BAPTISTE, SUZETTE
SUZETTE» entrant de la droite avec un plumeau sous le bras.
Qu’est-ce que tu me veux?
Es-tu bien occupée ?... qu’est-ce que tu fais?
SUZETTE
Je range le salon... puis j’irai faire la chambre de madame.
Si tu profitais de ce que je suis là pour apprendre à faire le cabinet de monsieur? Il faudra bien que tu me remplaces lorsque je serai absent.
SUZETTE
Tout ce que tu voudras, mon gros chéri.
Elis l'embrasse.
Allons, c’est bon, c’est bon I... ne fais donc pas l’enfant!
suzette *.
Cela te fâche que je t’embrasse?. .
Non, mais il y a temps pour tout. Ce soir, par exemple, quand nous serons seuls... dans notre chambre, — je ne te dirai pas d’aller épousseter les meubles, (a pari.) Sachons être digne !
SUZETTE
Tu as raison. Voyons, par où faut-il commencer ?...
Stuette Baptiste.
LE CHEVALIEH BAPTISTE
BAPTISTE, à port.
Elle est charmante ! (Hmit.) Oh ! mon Dieu ! il n’y a pus grand’chose à faire !... D’abord tu ne touches pas au bureau, ni aux papiers qui sont dessus, tu ne touches pas à la bibliothèque ni aux livres qui traînent ça et là. Un coup de plumeau aux fauteuils et de temps en temps, pas souvent, un coup de balai au tapis : voilà tout. Ah ! il faut aussi faire attention à ce qu’il y ait toujours une bouteille de malaga et un verre sur la cheminée. Ah ! et puis, ne pas oublier d’époüsseter soigneusement ces deux armures, Bayard et Duguesclin ; ce sont deux noms que je leur ai donnés pour m’y reconnaître.
SUZETTE
Ces bonshommes-là... ils me font peur avec leurs grandes lances!., je n’oserai jamais y toucher.
Que t’es bête! il n’y a pas de danger, va! ça a encore une certaine apparence; mais au dedans il n’y a rien, (il tapo sur «ue armuro.) C est vide. 1 u les époussetpras donc avec soin et avec respect, air ce sont deux ancêtres de monsieur. Ils sont même un peu les miens aussi. . . puisque je suis le frère de lait de monsieur !.. à dix ans de distance c’est vrai!., mais je suis son frère de lait!., il y a déjà longtemps que nous les avons perdus!.. C’étaient deux personnes bien honorables. Ils sont morts tous les deux sur les champs de bataille, c’étaient deux braves militaires, deux chevaliers comme on disait alors. Ils servaient dans la cavalerie... légère... sans que ça paraisse, mais aujourd’huion trouverait ridicule ce costume illustré jadis par les Bayard... les Jeanne d’Arc... lesTurenne... les Richelieu... les Jean-Jacques Rousseau... hum ! hum!
SUZETTE
Comme tu es savant, Baptiste!
Oui... j’ai mal étudié. .. et je Iis beaucoup dans mes moments perdus. Ça me profite! Tu n’as pas épousé un imbécile, va!., tu n’as donc rien à craindre de ces bonhommes-là, comme tu dis. Tiens, il y a trois ans, pendant que monsieur était parti en Bouigogne faire la cour à madame, qui n’était pas encore sa femme, j’étais resté seul à la maison et je me suis amusé à m’habiller avec toutes ces ferrailles. Quand on sonnait j’allais ouvrir dans