TSING-SING, TAO-JIN
TAO-JIN
Eh bien! seigneur, dites encore qu'il n'y a pas d'avantage à épouser une cousine de l'empereur au huitième degré! .. Enseveli ici dans cette province de Chatong, dout vous êtes gouverneur, vous ne pouviez vous absenter, ni venir à Pékin, ni paraître â la cour, qui jamais n'a été plus brillante, à ce que m'écrivait dernièrement Nin-Kao... ce jeune mandarin de première classe. ..et mon cousin au troisième degré... tsing-sing , à part.
Celui dont je parlais tout à Y heure.
TAO-JIN
Alors, et dans ma tendresse pour vous, devinez ce que j'ai fait !
TSING-SING
Je ne m'en doute même pas.
TAO-JIN
Le prince impérial, qui voyageait depuis un an, revient enfin dans la capitale...
TSING-SItfG.
Je le sais... Il doit même traverser cette province pour se rendre à Pékin...
TAO-JIN
Où l'on vient de monter sa maison... Eh bien ! monsieur , l'empereur , à ma demande et à ma considération, a daigné vous nommer à la place la plus flatteuse... il vous a donné le titre de tchang-i-long ou premier menin de son altesse.
TSING-SING
Est-il possible !... un tel honneur !...
TAO-JIN
C'est à moi que vous le devez : une charge magnifique , qui vous donne le droit de rester toujours auprès du prince, de le suivre partout! pendant que moi , je resterai à la cour !
TSING-SING
Comment! je ne pourrai pas le quitter?
TAO-JIN
D'une seule minute... à moins qu'il ne l'exige... C'est l'étiquette chinoise... et si vous y manquiez , le prince aurait le droit de vous faire trancher la tête.
TSING-SING
Ah ! mon dieu ! Par bonheur... je connais le prince , un jeune homme charmant, qui tient beaucoup au plaisir et fort peu à l'étiquette. Je suis un des lettrés de l'empire qui dans son enfance lui donnaient des leçons: il ne venait jamais aux miennes... ce qui ne l'a pas empêché d'être prodigieusement instruit.
Et c'est en récompense de vos soins que l'empereur vous atiache à sa personne , et vous donne une place qui , dès aujourd'hui , vous ramène à la cour.
TSING-SING
Comment! aujourd'hui ?...
TAO-JIN
Eh! oui, vos fonctions commencent de ce moment... Nous ne quitterons plus le prince, et comme il va arriver...
*TSING-SINO
Lui,, le prince l (A part, avec embarras.) Et ce soir... mon mariage... comment faire?,..
TAO-JIN
Tenez... tenez, voyez-vous de loin la bannière impériale... C'est lui.... c'est son altesse... Quel bonheur! moi, qui ne l'ai jamais vu...
TSING-SING
Vous oseriez vous exposer ainsi à ses yeux?...
TAO-JIN
Pourquoi pas?... comme fils de l'empereur, nous gommes parents : c'est un cousin...
TSING-SING
Elle en a partout... Et cette foule qui l'environne... braverez-vous aussi leurs regards profanes?... Rentrez , madame , rentrez...
Vous avez raison , et j'attendrai que le prince soit seul avec vous. (Elle entre dans la pagode à gauche.)