STANDARD
Bien que trapu et massif, fait d'un squelette puissant sur lequel s'insèrent des masses musculaires très déve: loppées qui, déjà, font du poulain de 18 mois un sujet apte au travail, le Cheval de Trait du Nord possède une vigueur el une énergie qui lui permettent, lors des présentations dont 1l est l’objet, de fournir, à l'allure du trot, des foulées tout à fait remarquables, et de se montrer, dans son service au pas, un tracteur mierveilleusement équilibré, développant par sa masse et par son influx nerveux, sur tous les terrains quels qu'ils soient, le maximum de puissance et de facilité de travail.
Il peut être ainsi décrit :
Tête petite, quelquefois un peu forte, mais toujours expressive, énergique et bien attachée ; front plat avec arcades orbitaires saillantes abritant un œil un peu petit, mais vif ; chanfrein droit, parfcis légèrement déprimé ; lèvres bien appliquées l’une contre l'autre ; ganaches sèches et nettes ; oreilles courtes, bien portées el très mobiles.
Encolure courte et puissante, garnie de crins relativement fins mais abondants.
Garrot en apparence un peu bas, parce que généralement, fondu dans les masses musculaires voisines.
Dos court et droit.
Rein court et large.
Croupe large, puissamment musclée, d'obliquité
moe
moyenne et donnant insertion à une queue bien implantée pourvue de crins assez fins.
Corps épais, massif, très musclé ; poitrine profonde, bien descendue, avec un passage de sangle irréprochable ; poitrail large aux pectoraux développés au maximum ; flanc court et bien harmonisé avec les régions qu'il relie.
Membres aux aplombs réguliers et extrêmement puissants par leur musculature, leurs articulations nettes, sèches et bien développées dans tous leurs diamètres, leurs canons courts et très gros auxquels se juxtaposent des tendons nets et secs, dépourvus de fanons ou garnis de fanons peu développés, et que terminent des paturons larges et courts s'emboîtant harmonieusement dans des pieds bien conformés, aux talons hauts, à la fourchette large et épaisse, à la sole bien excavée et à la corne très résistante.
Taille oscillant autour de 1 m:. 65 pour les étalons et de 1 m. 60 pour les juments.
Robe baïe, alezane, aubère ou rouanne, exceptionnellement et de moins en moins grise où noire.
Le Cheval de Trait du Nord est donc sans conteste un animal court et ramassé.
Nous démontrerons plus loin qu'il est, quant à sa conformation, absolument superposable au cheval belge.
Or, dans son « Tableau Général de classification des races chevalines » (Traité de Zootechnie, tome IT, Les Equidés, page 28), le Professeur DECHAMBRE fait du cheval belge classé dans la Groupe des Types concavilignes, un hypermétrique longiligne, et du cheval ardennais, appartenant lui aussi au type concaviligne, un hypermétrique médioligne, alors que dans le groupe des rectilignes — et pour nous en tenir à cette seule comparaison — il qualifie le cheval boulonnais d'hypermétrique bréviligne.
Nous, que nos fonctions appellent à nous rendre presque quotidiennement dans les régions qui constituent les aires géographiques respectives du Cheval de Trait du Nord et du Cheval boulonnais, nous qui sommes en contact permanent et étroit avec l'élevage belge, et qui avons ainsi l’occasion d'examiner et d'analyser d'un
UE
bout de l’année à l'autre, un très grand nombre des mieilleurs représentants de ces différentes races, nous ne pourrions, dans l’état actuel des choses, souscrire sans réserve à cette classification, si nous ne savions que, lorsqu'il l’a établie, l'éminent Professeur d’Alfort n'avait en vue que les types primitifs, et tablait sur la conformation de l’ancien belge qu'ageravaient singulièrement d'ailleurs ses mariages nombreux, et alors pour ainsi dre fatals, avec le flamand.
Dans ses « Eléments d'Ethnologie Générale » (Traité de Zootechnie, tome T, pages 543 et 546), M. DECHAMBRE écrit :
« L'étude des proportions corporelles est celle des rapports qu'entretiennent entre eux les éléments de longueur, de largeur et d'épaisseur. Les variations de cet ordre sont très accusées et ont été introduites depuis longtemps dans la connaissance des races humaines et animales, ainsi que nous le montrerons plus loin à propos des indices. Les règles qui les régissent ont pour point de départ la proposition suivante :
Les éléments de largeur et d'épaisseur varient dans le même sens et en raison inverse des éléments de longueur.
Cela signifie, dit Baron, que les animaux longs sont du même coup étroits et minces, que les animaux larges sont du même coup épais et courts, que les animaux étirés ne donnent la sensation du « svelte » qu'à la condition d’être simultanément hauts et frêles, etc...
La loi d'harmonicité se constatera donc d’une manière remarquablement exacte sur les individus chez lesquels les proportions auront varié dans le même sens sur toutes les régions corporelles. Elle permet conséquemment de reconnaître, dans chaque espèce, trois types principaux :
1° Un type de proportions moyennes de chaque côté duquel se sont effectuées des variations de sens opposés aboutissant à :
29 Un tvpe où les éléments de largeur et d'épaisseur l’emportent sur les éléments de longueur ;
3° Un type où les éléments de longueur l’emportent sur les deux autres.
