisfaite , je crois , du nouveau choix que j'ai fait...

peki, étonnée.

Comment, un nouveau choix !

TCHIN-KAO

Le seigneur Caout-Chang, un riche fabricant de porcelaine.

PEKI.

Qu'est-ce que vous dites là?

TCHIN-KAO

Çest ce soir qu'il doit venir avec quelques amis... ainsi prépare-nous à souper.

PEKI.

Mais ça n'a pas de nom... ce n'est pas possible... sans me consulter... le jour même de mon veuvage...

TCHIN-KAO

Dis donc de tes noces... Ne devais-tu pas te marier aujourd'hui?...

PEKI.

Sans doute...

TCHIN-KAO

Eh bien! tu te maries toujours... Rien n'est changé... que le mari...

PEKI.

Mais celui-là a soixante-et-dix ans...

Je n'aime pas les gendres trop jeunes...

PEKI.

Eh bien! moi... je ne pense pas comme vous... j'ai d'autres idées... et si je me marie, si j'épouse quelqu'un , ce sera Yanko...

TCHIN-KAO

Yanko... un garçon de ferme ! qui atousles défauts...

PEKI.

Lesquels?...

TCHIN-KAO

Qui a dix-huit ans... qui n'a rien.

PEKI.

Je l'aime ainsi... Je suis maîtresse de ma main... je suis veuve...

TCHIN-KAO

Et moi, je vous ordonne...

PEKI.

Je n'ai plus d'ordres à recevoir... car, grâce au ciel, je suis libre...

TCHIN-KAO

Ça n'est pas vrai... et je ferai ton bonheur malgré

( 43 ) toi... voilà comme je 6uis... Je vais trouver mon nouveau gendre , pour toucher ta nouvelledot , et je reviens avec lui... Songe à ce que je t'ai dit , et surtout au souper...

Mais, mon père!...

tchin-kao fait un geste de colère, et lève la main pour la frapper. Elle s'incline devant lui.

A la bonne heure ! voilà comme je t'aime !... (Ilsort et ferme les rideaux de la croisée du fond.)

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