TSING-SING, TCHIN-KAO
Eh bien! maître Tchin-Kao... qu'en dites-Tous?
TCHIN-KAO
Que je ne puis en revenir encore I... vous , gouverneur de cette province, qui veniez tous les ans au nom de l'empereur, notre gracieux souverain, pourtoucher notre argent ou nous donner des coups de bâton ; vous, qui me taisiez une si grande peur, ainsi qu'à tout le monde, vous voilà mon gendre...
TSING-SING
Oui, maître Tchin-Kao, je vous ai fait cet honneur: j'admets votre fille au nombre de mes femmes..*
TCHIN-KAO
Est-ce que vous en avez beaucoup ?
TSING-SING
Quatre.
TCHIN-KAO
Est-il possible!
TSING-SING
Objet de luxe ! et pas autre chose. Un grand seigneur chinois y est obligé par son rang...
TCHIN-KAO
Ici, au village, nous ne prenons qu'une femme 3 nous ne pouvons pas en avoir davantage...
C'est juste ! vous n'en avez pas les moyens!... c'est un luxe qui revient très-cher, attendu qu'à chaque fille qu'on épouse,., il faut payer une dot à son père. Tcnm-KAo.
Très-bonne coutume! encouragement moral accordé aux nombreuses familles... Du reste ,1a dot que j'ai reçue de votre seigneurie était magnifique... Il n'y a qu'une chose qui m'embarrasse...
TSING-SING
Laquelle?
TCHIN-KAO
Ce sont vos quatre femmes.
TSING-SING
Elles ne vous embarrassent pas plus que moi ! La première est maussade, la seconde colère, la troisième jalouse; mais celles-là ne diront rien, car elles ne sortent jamais de leur chambre ou de leur palanquin. Ce qu'il y a de plus difficile, c'est ma quatrième, ma chère Tao-Jin...
TCHIN-KAO
Qui est laide?
TSING-SING
Non , elle est jeune et jolie ; mais elle réunît à elle seule les qualités de toutes les autres... sans compter un petit mandarin très-assidu auprès d'elle; et je ne puis la répudier, attendu qu'elle est cousine de l'empereur, au huitième degré.
TCHIN-KAO
Cousine de l'empereur !
Il en a comme ça deux ou trois mille... C'est égal , cette parenté-là donne à ma doucereuse Tao-Jin le droit de paraître sans voile, de sortir seule et de me faire enrager toute la journée.
TCHIN-KAO
Elle vous aime donc bien !
TSING-SING
Du tout : elle ne peut pas me souffrir; mais, fièrc et
Archives tfe la Ville de Bruxettes Archlef van ôe Stad Brussel
hautaine, elle me regarde comme son premier esclave... Tu l'as voulu, Tsing-Sing... tu as voulu, parce que tu étais riche, épouser une princesse qui n'avait rien. Aussi, avec elle, il faut que j'obéisse, et c'est pour commander à quelqu'un que j'ai épousé ta fille...
TCHIN-KAO
Je vous remercie bien.
TSING-SING
Mais tout à l'heure , au moment où j'entrais dans la pagode... un exprès m'a appris que ma noble compagne venait d'arriver à mon palais d'été.
TCHIN-KAO
Aux portes de ce village...
TSING-SÏNG.
C'est cela qui m'a fait hâter mon mariage avec Peki... car tu sens bien que siTao-Jin était apparue au milieu de la cérémonie...
TCHIN-KAO
Cela aurait été fort gênant pour ce matin.
TSING-SING
Et ça le serait encore plus pour ce soir... Ainsi , tu feras préparer le repas et l'appartement nuptial chez toi... dans ta ferme. ^
TCHIN-KAO
Quel honneur !...
TSING-SING
Et d'ici là, si je puis éviter ma quatrième... et ne pas la voir de la journée... (Apercevant Tao-Jin.)