Le premier est le type médioligne où mésomorphe ; le second, le tvne bréviligne ou brachymorphe : le troisième, le tvpe longiligne ou dolichomorphe. L'échelle complète des variations s'établira de la manière suivante :
sub-brévilignes Brachymoyphes ultra-brévilignes ‘ brévilignes NÉS OMOLDIE SEE creer médiolignes
tes | sub-longilignes Dolichomorphes longilignes | ultra-longilignes
L'harmonicité présentée par ces divers types ressort de cette constatation que « les sujets longilignes sont étriqués et effilés non seulement en une région particulière, mais d'un bout à l’autre ; par contre, les organismes brévilignes sont refoulés, tr'apus et surbaissés depuis le bout du nez jusqu'au bout des pieds ». La brachymorphose ou la dolichomorphose d’une région ne sont qu'un cas particulier de la b'achy ou de la dolichomorphose du corps tout entier ; la brachy et la dolichocéphalie, entre autres, ne prennent une réelle importance que si elles s'ajoutent aux variations de même sens subies par les autres parties du corps.
L'harmonicité est le critérium de la pureté ethnique ; nous l'avons déjà recherchée dans la silhouette ; elle est non moins désirable dans l’ensemble des proportions ».
Ainsi donc « les sujets longilignes sont étriqués et effilés non seulement en une région particulière, mais d’un bout, à l’autre ; par contre les organismes brévilignes sont refoulés, trapus et surbaissés depuis le bout du nez jusqu’au bout des pieds ».
Le Standard que l’on a lu plus haut du Cheval de Trait du Nord qui, nous ne saurions trop le répéter, est morphologiquement identique au cheval belge, s’opposerait indiscutablemient à lui seul, à ce que l’on considérât le Trait du Nord'et le Belge d'aujourd'hui comme des « sujets longilignes, étriqués et effilés.. d’un bout à l’autre ».
Nous ne contesterons pas toutefois que chez certains sujets — en fait de moins en moins nombreux — des deux races dont il s'agit, l'indice facial, que constitue le rapport entre la largeur de la face et sa longueur, soit encore relativement faible, mais nous affirmons que les individus dolichoprosopes sont aujourd'hui l'exception, et que, pour la plupart, les chevaux belge et de Trait du Nord sont méscprosopes.
Au surplus, l'indice thoracique (rapport entre la largeur maxima de la poitrine et sa hauteur), de même que l'indice corporel (rapport entre la longueur scapuloischiale et le périmètre thoracique), démontrent surabondamment que ces chevaux sont des brévilignes.
Par ailleurs, étant donné que « les relations entre les membres et le tronc sont le complément de l'harmonicité des proportions individuelles », et que « les mem-
bres gros et courts sont en harmonie avec un corps large et épais, les membres hauts et grêles avec un tronc mince el étroit » (DECHAMBRE, Traité de Zootechnie, tome I, page 554), il faudrait que, contrairement à la réalité présente, le Cheval de Trait du Nord et le Cheval belge, pour justifier leur catégcrisation comme « longilignes », fussent « étriqués et effilés », avec « un tronc mince et étroit », et fussent juchés sur des « membres hauts et grêles ».
Du reste, le Professeur DECHAMBRE lui-même partage entièrement en fait, notre manière de voir, puisqu'il écrit (Traité de Zootechnie, tome II, pages 158 et 177) :
d’une park,
« Le groupe des concaves hypermétriques offre beaucoup d'homogénéité ; trois races en font principalement partie que leur plastique primitive permet de classer dans l’ord'e suivant :
Bréviligne : le gros cheval breton ; Médioligne : l’ancien ardennais ; Longiligne : l'ancien belge.
La dernière de ces races a subi, sous l’action de la cuiture, des modifications profondes qui ont transformé ses proportions et en ont fait une race médioligne et souvent même trapue. Les croisements actuels tendent de plus en plus à effacer les différences qui s'étaient peu à peu cons tituées en dépit d'une commune origine. Toutes ces raisons font que l’'ardennais et le belge doivent être classés côte à côte ; l’un et l’autre se distinguent du gros cheval breton par leur face plus allongée, surtout chez le belge, leurs oreiiles plus rapprochées et plus longues, leurs sabots plus forts, leurs tissus moins denses et l'orientation donnée à la production contemporaine (influence du norfolk et du postier breton) ;
d'autre part,
Les chevaux belges, appréciés depuis la plus haute antiquité, ont subi peu de c'oisements ; quelques chevaux du Holstein et aussi des arabes furent introduits sans laisser de traces profondes ; les changements les plus nets, ceux qui ont amené l'ancien sub-longiligne vers les formes trapues (les représentants vctuels, sent le résultat de l'adaptation de plus en plus parfaite de la race au service du gros trait lent ».
Et en résumé, nous estimons avoir le droit de üire que le Cheval de Trait du Nord et le Cheval belge de notre époque sont, au sens exact du mot et par excellence, des brévilignes.
Les mesures que nous avons relevées sur quelques-uns des chevaux dont les photographies précèdent ce travail, et que nous donnons ci-après, nous autorisent au surplus, à déclarer que nous ne pouvons ni partager les vues, ni accepter les idées de ceux des zootechniciens néo-style qui, avec un absolutisme que ne tempère aucun éclectisme, et contre lequel s'élèvent et s’élèveront toujours les zootechniciens vrais, à la fois scientifiques ei pratiques, ont cru pouvoir décréter que, désormais, l'appréciation d’un animal ou la détermination d’une race se ferarent au micromètre.
De telles conceptions, qui prétendent à faire cadrer avec les sèches et immuables données d’une mathématique rigide, les incessantes évolutions et transformations de la matière si éminemment malléable qu'est celle dont est bâti l'être vivant, sont, en effet, à notre sentiment, non pas de la science au sens noble et exact du mot, mais tout au plus un prétentieux mirage de science.
Et nous cantonnant, avec notre pratique-et notre expérience, dans le sain et sage domaine des faits, nous répudions sans réserve toutes les subtilités byzantines que nous visOns 101 et qui — c’est le moins que l’on en puisse dire — n'ont jamais été que des irréalités !